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Slovaquie. L’introduction de l’euro, un succès à conforter dans la durée, par Aude Hapiot

[Slovaquie. L’introduction de l’euro, un succès à conforter dans la durée, par Aude Hapiot], pour plus d'information, consulter la description longue en dessous de cette illustration

La campagne d’affichage pour l’arrivée de l’euro en Slovaquie.
Commission européenne - Service audiovisuel

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Mis à jour le 12/03/2009

Introduction

Le 1er janvier 2009, la Slovaquie a adopté l’euro, après de longues et minutieuses préparations. Devenant le 16e membre de la zone euro, la Slovaquie a alors pu se targuer de suivre de près la Slovénie et, surtout, de devancer la Pologne, la Hongrie et la République tchèque, pays que l’on aurait volontiers imaginés plus prompts à remplir les conditions d’adhésion. Pour réaliser ce parcours, la Slovaquie a consenti nombre de sacrifices et a manifesté un volontarisme ambitieux.


Slovaquie. L’introduction de l’euro, un succès à conforter dans la durée

Aude Hapiot*

Que la zone euro accueille un seizième membre alors que les 27 États membres de l’Union européenne y sont éligibles n’a rien d’exceptionnel. Que la Slovaquie qui, dans cette occasion, suit de près la Slovénie mais devance de loin la Pologne, la Hongrie et la République tchèque, soit ce nouveau membre, constitue une situation tout à fait inattendue. Comment un pays qui n’existe que depuis une quinzaine d’années, mal connu de l’opinion internationale il y a peu encore, se trouve-t-il prêt à intégrer l’Union économique et monétaire européenne alors que d’autres, dont la République tchèque, n’en ont même pas encore formulé l’intention ?

Miracle économique ? Non. L’intégration, le 1er janvier 2009, de la Slovaquie à la zone euro a été le fruit d’un volontarisme politique profondément réformateur. Ambition démesurée ? Non plus. Les résultats parlant d’eux-mêmes, il serait infondé de prétendre que les politiques mises en œuvre n’ont pas été adaptées. Néanmoins, les efforts réalisés sont payants aujourd’hui sur le court terme. Cependant, c’est en favorisant l’émergence de facteurs de croissance de long terme et en donnant des assises solides à sa compétitivité que la Slovaquie s’assurera un développement durable et équilibré.

Parce que le pays revenait de loin, les efforts (pour ne pas dire les sacrifices) ont été très importants. Au nom d’une logique de court terme, les réformes économiques se sont faites au détriment du soutien des fondamentaux de croissance sur le long terme. Maintenant que l’objectif est atteint, un rééquilibrage est nécessaire si la Slovaquie veut s’éviter un retournement de tendance.

Des choix politiques ambitieux

L’histoire économique de la Slovaquie se résume assez simplement. Elle est celle d’un petit pays (à peine plus étendu que notre région Rhône-Alpes) qui, le temps d’une législature, est passé du statut de « mauvais élève » et de « retardataire » dans sa transition vers l’économie de marché à celui de « moteur de croissance », de « tigre économique » et de « réformateur parmi les dix meilleurs au monde »(1).

Quelques repères copie

 

S’il faut saluer l’ambition et la réussite de la stratégie de transformation, il est légitime de vouloir vérifier l’impact général d’une avancée si rapide, alors que la Slovaquie n’était pas l’économie post-socialiste la mieux positionnée pour accomplir un tel exploit. De surcroît, l’intégration à l’Union économique et monétaire est conditionnée par des critères draconiens(2) qui nécessitent une politique de rigueur. La question se pose alors de savoir si la convergence nominale vers l’euro a également permis à une économie souffrant, par ailleurs, de déséquilibres structurels importants, de s’engager sur la voie du rattrapage en termes réels.

Au lendemain de la chute du mur, la Slovaquie présentait de nombreuses faiblesses : une spécialisation dans les industries lourde et d’armement, un chômage de masse, un manque d’esprit d’entreprise et un niveau de vie relativement bas. Le pays possédait certes des potentiels de croissance mais les retards structurels étaient notables. Les investisseurs étrangers sont longtemps restés frileux. L’opinion internationale doutait de la capacité du pays à se développer sans le soutien financier de Prague. Le Premier ministre de l’époque, Vladimir Meciar (conservateur-populaire), n’était guère apprécié et sa préférence affichée pour un processus de transition en douceur vers l’économie de marché afin d’en limiter le coût social n’était pas non plus de nature à rassurer. Lorsque Mikulas Dzurinda (chrétien-démocrate, libéral) arriva au pouvoir en 1998 et qu’il lança son processus de réformes, les observateurs internationaux ont commencé à s’intéresser aux potentiels économiques du pays et les investissements directs étrangers (IDE) se sont mis à affluer.

La situation financière du pays n’était pas mauvaise. Dès lors, la politique de stabilisation était importante plus pour le message qu’elle véhiculait que pour ses vertus curatives. Le renforcement de l’ancrage de la Slovaquie en Europe a été à la fois le moteur des réformes et la justification de leur nécessité. Une fois réalisée l’intégration à l’Union européenne, l’adoption de la monnaie unique est devenue logiquement la nouvelle cible à atteindre.

Indicateurs économiques copie

 

La stratégie d’assainissement des finances publiques n’a pas manqué de frapper les couches de la population les plus vulnérables. La réforme des retraites a ainsi introduit un système par capitalisation. Une flat tax de 19 % a été mise en place, dont l’effet a été d’abaisser le taux d’imposition des revenus et des sociétés mais de rehausser celui de la TVA. Le niveau des revenus de remplacement et des prestations sociales a été ajusté. Les réformes n’ont pas non plus été très favorables aux grands investissements publics alors que les besoins en infrastructures dans le système éducatif étaient criants et que les services publics, notamment le secteur de la santé, requéraient de nombreuses améliorations.

Cependant, les efforts réalisés ont été payants. La convergence nominale s’est consolidée, la couronne slovaque a rejoint le Mécanisme de change européen (MCE II) dès novembre 2005, la date d’intégration à la zone euro pouvant dès lors être précisée. En parallèle, l’environnement des affaires s’est considérablement amélioré(3). Les entrées massives d’IDE ont stimulé la production, favorisé la reconversion industrielle du pays et contribué au processus de rattrapage en termes réels.

Indicateurs économiques slovaques 2001_2008 copie

 

Une adhésion arrivant à point nommé

L’adoption de la monnaie unique européenne représentait un enjeu économique en soi ; le fait qu’elle soit intervenue au moment même où la crise économique entraînait la chute des petites devises est un concours de circonstances on ne peut plus heureux(4). La conjoncture économique actuelle offre une démonstration en vraie grandeur de l’effet stabilisateur de l’euro : ainsi, contrairement aux devises des pays voisins, la couronne slovaque n’a pas eu à souffrir de la crise. En juillet 2008, son taux de change a été fixé irrévocablement à 31,262 couronnes pour 1 euro, alors que les autres monnaies commençaient à subir de fortes pressions. En six mois, la couronne tchèque a perdu 15 % de sa valeur face à l’euro, le forint 21 % et le zloty 30 %.

La concomitance des faits a également joué en faveur de l’adhésion de la population à la monnaie européenne. Alors que les Slovaques s’inquiétaient des conséquences de l’introduction de l’euro sur leur pouvoir d’achat, ils ont de facto bénéficié de la protection assurée par le bouclier monétaire européen, alors même que leurs voisins voyaient fondre leur épargne à vue d’œil.

Evolution du taux de change copie

 

Hormis son effet stabilisateur, le passage à l’euro devrait jouer un rôle moteur sur la croissance. De plus, la monnaie unique va réduire les coûts de transaction ainsi que certains coûts de nature administrative et faire disparaître le risque de change. De manière générale, les études empiriques sur les zones monétaires optimales estiment que l’entrée dans une union se traduit par une croissance des exportations de 5 à 15 %. Dans le cas de la Slovaquie, l’effet pourrait être d’autant plus marquant que le rattachement à une monnaie unique confère au pays un avantage compétitif sur les pays voisins. Rappelons que l’adhésion de la Pologne à l’Union économique et monétaire est programmée pour 2011 seulement, que la Hongrie a repoussé cette échéance à 2013 et que la République tchèque réserve sa décision.

Au final, l’impact de la monnaie unique sur la croissance économique slovaque dépendra de l’effet conjugué de deux facteurs : les gains de compétitivité induits par la monnaie unique et l’affaiblissement de la concurrence des importations en provenance des pays voisins dont les devises s’effondrent. Quoi qu’il en soit, l’euro ne sera pas à même de faire barrage à la crise et la Slovaquie ne sera pas épargnée. Néanmoins, jusqu’au début de 2009, l’économie slovaque a semblé mieux résister que les autres, comme en témoignent les prévisions établies à la fin de 2008 (voir tableau 5). Alors que le marasme du secteur automobile aurait pu être fatal à un pays devenu le premier producteur mondial de véhicules par habitant, l’activité s’est maintenue relativement bien durant un temps. Mais les effets de la crise ont fini par se faire sentir et les prévisions de croissance pour 2009 ont été révisées à la baisse pour être fixées à 2,7 %(5).

Perspectives de croissance copie

 

La nécessité de repositionner les politiques publiques sur le long terme

Même si la conjoncture économique mondiale vient assombrir le tableau, l’adoption de l’euro à ce moment précis s’inscrit dans un concours de circonstances favorable qui justifie a posteriori les choix politiques de ces dix dernières années. Néanmoins, l’entrée dans la zone euro n’est pas une finalité en soi. Les efforts réalisés pour atteindre cet objectif ont été importants, mais les manquements ont également été nombreux. Aujourd’hui, la Slovaquie est le pays où le PIB par habitant est le plus bas de la zone euro(6) et celui qui présente les disparités les plus accusées en termes de développement régional(7). Le taux de chômage y est l’un des plus élevés de l’UE(8) et il enregistre également des écarts importants d’une région à l’autre.

Disparités régionales copie

 

L’atténuation des différences structurelles entre les régions et entre le pays dans son ensemble et le reste de l’Union européenne reste un enjeu de toute première importance. L’introduction de la monnaie unique ne permet plus au pays de recourir à un ajustement par le change, si bien qu’en cas de chocs asymétriques au sein de la zone euro, le rééquilibrage sera plus délicat. De ce fait, après avoir réussi à satisfaire aux critères de convergence nominale, la Slovaquie doit maintenant penser à pérenniser sa croissance sur le long terme. L’effet moteur de l’adhésion à l’euro, de la désinflation importée et de la réduction des taux d’intérêt s’estompera après quelques années ; des facteurs de croissance internes devront alors entrer dans le jeu.

Jusqu’à présent, les dépenses publiques auxquelles se sont ajoutés les fonds structurels européens ont été principalement consacrées aux projets les plus rapidement rentables. Par ailleurs, l’entrée des capitaux étrangers a été favorisée par l’amélioration du climat des affaires, mais tous ces financements ont eu trop souvent le défaut d’être cantonnés à un secteur d’activité, à des entreprises ou à des zones géographiques spécifiques. Un renforcement des infrastructures sur l’ensemble du territoire ainsi que de la spécialisation industrielle sont désormais nécessaires. Robert Fico (social-démocrate), Premier ministre depuis 2006, semble vouloir agir dans cette direction.

Concernant les conséquences à court terme de l’adhésion à la monnaie unique, le rapport de l’OCDE sur la question se veut plutôt rassurant(9). Et de fait, la mise en circulation de l’euro n’aura qu’un effet marginal sur le niveau général des prix (0,32 % d’inflation en plus sur l’année, soit un supplément de 16 euros seulement pour les dépenses de consommation d’un ménage « typique »). En outre, les hausses des prix touchant principalement le tourisme et les activités de loisirs, leur impact se limiterait aux ménages les plus aisés, les plus défavorisés étant épargnés pour la plupart. Au final, la situation n’est donc pas trop alarmante.

Ceci étant, des distorsions se font jour au-delà des frontières nationales. Située à l’ouest de la Slovaquie, l’Autriche en ressent déjà quelques effets. Depuis plusieurs années, le processus d’expansion économique de la région de Bratislava s’est accompagné d’une augmentation importante des prix des biens et de l’immobilier. Maintenant que la monnaie unique facilite les transactions, nombre de Slovaques viennent faire leurs emplettes en Autriche et y acquièrent des terrains à bâtir. D’un côté, cela stimule l’activité dans une région qui souffrait d’être à la périphérie orientale de la zone euro, mais de l’autre, les conséquences pourraient en être une forte hausse des prix et une baisse du pouvoir d’achat de la population autrichienne locale.

Notes
(1) Classement établi par le rapport Doing Business 2005 de la Banque mondiale.
(2) Voir un descriptif des critères de convergence nominale (dits aussi critères de Maastricht) dans Cadre institutionnel et économique de l’Euro, sur le site de l’Union européenne.
(3) Pour plus d’informations, voir notamment Country Profile for Slovakia, Doing Business 2009 de la Banque mondiale ou l’indice A.T. Kearney’s consultants selon lequel la Slovaquie figure dans le top 15 des pays offrant les conditions les plus favorables pour l’outsourcing des services.
(4) La Slovaquie adopte l’Euro, The Slovak Spectator, 12 janvier 2009.
(5) La Slovaquie entre en mode « Crise », The Slovak Spectator, 2 février 2009.
(6) Tableau comparatif des PIB par habitant exprimés en % de la moyenne de l’UE-27, Eurostat.
(7) Le coefficient de distribution du PIB régional par habitant représente 33,8 % du PIB national par habitant, soit un niveau relativement élevé par rapport aux autres pays. Tableau comparatif, Eurostat.
(8) Tableau comparatif des taux de chômage, Eurostat.
(9) Felix Hüfner and Isabell Koske, The Euro Changeover in the Slovak Republic: Implications for inflation and interest rates, Economics Department Working Papers, n° 632, août 2008.

* Directrice des contenus dans une société de systèmes d’information en commerce international

Pour citer cet article : Aude Hapiot, « Slovaquie. L’introduction de l’euro, un succès à conforter dans la durée », Grande Europe n° 6, mars 2009 – La Documentation française © DILA

 

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