1 - La paix scolaire

École publique/école privée. Très sensible depuis la IIIe République, la question scolaire a marqué le débat politique d’échanges parfois virulents et de manifestations imposantes. Après les fortes tensions des années 1980-1990, la paix scolaire semble s’être installée.

La vieille querelle public/privé

Une classe

Une classe

Photo : Samuel Bollendorf © La Documentation française

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Le débat école publique/école privée trouve ses origines au XIXe siècle. La distinction qui reposait initialement sur l’origine du financement (loi Guizot de 1833) s’est muée en une opposition sur la question de la laïcité. La loi Falloux de 1850 reconnaît la liberté de l’enseignement et favorise l’enseignement catholique, tout en limitant le financement des écoles privées par les collectivités locales. Dans le contexte des rapports tendus entre les gouvernements républicains et l’Eglise catholique, les lois Ferry (1881, 1882 et 1886) établissent un enseignement primaire public gratuit, obligatoire et laïc, et la loi Goblet de 1886 laïcise le personnel des écoles publiques. Après la remise en cause de ces principes par le régime de Vichy, les aides publiques à l’école privée sont à nouveau supprimées à la Libération. La querelle scolaire reprend. En 1951, les lois Marie et Barangé restaurent ces subventions.

C’est alors qu’intervient la loi Debré de 1959, qui aboutit à un équilibre relatif qui n’a pas été renversé depuis. Reconnaissant la pluralité des établissements scolaires, elle crée notamment des « contrats d’association » entre l’Etat et les écoles privées qui acceptent son contrôle et respectent la liberté de conscience. La plupart des écoles privées sont désormais sous contrat et se trouvent associées à la politique d’éducation nationale.

Les crises de 1984 et 1994

Les clivages demeurent cependant forts et deux crises ravivent la querelle scolaire en 1984 et 1994. La première est déclenchée par le projet de loi Savary qui veut rapprocher enseignement public et enseignement privé, la seconde par le projet de loi Bayrou prévoyant de revenir sur le plafonnement par la loi Falloux des aides des collectivités territoriales aux écoles privées. Dans les deux cas, des manifestations de masse contraignent le gouvernement à renoncer.

La complémentarité public/privé

Les oppositions militantes semblent ensuite s'apaiser. Le caractère religieux des écoles privées tend à s'effacer dans le choix des parents au profit de critères plus « consuméristes » liés aux résultats scolaires ou au milieu social. Les deux modèles apparaissent finalement plus complémentaires qu'opposés.

La question du « foulard »

La question de la laïcité à l'école a resurgi à partir de 1989, mais cette fois autour du port du « foulard » musulman et de la contestation de certains contenus d'enseignement pour des motifs religieux. La loi du 15 mars 2004 est venue interdire « le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse » dans les établissements publics.

À défaut d'être définitivement éteinte, la querelle scolaire semble aujourd'hui pacifiée.

2 - La démocratisation de l’école

Etudiants

Une classe

Photo : Samuel Bollendorff © La Documentation française

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En cinquante ans, l’école a connu une véritable révolution, le nombre de ses élèves passant de 10 millions en 1960 à 15 millions aujourd’hui. Répondant à une très forte demande des Français, l’institution scolaire a donc réussi à intégrer 5 millions d’élèves supplémentaires répartis sur tous les niveaux d’enseignement.

La généralisation des écoles maternelles a permis la scolarisation de tous les enfants de 3 ans alors qu’au début des années 1960, seul un tiers des enfants de 3 ans fréquentaient l’école. L’école primaire a de son côté accueilli tous les enfants du baby-boom même si, aujourd’hui, les effectifs sont en diminution (5 millions d’élèves en 1968-1969 et 4 millions en 1998-1999). Mais c’est surtout l’enseignement secondaire, avec les collèges et les lycées, qui a connu une très forte croissance de ses effectifs ; à la suite de l’allongement de l’âge de la scolarité obligatoire, porté à 16 ans en 1959, puis de la mise en place du collège unique pour tous, de la 6e à la 3e (fin du palier d’orientation en fin de 5e entre 1988 et 1992), les élèves de l’enseignement secondaire sont passés de 2,3 millions en 1960 à 5,5 millions aujourd’hui, conduisant, par exemple, à des constructions massives d’établissements (1 800 nouveaux collèges entre 1980 et 2000). Aujourd’hui, la quasi-totalité d’une génération atteint la classe de 3e, ce qui n’était pas le cas de 30 % des enfants en 1980.

Enfin, l’enseignement supérieur a vécu la même explosion de ses effectifs, la hausse étant ici la plus brutale puisque le nombre d’étudiants, voisin de 300 000 en 1960, a été multiplié par sept pour atteindre 2,2 millions aujourd’hui.

Une élévation du niveau de qualification

Cette démocratisation de l’accès à l’école s’est aussi accompagnée d’une élévation du niveau de diplôme et de qualification. Ainsi, l’accès à l’année de terminale concerne près de 70 % d’une génération et, même si l’on est loin du mot d’ordre de « 80 % d’une génération au niveau du baccalauréat », il faut rappeler que seul 10 % d’une génération accédait à la classe de terminale à la fin des années 1950 (30 % au début des années 1970). En outre, grâce notamment à la création des baccalauréats professionnels en 1985, de plus en plus de jeunes deviennent bacheliers, avec 64 % d’une génération en 2006 (10 % pour le « bac pro » et 18 % pour le « bac techno ») alors que seul 6 % d’une génération était titulaire du baccalauréat en 1950.

Graphique : nombre d'admis au baccalauréat.

Pour l’enseignement supérieur, 40 % d’une génération sort aujourd’hui du système universitaire avec au moins un diplôme de niveau « bac +2 » alors que ce pourcentage n’atteignait pas 15 % au début des années 1980. Enfin, même si près de 100 000 jeunes quittent actuellement le système scolaire sans diplôme ni qualification, il faut souligner que cela représente à peine plus de 10 % d’une génération alors qu’un tiers était dans cette situation il y a quelques décennies seulement.

Une plus grande égalité des chances ?

La démocratisation de l'accès aux savoirs comme la hausse du niveau de formation et l'allongement de la scolarité ont ainsi favorisé la mobilité professionnelle et sociale des générations arrivant sur le marché du travail durant les années 1950 et 1960. Mais cette situation favorable résultait surtout du fait que les créations d'emplois de cadres moyens et supérieurs étaient bien supérieures au nombre des diplômés issus de l'enseignement supérieur. Depuis les années 1970 en revanche, la structure des emplois et des qualifications évolue moins vite que le nombre de nouveaux diplômés, entraînant ainsi la fin de l'ascenseur social. Pour la première fois dans l'histoire contemporaine, bien des jeunes auront une moins bonne situation que leurs parents.

Mis à jour le 07/05/2007

 

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