Produit intérieur brut par habitant en Europe, en 2008

Produit intérieur brut par habitant en Europe, en 2008.

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La crise économique des années 2007 et 2008 et la crise de la dette souveraine de la Grèce ont mis en lumière les faiblesses de la gouvernance économique et monétaire de l’Union européenne, et ce malgré l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne.
Si la création de la zone euro a permis à l’Europe de se doter d’une politique monétaire indépendante, l’hétérogénéité des économies des seize membres et la permanence en son sein de déséquilibres économiques la rendent néanmoins particulièrement vulnérable en cas de crises.

L’euro dans un espace économique hétérogène

L’hétérogénéité des situations économiques au sein des Vingt-Sept et plus particulièrement au sein de la zone euro a été pointée comme l’une des causes de la crise en Europe. Grégory Lecomte, fonctionnaire international, spécialiste des questions économiques et des pays de l’espace post-soviétique, dresse un constat sur les divergences économiques réelles des Etats membres de l’UE dans l’article "L’euro dans la tourmente" (Questions internationales, n °45, La Documentation française, septembre-octobre 2010). « Plus de dix ans après le lancement de l'euro sur les marchés financiers, une constatation s'impose : les déséquilibres ont subsisté, voire se sont aggravés. Le Portugal, l'Italie, l'Irlande, la Grèce ou l'Espagne (pays dits "PIIGS") ont vu leur productivité augmenter moins vite que les salaires - ce qui a affecté négativement leur "compétitivité-prix" - alors que, parallèlement, des pays comme l'Allemagne, l'Autriche, la Finlande ou la Belgique, au terme d'efforts internes importants, connaissaient un mouvement inverse. Ces écarts croissants ont entraîné des tensions entre les pays de la zone.»
Selon le même auteur, le choix des critères de Maastricht posait déjà question, au moment de leur adoption. En effet, « La définition des critères d'entrée dans l'Union économique et monétaire, dits critères de Maastricht, a dès l'origine fait débat. La convergence "nominale", c'est-à-dire la convergence des indicateurs d'inflation, de taux d'intérêt ou de fluctuation de taux de change, a été privilégiée au détriment de la convergence "réelle" reposant sur des critères plus concrets tels que le taux d'emploi, la croissance, la productivité ou les salaires. »

L’urgence d’une convergence réelle des économies

Manifestation à Athènes contre les coupes budgétaires, mai 2010

Manifestation à Athènes contre les coupes budgétaires, mai 2010.

Photo : Louisa Gouliamaki © AFP

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Tirant les leçons de la dernière crise financière mondiale de 2007-2008, la plupart des économistes estiment qu’une politique monétaire optimale pour l’ensemble des pays de la zone euro passe par une convergence réelle des économies. Ainsi, pour les auteurs du rapport au Conseil européen "Projet pour l’Europe à l’horizon 2030" de mars 2010, « La crise financière mondiale et les divergences économiques croissantes observées entre les Etats membres ont encore renforcé les arguments en faveur d’une meilleure coordination économique dans l’UE. Il est essentiel de renouveler les efforts de convergence entrepris dans les années quatre-vingt-dix, qui ont conduit à l’élargissement de la zone euro, pour assurer la réussite et l’unité économiques de l’UE en général, notamment dans la zone euro. »

Selon la rédaction de la revue Problèmes économiques ("l'Europe après la crise grecque", n° 3001, La Documentation française, 1er septembre 2010), les éléments d'une gouvernance économique existaient avant la crise du printemps 2010. « Avant la crise, la gouvernance économique reposait sur des règles communes comme le Pacte de stabilité et de croissance et des institutions communes telles la Banque centrale européenne, qui fixe la politique monétaire et la Commission qui gère le Marché commun, surveille la concurrence et exécute le budget commun (notamment la politique de cohésion de l'UE). Cette structure a ensuite été complétée par la stratégie de Lisbonne, devenue l'axe majeur de la politique économique et de développement de l'Union européenne à partir de 2000. »

Le non respect du pacte de stabilité et de croissance

Selon Grégory Lecomte, dans l’article "L’euro dans la tourmente", les raisons pour lesquelles le pacte de stabilité n'a pas été respecté résident dans les défauts de conception du mécanisme de sanctions et du pacte lui-même. « Les sanctions prévues par le pacte de stabilité et de croissance sont en effet du ressort de la Commission, mais elles doivent être aussi validées par le Conseil des ministres de l'Union européenne, au sein duquel chaque État défend son pré carré. Or, confier le pouvoir de surveillance à ceux-là mêmes qui doivent s'y soumettre est plutôt inadapté, les États membres de la zone euro se retrouvant en position de juge et partie. (.) La seconde raison révélée par la crise économique et financière de 2008 est un défaut de conception du pacte de stabilité et de croissance. Rétrospectivement, il aurait dû inclure certaines variables à surveiller comme l'évolution du crédit et des taux d'endettement, le prix des actifs immobiliers, la balance commerciale, la dette extérieure. Comment expliquer les déficits abyssaux de l'Espagne et de l'Irlande en 2009, alors que ces pays accumulaient les excédents budgétaires ? »

Une nouvelle solidarité européenne ?

Siège de la Commission européenne à Bruxelles avec l'affiche de bienvenue à l'Estonie dans la zone euro en 2011, juillet 2010

Siège de la Commission européenne à Bruxelles avec l'affiche de bienvenue à l'Estonie dans la zone euro en 2011, juillet 2010.

© CE.

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Lors de la dernière crise économique et monétaire, les observateurs ont mis l'accent sur le rôle protecteur de l'euro en l'absence duquel les pays européens les plus touchés par la crise auraient dû dévaluer fortement leur monnaie nationale. Certes, les règles du marché intérieur et le droit communautaire ont permis de dissuader les tentations de repli protectionniste comme dans les années 1930. Néanmoins, les turbulences monétaires ont démontré les insuffisances de la gouvernance économique européenne
La rédaction de la revue Problèmes économiques ("l'Europe après la crise grecque", 1er septembre 2010) s'est penchée sur les moyens dont disposait l'UE en matière de gouvernement économique. « La crise de l'euro n'a pas constitué une véritable surprise car elle a mis en exergue certaines incohérences de la zone euro, notamment l'absence de véritables dispositifs de gestion des crises, ainsi que d'un gouvernement économique. Avec l'instauration du plan de soutien européen, constitué de moyens d'intervention d'urgence et de garanties de prêts, les dirigeants européens ont modifié d'ores et déjà la gouvernance économique de la zone euro. Ils ont, en effet, commencé à introduire un mécanisme d'entraide financière entre les pays de l'Union, non prévu dans le traité de Maastricht. En instituant un fonds de soutien de 440 milliards d'euros, la gouvernance européenne s'appuie maintenant aussi sur la solidarité financière directe entre les pays membres de l'Union monétaire.»

Les institutions européennes face à leur bilan

Selon Michel Dévoluy, Professeur à l'université de Strasbourg, co-responsable de l'Observatoire des politiques économiques en Europe, dans l'article "L'euro et le PSC dans la tourmente" (Cahiers français n° 359 de novembre-décembre 2010, La Documentation française), « La BCE [Banque centrale européenne] semble satisfaite, comme le montre par exemple l'éditorial de son Bulletin mensuel de juillet 2010, où elle affirme que la stabilité des prix est maintenue, le refinancement est maîtrisé. (...)
La tonalité est différente pour l'autre versant du policy mix. Le Conseil européen du 17 juin 2010 note dans ses conclusions : "La crise a fait apparaître des lacunes manifestes dans notre gouvernance économique, notamment en ce qui concerne la surveillance budgétaire et, plus généralement, la surveillance macroéconomique. Il est donc essentiel et urgent de renforcer la coordination de nos politiques économiques." Ce jugement est net, et on s'attend à des révisions accentuant la solidarité entre les Etats et prenant en compte les volontés, exprimées au cœur de la crise, de réintroduire de la régulation après le "tout marché" des dernières années. Mais les propositions avancées par le Groupe de travail sur la gouvernance économique présidé par le président du Conseil européen Herman Van Rompuy, ne vont pas du tout dans ce sens. Elles préconisent avec le soutien du Conseil européen et de la BCE, un renforcement du PSC [Pacte de stabilité et de croissance] et un examen, au niveau européen, des projets de budget des Etats membres. L'UEM [Union économique et monétaire] se prépare donc à durcir la coordination coercitive.
Quant à la sortie de crise, la BCE comme les instances européennes privilégient une méthode archaïque : l'austérité budgétaire sans discernement concernant les conséquences sociales. »

Mis à jour le 09/12/2011

 

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