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Sécurité transatlantique. Les défis de la nouvelle donne américaine, par Annick Cizel

[Sécurité transatlantique. Les défis de la nouvelle donne américaine, par Annick Cizel], pour plus d'information, consulter la description longue en dessous de cette illustration

Discours de Barack Obama devant les deux chambres du Parlement britannique, à Westminster, le 25 mai 2011.
AFP / POOL / Jeff J. Mitchel

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Mis à jour le 12/07/2011

Introduction

Soucieux de pérenniser leur leadership dans un monde multipolaire, les États-Unis ont d’abord marginalisé l’Union européenne au profit de relations bilatérales pour souhaiter ensuite que cette dernière partage le « fardeau » du maintien de la stabilité du système international.


Sécurité transatlantique. Les défis de la nouvelle donne américaine

Annick Cizel*

Alors que la communauté internationale s’attachait depuis plusieurs mois à observer jour après jour la montée des tensions dans l’espace méditerranéen, la sous-secrétaire d’État américaine chargée de la Diplomatie publique rappelait, le 29 mars 2011 dans le cadre d’une conférence, la prééminence des déterminismes historiques, géographiques et culturels sur lesquels repose la relation privilégiée entre les États-Unis et l’Amérique latine : « Nos peuples sont unis par une histoire commune, des valeurs communes et un environnement commun »(1). En célébrant l’existence de la « relation spéciale » qui soude « l’hémisphère » américain, Judith McHale entendait peut-être contrebalancer la piètre priorité accordée à « l’arrière-cour » de Washington depuis l’entrée en fonction du président Barack Obama.

Une « relation spéciale » comme tant d’autres

D’autres communautés d’intérêts, qu’elles soient économiques, ethniques ou religieuses, tissent ces relations privilégiées savamment entretenues par les cercles diplomatiques américains. Ainsi en est-il du Japon et de la Chine, désormais au cœur d’une Asie célébrée par le « premier Président pacifique » de l’histoire de l’Amérique(2), ou encore d’Israël, « relation spéciale » sans doute la plus achevée au regard de l’opinion publique américaine. Bien qu’au berceau de la jeune république américaine depuis l’Indépendance de 1776, et malgré la « normalisation » attendue au gré de l’endogénéisation du conflit irakien, la relation transatlantique n’en est pas moins également confrontée à la « nouvelle donne » de l’administration Obama.

Si la campagne électorale de 2008 fit apparaître B. Obama comme le candidat de l’Europe à la Maison-Blanche, auréolé d’un discours qualifié d’historique prononcé à Berlin le 24 juillet 2008, il faudra sans doute plus que la revendication des racines irlandaises de « Barry O’Bama » à l’aube d’une seconde campagne présidentielle(3) pour effacer l’ombre de tous les sommets manqués. « Pourquoi l’Europe n’a plus d’importance », épiloguait le président du Council on Foreign Relations Richard Haas, tandis que les questions économiques et stratégiques liées aux soulèvements populaires du « printemps arabe » remplissaient l’ordre du jour du G8 à Deauville(4).

Malgré une équipe chargée de la politique étrangère rôdée aux affaires européennes et la multiplication des visites bilatérales réciproques, le « nouveau commencement »(5) de la politique étrangère américaine dans l’espace transatlantique, s’il répond aux impératifs de stabilité internationale qui sous-tendent la perpétuation du leadership démocratique américain au-delà de la guerre froide(6), inscrit celle-ci dans un cadre paradoxal. Ainsi la politique menée par l’administration Obama décline-t-elle à l’envi les enchevêtrements intrinsèques d’une relation transatlantique ancrée dans une temporalité complexe. Portée par de « grandes espérances » en l’avènement d’un leadership occidental adapté aux crises d’un monde en mutation, elle associe une indulgence forcée envers une alliée sécuritaire garante des libertés démocratiques à la marginalisation de ce géant européen toujours empêtré dans les défis internes de l’élaboration des outils de sa puissance.

Restructurer l'ordre occidental dans la mondialisation

À la faveur du sommet de l’OTAN à Strasbourg-Kehl au printemps 2009, le nouveau Président américain a choisi l’Europe comme cadre symbolique de sa première visite à l’étranger. À rebours des attentes locales, cependant, c’est l’occasion pour B. Obama de poser les conditions de la politique européenne qu’il entend conduire : premier acte d’une série de revers, le sommet transatlantique que l’Union européenne appelle de ses vœux est repoussé, et c’est la Turquie qui accueille le 6 avril 2009 le discours fondateur d’une vision européenne ostensiblement élargie aux confins de l’Asie. L’amorce d’une nouvelle donne transatlantique dans un schéma international global est en marche, et établit un cadre européen volontariste et pragmatique.

Devant le Parlement turc, le nouveau Président américain célèbre ainsi la « république » et la « démocratie laïque » turques et, tout en affirmant le soutien américain à l’intégration de ce pays dans l’UE, parachève sa vision des « transitions démocratiques » en cours et à venir. Le constat est posé : « Les démocraties ne peuvent demeurer statiques, elles doivent avancer ».

Réformes institutionnelles, développement d’une société civile forte du respect du droit des minorités et de la liberté de culte et d’expression, soutien à une capacité de médiation diplomatique responsable dans les conflits du Sud-Caucase ou en Méditerranée orientale (Chypre) tracent dès lors les contours de la mission que B. Obama entend confier à une Turquie ayant vocation à devenir le pivot de la gestion des crises régionales au sein d’une Europe renouvelée. Présumée imminente et corollaire de l’engagement de défense dans l’OTAN depuis 1952, l’intégration dans l’Europe trace dès lors les lignes de fuite d’un partenariat occidental élargi que la présidence américaine imagine déjà au Proche et au Moyen-Orient (Syrie, Iran), dans le droit fil de la coalition anti-terroriste au Pakistan et en Afghanistan. Plus largement, Barack Obama entend poser en Turquie – ce « centre de tout », « non pas là où l’Est et l’Ouest se divisent – mais là où ils convergent » – les fondements de la réconciliation des États-Unis avec les pays musulmans par le truchement européen(7).

La nouvelle donne européenne de l’administration américaine englobe donc la périphérie afro-asiatique du Vieux Continent, consacrant ainsi l’Europe comme relais des démocraties occidentales dans « l’arc de crise »(8). En juin 2009 de nouveau, le calendrier des déplacements de Barack Obama embrasse l’Europe méditerranéenne, et les discours qui sont alors prononcés, à Ankara le 6 avril, au Caire le 4 juin, à Accra le 11 juillet, ébauchent une histoire des transitions démocratiques à venir dans cette région du monde(9). Ainsi, le 4 juin, le discours du Caire met-il en lumière l’avènement d’un nouveau cycle mondial post postcolonial, libéré des seules thématiques de l’après-guerre à la veille même de la double commémoration de la libération du camp nazi de Buchenwald et du 65e anniversaire du débarquement de Normandie. En novembre, le 20e anniversaire de la chute du Mur de Berlin se déroule en l’absence du Président américain et consacre la disparition des dernières survivances de la géopolitique de la guerre froide, ainsi que l’explicitera plus tard la secrétaire d’État Hillary Clinton : « En un mot, la diplomatie est devenue plus compliquée. Les blocs de la guerre froide sont dissous, les organisations internationales ont proliféré, des organisations régionales nouvelles ou consolidées ont émergé, de l’Union européenne à l’Union africaine ou au sommet de l’Asie du Sud-Est »(10). Un an plus tard, le Nouveau concept stratégique de l’OTAN élargira le principe de l’Alliance militaire du « monde libre » à « toutes les démocraties européennes » répondant aux critères d’adhésion, tout en faisant sien le désir américain de favoriser la constitution de coalitions ad hoc autour de l’Alliance atlantique. Ainsi l’adjonction de partenaires extérieurs « soucieux de promouvoir une sécurité commune »(11), à l’image de la coalition chargée d’exécuter, sous commandement de l’OTAN, les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU concernant la Libye, permettra-t-elle de jeter un pont entre deux ères.

Une Europe « centrale et marginale » : le temps de l’ « indifférence bienveillante »

À l’image de ce premier Président « cosmopolite » des États-Unis, le « centre » des relations internationales n’est plus manifestement seulement en Europe, mais également et même principalement à la « périphérie » du monde occidental(12). Sécurisée en ce qui concerne ses conflits internes, stabilisée pour ce qui est de ses processus d’intégration successifs, l’Europe est désormais « centrale et marginale » tout à la fois(13). Certes, chacun des textes de cadrage, qui définissent le « nouveau commencement » de la politique étrangère des États-Unis, s’emploie à rappeler la pérennité de ces relations fondatrices du leadership occidental dans la Pax Americana de 1945 et la guerre froide(14). Ainsi que le souligne la Stratégie de sécurité nationale adoptée par Washington en mars 2010, « notre relation avec nos alliés européens demeure la pierre angulaire de l’engagement des États-Unis dans le monde, et un catalyseur pour l’action internationale »(15). Bien que la déchirure irakienne ait imposé une normalisation des relations transatlantiques dès les premiers mois de 2009, la multiplication des nouveaux défis diplomatiques et stratégiques a établi une nouvelle liste de priorités pour les relations occidentales. L’Europe n’en est pas moins la grande absente de la doctrine Obama prônant une nouvelle gouvernance pour le XXIe siècle (21st Century Statecraft). Il semble plutôt que deux axes temporels s’entrecroisent, condamnant du fait de leurs tensions un hypothétique renouvellement des relations euro-américaines.

Les États-Unis reconnaissent l’existence d’un socle européen de défense et de sécurité, dont la capacité opérationnelle s’articule autour de l’axe franco-britannique augmenté désormais du géant économique allemand. Des enjeux importants supposent une entente souvent spontanée et durable (contre-terrorisme), même si elle peut être difficile à mettre en place, comme ce fut le cas des sanctions appliquées à l’Iran dans le cadre multilatéral de la non-prolifération nucléaire. Même si le rappel y est bref, le Rapport quadriennal de défense publié par le Pentagone en 2010 énonce une évidence : « Il est fondamental pour la sécurité des États-Unis qu’il existe un partenariat transatlantique fort, soutenu par les relations bilatérales entre les États-Unis et les gouvernements européens »(16). De ce noyau transatlantique, constitué des États-Unis, du Royaume-Uni, de la France et de l’Allemagne, « partageant une même vision du monde », ont procédé des valeurs communes entendues à Washington comme universelles dans le temps et dans l’espace, et désormais utilisées comme clés de lecture des soulèvements populaires aux confins maritimes et orientaux de l’Europe. Les relations transatlantiques reposent « par essence » sur ce déterminisme historique qui place l’Europe de l’Ouest au fondement des valeurs et des institutions américaines, assurant ainsi la perpétuation d’une « relation spéciale ». Devant le Parlement britannique assemblé à l’abbaye de Westminster le 25 mai 2011, c’est l’Europe tout entière que B. Obama entend rassurer sur le fait que « les États-Unis considèrent toujours le partenariat transatlantique comme le pilier central de l’ordre mondial »(17).

La tentation est grande d’un retranchement derrière une « diplomatie de connivence »(18) censée permettre la prolongation d’un ordre occidental sur le déclin. Pour autant, la réalité du nouvel environnement international impose, selon Washington, une adaptation des relations transatlantiques à l’ascension des puissances émergentes, et un rééquilibrage multipolaire post-occidental, par le biais, notamment, de la recomposition des organes dirigeants des organisations multilatérales (FMI, Conseil de sécurité de l’ONU). Cependant, dans son souci d’acter la fin de l’atlantisme bipolaire fondateur et de procéder à une redistribution des cartes, la négociation de partenariats stratégiques bilatéraux en réseaux, à laquelle s’emploie l’administration Obama, n’en a pas moins marginalisé l’Europe institutionnelle pour réactiver une relation avec la Russie (le fameux Russia Reset(19)) couronnée, fin 2010, par la ratification du traité New START. Quant à la « réinitialisation » des relations avec la Chine, elle s’apparente à la résurgence d’un unilatéralisme concurrent, que les appels américains à la formation d’un G2 Washington-Pékin en temps de crise économique et financière ont encore accentué et qui détourne, lui aussi, les États-Unis de l’Europe.

L’Europe et l’impératif du « burden sharing » multipolaire

Alors que l’Europe a été le point focal de la politique américaine durant un demi-siècle, sa relative stabilité la prédispose désormais à devenir un partenaire co-responsable de la gestion des crises et de la réorganisation de l’ordre mondial dans la paix sur les continents émergents. Le réalisme politique de l’administration Obama, encore avivé par l’accumulation des crises internationales dans le temps accéléré d’un premier mandat qui se voulait refondateur sur le long terme, impose un bilan cruel : « Les États-Unis ne peuvent garantir la stabilité du système international à eux seuls »(20). Le « partage du fardeau », au cœur des attentes américaines depuis la reconstruction européenne d’après-guerre, participe du rapprochement transatlantique afin de faire émerger des centres de pouvoir exogènes et néanmoins complémentaires du leadership occidental. En témoignent l’Europe de l’Ouest, réceptacle premier des migrations transméditerranéennes, tout autant que les expériences les plus abouties de « transition démocratique » en Europe centrale et orientale (B. Obama s’est rendu en Pologne au printemps 2011).

À l’instar de « l’hémisphère » américain, dans son acception idéologique autant que géographique, c’est l’émergence d’un « pôle » en réseaux concentriques, aux dimensions politiques, ethniques, religieuses et culturelles élargies, qui dilue la relation transatlantique pour mieux étendre son rayon d’action. L’Union européenne, qui combine modernisation des technologies de l’information et promotion de la démocratie (par contiguïté géographique dans ses espaces limitrophes et perméabilité des diasporas exilées en son sein), devient un relais de l’Amérique dans ses sphères d’influence privilégiées : le démontrent les efforts visant à endiguer les actes de piraterie maritime (océan Indien) ou, plus largement, le contre-terrorisme. Tête de pont de la « relation spéciale » transatlantique vers le continent, Londres prend acte, le 23 mai 2011, d’un premier accord anglo-américain de sécurité nationale ; le mois suivant, la coopération avec l’Europe est au cœur de la nouvelle stratégie de contre-terrorisme des États-Unis(21). La valeur ajoutée apportée par une coordination efficace est également le moteur des processus civilo-militaires de gestion des crises humanitaires (tremblement de terre en Haïti, protection des civils aux frontières tunisienne et égyptienne de la Libye), sans pour autant parvenir à masquer les intérêts nationaux rivaux, inter-européens autant qu’euro-américains, qui multiplient les divergences.

Dans une Amérique tentée par le repli isolationniste, et face à une Europe fragmentée, la multiplication des forums transatlantiques de « dialogue »(Transatlantic Economic Council, EU-US Dialogue on Development), ajoutée aux rencontres multilatérales institutionnalisées (OTAN, ONU, G8, G20), met en lumière des cultures stratégiques et des réseaux diplomatiques concurrents. Dans une ère de transition à la fois intérieure et extérieure, c’est ce consensus impossible que reflètent les évaluations du rapport 2010 du European Council on Foreign Relations. Pour expliquer le faible taux moyen de convergence entre les politiques américaines et européennes dans les domaines de la défense et de la sécurité, le rapport pointe notamment la disparité des positions en ce qui concerne la politique étrangère européenne commune, combinée à la baisse généralisée des budgets de défense(22). Après les atermoiements d’une partie de l’Europe à soutenir le surge afghan en décembre 2009(23), le Congrès à majorité républicaine invoque à son tour le War Powers Act(24) afin de freiner l’engagement démocrate en Libye dans une « autre » guerre des Européens, à l’instar de deux guerres mondiales que les cercles isolationnistes américains imputèrent à l’inconstance des Européens. Entre temps court du « nouveau commencement » et temps long des défis hérités de la Pax Americana, voire de la Pax Britannica avant elle, nul doute que la reconnaissance d’un État palestinien dans un cadre onusien à l’automne 2011 constituerait une « nouvelle menace » sur la convergence à venir des relations transatlantiques.

L’inflexion européenne de la politique étrangère américaine

Compte tenu des nouveaux défis diplomatiques et stratégiques, de nombreux commentateurs américains regrettent l’absence de redéfinition des relations transatlantiques. Tandis que départements d’État et de la Défense tentent à la fois de constituer un réseau global de « partenariats stratégiques » censé tempérer l’exercice de la puissance américaine, et de coupler une diplomatie active à une puissance militaire en retrait, en Irak puis en Afghanistan, l’administration Obama semble vouloir faire siens certains particularismes diplomatiques européens : activation et protection des réseaux de la société civile, engagement humanitaire, stratégies de « reconstruction et stabilisation » dans l’espace « AfPak » (Afghanistan-Pakistan), en Haïti ou en Somalie, sont la marque de fabrique d’une doctrine Clinton/Obama prompte à associer les traditions du « vieux monde » à l’ambition de modernisation globale du « nouveau monde ».

La mise en avant par le département d’État américain d’une politique de leadership par le pouvoir civil/des civils (Leading Through Civilian Power), focalisée à la fois sur la prévention des crises et la sécurité des populations, la lutte contre le crime organisé ou les dérives du cyberespace, présente en miroir une curieuse intégration du volet traditionnellement européen des relations internationales, hors l’Europe. Alors que l’engagement prioritairement européen en Libye parachève le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN, un processus de médiation de la puissance américaine semble enclenché, qui allie l’annonce de retraits militaires spectaculaires, d’Irak puis d’Afghanistan, à une offensive diplomatique, politique, économique, technologique et culturelle « multi-tâches » visant à renforcer le leadership américain global dans une nouvelle ère, celle du smart power(25). Cette modernisation en cours de l’appareil conceptuel américain, relayé par l’expertise d’une politique inter-agences renforcée, crée les conditions pour une « nouvelle donne » de la puissance européenne ; Washington espère que celle-ci sera soucieuse, à son tour, d’inventer les outils d’une politique diplomatique et de défense volontariste face aux nouveaux défis de la mondialisation.

Notes
(1) Judith A. McHale, « Public Diplomacy and Social Media in Latin America », 29 mars 2011, Johns Hopkins University’s School of Advanced International Studies (SAIS).
(2) Barack Obama, conférence de presse à Singapour, 14 novembre 2009. Theodore Roosevelt, avant lui, aurait sans doute pu s’attribuer le qualificatif.
(3) Selon une stratégie éprouvée en 2008, la popularité internationale d’un Président malmené dans les sondages peut être un atout pour « gagner » la diaspora irlando-américaine à sa cause. Maureen Dowd, « Don’t Be a Stranger », The New York Times, 24 mai 2011.
(4) Richard Haass, « Why Europe No Longer Matters », Washington Post, 17 juin 2011.
(5) « A New Beginning » est le titre du discours prononcé par B. Obama à l’université du Caire le 4 juin 2009, dans lequel le Président américain jetait les ponts d’une réconciliation des États-Unis et, plus largement, du monde occidental, avec les valeurs culturelles et religieuses de la communauté musulmane à travers le monde. Par extension, ce discours fondateur anticipait une offensive diplomatique vers les pays du Sud à la « périphérie » du monde occidental, confirmée depuis par les priorités de son premier mandat.
(6) Annick Cizel, « Le ‘nouveau commencement’ de la politique étrangère américaine : entre changement et continuités », in Anne Deysine (dir.), États-Unis : une nouvelle donne, coll. Les Études, Documentation française, Paris, 2010, pp. 153-187 ; « Repenser les outils du leadership démocratique : la doctrine Obama, An III », in Pascal Chaigneau (dir.), Enjeux diplomatiques et stratégiques 2011, Paris, Economica, 2011, pp. 47-59.
(7) Barack Obama, discours devant le Parlement turc, Ankara, 6 avril 2009.
(8) Née sous la plume du Conseiller pour la Sécurité nationale de Jimmy Carter Zbigniew Brzezinski en décembre 1978, l’expression « arc de crise » dessine aujourd’hui un arc stratégique au large de l’océan Indien et s’étire du sous-continent indien au nord vers le Pakistan, l’Afghanistan et l’Asie centrale, en incluant la Corne de l’Afrique et le Yémen autour de la mer Rouge, jusqu’à l’Afrique du Nord et la Libye en Méditerranée centrale, avec le Proche et le Moyen-Orient en son cœur. Voir Annick Cizel, « La politique étrangère de l’administration Obama dans ‘l’arc de crise’ », conférence, 184e session régionale de l’IHEDN, Besançon, 16 mars 2011.
(9) À Accra le 11 juillet, le Président américain déclarait en préambule : « Tout d’abord, nous devons apporter notre soutien aux gouvernements démocratiques forts et durables. Ainsi que je l’ai dit au Caire, chaque nation doit donner vie à la démocratie à sa manière ».
(10) « Leading through Civilian Power », Quadrennial Diplomacy and Development Review, novembre 2010, p. 37.
(11) Nouveau concept stratégique de l’OTAN, novembre 2010.
(12) Il n’existe pas d’expression recouvrant les sens multiples que revêt l’expression anglaise « benign neglect », souvent utilisée en référence aux relations transatlantiques depuis 2009. Roger Cohen, « Europe and Benign Neglect », The New York Times, 6 septembre 2010.
(13) Justin Vaïsse, « Europe after Five Months of the Obama Administration : Central and Sidelined », Brookings Institution, 4 juin 2009.
(14) L’expression Pax Americana, inspirée de la Pax Romana scellée par l’Empire romain, est une référence à la prépondérance des États-Unis dans le « nouvel ordre mondial » institué sous leadership occidental après la Second Guerre mondiale, notamment par le biais des institutions multilatérales (ONU, FMI, Banque mondiale, GATT) articulées autour d’une relation transatlantique rassemblée autour des valeurs « occidentales » (droit des peuples à l’autodétermination, libertés individuelles et de culte, libre entreprise et libre-échange...) dans l’anticommunisme de guerre froide. Par sa volonté de démantèlement des empires européens, dans le droit fil des principes édictés par les « Quatorze Points » de Woodrow Wilson en 1918, la domination américaine mit de fait un terme à la Pax Britannica scellée autour des empires coloniaux du XIXe siècle.
(15) National Security Strategy, mai 2010, p. 41.
(16) Quadrennial Defense Review, 12 février 2010, pp. 57-58.
(17) Stewart M. Patrick, « Obama’s Timely Transatlantic Message », 25 mai 2011, pour le Council on Foreign Relations.
(18) Bertand Badie, La Diplomatie de connivence : les dérives oligarchiques du système international, Paris, La Découverte, 2011.
(19) L’expression Russia Reset évoque le rapprochement entre Washington et Moscou effectué depuis la fin de l’ère Bush. Le soutien de ce dernier à l’incorporation de l’Ukraine et de la Géorgie dans l’OTAN avait refroidi les relations entre les deux gouvernements, au-delà des crises ukrainienne et géorgienne de 2006-2008.
(20) Quadrennial Defense Review, 12 février 2010, p. 57.
(21) La Maison-Blanche, National Strategy for Counterterrorism, juin 2011.
(22) L’évaluation est la suivante : libéralisation du commerce et relations générales : B ; coopération sur les questions de sécurité européenne : C+ ; Coopération sur les questions régionales et globales : B- . Voir Justin Vaïsse, Hans Kudnani  et al., European Council on Foreign Relations Scorecard 2010, p. 59.
(23) La France et l’Allemagne, par exemple, répugnèrent de prime abord à accéder aux demandes américaines d’effectifs supplémentaires, limitant la fonction de ces derniers à l’entraînement des forces de police afghanes. Une évaluation de l’engagement militaire des pays membres de la Force internationale d’assistance et de sécurité (FIAS) de l’OTAN entre janvier 2009 et juin 2011 montre une augmentation des effectifs européens de 7 % (Danemark, Royaume-Uni) à 152 % (Roumanie). Paris (36 %) et Berlin (39 %) demeurent loin derrière la Pologne (61 %), l’Italie (65 %), l’Espagne (99 %) et la Turquie (123 %). Seuls l’Islande, les Pays-Bas et la Norvège ont vu leurs effectifs décroître entre ces dates.
(24) Le War Powers Act (1973) fut voté par le Congrès américain après la guerre du Vietnam dans l’espoir de limiter la capacité de l’exécutif américain à engager le pays dans un conflit armé au-delà des conditions d’intervention instituées dans la Constitution.
(25) Le concept de smart power est entendu comme une combinaison « intelligente » des concepts phares de hard power (puissance économique et militaire) et soft power (puissance par l’influence et la persuasion) définis par l’ancien conseiller de Bill Clinton Joseph S. Nye ; Voir Richard L. Armitage & Joseph S. Nye, Jr., A Smarter, More Secure America, CSIS Commission on Smart Power, Center for Strategic and International Studies, Washington, D.C., 2007.

* Maître de conférences, Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3.

Pour citer cet article : Annick Cizel, « Sécurité transatlantique. Les défis de la nouvelle donne américaine », Grande Europe n° 34, juillet 2011 - La Documentation française © DILA

 

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