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Les entreprises allemandes et le national-socialisme : l’exemple de la famille Quandt, par Markus Gabel

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Günther Quandt, industriel allemand - 1941.
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Mis à jour le 27/08/2012

Introduction

L’historiographie du national-socialisme connaît depuis une vingtaine d’années de nouveaux développements qui contribuent à un renouvellement de l’approche du phénomène national-socialiste dans son ensemble. Ils permettent également de mieux comprendre l’interaction qui a existé entre le régime hitlérien et l’industrie allemande. L’histoire de la famille Quandt, célèbre famille d’entrepreneurs qui détient aujourd’hui près de la moitié des actions de l’entreprise automobile BMW, en est un exemple frappant.


Les entreprises allemandes et le national-socialisme : l’exemple de la famille Quandt

Markus Gabel*

Les recherches sur le national-socialisme ont beaucoup évolué depuis une vingtaine d’années. Ce renouvellement des études historiographiques permet de répondre à plusieurs interrogations majeures sur ce qu’a été le national-socialisme. Il permet aussi de mieux appréhender le fonctionnement de l’économie du Troisième Reich, notamment les relations entre les entreprises allemandes et le régime hitlérien. Ainsi, le lien entre ce dernier et la famille Quandt, l’une des plus puissantes familles de l’industrie allemande qui sera à l’origine de l’ascension, après-guerre, du constructeur automobile BMW (Bayerische Motoren Werke), illustre parfaitement cette collusion entre les magnats de l’industrie et le pouvoir. Outre le fait que les études mettent en lumière la complicité entre un régime politique totalitaire et un système économique prédateur, ces nouveaux travaux universitaires inaugurent un changement de paradigme quant au fonctionnement des entreprises sous le Troisième Reich.

Le rôle des entreprises sous le Troisième Reich : de l’ombre à la lumière

Mis à part certains cas emblématiques comme ceux des entrepreneurs Krupp et Flick, condamnés par le Tribunal de Nuremberg, et de l’I.G. Farben (dissoute en 1952) ou de celui de la Degesch, une filiale de Degussa qui produisait le Cyklon B – le passé nazi de la majorité des entreprises est longtemps resté dans l’ombre. Durant les années 1950 ou 1960, les dirigeants des entreprises refusèrent d’affronter ce passé, aidés en quelque sorte en cela par la volonté de la société ouest-allemande, sous l’ère Adenauer,  d’aller de l’avant.

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Usine de IG Farben, près du camp de concentration d'Auschwitz - 1941.
© Wikicommons

Dans les années 1970 et 1980, celle-ci est progressivement sortie de cette phase de refoulement du passé : une vision plus critique a alors pris le pas. Alors que plusieurs décennies de recherche empirique apportaient une foultitude de précisions sur l’histoire économique et entrepreneuriale du national-socialisme, l’historiographie du Troisième Reich bénéficiait de l’ouverture, à partir de 1989/1990, d’archives. De plus, les entreprises et les banques ouest-allemandes furent obligées d’ouvrir aussi les leurs sous la pression de débats publics tant nationaux qu’internationaux.

En 1996, confronté aux réclamations formulées par d’anciens travailleurs forcés ayant survécu (ils furent entre sept et onze millions à travailler pour l’économie allemande à l’époque du national-socialisme), le Tribunal fédéral constitutionnel rendait un arrêt précisant que les demandes de dommages de guerre pouvaient ne pas être seulement le fait d’États. Ce jugement a ouvert la voie en Allemagne, au dépôt des plaintes individuelles ou collectives contre les entreprises qui avaient eu recours à cette main-d’œuvre alors que nombre d’entre elles multipliaient les acquisitions outre-Atlantique ; leur passé ressurgit au grand jour lorsque le Congrès juif mondial menaça de bloquer le rachat, annoncé en 1998, de l’Américain Bankers Trust par la Deutsche Bank si le dédommagement des victimes n’était pas réglé. Afin de procéder à celui-ci et d´obtenir une garantie juridique face à des demandes provenant surtout des États-Unis, le gouvernement fédéral et un certain nombre d’entreprises prirent l’initiative de créer la Stiftung « Erinnerung, Verantwortung und Zukunft » (Fondation Souvenir, Responsabilité et Avenir) qui fit, en 2000, l’objet d’une loi adoptée par le Bundestag.

Quelque 7 000 firmes ont participé à cette fondation, dotée de plus de 5 milliards d’euros (versées pour moitié par les entreprises et, pour moitié par le budget fédéral). A ce jour, plus de 1,6 million d’anciens travailleurs forcés et victimes du national-socialisme ou leurs descendants ont ainsi reçu une indemnisation. La fondation a eu une autre utilité, à la faveur de l’ouverture progressive des archives intervenue après l’effondrement du communisme : celle de contribuer à faire toute la lumière sur la période entre 1933-1945. Aujourd’hui, l’histoire de presque toutes les moyennes et grandes entreprises a été étudiée par des historiens allemands et étrangers : notamment celle de sociétés anonymes – comme Deutsche Bank, Allianz, Dresder Bank, Commerzbank, Daimler Benz, Degussa ou Volkswagen – puis les entreprises familiales un peu plus tard – comme Oetker, Boehringer, Hugo Boss ou Quandt, etc. Le fait qu’il ait fallu autant de temps n’est pas vraiment étonnant dans la mesure où l’essentiel de leur succès économique reposant sur des lignées familiales, il aura fallu l’arrivée de la deuxième voire troisième génération d’après-guerre pour rendre possible ce travail de mémoire sur les zones d’ombres de leur histoire.

La famille Quandt et le régime national-socialiste

La dynastie Quandt, très discrète, voire secrète, et peu médiatisée malgré sa puissance économique, a longtemps gardé le silence sur les années 1933-1945. En 2007, elle a été rattrapée par son passé : la chaîne publique NDR a présenté un documentaire Das Schweigen der Quandts (Le silence des Quandt) montrant la façon dont la famille, l’une des plus puissantes déjà pendant la République de Weimar, avait profité du système national-socialiste pour s’enrichir davantage(1).Ce film provoqua une vive polémique qui décida Susanne (1962 -) et Stefan Quandt (1966 -), petite-fille et petit-fils du fondateur de la dynastie Günther Quandt, de mettre leurs archives familiales à la disposition de la recherche. Ils chargèrent alors l’historien indépendant Joachim Scholtyseck de faire la lumière sur l’histoire de l’entreprise. En 2011, J. Scholtyseck, ce scientifique de renom de l’université de Bonn, expert des années 1933-45, publiait sur le sujet un livre de 850 pages intitulé « Der Aufstieg der Quandts (L’ascension des Quandts) », un livre de 850 pages.

Günther Quandt (1881-1954) est issu d’une famille brandebourgeoise de fabricants textiles. Son père une fois retiré des affaires, Günther prend les rênes de l’entreprise familiale et lui assure son expansion. Les débuts de la Première guerre mondiale marquent le véritable point de départ de l´empire Quandt. Désormais installé à Berlin, Günther Quandt devient rapidement le principal fournisseur de textile et de cuirs de l’armée allemande. Les contacts noués pendant la guerre facilitent l’essor des activités économiques dans les années 1920. En dépit d’une stratégie risquée comme le souligne J. Scholtyseck, qui vaut à G. Quandt certaines déconvenues, celui-ci bâtit un conglomérat industriel basé sur deux secteurs stratégiques : l’industrie des batteries et accumulateurs (avec notamment l’Akkumulatoren Fabrik Aktiengesellschaft, AFA, qui deviendra VARTA après la guerre) et celle de l’armement (avec le rachat d’abord des usines Mauser -Mauserwerke, puis des Berlin-Karlsruher Industriewerke, anciennement Deutsche Waffen- und Munitionsfabrik, rebaptisée aujourd’hui Kuka AG).

Après 1933, l’investissement dans l’industrie d’armement et des batteries (éléments indispensables pour les sous-marins et les fusées) connaît un essor fulgurant. G. Quandt devient un des principaux fournisseurs de l’armée en dépit de débuts houleux : une partie des cadres de la AFA, très pro-nazi, chercheront en effet à évincer ce patron ambitieux, allant jusqu’à obtenir temporairement son emprisonnement en 1933. Après cette épreuve de force qui permit à cet industriel tout puissant de mieux connaître qui, désormais, était aux commandes du pays, les relations avec le pouvoir entrent dans des eaux plus calmes. A cet égard, il est utile de préciser qu’en 1929 G. Quandt divorce de sa deuxième femme Magda laquelle se remariera, deux ans plus tard, avec le ministre de la Propagande Joseph Goebbels, une union dont l’industriel ne tirera pas profit, ses relations avec le couple Goebbels ayant été globalement peu amènes en raison, pour l’essentiel, du différend l’opposant à son ex-épouse au sujet de la garde de leur fils, Harald (1921-1967).

G. Quandt a tout d’abord été un industriel désireux avant tout de faire fructifier son capital, sans se faire pour autant le chantre de l’idéologie national-socialiste. Il n’en reste pas moins qu’il a construit ses réseaux en coopérant avec les responsables du régime hitlérien. A partir de 1939, la Wehrmacht a été le premier client des entreprises Quandt. Dépourvu de scrupules, ce groupe a employé jusqu’à 57 000 travailleurs forcés. De même, les expropriations et aryanisations de firmes y compris dans les pays occupés par l’armée allemande prouvent que G. Quandt ne craignait pas de tirer parti de l’idéologie raciste du régime, lorsqu’elle profitait à l’essor de l’entreprise. Le cas de l’industriel luxembourgeois Léon Laval qui dut céder, sous les pressions répétées de la Gestapo, son entreprise à l’empire Quandt n’est qu’un exemple parmi d’autres.

La main-d’œuvre allemande se faisant rare en raison de la guerre, les entreprises recouraient de plus en plus aux travailleurs forcés – d’abord des civils en provenance des pays occupés à l’ouest, puis, à partir de 1940, des prisonniers de guerre, voire des personnes internées dans les camps de concentration. Si la direction de l’empire industriel des Quandt bénéficiait de certaines marges de manœuvres dans l’organisation du travail, celles-ci n’en ont pas pour autant été utilisées pour rendre les conditions de travail moins dures.G. Quandt et son fils ainé, Herbert (1910-1982), qui gérait les usines Pertrix et participait au directoire de la AFA, connaissaient ces conditions – notamment dans le camp de travail d’AFA près d’Hanovre, construit sur l’ordre de la SS (die Schutzstaffel). Quand bien même il ne s’agissait pas d’un projet de destruction systématique par le travail de ces milliers d’hommes et de femmes, le système de l’emploi forcé a été exclusivement pensé en termes économiques, autrement dit obtenir un maximum de productivité moyennant un minimum de coûts.

Après mai 1945, Günther Quandt et ses fils cessent temporairement leurs activités. Mais très rapidement, les forces d’occupation ont besoin de leurs entreprises. En 1946, l’AFA, située en zone d’occupation britannique, est l’une des premières entreprises à obtenir une autorisation de reprise d’activité. En 1946, G. Quandt est emprisonné en raison de son rôle dans l’économie de guerre. Mais des documents à charge contre lui sont gardés secrètes par les autorités britanniques, ce qui lui permet devant le Tribunal de Nuremberg d’échapper au final, comme son fils Herbert, à toute condamnation.

Après la réforme monétaire de 1948 qui lui permet d’effacer ses dettes, la famille Quandt, forte notamment de ses nombreuses participations dans différentes entreprises (AFA, Daimler Benz, Mannesmannröhren-Werke, Rheinmetall, Wintershall, etc.) devient rapidement une des familles les plus riches de la République fédérale. Par le biais de Herbert Quandt, elle est intimement liée au sauvetage économique et à l´ascension de BMW. La fortune de la famille qui a toujours su renouveler ses activités industrielles – elle détient aussi, aujourd’hui, des participations dans les énergies renouvelables (Nordex) et dans l’informatique (Gemalto) - est estimée à quelque 20 milliards d’euros.

Les Quandts

Günther Quandt (1881–1954), mariage avec Magda Quandt (Magda Goebbels, 1901–1945)

Herbert Quandt (1910–1982), mariage avec Johanna Quandt née Bruhn (1926 -), entrepreneur

Silvia Quandt (1939 -), artiste
Susanne Klatten née Quandt (1962 -), entrepreneur
Stefan Quandt (1966 -), entrepreneur
Sven Quandt (1956 -), chef d’une écurie d’automobile

Harald Quandt (1921–1967), entrepreneur, mariage avec Inge Bandekow (1928-1978)

Gabriele Quandt-Langenscheidt (1952-), entrepreneur

Quandt – « archetype de l’entrepreneur sous le Troisième Reich » ?

Comme pour d’autres entreprises, les années 1933-45 sont tout à la fois, pour l’empire Quandt, synonymes d’ascension économique et de déchéance morale. Car ni le patriarche Günther Quandt, ni ses fils, Herbert et Harald, ne se sont livrés à un travail d’auto-critique concernant cette période.

Au-delà de ce cas précis, le comportement de cette famille vient alimenter un débat intense parmi les historiens. La controverse porte sur le fonctionnement de l’économie sous le Troisième Reich et la relation que les entreprises ont entretenue avec le régime hitlérien. Selon une première interprétation, un conflit d’intérêt profond aurait existé entre l’industrie privée et l’État. Pour les entreprises, animées par la recherche du profit et de la rentabilité à long terme, la politique d’autarcie et de réarmement imposée par Adolf Hitler posait problème : la conjoncture exceptionnelle qu’elle engendrait, à laquelle venait s’ajouter la guerre, ne pouvait se prolonger car elle compliquait d’autant le retour à une production de paix. Ainsi, l’État national-socialiste – moyennant une dictature quotidienne, source de peur généralisée - aurait multiplié les pressions et intimidations et instauré des contraintes (système de contrôles et des sanctions) afin d’obtenir des directions des entreprises qu’elles agissent selon sa volonté.

Cette vision simpliste est aujourd’hui contestée par un nombre croissant d’historiens. Les mécanismes de sanctions leur paraissent en effet peu performants, car le régime n´aurait pas eu les capacités de tout contrôler, surtout vers la fin de la guerre, quand 12 000 entreprises produisaient pour l’État. Certains historiens vont plus loin : au lieu de la coercition, le régime nazi aurait plutôt recouru à une approche incitative via, par exemple, des prêts intéressants afin d’obtenir, sur une base volontaire, la coopération des entreprises. Jusqu’à la fin de la guerre, les principes de la propriété privée et de la liberté contractuelle n’ont subi aucune atteinte. Les firmes auraient donc négocié avec l’État national-socialiste, gardant de bout en bout un comportement économiquement rationnel moyennant une compromission morale sans précédent.

Le fonctionnement polycratique du pouvoir renforce cette interprétation : loin d’être un bloc monolithique bien organisé, l’Allemagne nazi était un enchevêtrement d’administrations et d’organisations sans lien hiérarchique manifeste, avec pour seule autorité de référence, le Führer. Pour une entreprise qui cherchait à négocier avec le régime, cette situation aurait permis certaines marges de manœuvre.

Les procès de certains industriels devant le Tribunal de Nuremberg livrent d’autres indices sur cette participation du monde économique au régime hitlérien. Ainsi, le cas de Friedrich Flick, investisseur hors norme, accusé de crime de guerre et qui, dès 1934, a très largement profité des expropriations d’entreprises juives. C’est en effet, Hugo Dietrich, le juriste du groupe Flick, qui a inspiré, en 1938, le projet de décret adopté en décembre de la même année, légalisant l’expropriation à grande échelle des biens juifs.

La thèse selon laquelle les entreprises étaient soumises à un système économique fait de rationnement et de terreur doit donc être revisitée. Dans le même temps, il serait erroné d’affirmer que l’activité entrepreneuriale bénéficiait de la liberté propre à une économie de marché teintée de quelques éléments de dirigisme. La vérité se situe à mi-chemin : on ne peut parler ni d’une totale impuissance, ni d’une totale liberté. L’organisation de l’économie sous le national-socialisme était régie par une politique économique néo-mercantile faite de sanctions et de récompenses qui a donné lieu à des adaptations très créatives de la part des entreprises. Ainsi, la complicité d’industriels comme Günther Quandt ou Friedrich Flick avec le régime et celle d’établissement comme la Deutsche Bank ou Degussa, ne résultent pas nécessairement d’intentions identiques, mais à coup sûr de leur volonté d’accroître le rôle de leurs entreprises dans une Europe dominée par un régime totalitaire. En garantissant, sans aucun état d’âme, leurs intérêts dans un tel contexte, ils sont devenus co-responsables des crimes nazis. Force est donc de constater qu’un grand nombre d’industriels puissants ont été d’habiles opportunistes, sachant s’adapter à différentes époques, s’entendant avec tous les régimes, qu’il s’agissait de l’Empire autoritaire, de la fragile République de Weimar, de la dictature national-socialiste ou de la jeune République fédérale.

En ce qui concerne le cas de Günther Quant, il est certain que, sur la base des révélations de ces dernières années, celui-ci n’aurait pas échappé à une condamnation au procès de Nuremberg. Et si les entreprises allemandes ont aujourd’hui fait un premier pas dans ce travail de mise à plat de leur passé nazi, beaucoup reste à faire.

Note
(1) Pour une critique éclairante du documentaire cf. Ralf Stremme, « Zeitgeschichte im Fernsehen. Die preisgekrönte Dokumentation “Das Schweigen der Quandts” als fragwürdiges Paradigma », Vierteljahreshefte für Zeitgeschichte, n° 4/2010.

Bibliographie
• Frei N. et Schanetzky T. (2009), Unternehmen im Nationalzosialismus. Zur Historisierung einer Forschungskonjunktur, Wallstein Verlag.
• Knop C. (2011), « Günther Quandt war teil des NS-Regimes », Frankfurter Allgemeine Zeitung, 23 septembre.
• Lillteicher J. (2006), Profiteure des NS-Systems ? Deutsche Unternehmen und das Dritte Reich, Nicolaische Buchhandlung Berlin.
• Scholtyseck J. (2011), Der Aufstieg der Quandts : Eine deutsche Unternehmerdynastie, C.H. beck, Munich.

* Analyste-rédacteur à la Documentation française, chercheur-associé au Centre d’information et de recherche sur l’Allemagne contemporaine (CIRAC)

Pour citer cet article : Markus Gabel, « Les entreprises allemandes et le national-socialisme : l'exemple de la famille Quandt », P@ges Europe, 27 août 2012 - La Documentation française © DILA 

 

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