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Moldavie. Désamour et amour pour la Russie, par Nicolas Trifon

[Moldavie. Désamour et amour pour la Russie, par Nicolas Trifon], pour plus d'information, consulter la description longue en dessous de cette illustration

Le Président moldave, Vladimir Voronine, accueille à Chisinau, le 12 novembre 2005, le patriarche de Moscou et de toutes les Russies, Alexis II, venu pour une visite de deux jours.
AFP / Bagdan Tudor – novembre 2005

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Mis à jour le 12/03/2011

Introduction

Les relations qu’entretient la Moldavie avec la Russie sont très spécifiques et ne reflètent pas une simple situation de dépendance politique et économique, fruit d’une histoire mouvementée. La réalité se révèle plus complexe.


Moldavie. Désamour et amour pour la Russie

Nicolas Trifon*

Si elle a cessé depuis longtemps de surprendre, l’indépendance de la République de Moldavie, proclamée voici deux décennies, n’en continue pas moins d’alimenter des interrogations en raison des liens étroits qui rattachent cette ancienne république soviétique à l’héritière de droit et de fait de l’URSS, la Fédération de Russie. La dépendance à l’égard de cette dernière est telle, en effet, qu’elle peut à tout instant mettre en péril la viabilité de l’État moldave.

Une relation plus complexe qu’il n’y paraît

Cette situation remonte à l’établissement des frontières à l’intérieur de l’espace soviétique de l’ancienne province de l’Empire russe (1812-1917) puis du royaume roumain (1918-1940 et 1941-1944), connue sous le nom de Bessarabie. Elle s’est vue amputée à cette occasion de territoires situés au nord et au sud et agrandie, à l’est, d’une bande de terre longeant la rive gauche du Dniestr qui avait servi d’avant-poste à la reconquête soviétique après la mise en place d’une république soviétique autonome moldave en 1924. La sécession de fait de ce territoire, la Transnistrie, où l’armée roumaine avait perpétré de graves exactions pendant la Seconde Guerre mondiale(1) a eu lieu avant même la proclamation de l’indépendance de la République de Moldavie(2), privant le nouvel État indépendant de l’essentiel de son industrie édifiée à l’époque soviétique. Aussi, la Russie bénéficie-t-elle dans ses relations  avec la Moldavie d’un atout de taille, la république autoproclamée du Dniestr, ce qui lui permet de se poser en juge et partie dans les négociations en cours, en reléguant les émissaires de l’Union européenne au rôle de simples observateurs.

Enfin, la dépendance de Chisinau sur le plan économique est patente, qu’il s’agisse des importations (d’hydrocarbures) ou des exportations (agricoles) vers la Fédération de Russie, résultat de la politique en matière de développement menée à l’époque soviétique(3). La saga du vin moldave sur le marché russe en dit long sur les moyens de pression dont dispose Moscou. En 2004 encore, 63,5 % du vin consommé dans la Fédération de Russie provenait de Moldavie. L’année suivante, Moscou décidait l’arrêt des importations du vin moldave en rétorsion contre l’orientation pro-européenne de Chisinau. Après la reprise des livraisons à l’été 2007, la Moldavie a pu reconquérir jusqu’à un tiers du marché russe mais, début juillet 2010, peu après la décision du Président par intérim, Mihai Ghimpu, de décréter le 28 juin « journée de commémoration de l’occupation soviétique », le vin moldave était déclaré impropre à la consommation par les autorités sanitaires russes et à nouveau bloqué aux frontières(4).

Les autorités moldaves sont conscientes des limites de leur marge de manœuvre, les solutions en vue étant peu engageantes : la réunification avec la Roumanie n’a jamais été envisagée sérieusement, les perspectives européennes demeurent floues, tandis que les négociations menées pour reconfigurer l’espace post-soviétique n’ont pas abouti aux résultats escomptés. Si leur refus de trancher est compréhensible, leur attentisme, de même que l’absence de réaction d’envergure de la part de la population sur ce point amènent à soulever une autre question : les liens qui unissent les habitants de la République de Moldavie à la Russie ne seraient-ils pas plus étendus et d’une tout autre nature que ceux évoqués ci-dessus ? Autrement dit, ne découlent-ils pas d’autre chose que d’une action concertée, d’une stratégie délibérée ?

C’est peut-être sur ces liens, d’ordre culturel surtout, que repose en République de Moldavie entre les russophones et les roumanophones et entre la République de Moldavie et la Russie le modus vivendi, très spécifique, que l’on n’observe pas ailleurs. Mais ces relations alimentent aussi un certain malaise qui freine la recherche d’une sortie de crise. Nous nous contenterons ici de les pointer, dans le désordre, sans prétendre à l’exhaustivité ni vouloir les traiter systématiquement, tels qu’elles se donnent à voir dans un contexte marqué par les effets à retardement de la disparition de l’URSS et par les ratés des retrouvailles avec la Roumanie. Ces ratés ont conduit de nombreux observateurs à s’interroger avant tout sur ce qui éloigne le nouvel État indépendant de son voisin à l’ouest. Se pencher au contraire sur ce qui le rapproche de la Russie peut aider à acquérir une vision plus équilibrée de la situation.

Une langue en commun

Le poids de la russophonie par le passé, de nos jours et à l’avenir est sans doute l’aspect sur lequel le contraste avec la Roumanie est le plus saisissant. Peu appréciée  par les Roumains de Roumanie, la russophonie constitue en République de Moldavie une réalité tout aussi complexe qu’incontournable. Même si la majorité des Moldaves ont pour langue maternelle le roumain moldave, il y a encore de nos jours davantage de citoyens de ce pays, toutes nationalités confondues, qui parlent le russe(5). Certains auteurs moldaves n’hésitent d’ailleurs pas à rappeler le fait, trop souvent perdu de vue, que le russe occupait déjà pendant l’entre-deux-guerres une place dominante(6). Des changements de taille sont cependant intervenus depuis lors, la roumanophonie ayant marqué des points.

S’il a traversé des moments de turbulence au tout début, en raison de diverses provocations mais aussi de malentendus, le rapport des roumanophones à la langue russe et à ses locuteurs demeure plutôt positif et s’inscrit dans une certaine continuité au regard de la situation d’avant 1989. Par contre, c’est le rapport des russophones au roumain, en termes aussi bien de prestige que de pratique de la langue qui a été bouleversé. Davantage que les incantations anti-impérialistes du début des années 1990 – quand le chauvinisme grand-russe était rendu responsable de tous les maux –, c’est la prise de conscience à l’échelle du pays, après la dislocation de l’URSS, d’une situation objectivement discriminatoire pour la majorité de ses habitants roumanophones qui a été déterminante et a fait évoluer la posture des russophones.

D’aucuns déplorent l’octroi automatique, dès la proclamation de l’indépendance, de la citoyenneté moldave à tous les résidents dans ce pays et surtout la non-application de la législation favorisant l’usage du roumain, en faisant remarquer que cette attitude modérée n’a pas été appréciée à sa juste valeur par les porte-parole des russophones et l’opinion publique internationale. Cependant, si cette attitude a ralenti l’extension de la pratique du roumain, elle ne l’a pas empêchée et, surtout, elle n’a pas accentué les tensions avec les russophones comme cela s’est passé dans les États baltes. De nos jours, à Chisinau, les enfants issus de familles roumanophones, continuent d’ailleurs souvent d’apprendre le russe, signe d’urbanité(7) et fenêtre vers le monde extérieur.

La redécouverte, pour certains, la découverte tout court pour beaucoup d’autres, du monde roumain puis occidental n’ont pas entraîné l’abandon des références au monde russe. De ce point de vue aussi, la différence est saisissante non seulement avec les États baltes mais aussi avec certains autres du Caucase ou d’Asie centrale. Après une brève ellipse, émaillée de prises de position à l’emporte-pièce, l’esprit d’ouverture vis-à-vis de la Russie a fait sa réapparition en Moldavie, comme en témoigne cette profession de foi de la députée du Parti libéral (proroumain) Ana Gutu, lorsqu’elle évoque l’ « empreinte colossale » laissée dans son « esprit de future linguiste et professeure » par la littérature à laquelle elle a eu accès grâce au russe(8).

Le choc des cultures

Avec le recul du temps, on s’accorde en général pour estimer que les tensions et les conflits engendrés par la question nationale, fortement médiatisés, ont été relativement de courte durée. Mis à part la République moldave de Transnistrie, résolument anti-roumaine, les rapports entre les russophones et les roumanophones se sont progressivement détendus après la fin de la guerre de 1992(9). En revanche, la confrontation entre la culture politique russo-soviétique et celle de la Roumanie et des pays occidentaux ayant pris pied ces derniers temps dans l’ancien espace soviétique s’est révélée plus durable et d’une extrême intensité. L’anti-roumanisme paroxystique hérité de l’URSS allait se montrer plus résistant que le nationalisme anti-russe aux accents de Grande Roumanie. Ce dernier allait se retrouver assez vite en porte-à-faux, le contexte étant bien différent de celui de la Roumanie, ne serait-ce qu’en raison du poids des russophones et de l’existence de traditions de vie en commun dans l’ancienne Bessarabie.

Les jeunes et moins jeunes Moldaves aspirant à la réappropriation d’une culture roumaine dont ils avaient été privés et au rapprochement avec le monde occidental ne tarderont pas à saisir la lourdeur et les accents national-communistes de la rhétorique des grandes signatures qui avaient mobilisé la population lors de la chute du régime communiste, notamment à travers la revue Literatura si arta de l’Union des écrivains. Le nationalisme professé par ces derniers, proches parfois du Parti extrémiste Grande Roumanie, allait se trouver marginalisé en raison justement de son incompatibilité avec les valeurs occidentales(10). De ce point de vue, la Moldavie allait prendre le train européen en même temps que la Roumanie, pays faisant figure désormais moins de point de mire que de passage obligé vers l’Europe. Enfin, si, pour ce qui est de la roumanophobie, il est toujours difficile de faire la part de la mémoire historique et du matraquage idéologique d’antan, force est de constater que les thèses nationalistes et impériales russes tendent à prendre la place de la rhétorique universaliste soviétique.

Guère attractif pour les russophones, le pôle culturel et politique roumain n’a pas fait la percée attendue parmi les roumanophones. Mais, plutôt que de radicaliser les positions sur le plan national, ce demi-échec a conduit à une accélération du processus de rapprochement avec les valeurs occidentales. La vraie surprise, depuis la seconde partie des années 1990, a été le retour en force de l’influence russe, y compris parmi les roumanophones, et notamment parmi les laissés-pour-compte du post-communisme. D’avril 2001 à septembre 2009, tout au long de la présidence de Vladimir Voronine, par ailleurs chef d’un Parti des communistes régnant sans partage, la société moldave dans sa majorité était parfaitement en phase avec la Russie de Poutine. Dmitri Medvedev et Vladimir Poutine font d’ailleurs partie des personnalités plébiscitées en Moldavie, tandis que l’autoritarisme de V. Voronine ne l’a pas pour autant privé d’un certain soutien populaire. Les manifestations des 6 et 7 avril 2009(11), qui mettaient frontalement en cause la mainmise du Parti des communistes de Moldavie sur le pays au lendemain des élections législatives en partie truquées, vont marquer un tournant en permettant à l’opposition de revenir à la tête de l’État. A noter, cependant, que tant l’arrivée des communistes au pouvoir que leur retour dans l’opposition ont eu lieu dans des conditions jugées conformes aux standards démocratiques, tandis que V. Voronine n’a pas connu la dérive dictatoriale du Président biélorusse, Alexandre Loukachenko. Cela étant, il n’y a pas eu non plus de révolution de couleur comme en Ukraine(12). Pour mettre en lumière les clivages qui caractérisent de nos jours encore la Moldavie, il suffit de penser aux positions qui s’y affrontent à propos de la Seconde Guerre mondiale : pour les uns, la Bessarabie a été occupée par l’Armée rouge dans la foulée de l’entente entre Staline et Hitler, pour les autres – V. Voronine, la plupart des russophones mais aussi nombre de roumanophones –, cette province a été libérée du joug des fascistes roumains.

Le poids de l’Église et de la tradition

L’Église, et plus largement la religion orthodoxe, ses rituels et ses sermons, jouent un rôle clef dans les liens qui unissent la Moldavie à la Russie. L’enjeu des débats et manœuvres qui secouent le monde orthodoxe moldave ces derniers temps n’est évidemment pas seulement d’ordre ecclésiastique.

Peu après la proclamation de l’indépendance moldave, en 1992, le patriarcat de Bucarest a entrepris de restaurer l’archevêché (mitropolie) de Bessarabie, qui était sous sa juridiction pendant l’entre-deux-guerres. Il n’y est parvenu qu’au bout de dix ans de controverses et après l’intervention de la Haute Cour des droits de l’homme de Strasbourg en 2001. Toutefois, son influence sur place demeure marginale puisque la plupart des paroisses sont restées fidèles à l’archevêché de Chisinau et de toute la Moldavie, qui dépend du patriarcat de Moscou et dont l’existence remonte à l’instauration du pouvoir soviétique en Bessarabie(13). Quelles sont les raisons de cet échec ? Au premier rang, sans doute, l’attitude des autorités moldaves. Un des secrets de la longévité des communistes au pouvoir et de leur popularité jusqu’à nos jours est d’avoir su faire son alliée de l’Église, l’institution à laquelle les Moldaves accordent le plus confiance. Les unes de Moldova suverana, le quotidien proche des communistes, à la veille des fêtes religieuses, les éditoriaux enflammés rendant hommage aux valeurs chrétiennes, ou encore les apparitions du président Voronine au milieu d’une foule colorée de prêtres en habits solennels lors des grandes cérémonies orthodoxes, médiatisées à souhait, ne trompent pas. Partenaire ravie et comblée, l’Église ne manque pas de manifester sa reconnaissance. Peu après son intronisation, en janvier 2009, le nouveau patriarche de Moscou, Kiril Ier, a félicité les autorités moldaves pour leur politique en matière religieuse, tandis que Vladimir Voronine rappelait la symbiose entre l’Église et le peuple et les actions entreprises pour « la renaissance de l’Église orthodoxe » dans son pays(14). Les pressions exercées par le patriarcat de Moscou ont certes également joué un rôle, mais elles ont été quelque peu neutralisées par la contre-offensive du patriarcat de Bucarest. Dans les deux cas, les aides accordées à l’Église, souvent substantielles, ont été accompagnées d’un discours empreint de références nationalistes, côté roumain, et impériales côté russe, les évocations de la Sainte Russie étant à nouveau de mise.

Le fait d’apparaître comme un diviseur n’est pas le seul handicap du patriarcat de Bucarest. Son homologue de Moscou bénéficie d’un atout de taille : il peut se prévaloir de la tradition et avancer des arguments de poids à l’appui. L’orthodoxie bessarabienne n’a-t-elle pas été régie par Moscou tout au long du régime tsariste ? L’entrée de la Bessarabie dans le giron de la Roumanie n’a-t-elle pas rencontré la résistance de plusieurs évêques attachés au patriarcat de Moscou ? En Moldavie occidentale, comme en Valachie, le slavon n’était-il pas la langue de culte et de culture jusqu’au milieu du XVIIIe siècle(15) ? N’a-t-on pas observé le maintien en usage des caractères cyrilliques après l’adoption de la loi introduisant l’alphabet latin en 1864 ? N’est-ce pas l’Église roumaine qui s’est alignée sur les catholiques en optant pour le calendrier grégorien en 1922 ? Autrement dit, n’est-ce pas l’Église roumaine, autocéphale depuis 1885 et élevée au rang de patriarcat en 1925 seulement qui, en fin de compte, a rompu avec la tradition en s’occidentalisant et en s’éloignant de ses sœurs slaves ? Tout cela est vrai, et met dans l’embarras bien des adeptes du nationalisme roumain qui se réclament, eux aussi, de la tradition et de l’orthodoxie. Mais l’Église n’est pas tout et le véritable enjeu réside dans le rapport à la modernité plutôt qu’à la tradition.

Sans doute, les liens les plus déconcertants entre la Moldavie actuelle et la Russie consistent-ils dans ce rapport à la tradition. Les « moldovénistes », c’est-à-dire les partisans d’une langue et d’une histoire moldaves distinctes - et sur certains point opposées - de la langue et de l’histoire roumaines, ne s’y trompent pas en puisant leurs arguments dans ce décalage entre la tradition conservée en Moldavie et la modernité roumaine. La Roumanie moderne s’est faite en partie contre une Russie défaite lors de la guerre de Crimée en 1856, en rupture avec le monde slave, au nom de son appartenance linguistique à la romanité, avec le soutien de l’Occident, à une époque où la Bessarabie était russe. La tradition n’est pas sortie indemne de ce rapprochement accéléré avec l’Occident, les artisans de la Roumanie moderne n’ayant pas hésité à la reconsidérer et à la corriger. Il suffit d’examiner, même superficiellement, le processus néologistique pendant la seconde partie du XIXe siècle pour saisir le changement d’orientation opéré. De ce point de vue, en effet, l’identification des habitants de la République de Moldavie avec la « mère-patrie » n’a rien d’automatique. L’entre-deux-guerres a été trop bref pour que l’État nation roumain laisse une empreinte durable. Mais c’est aussi sur ce point, qui gêne tant les adeptes du « roumanisme » en tous genres, que l’on retrouve les limites des projets « moldovénistes », limites déjà perceptibles à l’époque soviétique. Tous les efforts visant à édifier une nation et à codifier une langue à part ont débouché sur des résultats peu viables, parfois fantaisistes et, à chaque fois, c’est le roumain en vigueur en Roumanie qui tout naturellement s’imposait comme langue standard(16). Persévérer dans cette voie reviendrait à affaiblir les positions du roumain moldave au bénéfice du russe.

En guise de conclusion, force est de reconnaître que les deux positions en lice présentent des travers similaires : les uns surestiment ces liens qui découlent à leurs yeux d’une histoire partagée et qui ne manqueront pas de déterminer l’avenir du pays, les autres les minimisent, lorsqu’ils ne prétendent pas les abolir d’un coup de baguette magique, car, selon eux, ils ont été imposés par une histoire injuste. Juste ou injuste, l’histoire est là et il faut faire avec. Mais le plus grand tort serait de considérer la situation léguée par l’histoire moldave, russe, roumaine et soviétique comme immuable en se refusant de prendre en compte les changements, souvent non prévus, parfois contrariants, survenus ces dernières années. Dans ce sens, on peut penser que l’évolution de la République de Moldavie continuera de nous réserver des surprises.

Notes
(1) Florin Turcanu, « Roumanie, Bessarabie, Transnistrie : représentations d’une frontière contestée, 1916-1944 », in Sophie Cœuré et Sabine Dullin (sous la direction), Frontières du communisme, La Découverte, Paris, 2007, pp. 118-143.
(2) Autoproclamée le 2 septembre 1990, la République soviétique socialiste moldave de Transnistrie déclarera son indépendance le 25 août 1991, soit deux jours avant celle de la République de Moldavie, abandonnant au passage les qualificatifs de « soviétique » et de « socialiste ».
(3) On se reportera sur ce sujet aux conjonctures annuelles publiées par le Courrier des pays de l’Est entre 1993 et janvier 2008, La Documentation française, Paris.
(4) Vasile Martin, « Redutele de pe piata mondiala a vinului : cînd si cu ce le cucerim », Moldova suverana, 10 janvier 2011.
(5) Selon l’ « ethnobaromètre », réalisé en décembre 2004 par l’Institut moldave de marketing et de sondage IMAS, 62 % des Moldaves déclaraient parler très bien ou bien le russe alors que 30 % des Ukrainiens citaient le roumain moldave (contre 94 % le russe), 32 % des Russes le roumain moldave et 3 % des Gagaouzes le roumain moldave (contre 89 % le russe). Moldaves et Roumains représentaient, selon le recensement réalisé en octobre 2004, 75,8 % de la population, les Ukrainiens 8,4 %, les Russes 5,6 % et les Gagaouzes 4,4 %. Ces sondages et recensements n’ont pas pu être réalisés en Transnistrie. Lors du dernier recensement de l’époque soviétique (janvier 1989), le roumain moldave n’était maîtrisé comme seconde langue que par 13 % des Ukrainiens, 11 % des Russes, 4 % des Gagaouzes alors que le russe était la seconde langue de 53 % des Moldaves, 43 % des Ukrainiens, 73 % des Gagaouzes. Si on ajoute à ces données le fait que 37 % des citoyens se déclarant de nationalité ukrainienne avaient comme langue maternelle le russe (contre 5 % des Moldaves), on réalise aisément le poids du bloc russophone à cette époque.
(6) Même si les Russes ne constituaient alors que 12 % de la population, la langue russe a conservé son statut de langue de communication en Bessarabie roumaine à la fois par inertie et par nécessité puisqu’elle permettait aux minorités (environ un tiers de la population) de communiquer entre elles et avec les autochtones. Voir Silvia Grossu, Gheorghe Palade, in Biblioteca municipala B.P. Hasdeu (Chisinau, Moldavie), et Bibliotheca municipala M.V. Lomonosov (Chisinau, Moldavie) ; Presa basarabeana de la inceputuri pîna în anul 1957, éd. Lidia Kulikovski, Chisinau : Epigraf, 2002, pp. 22-41.
(7) Pendant longtemps, le russe était de mise en ville, alors que le roumain moldave était parlé surtout à la campagne. À noter que la population rurale est passée de 57,9 % en 1989 à 61,4 % en 2004, en raison de la sécession de la Transnistrie.
(8) Ana Gutu, « En République de Moldova, des langues et des identités », in Eric Le Bourhis (dir.), Politiques et pratiques linguistiques, Regard sur l’Est, n° 51, 28 mars 2009. Consulté le 12.09.2009).
(9) À peine admise à l’ONU, le 2 mars 1992, la République de Moldavie, sous la houlette du président Mircea Snegur, a tenté de reprendre par la force le contrôle des territoires en sécession. Sans succès comme en témoignent les conditions dans lesquelles fut signé le 21 juillet le cessez-le-feu. La participation de militaires de la XIVArmée russe, toujours stationnée en Transnistrie, et de formations de volontaires russes et cosaques est souvent avancée pour expliquer la défaite de l’armée moldave, peu préparée à de telles opérations. Des estimations contradictoires circulent sur le nombre de morts, parmi lesquels de nombreux civils : aux alentours de 1 000 côté moldave, un peu plus côté transnistrien.
(10) Les allusions nauséabondes aux inconvénients des mélanges entre les peuples auxquelles s’est livré l’écrivain Nicolae Dabija dans un article paru sous le titre « Les femmes russes » dans Literatura si arta datée du 1er avril 2005 ont suscité par exemple des réserves unanimes et des protestations publiques. Ce texte portait sur le rôle (supposé) des femmes russes dans la russification du pays et dans le contrôle des élites par Moscou.
(11) Aux lendemains des élections législatives du 5 avril remportées par le Parti des communistes de Moldavie, plusieurs milliers de personnes ont pris d’assaut le Parlement pour protester contre un scrutin, selon eux, truqué ; l’affrontement avec les forces de l’ordre occasionna plusieurs dizaines de blessés et causa la mort d’au moins trois manifestants.
(12) Voir Agnès Bon, « Moldavie : la révolution de couleur n’aura pas lieu », Grande Europe, n° 11, août 2009.
(13) Cristian Tiberiu Popescu, « L’Église moldave entre les Patriarcats de Moscou, Constantinople et Bucarest », Revue d’études comparatives Est-Ouest, n° 4, vol. 35 (2004), pp. 191-198.
(14) Cf. http://www.europalibera.org/archive/news/20090318/445/445.html?id=1512630
(15) Cf. Matei Cazacu, « Moines savants et popes ignorants » in Dominique Iogna-Prat et Gilles Veinstein (sous la dir.), Histoires des hommes de Dieu dans l’islam et le christianisme, Flammarion, Paris, 2003, pp. 147-174.
16) Voir notamment Michael Bruchis, One step back, two steps forward : on the language policy of the Communist Party of the Soviet Union in the National Republics (Moldavian : a look back, a survey, and perspectives, 1924-1980), Boulder, Colo., East European monographs, New York, Columbia university press, 1982.

* Linguiste, auteur, avec Matei Cazacu, de La République de Moldavie : un État en quête de nation, Non Lieu, Paris, 2010.

Pour citer cet article : Nicolas Trifon, « Moldavie. Désamour et amour pour la Russie », Grande Europe n° 30, mars 2011 - La Documentation française © DILA

 

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