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Charléty et le pouvoir absent : 27-29 mai

[Les évènements de mai 1968 en 7 dates], pour plus d'information, consulter la description longue en dessous de cette illustration

Affiche mai 68.
© Fotolia

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L'UNEF, soutenue par le SNES-Sup, la CFDT et le PSU, appelle à une manifestation au stade Charléty pour le 27 mai dans l'après-midi. Il s'agit d'une manifestation syndicale pour l'unité d'action ouvriers-étudiants qui s'inscrit dans le cadre d'une grande journée nationale.

Le PC et la CGT demandent à leurs adhérents de ne pas participer à la manifestation de l'UNEF, et la CGT organise le même jour des rassemblements dans divers points de Paris.

Dans les états-majors de l'opposition, on met au point une stratégie. Une rencontre est prévue entre MM. Waldeck Rochet et François Mitterrand pour discuter de la relève du pouvoir gaulliste par un gouvernement populaire et d'union démocratique sur la base d'un programme minimum commun.

De son côté le gouvernement prend des mesures concrètes pour entamer le processus de normalisation de la situation, en particulier en accélérant les négociations salariales : véritable marathon de 36 heures qui permet d'aboutir le 27 à 7 heures du matin à la signature d'un protocole d'accord (accords de Grenelle), concernant essentiellement les salaires (le SMIG est porté à 3 F au lieu de 2,22 F à compter du 1e juin, les salaires augmentent de 7 %), les prestations sociales, les conditions de travail et les droits syndicaux.

Mais la réponse du monde ouvrier est négative : à l'usine Renault de Billancourt, 5 à 6 000 ouvriers refusent le protocole et votent à main levée la poursuite de la grève, suivi en cela par l'ensemble des travailleurs. Comme le fait remarquer Le Monde du 30 mai « le mouvement se durcit et se politise ». (…)

mai68-27-29 mai

Le journal Le Monde a été fondé par Hubert Beuve-Méry en 1944.

© Extrait publié dans Emmanuël Souchier, « mai 68 », Les médias et l’événement, La Documentation française, 1988, p.31.

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Quant à France-Soir, ses multiples éditions lui permettent de « coller » à l'événement, et de concurrencer l'information radiodiffusée. Sur la Une du 28 (édition 8° d) la manchette « Protocole d'accord signé » se transforme en « Renault et Citroën : refus du protocole » dans l'édition 8° df ; il n'aura fallu au quotidien que quelques heures pour rendre compte de la position de la base devant les propositions des directions syndicales.

Le 27, vers 18 heures, le cortège de la manifestation appelée par l'UNEF se dirige vers le stade Charléty ; un meeting s'organise, ouvert par Jacques Sauvageot ; différents orateurs se succèdent à la tribune, parmi lesquels Alain Geismar et André Barjonet. Dans la foule, on remarque Pierre Mendès France (qui refuse de prendre la parole à une manifestation syndicale) et Michel Rocard, secrétaire national du PSU.

L'ensemble des quotidiens relate le rassemblement de Charléty, en lui accordant parmi toutes les manifestations qui ont marqué à Paris et en province la journée du 27 mai, une place plus ou moins importante. Le Figaro, dès sa Une lui consacre une photographie, et un titre : « Plus de 30 000 personnes, étudiants et ouvriers mêlés au meeting de l'UNEF », mettant ainsi en avant l'unité étudiants-ouvriers. Le Monde publie, sous la signature de Jean Lacouture, un article intitulé « Charléty : tout est possible ». L'Humanité est un des rares journaux à la noyer dans un ensemble de manifestations provinciales sous le titre générique « Paris, Marseille, Lille, Nancy... / Manifestations et mise au point des revendications universitaires ».

Le 28, François Mitterrand annonce sa candidature à la présidence de la République et propose la mise en place d'« un gouvernement provisoire de gestion » au lendemain du 16 juin.

L’Enragé est un journal satirique  publié par Jean-Jacques Pauvert (mai – novembre 1968)

L’Enragé est un journal satirique  publié par Jean-Jacques Pauvert (mai – novembre 1968).

© Extrait dans Emmanuël Souchier, « mai 68 », Les médias et l’événement, La Documentation française, 1988, p.57.

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Les événements se précipitent : M. Peyrefitte, ministre de l'Éducation nationale, démissionne. Coiffé d'une perruque brune, Daniel Cohn-Bendit réapparaît au cours d'une conférence de presse à la Sorbonne, et le général de Gaulle quitte l'Elysée, pour une destination inconnue...

La journée du 29 mai sera « la journée des folles rumeurs » dans France-Soir, où la Une hésite : « Pompidou ou Mendès France ? ». Ce quotidien s'interroge sur les « trois secrets de De Gaulle : 1° le mystérieux renvoi du Conseil des Ministres, 2° le départ clandestin de l'Elysée, 3° la troublante étape à l'ombre des épées ».

Rares pourtant sont les journaux qui feront allusion, le jour même, aux « tractations », « marchandages », « pourparlers » entre de Gaulle et l'armée. L'Aurore les sous-entend et présente une photo de chars à la Une ; l'édition matinale de France-Soir (1er juin) fera de même en remplaçant dans le courant de la journée, la dite photo par une photo de la manifestation de l'Etoile. En revanche, trois semaines plus tard, l'étape de Baden-Baden refera surface à la Une des journaux. Le Monde du 30 mai titre plus sobrement quant au fond, mais sur six colonnes à la Une. (…)

*Alain Geismar, 29 ans, maître-assistant à la faculté des Sciences de Paris, militant du PSU et Secrétaire général du Syndicat de l'Enseignement, a été un des principaux animateurs de Mai 38. André Barjonet, responsable à la CGT. 

Source : Emmanuël Souchier, « mai 68 », Les médias et l’événement, La Documentation française, 1988, P. 28-30.

Mis à jour le 13/04/2018

 

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