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Le consommateur belge à la recherche de nouvelles pratiques, par Marc Vandercammen

[Le consommateur belge à la recherche de nouvelles pratiques, par Marc Vandercammen], pour plus d'information, consulter la description longue en dessous de cette illustration

Principales préoccupations des consommateurs belges.
M. Vandercammen, Les consommateurs et la crise, CRIOC, septembre 2009

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Mis à jour le 12/10/2009

Introduction

Selon plusieurs sondages, les consommateurs belges sont désormais davantage préoccupés de la baisse de leur pouvoir d’achat que des risques d’éclatement de leur pays et estiment avoir changé leurs habitudes de consommation, notamment en matière d’alimentation et de transports, tout en sacrifiant les loisirs.


Le consommateur belge à la recherche de nouvelles pratiques

Marc Vandercammen*

Vouloir comprendre la crise économique et financière dans toutes ses dimensions sociales revient à s’intéresser non seulement aux indicateurs macroéconomiques et sociaux mais aussi aux comportements des consommateurs. Tel est le cas, ici, de la Belgique où la crise, comme dans nombre de pays européens, est profonde : 400 000 ménages, soit 9 % d’entre eux ne parviennent plus, au quotidien, à faire face à leurs factures et 1,5 million de personnes, soit 14 % de la population totale, vit avec moins de 860 euros par mois. Face à cette situation, un nouveau concept, utilisé notamment par les syndicats, est apparu, celui du «travailleur pauvre» qui vise à désigner tous ceux qui touchent un salaire si bas qu’il se suffit plus à satisfaire leurs besoins essentiels.

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L’impact de la crise sur les consommateurs

Au-delà des chiffres, les perceptions des consommateurs se révèlent de précieux indicateurs sur l’état de l’opinion publique face à la crise. Au terme de trois sondages effectués successivement en février et en août 2008, puis en août 2009, la montée du chômage, la baisse du pouvoir d’achat et la pauvreté apparaissent désormais comme les principales préoccupations des personnes interrogées.

Principales préoccupations des consommateurs belges copie

Ainsi, la crise institutionnelle et les risques d’éclatement de la Belgique ne s’inscrivent plus dans l’univers des peurs que pour un consommateur sur quatre, preuve, s’il en est, que la perception de la crise est aiguë, reléguant au second plan la question pourtant très sensible des institutions. En effet, en février 2008, l’hypothèse d’un éclatement de la Belgique était pour 26 % des personnes interrogées, un facteur majeur d’inquiétude ; aujourd’hui, ils ne sont plus que 12 %. A l’inverse, en l’espace de quelque six mois, la montée du chômage, la pauvreté et la baisse du pouvoir d’achat suscitent une inquiétude nettement plus importante que par le passé alors qu’un consommateur sur deux est très sensibilisé au risque de la perte de son emploi.

Les Européens face à la crise

Une enquête menée par Eurobaromètre au début de 2009 fait ressortir trois constats : l’inquiétude que l’ensemble des citoyens de l’Union européenne ressentent face à la crise financière internationale ; leur souhait d’actions mieux coordonnées au niveau communautaire ; des interprétations nationales divergentes quant au rôle de l’euro.

L’impact de la crise

Pour 90 % des personnes interrogées, la crise a des conséquences graves sur l’économie mondiale et européenne, les réponses variant très peu d’un État membre à l’autre. Les plus inquiets quant aux conséquences de la crise sur l’économie mondiale sont les Grecs et les Slovaques (98 %), les Chypriotes et les Néerlandais (97 %), les moins préoccupés (relativement) sont les Portugais (80 %), les Lettons et les Italiens (85 %). En ce qui concerne les effets sur l’économie européenne, les appréciations sont très similaires.

Pour ce qui est de l’avenir, une large majorité d’Européens (81 %) estime que la crise économique et financière aura encore des conséquences importantes pour l’économie mondiale et européenne dans les cinq prochaines années. Les pessimistes sont les plus nombreux en Grèce et en Slovaquie (93 %) mais également au Luxembourg (90 %).

L’inquiétude est également manifeste à propos des économies nationales. Ainsi, l’Estonie, la Grèce et la Hongrie sont les États membres où la proportion de citoyens redoutant un impact négatif sur l’économie de leurs pays respectifs est la plus élevée (97 %). Les Danois semblent les plus optimistes à la fois pour le présent et pour le futur : 77 % pensent que les conséquences sont importantes à l’heure actuelle et ils ne sont que 45 % à affirmer que pour les cinq années à venir l’impact sera considérable.

Les peurs semblent moins fortes au niveau personnel. Plus de la moitié des répondants (58 %) disent ressentir les conséquences de la crise sur leur situation individuelle et 56 % s’attendent à être touchés de façon sensible dans les cinq années à venir. Les variations entre États membres sont plus prononcées que dans le cas des deux autres questions : c’est en Grèce et en Hongrie (88 %) ainsi qu’en Estonie (82 %) que les proportions de réponses affirmatives sont les plus élevées ; elles sont les plus faibles dans trois pays scandinaves : Danemark (22 %), Suède (24 %) et Finlande (27 %).

Les acteurs les plus efficaces face à la crise

Les opinions des Européens à ce sujet sont sans équivoque : 44 % d’entre eux considèrent que les États membres ont réagi de manière individuelle face à la crise, contre 39 % estimant qu’ils ont coordonné leurs efforts. En revanche, ils sont 61 % à appeler de leurs vœux une coordination des politiques, les Britanniques, les Roumains, les Danois et les Autrichiens, même s’ils partagent majoritairement cette position, se déclarant, à hauteur respectivement de 41 %, 36 %, 33 % et 33 %, favorables à l’adoption de mesures individuelles.

Toutefois, à la question de savoir quels sont les acteurs les mieux armés pour lutter efficacement contre la crise financière mondiale, les réponses sont marquées par de très fortes différences entre les États membres. En moyenne, 25 % désignent le G8 contre 17 % qui choisissent l’Union européenne, 15 % les États-Unis et 14 % le gouvernement de leur propre pays.

Le rôle de l’euro

Quand on interroge les Européens sur le rôle de bouclier qu’a pu jouer l’euro face à la crise, ils émettent des avis fort divers : en moyenne, ils sont 44 % à considérer que les pays ayant adopté la monnaie unique n’ont pas été mieux protégés que les autres, contre 39 % qui pensent le contraire et 17 % qui ne se prononcent pas. L’image de l’euro varie considérablement d’un État membre à l’autre. Pour autant, lorsqu’on se limite aux pays de la zone euro, une majorité de personnes interrogées dans douze des seize États membres est convaincue que l’ancienne monnaie nationale, si elle avait été conservée, n’aurait pas fait mieux ; dans ce panel figurent les deux pays qui ont le plus œuvré à la création de la devise européenne, la France et l’Allemagne.

Source : Les Européens et la crise financière, Eurobaromètre Standard (EB 71), 27 mars 2009.

La rédaction

Depuis 2008, on observe une certaine adaptation des consommateurs belges au nouveau contexte économique et financier. Même si certaines catégories restent privilégiées, les ménages ont diminué leurs dépenses, quel que soit le poste concerné. Les principales économies réalisées portent sur les dépenses d’électricité et de chauffage, ce qui s’explique principalement par la baisse des prix des produits pétroliers. Certaines activités ont été restreintes, voire supprimées telles que les sorties, les loisirs ou les voyages et certains achats touchant à des domaines comme la voiture, l’habillement, les télécommunications ont été différés.

Durant les six premiers mois de l’année 2009, les consommateurs ont continué de réduire l’ensemble de leurs dépenses, même si ces baisses, à l’exception de l’alimentation, sont moins importantes qu’au cours de l’année précédente.

L'évolution des dépenses des ménages en 2008 et 2009 copie

Les postes les plus concernés sont les mêmes que ceux cités en février 2009 : dépenses d’électricité, chauffage et eau, sorties, usage de la voiture, voyages, loisirs et vêtements.

Stratégies d’adaptation différenciées

Les enquêtes réalisées par le Centre de recherche et d’information des organisations de consommateurs (CRIOC) permettent également de constater une modification des comportements des consommateurs.

Ainsi, en septembre 2009, deux consommateurs sur trois disent réaliser des économies d’énergie plus importantes à la maison en prenant soin de baisser le chauffage, d’éteindre les lampes, d’améliorer l’isolation, d’utiliser des éclairages économiques, etc. Quatre consommateurs sur dix déclarent privilégier les articles en promotion qu’ils recherchent activement et un consommateur sur trois estime avoir changé ses habitudes, que ce soit pour le mode de transport utilisé ou l’alimentation en établissant des menus ou en décidant d’acheter des produits de la grande distribution.

Les consommateurs adaptent leurs comportements copie

Moins de trois consommateurs sur dix déclarent limiter davantage leurs sorties bien que celles-ci aient déjà fortement diminué tandis qu’un consommateur sur quatre reconnaît acheter moins, substituer des produits à d’autres ou épargner moins. Un consommateur sur six dit se rendre dans un des pays voisins pour y trouver des produits moins chers ce qui, dans un pays où un tiers de la population réside à moins de 30 kilomètres de la frontière, revêt une portée indéniable ; enfin, un consommateur sur huit reconnaît avoir changé de magasin d’alimentation.

Mais tous les consommateurs ne sont pas égaux devant la crise. Ceux percevant les revenus les plus bas sont obligés de ruser afin de parvenir à réaliser des économies dans tous les secteurs. Par comparaison avec le début de l’année 2009, les catégories sociales les plus modestes sont nettement plus touchées. Les dépenses qui subissent les coupes les plus importantes portent souvent sur des besoins essentiels comme les soins corporels et de santé, l’alimentation, les dépenses d’électricité, de chauffage ou d’eau. Tous les postes sont en fait concernés à l’exception de celui de l’habillement où la diminution est identique à celle de la période précédente. Pour ce qui est des voyages, les consommateurs préfèrent s’en priver d’entrée de jeu plutôt que de l’annuler en dernier ressort.

En Flandre, région plus riche, la baisse du pouvoir d’achat semble moins affecter les catégories aisées qu’en Wallonie et à Bruxelles. Les différences de taux de chômage (6 % en Flandre, 16 % en Wallonie, 18 % à Bruxelles) entre les régions peuvent expliquer cette perception même s’il ne faut pas négliger pour autant les disparités sur ce plan à l’intérieur de chacune d’entre elles.

La suppression de nombreux  emplois dans le secteur automobile (11,2 % des emplois, selon la Fédération patronale Agoria) alimente un sentiment prégnant d’inégalité encore renforcé par l’apparition d’une nouvelle catégorie de travailleurs, celle des travailleurs pauvres qui, faute de revenus suffisants, est acculée à développer des stratégies de débrouillardise pour survivre, a fortiori en période de crise. La dualisation du monde du travail s’accentue : d’une part, les riches, jouissant d’une bonne santé et disposant d’un contrat de travail à durée indéterminée, de l’autre, les pauvres confrontés à des soucis de santé, vivant de petits travaux, d’intérims et contraints de se contenter de contrats précaires.

La crainte liée à une perte future de revenus conduirait les consommateurs à envisager de nouvelles restrictions en cas de diminution ou de stagnation de ceux-ci. Les dépenses liées aux loisirs, sorties et voyages seraient les premières à être sacrifiées. Ensuite, d’autres seraient remises à plus tard comme celles relatives à l’énergie, l’habillement, les télécommunications ou l’électroménager.

« Crise, mode d’emploi » : Portugal, Irlande, deux manières de faire

Certaines associations de consommateurs n’entendent pas se croiser les bras face à la détérioration du pouvoir d’achat. Tel est le cas de l’Association portugaise des consommateurs (Associação Portuguesa para a Defesa do Consumidor, DECO) qui a créé sur son site (http://www.deco.proteste.pt) une rubrique « SOS crise » spécifiquement consacrée aux moyens à mettre en œuvre pour que les usagers se prémunissent, autant que faire se peut, contre certains dérapages financiers et gèrent au mieux leurs besoins de base (alimentation, santé, logement, épargne, transports).

Ces conseils qui « vous aident à donner un coup de pied à la crise » portent sur les domaines les plus divers allant des emprunts immobiliers à l’achat d’une voiture, de celui de biens électroménagers aux dépenses les plus courantes. Un tant soit peu moralisateur (« apprendre à ne dépenser que ce dont on a besoin »), ce catalogue de bonnes pratiques va bien au-delà de l’identification du produit le moins cher ou le plus solide, comme le font nombre de sites d’associations de protection des consommateurs dont la vocation est d’apprendre à ces derniers davantage à mieux consommer...qu’à dépenser moins.

Ainsi, le site DECO PROTESTE fournit aux internautes une liste de sociétés spécialisées dans le conseil aux ménages surendettés tout en proposant aux emprunteurs en difficulté ses propres services de médiateur, ce qui peut s’avérer fort utile face aux erreurs d’évaluation, voire aux abus que certaines de ces sociétés pourraient commettre. Ce dispositif mis en place par DECO en 2000 a conduit l’association à développer un réseau de correspondants sur l’ensemble du territoire puisqu’elle compte actuellement sept filiales implantées dans les principales villes du pays. Le nombre des ménages confrontés au surendettement, qui ont eu recours à ce service d’aide n’a cessé d’augmenter au fil des années, et de façon très nette, depuis 2008.

DECO participe à un réseau européen intitulé CORENET  qui rassemble onze associations et organisations de pays membres de l’Union européenne (Bulgarie, Chypre, République tchèque, Hongrie, Italie, Lettonie, Lituanie, Slovaquie, France et Belgique) ; les unes sont, comme DECO, des organismes de défense des consommateurs au ton plus ou moins revendicatif, d’autres, des institutions de collecte d’informations et d’études sur la consommation (cas de l’Institut national de la consommation en France). Cofinancé par la Commission, ce réseau que le CRIOC belge a contribué à créer, vise notamment à constituer une banque de données sur les organisations et instituts travaillant en Europe autour du thème de la consommation afin de disposer, au niveau européen, d’outils d’analyse transversaux.

En Irlande, ce sont les pouvoirs publics, plus précisément le Régulateur financier (instance de surveillance des institutions et services financiers, créée par le gouvernement) qui ont décidé, en avril 2009, d’ouvrir un site baptisé « c’est votre argent » (http://www.itsyourmoney.ie). Sorte de manuel de bonne conduite en ligne « pour survivre à la crise », son objectif est d’apprendre aux Irlandais comment consommer moins pour économiser plus. Y sont prodigués toute une série de conseils et de solutions réputés efficaces, certains pour le moins simplistes (préparer soi-même son casse-croûte de midi, se passer de petits extras, renégocier ses contrats d’assurance, etc.) et qui, mis bout à bout, sont censés, est-il écrit sans une once d’ironie, permettre au consommateur d’économiser jusqu’à 3 000 euros par an. L’initiative a été très diversement appréciée par l’opinion publique irlandaise, certains considérant que « cette infantilisation » du consommateur était fort malvenue de la part d’une autorité qui, face au krach boursier et surtout aux risques inhérents au boom immobilier, n’avait pas su faire preuve d’une grande capacité d’anticipation !

La rédaction

Vers l’émergence de nouveaux modes de consommation ?

Au-delà des attitudes protectionnistes, des comportements d’entraide apparaissent. Ces derniers qui se caractérisent par un échange sans recherche de profit relèvent de « l’économie solidaire ». Si les consommateurs sont encore peu nombreux, – soit à peine un sur quatre –, à connaître ce concept, l’aspiration à une démocratisation de l’économie basée sur des engagements citoyens se développe.

Deux formes d’économie solidaire sont relativement répandues : l’achat direct effectué auprès des producteurs et l’achat de produits issus du commerce équitable. Les paniers «bio» ou «paysans» sont à la mode. Mais moins d’un consommateur sur trois connaît les autres formes d’économie solidaire comme l’échange de produits, le troc, l’épargne solidaire, l’achat groupé, le tourisme vert et solidaire ou les systèmes d’échange locaux.

Si un consommateur sur deux pratique l’achat direct auprès des producteurs et l’achat de produits issus du commerce équitable et qu’un sur trois achète des paniers « bio », ils ne sont qu’un sur sept à recourir à l’épargne solidaire, au troc ou à l’achat groupé. Enfin, moins d’un sur dix participe à un système d’échange local qui permet à ses membres de procéder à des échanges de biens, de services et de savoirs sans passer par l’intermédiaire de la monnaie.

Systèmes d’échanges locaux, coopératives de production et épargne solidaire

Si, à l’origine, les Systèmes d’échanges locaux (SEL, en anglais, Local Exchange and Trading System, LETS) dont les premiers sont apparus au Canada, consistaient à pratiquer le troc à un niveau local afin de tirer parti des nombreux savoir-faire existants à l’échelle d’une région économiquement sinistrée, leur introduction en Belgique dès 1995, plus précisément à Louvain, a donné lieu à une transformation de leur principe de fonctionnement. Aujourd’hui, chaque membre propose un ou des services pour lequel il est compétent. La prestation, une fois effectuée, donne lieu à un relevé d’heures qui fait office de chèque avec, le cas échéant, paiement des frais annexes. Ce «chèque d’heures» est crédité sur le compte du membre du SEL qui, à son tour, peut faire des demandes de services.

L’éventail des offres possibles est très large allant d’une aide d’ordre administrative, sociale ou juridique, à des services pour la maison (entretien, déménagement, gardiennage, aménagement intérieur, jardinage, nettoyage, etc.), la vie quotidienne (assistance informatique, garde d’enfants, travaux ménagers, couture, courses, aide aux personnes âgées, etc.), l’enseignement (langues, soutien scolaire, cuisine, vidéo, etc.), les loisirs (organisation de fêtes, pratiques sportives, musique, enfants, etc.), les soins du corps, l’éducation (enfants en bas âge, soutien psychologique), la gastronomie, les relations publiques.

Les consommateurs qui entrent dans ces structures dont le nombre augmente nettement(1), apprécient leur caractère égalitaire, les économies qu’elles leur permettent de faire, les liens de solidarité qu’elles créent et le partage des ressources auxquelles elles donnent lieu. Ils constatent que la crise incite à développer de tels systèmes tout en ayant conscience que ceux-ci ne fonctionnent que sur la base de la bonne volonté. Ainsi, un consommateur sur cinq déclare que la crise l’incite à adhérer à un Système d’échange local. Toutes les personnes interrogées estiment néanmoins que les SEL ne permettent pas de lutter contre la crise, qu’ils ne sont pas réservés aux seules personnes aux revenus modestes et qu’ils n’augmentent pas le risque du travail au noir.

Un autre volet de cette «consommation de crise» concerne le développement des coopératives de consommation avec l’exemple de Power4you, coopérative créée par les associations de consommateurs en Belgique.

À la suite de la décision de la Commission européenne de libéraliser le marché de l’énergie (Directives européennes des 19 décembre 1996 et 22 juin 1998), la Belgique a ouvert une partie de son marché à la concurrence dans le nord du pays, en Flandre, dès la mi-2003, puis sur la totalité du territoire à compter du 1er janvier 2007.

Le consommateur peut désormais choisir de s’approvisionner en gaz et en électricité auprès de n’importe quel fournisseur agréé par la Région où il réside. Selon les instances européennes et les pouvoirs publics belges, cette libéralisation devait conduire à une baisse des prix et à un meilleur service au consommateur. Mais que ce soit en 2003 ou en 2007, cette libéralisation n’a pas eu les effets escomptés et peu de consommateurs ont changé d’opérateur. Très rapidement, des organisations de consommateurs ont réagi à l’absence de baisse des prix, critiquant avec véhémence la situation de quasi-monopole de fait dans laquelle se trouvait l’opérateur traditionnel et donc l’absence d’une offre réellement compétitive de la part de la concurrence.

L’inertie des consommateurs s’explique en grande partie par l’incompréhension du mécanisme de libéralisation mis en place et par la peur entretenue par certains opérateurs au sujet d’éventuels problèmes d’approvisionnement entraînés par un changement de fournisseur. Les nombreuses plaintes déposées par les consommateurs auprès de leurs organisations, des pouvoirs publics ou des instances de régulation ont confirmé l’utilisation de pratiques commerciales douteuses de la part de certains fournisseurs : prix variables selon des modes de calcul difficilement contrôlables, pressions commerciales à l’achat ou à la contractualisation en arguant du fait que les responsables politiques locaux avaient annoncé la disparition d’un opérateur et que le consommateur risquait de ne plus recevoir d’électricité, abus de la confiance de retraités ou de personnes aux revenus modestes en diminuant les paiements intermédiaires tout en majorant le solde final, etc.

Des organisations de consommateurs ont alors chargé le CRIOC de créer une coopérative et de négocier avec les fournisseurs du secteur, sur la base d’un cahier des charges spécifique, des conditions de marché plus favorables aux consommateurs. Outre un prix attractif (jusque 40 % moins cher que l’opérateur traditionnel), Power4you s’engage à proposer à un tarif stable pendant toute la période du contrat un produit éthique, c’est-à-dire garantissant le respect des clauses sociales et le recours à l’électricité 100 % verte. Le principe est simple : en représentant des milliers de clients potentiels, cette coopérative peut négocier les meilleurs prix auprès des fournisseurs et permettre ainsi à tous les consommateurs de tirer parti de cette libéralisation.

Aujourd’hui, Power4You(2) rassemble des dizaines de milliers de consommateurs, propose de nouveaux services comme les panneaux photovoltaïques et des achats groupés à destination des consommateurs. Il permet grâce à une étude attentive des besoins des consommateurs de répondre le mieux possible à ceux-ci, notamment en matière d’accompagnement lors de la conception, la réalisation, la réception et le suivi d’une installation de ces panneaux. Par ailleurs, cette coopérative offre d’autres services comme la fourniture d’un kit « éclairage économie d’énergie », un service de médiation, des prix compétitifs.

En développant les achats groupés et organisés de manière professionnelle, les consommateurs disposent d’un autre mécanisme d’entrée sur le marché et ne sont plus liés à la seule recherche du profit de la part des acteurs professionnels.

L’épargne solidaire, pour sa part, permet de financer des activités d’insertion par le travail ou le logement, de protection de l’environnement ou encore des actions de développement dans les pays du Sud. Son potentiel de souscription est important et la part financée des projets qu’elle décide de retenir peut aller jusqu’à 84 % du montant total. Ainsi, un consommateur sur trois déclare que la crise pourrait l’inciter à investir dans des placements pour des raisons autres que le profit. Pour deux d’entre eux sur trois, la mise en place d’un système d’avantages fiscaux, la labellisation des placements et le développement d’une campagne d’information expliquant le concept pourraient constituer des mesures d’incitation efficaces.

Le consommateur de moins en moins dupe quatro

Le consommateur de moins en moins dupe

Face à cette modification des comportements engendrée par la crise, on peut se demander si celle-ci n’est pas en mesure de devenir un catalyseur suffisant pour permettre une refondation de la société de consommation. Vœu pieux ou volonté réelle de changement, le consommateur d’aujourd’hui ne pourrait-il pas alors se transformer en un « consom’acteur » ? Des consommateurs y songent et agissent dans ce sens. Mais seul l’avenir nous dira si «cette consommation de crise» peut ouvrir la voie à des pratiques plus éthiques et plus respectueuses.

Notes
(1) À Bruxelles, 7 systèmes d’échange locaux sont répertoriés : BruSEL (19 communes de la Région Bruxelloise), SELAtlas à Anderlecht, SELPinoy à Auderghem, l’ArchiduSEL à Boitsfort, SELEssentiel à Uccle, SEloFan à Saint Gilles, SELaVie à Schaerbeek.
En Région wallonne, plus de 10 systèmes d’échange locaux sont recensés dont SELArel à Arlon, le CarouSEL à Charleroi, à Chaumont-Gistoux, TourneSEL à Hannut, RomanSEL à Hennuyères, IzzoSEL à Hotton Hampteau, SELIttre à Ittre, SoigniesSEL à Soignies, SELCoupdepouce à Villers-la-Ville, SELîdje à Liège, SEL’OGAZION à Ohey, Gesves et Assesse, SELWaterloo à Waterloo. En Région flamande, le lokaal uitwisselingsysteem connaît aussi un réel succès. On dénombre plus de 20 LETS dont LETS Aalst-Oudenaarde, LETS Anvers-Provincie, LETS Anvers-Stad, LETS Anvers-Binnenstad , LETS Begijnendijk ‘Vrouw Holle’, LETS Bruges, LETS Durme, LETS Geel, LETS Gand, LETS Leie, LETS (LUS) Louvain, LETS Limburg, LETS Merchtem, LETS Mol, LETS Noord-Brabant, LETS Ostende, LETS Tienen, LETS Turnhout, LETS Westhoek.
(2) Source : www.power4you.be 

* Directeur général du Centre de recherche et d’information des organisations de consommateurs (CRIOC), Professeur HEC, Bruxelles

Pour citer cet article : Marc Vandercammen, « Le consommateur belge à la recherche de nouvelles pratiques », Grande Europe n° 13, octobre 2009 – La Documentation française © DILA

 

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