1 - Des Français plus riches

Sur le plan des richesses matérielles, la situation des Français d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celle de 1958. Mesurée par le PIB par tête, la richesse moyenne individuelle a plus que triplé. Si on ne tient pas compte de l’évolution démographique, la croissance est encore plus forte : le PIB d’aujourd’hui dépasse de près de cinq fois celui de 1958. Cette situation contraste fortement avec l’évolution de la première moitié du XXe siècle durant laquelle l’économie française avait stagné. Cette croissance concerne tous les Français, à Paris comme en province, en Métropole comme ailleurs.

Graphique : Revenus par habitant.

Une nette amélioration du niveau de vie

La Ve République peut donc – malgré les deux « à-coups » de 1974 et 1993 – être considérée comme une machine à produire des richesses. L’expansion la plus forte se situe durant les années des Trente glorieuses (1945-1973) et atteint un taux de croissance de l’ordre de 5 % par an – grâce notamment à la production de masse et aux innovations technologiques. Depuis cette date, ce dernier oscille entre 2 et 3 %.

Le corollaire direct de ces tendances est que le niveau de vie des ménages français à considérablement augmenté. À une alimentation plus riche et plus variée s’ajoutent une meilleure qualité de l’habitat (en termes de matériaux et d’espace) et un taux d’équipement des ménages en produits électroménagers (près de 100 % aujourd’hui contre 20 % en 1958 pour un réfrigérateur) et voitures (moins de 30 % en 1958 contre plus de 80 % aujourd’hui) qui frôle la saturation. Sur la même période, le taux de propriétaires de leur résidence principale a augmenté de moitié pour se situer aujourd’hui à 56 %.

Réduction des écarts de revenus…

Si les Français sont donc plus riches, disposant d’un pouvoir d’achat quatre fois plus élevé que dans les années 1950, la formidable production de richesses depuis cinquante ans ne doit pas faire oublier la déconnexion qui existe entre production de richesse et distribution. Bien que sur le long terme, le taux de pauvreté est en nette baisse, le même constat ne vaut pas concernant le développement des inégalités de revenus et de patrimoine, caractérisé par une forte instabilité : à une période d’accroissement des inégalités durant les dix premières années de la Ve République a succédé une période marquée par leur nette diminution. À partir du milieu des années 1980, ce mouvement de baisse s’est arrêté, sans pour autant reprendre le chemin de la hausse qui a pu être évité grâce à l’extension des prestations sociales et à l’augmentation du SMIC (qui a crû plus vite que le PIB pare tête). Donc, contrairement à une idée reçue, les inégalités nettes à temps plein sont considérablement plus faibles aujourd’hui que dans la France des années 1960. En 1958, le salaire moyen des cadres supérieurs était environ 4,5 fois supérieur à celui des ouvriers de l’industrie. Depuis une vingtaine d’années, le ratio se situe entre 2,5 et 3. Si les inégalités de revenus se sont stabilisées, le constat ne vaut cependant que pour ceux qui ont un emploi à temps plein. L’envol du chômage, du temps partiel, l’individualisation des rémunérations, ainsi que des contrats précaires a changé la nature de la pauvreté, notamment pour les jeunes. Une autre tendance est que le pourcentage de Français travaillant au SMIC augmente. Le niveau moyen des salaires et le SMIC se rapprochent ainsi de plus en plus.

… mais concentration accrue du patrimoine

En termes de patrimoine, la tendance globale à la réduction des inégalités est similaire à celle des revenus, avec deux différences cependant : il est nettement plus concentré et il progresse plus vite que les revenus depuis vingt ans. Ainsi, malgré la baisse globale des inégalités de patrimoine, les 5 % les plus riches détiennent toujours près de 30 % du patrimoine. En même temps, le nombre de redevables à l’impôt sur la fortune est en progression constante depuis sa création. Certains trouveront là une confirmation de ce que disait Schumpeter, à savoir que « l’hôtel capitaliste est toujours complet, mais la liste des clients change constamment ».

2 - Des immigrés qui s’intègrent

Pays d’immigration depuis le Second Empire, la France a su intégrer nombre d’étrangers (presque 18 millions de Français auraient au moins un ascendant étranger, sur trois ou quatre générations). Mais l’évolution politique et juridique n’est pas toujours en avance sur le réel brassage des populations qui s’accomplit en permanence.

Une proportion stable d’étrangers dans la population

Stoppées par les années de guerre, les arrivées ont repris dès le début des Trente Glorieuses. Le nombre d'étrangers présents sur le territoire passe de 1 765 000 en 1954 à 3 281 060 en 1968 puis 4 306 094 en 1999 et 4,9 millions en 2006. Leur pourcentage dans la population totale s'établit selon les périodes autour de 7 à 8 %. Entre 1950 et 1970, ils auraient construit l'équivalent d'un logement sur deux et 90 % des autoroutes.

Une composition changeante

En 1968, les Européens - surtout les Italiens, Espagnols, et Portugais - représentent 76,4 % des étrangers présents en France, mais ils ne sont plus que 44,9 % en 1999, tandis que le pourcentage des Maghrébins est passé de 18,5 à 30,1 %. La progression des immigrés d'Afrique subsaharienne est plus récente : ils étaient 393 000 (9,1 %) en 1999 ; 570 000 personnes en 2006. Celle des Asiatiques (Turquie incluse) est multipliée par cinq dans la même période (12,8 % en 1999).

Le coup d'arrêt donné en juillet 1974 par le décret suspendant l'immigration n'a pas concerné le regroupement familial. Un équilibre s'établit dans les années 2000 entre 2,5 millions d'hommes et autant de femmes. D'une immigration faite surtout de jeunes célibataires, aux conditions de vie très dures, on est passé à une immigration familiale, dont l'intégration en matière d'éducation, de santé, de logement, d'emploi ne va pas sans difficultés.

Au début des années 1980, le cadre juridique de l'intégration est renforcé. L'instauration d'un titre unique séjour-travail a un effet stabilisateur. En matière d'école, les ZEP (zones d'éducation prioritaires) sont instaurées en 1982. Dans le domaine associatif, SOS Racisme, créé en 1984, joue un rôle important.

Vers une France de la diversité (les vecteurs de l’intégration)

Selon la définition du Haut Conseil de l'intégration : « L'intégration est un processus qui débute par l'accueil [...] et qui se poursuit notamment par le respect des obligations, des lois, principes et valeurs de la République, l'accès aux droits, jusqu'à la naturalisation voire au-delà. » C'est bien souvent dans cet « au-delà » que réside la difficulté. Le contrat d'accueil et d'intégration donne, depuis 2005, une formation linguistique et civique à quelques dizaines de primo-arrivants chaque année. Dix pour cent seulement de ceux à qui il est proposé le refusent.

L’acquisition de la nationalité française par naturalisation – 130 000 nouveaux citoyens environ chaque année – ou par la naissance en France ne suffit pas. Si l’exclusion sociale ne frappe pas seulement les « minorités visibles », les Français issus de l’immigration – même si 7 % d’entre eux sont des cadres – souffrent plus encore de discriminations non pas juridique mais économique et culturelle.

Toute une architecture législative récente en matière d’emploi, de logement, d’égalité des chances vise à l’insertion sociale, qu’il s’agisse de certains aspects de la loi SRU (solidarité et renouvellement urbains) du 13 décembre 2000, du Plan de cohésion sociale de 2004, ou de la loi du 31 mars 2006 sur l’égalité des chances. La pratique du testing (le CV anonyme, par exemple) se répand pour débusquer la discrimination en matière d’emploi, de logement ou de loisirs. Plusieurs mesures dans le domaine culturel, notamment audiovisuel, ont pour objectif de refléter la diversité de la population.

L'immigration ou le déclin ?

Face à une évolution démographique inexorable, immigration et intégration semblent les seules politiques susceptibles d'insuffler une dynamique de croissance à un pays où, à l'horizon 2020-2030, le nombre des décès des baby boomers dépassera celui des naissances.

Mis à jour le 07/05/2007

 

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