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Les jeunes Britanniques en mal d’emploi, par Jean-Philippe Fons

[Les jeunes Britanniques en mal d’emploi, par Jean-Philippe Fons], pour plus d'information, consulter la description longue en dessous de cette illustration

Jeunes primodemandeurs au Salon de l’emploi pour diplômés, à Londres en 2009.
AFP / Ben Stansall – avril 2009

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Mis à jour le 12/10/2009

Introduction

Au Royaume-Uni, la politique active de l’emploi, dite du Welfare to Work, engagée par le Parti travailliste dès 1997 et qui avait fait ses preuves, s’est montrée impuissante face à la crise financière, les jeunes, notamment diplômés, étant les principales victimes de la contraction de l’offre de travail.


Les jeunes Britanniques en mal d’emploi

Jean-Philippe Fons*

Dans le contexte général actuel de forte contraction de l’offre de travail, les jeunes Britanniques ne sont pas épargnés. Fait nouveau, le diplôme n’assure plus une insertion immédiate sur le marché du travail, comme en témoigne l’inadéquation criante entre le nombre d’emplois offerts et celui de jeunes diplômés issus des universités britanniques. Pour observer et comprendre l’ampleur du phénomène, il convient de revenir sur les miracles et les mirages du marché du travail outre-Manche.

Mythes et réalités du marché du travail britannique

Vue du continent, la santé du marché du travail outre-Manche apparaissait de prime abord, jusqu’au deuxième trimestre de 2008, enviable et exceptionnelle : les chiffres de la croissance témoignaient d’une relative stabilité (entre 2,5 et 3 % depuis 1997 et l’élection de Tony Blair), tandis que l’inflation était jugulée. L’économie du pays, qui connaissait des cycles très longs de croissance puis de stagflation, était ainsi présentée sur le continent comme un modèle de stabilité macroéconomique. Qui plus est, entre 1997 et 2007 (les « années Blair »), de nombreux pays européens pris dans l’engrenage du chômage chronique observaient avec envie le taux que celui-ci enregistrait au Royaume-Uni(1).

Ces faits semblaient alors bien établis et la Grande-Bretagne passait pour un modèle en matière d’emploi qu’il était de bon ton de chercher à imiter. Les études sur les performances macroéconomiques du pays ont démontré l’incroyable élasticité du marché du travail et de l’emploi face aux variations de la demande depuis les années 1980 et les réformes des gouvernements conduits par Margaret Thatcher.

Depuis 2008, l’économie britannique traverse une grave récession : la production s’est contractée de 4,3 % sur les trois premiers trimestres de 2009 et la consommation privée a reculé, pour la première fois, de 3,4 %. Les perspectives économiques élaborées par l’OCDE sont peu optimistes pour 2010 : le taux de chômage devrait avoisiner les 10 %, alors que le déficit budgétaire, qui s’est déjà fortement creusé en 2008 et 2009, est estimé à 14 % du PIB.

L’incitation au travail, priorité du New Labour

L’arrivée au pouvoir du New Labour(2) en 1997 a marqué notamment une rupture de doctrine avec le travaillisme des années 1960 : en matière économique, le parti se donne pour principale orientation la promotion de l’emploi envisagée comme unique moyen de lutter contre la pauvreté et de réduire la dépendance à l’égard de l’assistance.

Depuis 1998, le nombre de parents qui travaillent a très nettement augmenté, en grande partie grâce aux programmes ciblés et aux politiques actives du marché du travail (voir infra). Ces mesures se sont accompagnées d’importants investissements dans les structures de garde d’enfants, permettant d’atténuer autant que faire se peut les effets de trappe. La réforme des cotisations sociales frappant les bas salaires et la création en avril 2003 d’un crédit d’impôt soumis à conditions de ressources (Child Tax Credit) constituent le levier fiscal de l’action du gouvernement et viennent s’ajouter aux hausses du complément de revenu (Income Support), ainsi qu’aux revalorisations successives du salaire minimum(3), pour rendre le travail plus rémunérateur que l’assistance et permettre à un plus grand nombre de sortir du dénuement.

Si l’incitation au travail a constitué l’essentiel de l’action du New Labour depuis 1997, les effets de trappe n’ont pas été totalement supprimés. Un couple de deux actifs a ainsi quelques raisons de penser que le schéma en place lui est défavorable : d’une part, le supplément de crédit d’impôt associé à la prise d’un emploi (in-Work Benefit) est versé aux familles sous condition de ressources ; d’autre part, l’accent mis sur la lutte contre la pauvreté des enfants et le soutien financier accordé aux ménages dont les membres ne travaillent pas, réduit paradoxalement l’incitation au travail.

Et la flexibilité ?

Pour beaucoup, le miracle de l’emploi britannique serait le seul fruit d’une dérégulation et d’une flexibilisation du marché du travail. Ce double processus serait ainsi à l’origine du nombre d’emplois créés depuis 1997, du taux de croissance (nettement supérieur à celui de la France, par exemple), de la hausse des taux d’emploi et du recul du chômage.

Deux points méritent néanmoins d’être clarifiés. La création d’emplois et le maintien de la croissance depuis 1997 ont, en grande partie, été favorisés et soutenus par des politiques de dépenses publiques de type keynésiennes. Deux emplois sur trois créés depuis l’arrivée au pouvoir de l’équipe de Tony Blair, soit près de 560 000, l’ont été dans le secteur de l’emploi public(4).

Second point, la baisse miraculeuse du chômage peut en partie s’expliquer par la « perméabilité » des frontières entre emploi et inactivité, qui se manifeste essentiellement de deux manières. Les femmes ont tendance à se retirer du marché du travail pour y revenir aussitôt qu’un emploi, généralement à temps partiel, se présente. Deuxième aspect de cette volatilité, le nombre de titulaires de l’indemnité d’invalidité (Incapacity Benefit) qui sont 2,7 millions, soit 7 % de la population en âge de travailler, d’après les chiffres très officiels du Labour Force Survey. Leur effectif est beaucoup plus important que celui des bénéficiaires de l’indemnisation chômage. De plus, le montant des prestations invalidité est nettement supérieur à celui de la Jobseekers’ Allowance (allocation chômage). Un million de bénéficiaires de l’Incapacity Benefit sont ainsi des chômeurs de longue durée « déguisés » qui ont pour autre avantage de ne pas être soumis à l’obligation de recherche d’emploi.

La véritable caractéristique du marché du travail britannique tient à sa profonde segmentation. La mobilité dans l’emploi y est parmi les plus élevée de l’Union européenne, mais elle est aussi, pour une part importante, non volontaire ou « subie ». Le marché de l’emploi se distingue également par de puissants effets de trappe associés aux bas salaires : si les transitions entre contrat temporaire et contrat permanent y sont relativement fréquentes, la probabilité de sortir d’un emploi à bas salaire est parmi les plus faibles de l’Union européenne. De son côté, le temps partiel, à 77 % féminin, représente le quart de l’emploi.

Le bilan des politiques de l’emploi depuis 1997 est nettement mitigé. Ce n’est pas en créant plus d’emplois qu’en France que la Grande-Bretagne est parvenue à juguler son taux de chômage (jusqu’au retournement conjoncturel observé depuis 2008), les chiffres montrant clairement une évolution similaire dans les deux pays au cours de ces trente dernières années. Les tendances démographiques n’expliquent pas non plus les différences de taux de chômage constatées : le pourcentage de personnes en âge de travailler (entre 15 et 64 ans) est comparable en France et en Grande-Bretagne et n’a pratiquement pas changé depuis vingt ans.

Ce sont donc plutôt des éléments de régulation (création d’un salaire minimum, importants investissements publics, droits sociaux élargis, création d’emplois publics) qui étaient à la source de la vitalité du marché du travail britannique. Reste l’effrayante situation des inactifs. Le nombre de personnes en âge de travailler qui sont en situation de non-emploi est estimé à 5,3 millions, soit 17 % de la population active totale. Ceux-ci regroupent les quelque 2,7 millions de bénéficiaires de l’Incapacity Benefit, les titulaires de l’allocation chômage et les parents isolés percevant une prestation sociale. Il y a fort à parier que le niveau élevé du sous-emploi soit à chercher du côté des faibles performances du système d’éducation et de formation initiale – la Grande-Bretagne est en effet régulièrement pointée du doigt par les enquêtes de l’OCDE (Programme for International Student Assessment - PISA) qui recensent un tiers des 25-34 ans ayant un faible niveau d’instruction.

Une insertion sur le marché du travail toujours difficile pour les jeunes

Dès son arrivée au pouvoir, l’équipe de Tony Blair s’est engagée à promouvoir les subventions en faveur de l’emploi, c’est-à-dire la prise en charge par les pouvoirs publics d’une partie du salaire d’un individu, souvent pour une période donnée et pour une catégorie précise d’emplois ou de salariés. Cette politique (Welfare to Work) vise à renforcer le lien entre protection sociale et emploi pour les chômeurs. Le gouvernement intervient dans le but de favoriser l’accès de catégories ciblées (les jeunes, les chômeurs de longue durée, etc.) à l’emploi au travers de divers dispositifs : on parle alors d’insertion aidée.

L’expérience du Welfare to Work

Le programme d’aide à l’embauche dénommé New Deal a été introduit sur le plan national le 6 avril 1998. A sa création, il ne concernait que les jeunes de 18 à 24 ans, sans emploi, puis a été peu à peu élargi pour englober successivement les chômeurs de longue durée, les parents isolés et, enfin, les chômeurs de plus de 50 ans (voir encadré). Contrairement aux politiques du Workfare, le New Deal met l’accent sur la formation des chômeurs dans le but d’accroître leur « employabilité »(5). Ce programme, qui rappelle par certains aspects les politiques mises en place par les gouvernements conservateurs de Margaret Thatcher et de John Major, se donne pour objectif d’agir sur l’employabilité des inactifs et s’attache à modifier les comportements de ces derniers afin de créer un meilleur équilibre entre la demande du patronat et l’offre du salariat. Le volet concernant les jeunes, par exemple, se présente comme une combinaison d’aide à la recherche d’emploi personnalisée, de sanctions(6) et de mesures visant à favoriser leur employabilité par la formation ou par l’expérience de travail en milieu associatif, notamment.

Le Welfare to Work a pour but de permettre le retour le plus rapide possible dans l’emploi, fût-ce au détriment du demandeur qui peut se voir imposer une reconversion professionnelle radicale ou des ajustements salariaux à la baisse. Mais pour Tony Blair, seule l’insertion sur le marché du travail, associée à une offre d’éducation étoffée, assure la « justice sociale » dont le New Labour se fait le défenseur.

Le programme New Deal pour les plus jeunes (18-24 ans) (New Deal for Young People)

Lancé en 1998, il est destiné aux jeunes sans emploi qui ont bénéficié, pendant une période ininterrompue de six mois, de la Jobseeker’s Allowance (JSA), allocation chômage soumise à conditions de ressources, introduite le 7 octobre 1996. Ils entrent alors dans une phase probatoire de quatre mois maximum durant laquelle les agences pour l’emploi et leurs partenaires s’emploieront à augmenter leurs chances de trouver un emploi (ou à défaut, de suivre une formation à temps plein). Les services de l’emploi (Jobcentre Plus) cherchent ainsi à améliorer l’employabilité du jeune demandeur d’emploi.

Le programme New Deal 25+

Depuis avril 2001, les personnes sans emploi de plus de 25 ans et bénéficiant de la JSA depuis dix-huit mois sont éligibles à ce programme. Ils entrent alors dans une période consultative de quatre mois durant laquelle ils devront se présenter à sept entretiens d’embauche en moyenne. Ils peuvent également choisir de suivre une formation à temps plein, ou d’exercer un emploi dans le secteur associatif.

Le programme New Deal pour les parents isolés (New Deal for Lone Parents)

Y sont éligibles, mais sans obligation de leur part, les parents isolés sans emploi bénéficiant du Income Support (IS), complément de ressources introduit le 11 avril 1988 et destiné aux personnes âgées de 18 ans et plus travaillant moins de 16 heures par semaines. A l’origine, seules étaient concernées les mères célibataires ayant un enfant scolarisé à leur charge. Les demandeurs d’emploi sont suivis par un conseiller personnel, qui met tout en œuvre pour assurer leur insertion rapide sur le marché du travail.

Les programmes New Deal 50+ et New Deal for Disabled People

Le New Deal 50+ cible les demandeurs d’emploi âgés de 50 ans et plus, percevant la JSA, l’IS ou l’ Incapacity Benefit depuis six mois. Tout comme le New Deal for Disabled People (proposé aux titulaires d’une pension d’invalidité ou de longue maladie), le New Deal 50+ repose sur le volontariat des demandeurs.

Le programme Employment Zones (EZ)

Fondé en avril 2000, le programme EZ intervient dans les zones urbaines et rurales présentant un taux de chômage particulièrement élevé, où il est proposé aux personnes percevant la JSA et sans emploi depuis douze à dix-huit mois, selon les régions. Les fonds alloués aux EZ visent à développer les stages de formation, le but étant d’insérer les personnes sur le marché du travail et de les y maintenir ou de les aider à s’y maintenir.

Quel bilan ?

Le New Deal for Young People (NDYP) semble avoir eu globalement un réel impact sur le taux de sortie du chômage, mais il n’aurait eu qu’un effet limité sur l’accès aux emplois non subventionnés. Ainsi, moins d’un jeune sur deux trouve un tel emploi à l’issue du programme et la majeure partie d’entre eux sont peu qualifiés, peu rémunérateurs, très souvent assortis de contrats à durée déterminée (CDD) de moins de treize semaines, ou à temps partiel sur une période courte ne donnant pas droit à une couverture sociale. En d’autres termes, la situation des bénéficiaires reste précaire et la diminution du nombre de jeunes chômeurs n’est pas entièrement imputable au New Deal (le dynamisme de la situation macroéconomique y a certainement contribué entre 2001 et 2007).

En ciblant, avec ces programmes, certaines catégories de population bien précises, le New Labour a participé (probablement involontairement) à leur stigmatisation, laquelle a pu être théâtralisée par une partie de la presse de droite qui offre, notamment, une caricature de la jeunesse britannique. Ceci étant, la situation est fort inquiétante pour les quelque 1,2 million de jeunes qui, malgré le New Deal, se trouvent sans emploi et sans formation.

Les NEET en Grande-Bretagne

L’acronyme NEET (qui signifie Not in Education, Employment or Training – ni étudiant, ni en formation et sans emploi) est entré dans le discours politico-médiatique d’outre-Manche, il y a une dizaine d’années, pour désigner une jeunesse considérée comme désœuvrée et à risque, rendant nécessaire une intervention des pouvoirs publics. Soulignons ici qu’avant même de désigner une condition sociale (ou un groupe d’individus), le terme NEET se réfère à un âge : les jeunes de 16 à 24 ans. Les NEET représentent 9,6 % de la tranche 16-24 ans, soit 1,2 million de jeunes citoyens britanniques, qui coûteraient à l’économie du pays près de 4 milliards d’euros par an.

Les jeunes diplômés ne sont pas épargnés par la crise des recrutements

Au premier trimestre de 2009, les plus prestigieuses entreprises britanniques annoncent des plans de licenciements massifs. L’aciériste Corus, le voyagiste Thomas Cook, le géant Bank of America, la Barclays Bank ou encore les « Big Four »(7) réduisent leur masse salariale, dans un contexte conjecturel morose. Une livraison récente de European Restructuring Monitor (ERM) estimait en février 2009 à plus de 25 000 le nombre d’emplois détruits au Royaume-Uni, le pays enregistrant en Europe le plus grand nombre de pertes sur son marché du travail depuis la crise financière dite du credit crunch.

Deux secteurs sont particulièrement touchés par ces restructurations : l’industrie lourde, tout d’abord, où près de 5 000 emplois ont été éliminés. Véritable symbole de la branche, le deuxième plus grand groupe sidérurgique européen, Corus, a annoncé, en janvier 2009, la suppression de 2 500 emplois et la quasi-fermeture de ses sites au pays de Galles. L’autre secteur particulièrement affecté est celui des services financiers et de l’investissement : les groupes Bank of America et Barclays Bank se séparent, au début de 2009, de 4 000 collaborateurs.

Ces restructurations s’accompagnent d’un recul du recrutement de 13 % dans les industries des biens de consommation, de 6 % dans les télécommunications, l’industrie pharmaceutique, les assurances ou l’énergie, tous secteurs traditionnellement prisés par les jeunes diplômés. Si la situation de l’emploi est globalement préoccupante, elle l’est tout particulièrement pour ces derniers qui peinent à trouver un emploi à la hauteur de leur qualification.

Depuis le dernier trimestre de 2008, la crise des recrutements des jeunes diplômés est périodiquement traitée dans la presse et les médias britanniques qui n’hésitent pas à présenter le tableau sous les couleurs les plus sombres : « Panique sur les campus ! La pire année pour obtenir son diplôme en 20 ans » (BBC, décembre 2008), « La récession touche le secteur de la finance : chute de 47 % des recrutements de jeunes diplômés » (Guardian, février 2009), « 30 000 emplois pour 300 000 diplômés » (BBC, mars 2009).

La situation est néanmoins sérieuse : les cent entreprises britanniques qui recrutent le plus grand nombre de jeunes diplômés affichent une baisse de leur taux d’embauche de 17 % en moyenne et la situation ne devrait pas s’améliorer en 2010, à en croire leurs prévisions.

L’entreprise High Fliers Research Ltd, spécialisée dans les études de marché, a mené plusieurs enquêtes en 2009 auprès de jeunes diplômés, d’étudiants en dernière année ainsi qu’auprès des responsables des ressources humaines des cent plus grandes entreprises britanniques(8) (voir tableau).

Liste des entreprises copie

 

Étant donné la crise financière, le secteur bancaire et de l’investissement est tout particulièrement touché : les offres d’emplois y sont deux fois moins nombreuses qu’en 2008 (elles avaient déjà reculé de 14 % par rapport à 2007). Les secteurs des nouvelles technologies et des télécommunications ont également enregistré une réduction des embauches de 51 % par rapport à 2008. Fin 2009, les grandes entreprises britanniques auront accueilli en tout 14 370 jeunes diplômés, alors que les prévisions portaient sur 19 951.

Réduction des embauches dans cinq secteurs copie

La situation est d’autant plus critique que l’assèchement des offres d’emplois s’est fait sentir dès la fin de 2008. Un grand nombre de diplômés de la « promotion 2008 » est ainsi toujours à la recherche d’un poste, auxquels s’ajoutent désormais les lauréats de 2009, soit près de 300 000 jeunes. La concurrence entre candidats à l’embauche est donc particulièrement rude, comme en témoigne le nombre de dossiers déposés pour un emploi offert (voir tableau).

Sans titre-1 copie

Aussi nombre de jeunes diplômés se tournent-ils vers le secteur public et l’armée, qui sont associés à la stabilité de l’emploi. Les inscriptions à des programmes de formation aux métiers de l’enseignement ont nettement augmenté depuis 2007, témoignant de l’émergence de nouvelles stratégies de la part des primodemandeurs : la stabilité de l’emploi est recherchée, au détriment de la rémunération : aujourd’hui, le salaire souhaité à l’embauche tourne autour de 25 300 euros par an, se situant légèrement en retrait par rapport à celui de 2008 (25 800 euros)(9).

Un tiers des étudiants interviewés par High Fliers Research Ltd affirment être prêts à accepter toute offre d’emploi qui leur sera faite, et près d’un sur deux dit craindre de perdre son travail dans les douze mois suivant son embauche.

Ce qui ressort de l’étude The UK Graduate Careers Survey 2009, c’est un profond sentiment d’insécurité chez ces jeunes diplômés de la « promotion 2009 », d’autant que la plupart sont endettés, parfois jusqu’à hauteur de 18 000 euros(10). Le fait que l’entrée sur le marché du travail soit différée augmente le risque d’un surendettement de la jeunesse, souligne Wes Streeting, le président du syndicat national des étudiants (National Union of Students)(11). La majorité des emplois proposés se trouvent à Londres et dans ses environs proches. Si, en effet, la capitale témoigne toujours d’un certain dynamisme économique, tel n’est plus le cas du pays de Galles ni de l’Irlande du Nord.

Tous les observateurs s’accordent à souligner la situation très préoccupante des jeunes (et notamment des jeunes diplômés) sur le marché du travail outre-Manche depuis la fin de 2008. Cependant, pour avoir une vue générale de la question, il faudrait pouvoir disposer de chiffres et d’analyses sur les stratégies de recrutement des PME dont la part dans l’emploi total s’élève à 59 %. Dans le contexte actuel, les étudiants sont nombreux à envisager de poursuivre des études supérieures ou de travailler pour une association caritative ou humanitaire, afin d’acquérir de nouvelles compétences, d’enrichir leur expérience professionnelle et d’améliorer leur employabilité sur un marché du travail atone.

Notes
(1) En 2007, le taux d’emploi au Royaume-Uni frôle les 75 %, alors que le taux du chômage se stabilise autour des 5 %. Le chômage de longue durée (supérieur à 12 mois), tout particulièrement, est combattu vigoureusement par l’équipe du New Labour de Tony Blair.
(2) Le New Labour, emmené par Tony Blair, remporte les élections en 1997, puis en 2001 et en 2005.
(3) Instauré en 1999, le salaire minimum (National Minimum Wage) était l’une des promesses de campagne du candidat Blair en 1997. Il existe trois niveaux de référence pour le salaire minimum horaire : 3,57 livres pour les 16-17 ans ; 4,83 livres pour les 18-21 ans, et 5,80 livres pour les salariés âgés de plus de 22 ans (au 1er octobre 2009). Près de 1,5 million de personnes en sont bénéficiaires.
(4) La distribution sectorielle des emplois outre-Manche a été fortement modifiée dès les années 1980 avec un important déclin de la part de l’emploi manufacturier et une croissance concomitante des emplois tertiaires (essentiellement dans les secteurs de l’éducation et de la santé, des banques et de la finance, de la distribution et de l’hôtellerie-restauration).
(5) Le concept, décrit par Tony Blair au lendemain du premier sommet du Conseil européen à Amsterdam, veut encourager le développement d’ « une main-d’œuvre qualifiée et flexible, mieux armée pour faire face aux changements économiques. (...) Il s’agit d’encourager les sorties de l’assurance publique vers le marché du travail ». (Hansard, col. 314-315, 18 avril 1997).
(6) Celles-ci peuvent aller de la diminution à la suppression des allocations chômage, par exemple.
(7) Deloitte, Ernst & Young, KPMG et PricewaterhouseCoopers.
(8) The UK Graduate Careers Survey 2009 et The Graduate Market in 2009, tous deux publiés par High Fliers Research Ltd, Londres (une partie des sources est consultable sur son site : http://www.highfliers.co.uk/).
(9) Seul le secteur de la grande distribution affiche encore des salaires à l’embauche supérieurs. C’est notamment le cas du discounter Aldi qui prévoit de recruter, en 2009, 150 cadres de direction. Le salaire proposé atteint 45 400 euros par an, plus une voiture de fonction haut de gamme. La direction d’Aldi reçoit en moyenne 4 000 dossiers de candidature pour chaque poste.
(10) Les frais d’inscription ont augmenté dans les universités britanniques depuis 2006, en moyenne de 30 %. Les étudiants britanniques sont également souvent salariés à temps partiel.
(11) « Panic on the Campus as Graduate Jobs Disappear », The Independent, 14 janvier 2009.

* Maître de conférences en civilisation britannique à l’Université européenne de Bretagne – Rennes 2

Pour citer cet article : Jean-Philippe Fons, « Les jeunes Britanniques en mal d’emploi », Grande Europe n° 13, octobre 2009 – La Documentation française © DILA

 

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