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«La réalité européenne actuelle se caractérise par une impuissance agitée», entretien avec Pierre Hassner

Mis à jour le 12/10/2011

Introduction

La chute du Mur et de l’URSS a entraîné une reconfiguration de l’Allemagne, puis de l’Union européenne, avec ses élargissements successifs, laquelle s’est accompagnée de la décote de valeurs, au fondement même de son attractivité, ainsi que d’un recul de l’influence américaine.


« La réalité européenne actuelle se caractérise par une impuissance agitée »

Entretien avec Pierre Hassner*

La rédaction – Vingt ans après le démembrement de l’Union soviétique, ultime étape de la fin de la Guerre froide, que vous inspirent ces deux décennies écoulées au regard de la reconfiguration du continent européen avec tous les effets positifs ou négatifs que cet événement historique a provoqués ?

Le terme de « reconfiguration » me paraît plus adéquat que celui de « recomposition ». Il me semble que nous avons assisté à un processus contradictoire de reconfigurations successives, de tentatives partielles de recomposition et de vagues au moins aussi importantes de décomposition. Il y a une recomposition importante et incontestable, bien qu’incomplète : c’est celle de l’Allemagne par sa réunification. Il y en a une autre, dont nous voyons tous les jours les limites, voire la remise en question, ce sont les élargissements de l’Union européenne, et, dans une certaine mesure, de l’Alliance atlantique. Mais il y a une décomposition progressive, non seulement du modèle soviétique, mais aussi à la fois du capitalisme libéral et de l’État-providence, au profit d’une corruption et d’une croissance des inégalités, omniprésentes à des degrés divers, qui mettent de plus en plus en danger le lien social et le contrat démocratique à l’intérieur des nations, la solidarité entre Européens, et les rapports de l’Europe avec ses voisins.

Étant d’un naturel pessimiste, ma joie en 1989-1991 était mêlée d’un certain nombre de craintes, que j’ai formulées à l’époque dans plusieurs articles. Je parlais de « réunification et redifférenciation européennes » en pensant à une certaine substitution de l’opposition Nord-Sud à l’opposition Est-Ouest, et du « spectre des nationalismes », qui a hâté l’éclatement de l’empire soviétique et des fédérations tchécoslovaque et yougoslave. Surtout je craignais qu’après les embrassades (d’ailleurs modérées du côté occidental), l’Europe de l’Ouest et l’Europe de l’Est ex-communiste ne soient réciproquement et profondément déçues l’une par l’autre. Psychologiquement, les « entrants » considéraient qu’ils devaient être accueillis immédiatement, et à bras ouverts, à la fois par droit de naissance historique et géographique, par reconnaissance de leurs souffrances et en réparation des abandons occidentaux du passé. Du côté des pays fondateurs de l’Union européenne, on considérait que les postulants devaient d’abord procéder aux réformes et aux transformations nécessaires pour satisfaire aux conditions d’entrée au Club. Les uns seraient humiliés d’être traités en cousins pauvres, les autres rechigneraient à accueillir des invités quelque peu douteux. Sur les plans économique et social, les Européens de l’Est adoptaient avec enthousiasme ce qui contrastait le plus avec la grisaille et la stagnation communiste, le capitalisme déchaîné à la Thatcher ou à la Reagan. Mais on pouvait prévoir qu’ils découvriraient les duretés et les risques de l’ouverture à la compétition internationale, l’accroissement des inégalités et l’instabilité. La question que je posais sans pouvoir y répondre était la nature de la troisième phase : compromis social-démocrate, nostalgie de l’ordre ancien, ou recherche d’un bouc émissaire du côté de l’Occident ou de celui des minorités nationales ou transnationales, tandis que, réciproquement, les futurs États membres seraient présentés comme responsables des difficultés des membres fondateurs ?

Ces craintes me paraissent avoir été confirmées en assez grande partie. En parlant d’un contraste entre Nord et Sud, je pensais aux Balkans, par opposition à l’Europe occidentale et centrale. Je ne prévoyais pas l’antagonisme qui monte aujourd’hui entre Européens du Nord et du Sud, au sujet à la fois de l’immigration et du soutien à la Grèce ou à d’autres pays en déficit. Le nationalisme violent a fait des ravages dans l’ex-URSS et en ex-Yougoslavie, en particulier chez les peuples pour qui le changement apporte moins une libération qu’une dévalorisation de leur rôle, mais il sévit contre les minorités (par exemple turque en Bulgarie, rom partout), et, phénomène nouveau, dans les pays nordiques, exposés à une immigration pourtant modeste ou au terrorisme. Surtout un certain égoïsme national pacifique mais reposant sur un refus du partage ou de solidarité et sur une crainte du mélange s’étend dans les pays ou les régions les plus riches de l’Europe.

Quant au modèle économique et social de l’Europe, il ne séduit plus, sans que pour autant un modèle nouveau ou le retour au modèle ancien (communiste ou fasciste) apparaisse vraiment comme une solution. Un seul pays, la Hongrie, ou plus précisément son gouvernement, flirte avec l’autoritarisme nationaliste et la recherche de boucs émissaires. Mais dans tous, sauf en Pologne et, dans une certaine mesure, dans les Balkans occidentaux (où la perspective d’adhésion à l’Union européenne, bien qu’ayant perdu beaucoup de son attrait, reste un objectif politique), le désarroi et le repli semblent dominer. La Turquie est un cas à part : elle est optimiste mais plutôt en ce qui concerne sa liberté d’action et son influence tous azimuts que son accession à l’Union européenne qui semble la rejeter.

En Ukraine, Viktor Ianoukovitch, favori de Moscou lors des élections ayant précédé la révolution orange (novembre-décembre 2004), revenu au pouvoir en février 2010, tente de se rapprocher de l’Union européenne, mais fait juger Ioulia Timochenko, héroïne de cette même révolution, pour avoir conclu un accord pétrolier trop favorable à Moscou quand elle était Premier ministre. Il s’aliène ainsi à la fois la Russie et l’Europe. C’est aussi le cas, dans un autre style, de la Biélorussie. Parmi les pays baltes membres de l’Union européenne et de l’OTAN, l’Estonie est victime d’une cyberattaque de la part de la Russie pour avoir déplacé un monument dédié à l’Armée rouge, mais la Lettonie est le théâtre d’une compétition entre des formations de centre droit à l’occidentale, des oligarques à la russe ou à l’ukrainienne et le parti de la minorité russe qui est arrivé en tête aux élections législatives anticipées du 17 septembre 2011. Bref, il y a assez de diversité, de mobilité, de contradictions et de confusion pour nuancer l’idée de recomposition européenne.

La rédaction – Dans un article publié en 2008 sur le site de La vie des idées, vous avez démontré que, dans le cas de la Russie, le processus de transition n’avait pas débouché sur la démocratie mais au contraire sur un régime autoritaire qui a tenu à l’égard de ses voisins et de l’Occident un discours de plus en plus agressif. Trois ans plus tard, cette analyse de la situation dans ce pays est-elle toujours la même ?

Oui, pour l’essentiel. Je ne disais pas que la politique de la Russie est universellement et constamment agressive, bien qu’un facteur permanent de sa politique intérieure soit d’attribuer tous les maux ou les insuffisances de la société  à l’encerclement et à la volonté de nuire des Occidentaux, en particulier des États-Unis. Mais il y a aussi des tentatives de coopération. Dans les deux cas, il s’agit avant tout pour la Russie de marquer qu’il faut compter avec elle, y compris, par exemple, dans une région comme les Balkans, et de jouer sa propre carte dans tous les domaines. L’agressivité se manifeste surtout à l’encontre de ses voisins, qu’elle a toujours eu tendance à considérer, selon une formule célèbre, « soit comme des vassaux, soit comme des ennemis ». En témoignent la guerre de Géorgie, malgré les responsabilités de cette dernière, l’occupation de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud, les pressions sur les pays baltes. Le message implicite qu’elle adresse à l’Occident est que celui-ci n’obtiendra sa coopération et un accord sur la sécurité européenne qu’à la condition de lui permettre d’exercer le contrôle sur sa zone géographique, ou du moins d’y conserver une influence prédominante, et de lui reconnaître le droit d’intervenir pour protéger les russophones et ses intérêts. Néanmoins, un certain adoucissement de sa position et de sa rhétorique s’opère actuellement à l’égard de la Pologne. Un dialogue à trois entre la Russie, la Pologne et l’Allemagne tend à s’instaurer, du moins pour le moment.

Mais c’est sur le plan intérieur que le bilan est de plus en plus négatif. La corruption progresse à tous les niveaux de l’État et de la société, les possibilités d’opposition légale sont supprimées les unes après les autres sous les prétextes les plus divers, des journalistes ou des citoyens qui dénoncent les abus sont agressés, voire assassinés et les coupables ne sont jamais arrêtés. Les discours de Dmitri Medvedev sur l’état de droit et la modernisation sont restés lettre morte, et les espoirs que certains Occidentaux et certains libéraux russes mettaient en lui sont ridiculisés par la nouvelle permutation entre lui et Poutine et par le spectacle d’un autre âge ou d’une autre civilisation que donne l’auto-glorification de ce dernier dans tous les domaines, du sport à la plongée archéologique en mer d’Azov.

Parallèlement, les services publics ne cessent de se dégrader. Le peuple se réfugie dans la résignation, le cynisme ou la nostalgie de l’époque stalinienne, perçue comme l’ère du sens de la collectivité, du sacrifice et de la grandeur. Mais il commence à maugréer, ainsi que certains membres des milieux dirigeants et les investisseurs étrangers, contre un discours modernisateur sans modernisation ni libéralisation, une « démocratie souveraine » qui ne connaît qu’un seul souverain, habile à manipuler les institutions et les médias pour se maintenir indéfiniment au pouvoir sans se préoccuper du sort de ses compatriotes.

La rédaction – Plusieurs observateurs ont comparé l’ampleur des répercussions qu’ont eues et auront pour le continent européen les bouleversements actuellement à l’œuvre dans plusieurs pays arabes, à celles provoquées par la fin de la Guerre froide en Europe. Cette mise en parallèle vous semble-t-elle pertinente ?

Oui, à condition de souligner les différences, autant que les ressemblances. D’abord les conséquences pour le Moyen-Orient, pour les pays arabes eux-mêmes, pour le conflit israélo-palestinien peuvent être comparées à celles de la fin de la Guerre froide en Europe. Mais pour le continent européen les répercussions directes sont évidemment moindres. Ensuite, il s’agit de véritables révolutions, alors qu’en Europe ce ne fut le cas que pour la Pologne : Solidarnosc était un mouvement de masse qui aurait pu provoquer une intervention soviétique et qui, d’ailleurs, s’est trouvé confronté au coup d’État de Jaruzelski le 13 décembre 1981. Pour les autres, il s’est agi moins de révolutions venues d’en bas que de la démission des élites dirigeantes communistes, et de la décision de Mikhaïl Gorbatchev de ne pas employer la force. La Pologne elle-même a d’ailleurs connu une « révolution autolimitée » face à une répression également autolimitée. Dans les pays arabes, au contraire, des populations ont déployé un courage extraordinaire durant des mois et des mois en dépit de la certitude, notamment en Syrie, d’une répression sanglante au quotidien.

Les révolutions européennes avaient un modèle et une terre d’accueil espérée, celle de l’Occident. À l’inverse, les révolutions arabes font face à une contre-révolution beaucoup plus forte et sont elles-mêmes beaucoup plus divisées. Il se peut fort bien que, comme les révolutions européennes de 1848, elles soient vaincues pour le temps d’une génération mais en ayant semé les graines d’une future libération. Même si elles sont victorieuses aujourd’hui, il se peut que des groupes qui n’en sont pas les auteurs (les islamistes, les militaires) en deviennent les principaux bénéficiaires, du moins à court terme. Ceci étant, en Europe centrale et orientale également, la révolution a dévoré ses enfants : aucun des partis fondés par les dissidents d’hier n’est actuellement une force politique importante.

La rédaction – Avec la disparition du clivage Est-Ouest, des pays comme la Turquie ou la Pologne ont eu voix au chapitre sur le continent européen en raison de leur poids démographique ou encore économique, tandis que, dans le même temps, leurs liens, du moins dans le cas de la Turquie, jusqu’alors très étroits avec Washington, se sont un peu distendus. Ces deux éléments sont-ils emblématiques du fait que le leadership américain sur le continent européen a perdu de sa force ? Au final, quel impact en Europe la fin de la Guerre froide a-t-elle eu sur l’unilatéralisme américain ?

On pourrait nuancer les cas de la Turquie et de la Pologne. Les liens de la première avec les États-Unis se sont distendus à la suite de la guerre d’Irak et de l’envergure prise par la politique extérieure turque, et ils risquent de l’être encore un peu plus en raison des différences de positions sur Israël. Néanmoins, la Turquie a accepté l’implantation sur son territoire du radar de l’OTAN destiné à surveiller l’Iran et c’est bien davantage avec l’Europe que ses relations se sont dégradées. Quant à la Pologne, ce qu’elle reproche aux États-Unis c’est d’avoir abandonné de façon cavalière le projet de baser des missiles anti-missiles sur son sol et de ne pas lui assurer une protection suffisante contre la Russie. Cela dit, il est vrai que, lors du vote sur le recours à la force en Libye contre les troupes du colonel Mouammar Kadhafi, Varsovie s’est abstenu à l’ONU (résolution 1973 du Conseil de sécurité des Nations unies du 17 mars 2011) comme l’Allemagne et la Russie(1). Mais le relâchement des liens est d’abord imputable aux États-Unis.

Plus généralement, force est de constater que la présence des États-Unis en Europe n’est plus ce qu’elle  était. Depuis la fin de la Guerre froide, en effet, l’Europe ne constitue plus pour Washington ni un problème ni une solution du point de vue de la sécurité, la menace soviétique ayant disparu et les États-Unis se souciant davantage de l’Asie et de leurs difficultés intérieures. Dans un premier temps, au contraire, les États-Unis étaient apparus comme la seule superpuissance restante et avaient voulu donner l’image d’un empire bienveillant et tout-puissant.

En Europe, ils ont plaidé pour l’élargissement de l’OTAN jusqu’aux frontières de la Russie. La fronde française et allemande contre la guerre d’Irak, l’opposition de la Russie à l’élargissement de l’OTAN aux pays d’Europe centrale et orientale et la guerre de Géorgie ont constitué un réveil douloureux. Et la présidence Obama, tournée vers le Pacifique, ainsi que la limitation croissante des ressources militaires, ont fait le reste. Il ne faut pas négliger non plus l’évolution de l’Allemagne : les États-Unis avaient été le soutien le plus puissant à sa réunification, mais cet appui, ainsi que le besoin de protection contre la Russie, ne paraissent plus aussi nécessaires. Les réactions différentes à la crise économique et financière mondiale ainsi qu’à la guerre de Libye contribuent à ce relâchement du lien américano-allemand et du lien atlantique en général, comme elles le font aussi, malheureusement, pour le lien intra-européen.

La rédaction – Le philosophe T. Todorov appelle de ses vœux une Union « puissance tranquille » au niveau continental comme international. Pour votre part vous déplorez dans Un monde sans Europe (p. 30) qu’elle souffre d’un manque d’élan vital, de confiance en soi, d’ambition et par ailleurs de conscience de son unité, tous manques exacerbés par la crise financière actuelle. Sur quel(s) aspect(s) vous paraît-il important d’insister aujourd’hui pour que la construction européenne trouve un nouveau souffle ?

La formule de la « puissance tranquille » me paraît une admirable définition par antiphrase de la réalité européenne actuelle, qui se caractérise par une « impuissance agitée », celle des gouvernements comme celle des « indignés » espagnols ou des grévistes grecs (Ne parlons pas de  certains responsables des institutions européennes, qui, eux, ne s’agitent même pas). Dans l’immédiat, ce qui s’applique c’est le mot de Herbert Marcuse(2) : « Il n’y a plus d’espoir que dans les désespérés », ou celui du Dr Johnson(3) : « L’idée que l’on sera pendu dans quinze jours vous concentre admirablement l’esprit ». Reste à savoir si cette concentration produit l’énergie du désespoir ou la paralysie du lapin devant le boa.

Au-delà des formules, je crois profondément que l’évidence de l’échec du « capitalisme hors-la-loi » comme de l’autoritarisme post-soviétique, ainsi que de la « mondialisation heureuse » d’une part, et du repli sur soi de l’autre, devrait inspirer aux Européens une réaction de refus et une conscience à la fois de la nécessité de la dimension européenne pour garder une liberté d’action et de celle  d’un modèle européen (État-providence plus droits de l’homme) rénové comme seule réponse crédible aux défis actuels. Les trois slogans possibles seraient : équilibre, solidarité, ouverture. Équilibre entre l’économique et le politique, entre le marché et la régulation, entre l’égalité des chances et celle des résultats, entre la liberté de l’individu et les contraintes de la vie en commun, mais aussi entre la croissance et l’écologie, et entre le bien-être auquel nous aspirons tous et les limites que ce bien-être doit comporter pour les uns s’il doit être accessible aux nouveaux venus. Tous ces équilibres sont rompus par les dérives de ces dernières années, aussi bien nationales que mondiales. Les retrouver est d’autant plus difficile que l’Europe ne peut pas s’isoler ni compter sur les vertus de son modèle pour l’imposer aux autres. Mais, si elle le veut, elle peut avoir la taille critique non seulement pour donner un exemple, mais pour être à la fois un pôle de résistance, une force de négociation et une source d’inspiration. La solidarité retrouvée devrait s’appliquer tant à l’intérieur de chacune de nos sociétés, qu’entre nations européennes et qu’entre l’Europe et le reste du monde, à commencer par ses voisins, à l’Est et au Sud. Je pense notamment aux régimes post-révolutionnaires arabes.

Enfin, l’ouverture aux idées comme aux marchandises, notamment au Sud, et aux capitaux (dont la circulation devrait cependant être réglementée) devrait s’appliquer de manière urgente au mouvement des personnes, en particulier, là aussi, originaires des voisins méridionaux de l’Europe. Cette ouverture relève de la solidarité mais aussi de l’intérêt bien compris d’une Europe vieillissante, menacée démographiquement.

Certes, il s’agit là d’une série de vœux pieux, dont la réalisation supposerait précisément la vision d’ensemble et la volonté politique commune qui manquent pour l’instant. Mais il y a des « stress-tests » immédiats, comme on dit pour les banques et les centrales nucléaires. Si les Européens ne parviennent pas à sauver l’euro sans que ce soit aux dépens des plus démunis, et s’ils ne s’organisent pas pour se répartir l’accueil, par exemple, d’une proportion moins dérisoire de réfugiés originaires de Libye, qui plombent les économies de sociétés plus pauvres mais moins égoïstes comme celles de la Tunisie et de l’Égypte, c’est à désespérer de la construction européenne.

Il ne lui resterait plus, alors, que le dilemme cornélien :
« Que voulez-vous qu’il fit contre trois ? Qu’il mourût !
Ou qu’un beau désespoir, alors, le secourût ! »

Notes
(1) Quelques jours plus tard, la Pologne acceptait de participer a minima sur le plan logistique à l’intervention de l’OTAN.
(2) Philosophe et sociologue d’origine allemande (1898-1979) à la pensée fortement inspirée des lectures de Karl Marx et Sigmund Freud.
(3) Samuel Johnson (1709-1784), plus souvent appelé Dr Johnson, célèbre essayiste et critique littéraire anglais, est notamment l’auteur d’un dictionnaire de la langue anglaise faisant autorité.

Quelques ouvrages récents de Pierre Hassner
• Avec Roland Marchal, Guerres et sociétés. État et violence après la Guerre froide, Khartala recherches internationales, Paris, 2003.
• La violence et la paix : de la bombe atomique au nettoyage ethnique, Le Seuil, Paris, 2002.
• Préface de Un monde sans Europe ? Ouvrage collectif (Philippe Esper avec Christian de Boissieu, Pierre Delvové, Christophe Jaffrelot), Fayard, Conseil économique de la Défense, Paris, 2011.

* Directeur de recherche émérite au Ceri/Sciences Po et membre du Comité de rédaction des revues Survival, Esprit et Commentaire.

Pour citer cet article : Entretien avec Pierre Hassner, « La réalité européenne actuelle se caractérise par une impuissance agitée », Grande Europe n° 37, octobre 2011 - La Documentation française © DILA

 

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