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Autriche. Une agriculture tournée vers l’environnement et la qualité, par Catherine Gérard

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Logo de «Urlaub am Bauernhof» (Vacances à la ferme), une des nombreuses associations rassemblant les 15 500 exploitations agricoles engagées dans le tourisme rural.
Catherine Gérard

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Mis à jour le 12/08/2009

Introduction

Diversifiée et performante, l’agriculture autrichienne (4,3 % de la population active, 1,4 % du PIB) tire un profit incontestable des deux piliers de la Politique agricole commune. Tandis que les aides directes aux agriculteurs permettent de disposer de produits de qualité pour l’exportation, le développement rural suscite moult initiatives chez une population très sensible aux défis environnementaux.


Autriche. Une agriculture tournée vers l’environnement et la qualité

Catherine Gérard*

État membre de l’Union européenne depuis 1995, l’Autriche est située au cœur de l’Europe centrale. Elle partage ses frontières avec huit pays, dont quatre nouveaux États membres : la République tchèque, la Slovaquie, la Hongrie et la Slovénie, ainsi que la Suisse, le Liechtenstein, l’Allemagne et l’Italie.

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Disposant d’un territoire sensiblement équivalent à ceux de l’Aquitaine et de Midi-Pyrénées réunis, soit 15 % de la superficie de la France métropolitaine (83 853 km2), l’Autriche compte 8,3 millions d’habitants dont 1,7 million résident dans la capitale, Vienne. État fédéral, la République alpine est composée de neuf Länder : Vienne (qui a le double statut de Land et de capitale fédérale), le Burgenland, la Basse Autriche, la Haute Autriche, la Styrie, la Carinthie, le Pays de Salzbourg, le Tyrol et le Vorarlberg.

Tour d’horizon

L’agriculture autrichienne est fortement conditionnée par les conditions géomorphologiques et climatiques : le territoire est classé pour 70 % en zone défavorisée et pour 58 % en zone de montagne(1).

Avec environ 3,3 millions d’hectares chacune(2), l’agriculture et la forêt couvrent l’une comme l’autre 39 % du territoire. En 2007, la production agricole et forestière pesait pour 1,8 % dans le PIB autrichien (8,1 milliards d’euros), dont 1,4 % pour la production agricole (6,4 milliards d’euros) et 0,4 % pour le secteur forestier (1,7 milliard d’euros).

Dans les plaines situées dans la partie est et nord du pays, les productions végétales et quelques élevages intensifs sont prédominants, tandis que prairies et élevages bovins et ovins occupent l’essentiel des zones de montagne.

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Les 189 591 exploitations recensées en 2005, agricoles et forestières pour la plupart, disposent d’une surface moyenne de l’ordre de 34,7 hectares, 56 % d’entre elles étant des exploitations à titre secondaire (les activités agricoles étant à l’origine de moins de 50 % du revenu des ménages). La surface agricole utile (SAU) moyenne des exploitations est de 18,8 hectares, soit un chiffre proche de la moyenne communautaire. Les Länder de Basse Autriche, de Styrie et de Haute Autriche regroupent les deux tiers des exploitations agricoles.

À la différence de la France, c’est le mode de faire-valoir direct qui domine (63 % de la SAU hors alpages, 69 % des alpages et des surfaces toujours en herbe, 59 % des terres labourables).

Les 3,27 millions d’hectares de SAU sont exploités par 173 895 exploitations, les 3,31 millions d’hectares de surface forestière utile(3) par 150 229 exploitations dont 15 405 sont uniquement forestières.

En outre, 74 % des exploitations de moins de 20 hectares de SAU exploitent moins de 30 % de cette dernière. Seules 6 % des exploitations disposent de plus de 50 hectares et couvrent près de 40 % de la SAU. Les surfaces se répartissent de la manière suivante : 1,4 million d’hectares de cultures arables, 1,8 million d’hectares de pâturages permanents, 50 000 hectares de vignoble et 15 400 hectares de vergers.

Le cheptel est constitué de 527 400 vaches laitières, de 2 millions de bovins viande, de 3,3 millions de porcs, de 12 millions de volailles et de 410 000 ovins et caprins. La viande de porc est de loin la plus consommée devant la viande de bœuf et de veau et la volaille. En 2007, les 43 574 exploitations laitières, dont 72 % en zone de montagne et 87 % en zone défavorisée, ont livré 2,67 millions de tonnes de lait (pour un quota global de 2,75 millions de tonnes de lait, dont 2,62 millions pour les livraisons proprement dites)(4). La production totale s’est élevée à 3,15 millions de tonnes de lait.

Près de 20 000 exploitations agricoles biologiques exploitent environ 372 000 hectares (environ 11 % des exploitations et des surfaces) dont près de 153 000 hectares de terres labourables. Elles sont principalement concentrées dans les régions où dominent les systèmes enherbés, qui par ailleurs cumulent les handicaps naturels ; 99 % de ces exploitations bénéficient des aides du deuxième pilier de la Politique agricole commune (PAC) destinées au développement rural et à la protection de l’environnement (85 millions d’euros en 2007). La production bio est exportée à hauteur de 10 % (pommes de terre, fruits et légumes), mais l’Autriche importe également des fruits bio (pommes notamment et fruits d’été, en provenance surtout d’Italie, ou exotiques).

Au total toutefois, productions animales et végétales s’équilibrent en valeur :

Valeur de la production agricole en 2007 copie

On dénombrait, en 2007, 69 347 exploitations de montagne (36 %) exploitant en moyenne 13,8 hectares de SAU.

En 2007, l’agriculture employait 4,3 % de la population active et la forêt 0,6 %. Les salariés représentaient 16 % de la population active agricole. Le secteur agro-alimentaire comptait à la même date environ 57 500 salariés, dont 26 500 dans 219 usines à vocation industrielle et 30 900 dans 868 entreprises artisanales. La production du secteur s’est élevée à 10,8 milliards d’euros. Quant à l’industrie du bois et l’industrie papetière, elles occupent chacune environ 10 000 personnes.

Un rôle majeur pour le deuxième pilier de la PAC

Le ministère fédéral chargé de l’agriculture est également compétent pour l’environnement depuis 2000. Si, en raison des enjeux territoriaux, il accorde la priorité au développement rural (deuxième pilier de la PAC), il reste très attaché au maintien d’un premier pilier (aides directes aux agriculteurs) conséquent, pour donner satisfaction aux producteurs qui disposent de relais efficaces.

En 2007, les exploitations autrichiennes ont reçu, toutes sources de financement public confondues, 2,054 milliards d’euros, dont 37 % au titre du premier pilier et 63 % au titre du deuxième (la répartition des seuls crédits communautaires entre les premier et deuxième piliers est respectivement de 65 % et de 35 % en Autriche, contre 86 % et 14 % pour l’ensemble de l’Union européenne). La part de l’Union européenne s’élève à 59 %, celle de l’État fédéral à 19 % et celle des Länder à 22 %, ces derniers étant tenus par la loi de contribuer à hauteur de 40 % au cofinancement national des aides du deuxième pilier.

Quelque 124 500 exploitations et plus de 100 entreprises agro-alimentaires ont bénéficié de 755 millions d’euros au titre du premier pilier. L’Autriche a opté pour le paiement unique par exploitation déterminé sur la base d’un modèle dit historique (à savoir le montant des aides perçues au cours de la période de référence 2000-2002) et compte maintenir ce schéma jusqu’en 2013. D’ici là, le « bilan de santé » de la PAC, adopté par les ministres de l’Agriculture en décembre 2008, permettra  à l’Autriche de mettre en place les mesures destinées à préparer le secteur laitier à la suppression des quotas laitiers, prévue pour 2015.

Au titre du deuxième pilier, 926 millions d’euros ont été attribués à 131 700 entreprises parmi lesquelles 121 681 exploitations (74,5 % du total étaient engagées dans un programme agri-environnemental sur 2,2 millions d’hectares(5) (87 % de la SAU), tandis que 273 millions d’euros d’indemnités compensatoires des handicaps naturels ont été alloués à 98 650 exploitations (60 % du total) pour 1,54 million d’hectares et 47 % de la SAU.

Des échanges commerciaux en progression constante

Les échanges de produits agro-alimentaires de l’Autriche ne cessent de progresser surtout depuis l’adhésion du pays à l’Union européenne, son principal partenaire commercial dans ce secteur. Le déficit commercial tend à se résorber. L’Autriche exporte principalement vers la République tchèque, la Hongrie, la Pologne, la Slovénie et la Roumanie.

Le secteur forestier, pour sa part, est largement excédentaire : en 2006, les importations s’élevaient à 4,83 milliards d’euros pour des exportations de 8,47 milliards d’euros seulement. Le solde extérieur du secteur, de 3,64 milliards d’euros, a trait aux échanges allant du bois aux meubles en bois en passant par les papiers et viscoses.

Evolution de la balance commerciale agroalimentaire copie

Avec 83,4 % du total en 2007, l’Union européenne est de loin le principal fournisseur de l’Autriche en produits agro-alimentaires. Ces achats concernent en premier lieu les fruits et légumes ainsi que des viandes et des céréales. La France est le cinquième fournisseur pour un volume en valeur dix fois inférieur à celui des importations provenant d’Allemagne.

Importations par groupe de produits copie

Les trois premiers fournisseurs de l’Autriche en produits agro-alimentaires sont :

- l’Allemagne : viande, préparations à base de céréales, produits laitiers, préparations diverses, cacao et ses préparations ;

- l’Italie : boissons, fruits et légumes et leurs préparations, préparations à base de céréales, viande et produits laitiers ;

- les Pays-Bas : plantes vivantes et fleurs, graisses, préparations diverses, préparations de fruits et légumes, légumes, cacao et ses préparations.

Exportations par groupe de produits copie

Les trois quarts des exportations autrichiennes de produits agro-alimentaires sont destinés à l’Union européenne (75,6 % en 2007) ; elles sont essentiellement composées de boissons, de viandes et de produits laitiers.

Les trois premiers clients de l’Autriche en produits agro-alimentaires sont :

- l’Allemagne : produits laitiers, boissons, préparations à base de céréales, préparations de fruits et légumes, préparations de viande, viande, préparations diverses ;

- l’Italie : viande, produits laitiers, céréales, boissons, préparations de fruits et légumes, préparations à base de céréales ;

- les États-Unis : boissons, préparations de fruits et légumes, cacao et ses préparations.

Répartition par produits des importations copie

Protection de l’environnement et diversification

La population autrichienne est très sensible aux thématiques de la protection de l’environnement et du bien-être animal (depuis le 1er janvier 2009, l’élevage de poules pondeuses en cage n’est plus autorisé), très portée sur les produits biologiques et hostile aux organismes génétiquement modifiés (OGM). On a fêté en avril 2007 le 10e anniversaire du référendum autrichien contre les OGM et le Land de la Haute Autriche a été à l’origine, avec la Toscane, de la constitution, en 2003, du Réseau des régions européennes sans OGM.

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On observe une certaine « préférence nationale » pour les produits agricoles autrichiens. Il existe une grande variété de critères de qualité spécifiquement autrichiens, permettant de distinguer des produits régionaux et des savoir-faire traditionnels. Ces labels sont souvent obtenus sur la base de cahiers des charges moins contraignants que ceux requis pour l’obtention d’AOP (appellation d’origine protégée) ou d’IGP (indication géographique protégée). Des campagnes de communication sont organisées autour des produits de qualité par le biais de l’initiative Genuss Region Österreich (Régions et saveurs d’Autriche), marque protégée de l’AMA Marketing, société chargée de la promotion des produits agricoles, et du ministère de l’Agriculture, qui vise à renseigner le consommateur et le touriste sur les spécialités agricoles et culinaires de 113 petites régions. L’Autriche a également enregistré huit AOP et quatre IGP auprès de la Commission européenne, et déposé deux demandes d’IGP actuellement en cours d’examen à Bruxelles (voir liste ci-dessus).

Dans un pays où les agriculteurs sont confrontés à de lourds handicaps naturels, la diversification des activités est devenue incontournable et contribue au maintien des exploitations en milieu rural.

L’agritourisme est apparu comme une voie d’avenir et a connu un vigoureux développement grâce aux nombreux atouts du pays, notamment ses paysages attractifs, son patrimoine culturel particulièrement riche, sa tradition hospitalière, l’accessibilité des zones rurales.

De plus, la réglementation autrichienne interdit la construction d’hôtels dans certaines régions des Alpes, ce qui donne aux exploitations agricoles d’importantes opportunités en matière d’infrastructures d’accueil des touristes.

Sur près de 189 600 exploitations agricoles, 15 500 proposent un accueil à la ferme, avec 170 000 lits en chambres ou en appartements, soit un septième de l’offre autrichienne. Ces exploitations représentent une entreprise sur cinq dans le secteur du tourisme et engendrent pour cette seule activité un chiffre d’affaires annuel compris entre 1 et 1,2 milliard d’euros. On citera l’association « Urlaub am Bauernhof » (Vacances à la ferme) qui rassemble 2 900 membres (36 400 lits, qui ont été occupés 60 jours durant la saison estivale 2007 et 43 jours durant la saison hivernale 2006-2007).

Il est possible de choisir son hébergement en fonction de 10 thèmes, chacun associé à un cahier des charges.

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Avec un budget de 1 milliard d’euros pour la période 2007-2013, le programme du développement rural en Autriche permet d’apporter un soutien réel aux projets d’agritourisme (10,2 millions d’euros pour le développement du tourisme en zone rurale, 17,1 millions pour la diversification, dont des activités liées à l’agritourisme). Grâce à ces aides et aux nombreuses initiatives locales, encouragées par les autorités, l’avenir de l’agritourisme autrichien est prometteur.

La vente directe est encouragée par le réseau des chambres d’agriculture (chambre fédérale et chambres régionales) qui souhaite ainsi valoriser au mieux la production à la ferme, diversifier le revenu des agriculteurs, conforter les emplois dans les zones rurales, favoriser le contact avec les consommateurs, encourager les productions de niche, stimuler la créativité et les initiatives individuelles et promouvoir les identités régionales. À cette fin, il y a une dizaine d’années, ce réseau a mis au point une démarche de qualité concernant les produits fermiers et dont le cahier des charges, élaboré conjointement par des associations de consommateurs et le ministère de l’Agriculture, offre aux consommateurs six garanties :

- d’origine (produits issus de la ferme)
- de transformation à la ferme (traçabilité)
- de savoir-faire (formation initiale et formation continue)
- sanitaire (respect de la réglementation)
- de qualité (système d’assurance qualité)
- de conseil (du producteur à ses clients)

Les 1 300 entreprises engagées dans cette démarche peuvent apposer sur leurs produits le logo « Gutes vom Bauernhof » (« les bons produits de la ferme »).

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Notes
(1) Selon les termes du règlement européen (CE) 1257/1999 du Conseil (articles 18,19 et 20), les zones défavorisées sont des régions où la production ou l’activité agricole souffre de handicaps naturels : conditions climatiques écourtant la période de végétation et/ou forte déclivité dans les zones de montagne, faible productivité de la terre dans les autres régions.
(2) Surface agricole utile (SAU) : 3,27 millions d’hectares ; surface forestière utile (SFU) : 3,31 millions d’hectares.
(3) La forêt occupe, au total, 3,96 millions d’hectares.
(4) Les quotas établis par l’Union européenne sont répartis entre les « livraisons » quand le producteur vend son lait à une laiterie et les « ventes directes » quand il le cède directement aux consommateurs.
(5) 2,7 millions d’hectares si l’on inclut les estives.

* Conseillère agricole à l’ambassade de France en Autriche

Pour citer cet article : Catherine Gérard, « Autriche. Une agriculture tournée vers l’environnement et la qualité », Grande Europe n° 11, août 2009 – La Documentation française © DILA

 

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