Au fil du temps, le maintien de la paix par l'ONU a évolué pour répondre aux besoins d'action face à différents conflits et aux changements apportés dans les paysages politiques. Il a démontré qu'il représentait un instrument international efficace pour restaurer la paix dans les conditions post-conflits. Le maintien de la paix de l'ONU ne se limite plus aujourd'hui à des opérations militaires et comprend de nombreuses autres tâches complexes de tous ordres.

Selon Dominique David dans son article "L'ONU face au nouvel agenda de la sécurité mondiale" (Questions internationales n° 11, janvier-février 2005, La Documentation française), la mutation des opérations de la paix est spectaculaire depuis la fin de la guerre froide.

Des tâches classiques revisitées

Des soldats de la MINUSTAH aident des personnes déplacées en Haïti, novembre 2010

Des soldats de la MINUSTAH aident des personnes déplacées en Haïti, novembre 2010.

Photo : Logan Abassi © ONU

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« Au premier rang des tâches de l'Organisation, figurent l'aide au règlement pacifique des différends internationaux et à la négociation de règlement des crises, l'intervention dans le cadre de la sortie des conflits armés, ou la recherche du désarmement.
Le domaine des interventions "de maintien de la paix" a connu cette dernière décennie les modifications les plus spectaculaires. L'intervention de troupes de l'ONU – les Casques bleus – n'est pas prévue par la Charte de San Francisco, mais s'est imposée, à partir de 1956, comme un mode d'action majeur de l'Organisation. La disparition du système Est-Ouest a dévalué l'importance des guerres "par procuration" – type Vietnam, Angola ou Afghanistan. Elle a aussi multiplié les crises dues pour partie à l'affaiblissement de leur capacité de contrôle. Dans cette nouvelle donne géopolitique, l'ONU est mobilisée comme support de négociations et comme pivot d'opérations supposées garantir la paix sur place.
De multiples opérations sont donc menées au long des années 1990. En 2004, plus de 50 000 hommes sont déployés dans 17 opérations sous drapeau de l'Organisation. La mobilisation de l'ONU se heurte pourtant à de multiples difficultés. Ces opérations, qui concernent souvent des pays décomposés, ont de tout autres exigences que les classiques "interpositions" entre combattants. On parle maintenant d'opérations de maintien de la paix de deuxième voire de troisième génération, ou d'opérations "complexes". À travers l'Agenda pour la paix, ou le Rapport Brahimi, il s'agit désormais de définir une nouvelle "doctrine" pour ces opérations. Loin d'avoir à seulement s'interposer entre ex-belligérants de bonne volonté, l'ONU est priée de joindre au traditionnel Peacekeeping – garantie de la paix par déploiement entre les parties - le Peacemaking - rétablissement de la paix par l'éventuel usage de la force - ou le Peace Enforcement - imposition de la paix -, voire le Peacebuilding – création ou reconstitution des conditions empêchant le retour au conflit armé. À la dimension militaire s'ajoute donc une dimension civile croissante, de sorte que l'on parle de plus en plus souvent d'actions civilo-militaires (ACM). (...) Les opérations de l'ONU ont ainsi mis en lumière les problèmes et les difficultés caractéristiques de l'Organisation : décider dans le timing de la crise ; mettre sur pied une force ad hoc en l'absence de troupes disponibles en permanence ; faire fonctionner, sur place, des forces composites ; traduire en options militaires simples les décisions politiques du Conseil de sécurité, alors qu'il ne dispose pas d'une structure d'état-major. (...)

De nouvelles missions face à de nouvelles menaces

Attentat contre le quartier général de l'ONU à Bagdad, le 19 août 2003

Attentat contre le quartier général de l'ONU à Bagdad, dans lequel périrent Sergio Vieira de Mello, Haut Commissaire aux droits de l'homme et représentant spécial en Irak, ainsi que 23 personnes le 19 août 2003.

Photo : Sabah Arar © AFP

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Les exigences du temps de l'après-guerre froide ont donc considérablement affecté le classique cahier des charges de l'Organisation, et l'agenda de la sécurité internationale s'est largement ouvert dans les dernières années. L'ONU a bien souvent souligné - et surtout depuis l'accession à l'indépendance des nations anciennement colonisées - que la sécurité était un produit composite, pas seulement menacé, ni imposé, par la manœuvre des forces armées. Dès les années 1980, en plein refroidissement Est-Ouest, la commission Palme exposait au secrétaire général les composantes de la "sécurité globale" : militaires et politiques, certes, mais aussi économiques, sanitaires ou écologiques ; interétatiques, mais incluant aussi, aux côtés des États, toutes les entités agissant dans le champ international.
Qu'on voie les événements des années 1990 comme une déconstruction ou une reconstruction du champ international, ils ont incontestablement pour effet d'élargir les problématiques de sécurité, et donc l'espace des préoccupations de l'ONU, lieu géométrique de leur définition. S'imposent désormais comme partie intégrante des débats sur la sécurité :
 - les nouvelles dimensions de la prolifération des armements, nucléaires certes mais aussi chimiques et biologiques, et d'abord classiques, spécialement dans le domaine des armes légères ;
 - le désarmement des adversaires dans les crises locales ou régionales ;
 - la restructuration politique, juridique, économique, sociale des sociétés dans la période d'après-conflit (question dont l'importance croît avec la dissolution des structures étatiques, par exemple en Afrique) ;
 - la nécessité de protéger les populations contre leurs propres dirigeants ou des exactions de diverses origines, qui débouche sur un droit des situations d'urgence - le "droit d'ingérence" médiatique -, puis sur le dispositif d'incrimination pénale internationale (développé juridiquement hors de la sphère de l'ONU mais à son initiative);
 - le problème du terrorisme international et, surtout, de son financement ;
 - enfin, plus généralement, la question des éléments globaux d'une politique de sécurité : développement, santé, éducation, écologie... »

Mis à jour le 01/08/2011

 

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