Trois questions à Luc Rouban auteur du livre "Quel avenir pour la fonction publique ?"

Couverture de l'ouvrage : Quel avenir pour la fonction publique ?

  • Retrouvez l'ouvrage Doc' en poche : Quel avenir pour la fonction publique ? 

  • Pourquoi cet intérêt pour la question de la fonction publique ?

    La fonction publique concentre sur elle de nombreuses interrogations.

    Tout d’abord, celle de sa dimension économique. Son poids budgétaire est considérable en France et fait d’elle la cible de toutes les tentatives de réduction des dépenses publiques. Le nombre de fonctionnaires est un sujet récurrent de l’agenda politique depuis les débuts de la République. Il faut mesurer les marges de manœuvre dont peuvent disposer les gouvernements pour réformer la fonction publique de manière réaliste.

    Ensuite, celle de sa dimension sociale car la fonction publique est l’incarnation du service public. Ce sont les fonctionnaires qui donnent une réalité concrète, non seulement à l’État de droit, mais également aux politiques d’éducation ou d’aide sociale, par exemple. La fonction publique traverse depuis des années une crise profonde dont on a pu voir récemment les effets dans la police ou les services hospitaliers. Il faut analyser cette crise largement due à la dégradation des conditions de travail.

    Enfin, celle de sa dimension politique, car le modèle de fonction publique est intimement lié au type de société que l’on entend promouvoir en France. Cette interrogation couvre deux champs de réflexion. Le premier est celui de la méritocratie et de sa réalité dans une société où l’État joue un rôle prépondérant dans la sélection et la formation des élites. Le second est celui de la mondialisation qui favorise et promeut le libéralisme. Quel sens le service public ou le statut général des fonctionnaires peuvent-ils encore avoir dans ce contexte ? Voilà la question centrale à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui.

    Quel est le but de l’ouvrage ?

    Il s’agit de présenter de manière claire mais systématique les arguments du débat et de les confronter à la réalité, qu’elle soit juridique, économique ou sociale. Des analyses souvent rapides et de nombreux clichés négligent la complexité d’un sujet qui fait l’objet de polémiques passionnées depuis au moins cent cinquante ans. Il m’a semblé important de mettre à la disposition des lecteurs, des étudiants, de ceux qui préparent des concours mais aussi de tous ceux que cette question intéresse pour déchiffrer le monde actuel, des données précises permettant de comprendre la trajectoire historique de la fonction publique française, mais aussi son évolution récente et sa place au sein des fonctions publiques en Europe.

    Quels sont les principaux points que vous abordez ?

    Tout d’abord, la construction historique en France de la fonction publique qui est à la fois lointaine – le premier débat sur l’inamovibilité des fonctionnaires s’organise en 1467 ! – et très récente. Contrairement à ce que l’on pense souvent, l’architecture de nos trois fonctions publiques (État, territoriale, hospitalière) date pour l’essentiel de l’après-guerre, après une longue période de tâtonnements voire d’anarchie.

    On a hérité de cette histoire deux grandes questions qui dominent les débats actuels : la spécificité des fonctionnaires au regard des salariés du secteur privé et l’indépendance que les fonctionnaires ont à l’égard du pouvoir politique. Je montre que ces deux dimensions sont fortement associées. La remise en cause actuelle du statut général doit prendre en considération le fait que la privatisation des fonctionnaires peut entraîner une politisation qui a toujours été rejetée par les agents comme par les usagers, surtout à un moment où les questions éthiques dominent dans le débat politique.

    Une deuxième dimension du livre est celle du comparatisme. Les réformateurs ou les analystes opposent fréquemment au modèle français des modèles étrangers, européens ou non, qui font souvent l’objet d’un traitement superficiel. L’ouvrage traite de l’évolution des fonctions publiques en Europe et dresse le bilan de plusieurs décennies de réforme néolibérale.

    Une troisième dimension, enfin, est celle de la sociologie des fonctionnaires. Il n’existe pas une mais bien trois fonctions publiques aux caractéristiques différentes. Le monde des fonctions publiques est loin d’être homogène car les métiers qui y sont exercés génèrent des cultures et des valeurs différentes. L’une des grandes questions reste celle des fractures internes, opposant les cadres aux employés en contact avec les usagers, qui pèsent très lourdement sur toutes les tentatives de réforme.

    Paris, le 15 mars 2017

     

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