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Que pensent les Tchèques de la famille ? Analyse de quelques sondages d’opinion, par Jaroslav Blaha

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Le pont Charles à Prague.
Commission européenne – Service audiovisuel

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Mis à jour le 12/01/2009

Introduction

D’après des enquêtes publiées en 2007, les Tchèques, hommes et femmes, ont sur la vie en couple des opinions conservatrices, même si l’institution du mariage est, comme partout, dépréciée, tandis que les violences conjugales, dont sont victimes 40 % des femmes, demeurent un sujet tabou.


Que pensent les Tchèques de la famille ? Analyse de quelques sondages d’opinion

Jaroslav Blaha*

D’après différentes études sociologiques publiées en 2007, les Tchèques, hommes et femmes, expriment des idées plutôt conservatrices en ce qui concerne la vie en couple : ainsi, la famille « classique » est considérée par une très large majorité de la population, comme le meilleur moyen de réussir l’éducation des enfants. Pourtant, l’institution du mariage ne fait plus recette : 50 000 unions ont été célébrées en 2007, contre 81 000 en 1991 et désormais un mariage sur deux se conclut par un divorce.

La vie en couple

Selon les sondages réalisés dans le cadre de ces travaux sociologiques, un peu plus d’un quart des jeunes de moins de 25 ans privilégie l’union libre, sans exclure un éventuel mariage, mais seulement après la naissance du premier enfant. Dans la vie quotidienne, ces couples, mariés ou non, déclarent à la quasi-unanimité (82 % des personnes interrogées) prendre les décisions importantes d’un commun accord. Dans un cinquième des foyers, les conjoints se partagent la préparation des repas, mais 25 % des femmes admettent ne pas savoir cuisiner, hormis quelques plats simples. Pour les hommes, comme le constatent les sociologues, ce trait serait l’apanage d’une femme émancipée et sûre d’elle. Les hommes sont 17 % à se flatter d’être des « cordons bleus », mais 90 % d’entre eux continuent à associer l’art culinaire à l’image de la bonne épouse, voire de la femme idéale.

Malgré toutes ces années durant lesquelles ont été glorifiées l’émancipation par le travail et l’égalité des sexes, les hommes de plus de 25 ans conservent une vision traditionnelle, pour ne pas dire archaïque, du rôle des femmes : pour plus de 50 % d’entre eux, la « femme au foyer » reste un idéal ; 21 % seulement conçoivent qu’une femme puisse s’accomplir, grâce à une activité professionnelle.

Pourtant, 87 % des femmes de 18 à 59 ans (soit 2 300 000) travaillent ou sont en quête d’un emploi. Leur salaire reste inférieur à celui des hommes (de l’ordre de 25 %), une amélioration de cette situation n’étant pas en vue, et leur proportion dans les plus hautes tranches de revenus n’équivaut même pas à 30 %.

Autre fait notable, le sentiment d’insatisfaction à l’égard de leur vie de couple et de leur relation avec leur conjoint progresse très nettement, notamment chez les femmes. En 1993, elles déclaraient être satisfaites à 83 % (les hommes à 76 %), mais en 2007, elles ne l’étaient plus qu’à 55 % (les hommes à 62 %). Cette tendance semble toucher avant tout les générations de plus de 35 ans. Dans ce contexte, la fidélité, de plus en plus souvent mise en exergue chez les 25-34 ans, reste indispensable à la stabilité de la relation pour 60 % des femmes et 48 % des hommes.

Le mariage copie

 

Le divorce

Jusqu’en 1985, la justice communiquait à l’Office national des statistiques toutes les informations concernant la date du jugement de divorce, la situation professionnelle des conjoints et l’âge des enfants mineurs. Des simplifications sont ensuite intervenues dans les questionnaires remplis par les tribunaux et se sont traduites par de la perte d’informations pour l’Office des statistiques. Depuis 1996, la nationalité des conjoints en instance de divorce est indiquée et, depuis 2007, les formulaires contiennent à nouveau la date du jugement, ainsi que le nombre d’enfants mineurs. Seules les mentions concernant l’activité professionnelle ne sont plus renseignées malgré les demandes réitérées présentées par les organisations européennes en charge des statistiques.

Les chiffres pour la période 1991-2006 montrent une diminution sensible du nombre des procédures de conciliation, qui avaient été concluantes dans 9 000 cas au début des années 1990, mais seulement dans 4 300 en 2006. Durant ces quinze années, la femme est restée à l’initiative de la demande de divorce (66 à 69 % des cas selon les années). Étant donné la présence d’enfants mineurs dans 60 % des cas, une modification de la loi sur la famille a été adoptée en 1999, instaurant l’obligation de régler leur situation avant que ne soit saisi le tribunal, ce qui permet de raccourcir les délais. Ainsi, depuis 2001, dans 85 % des cas une seule audience suffit pour prononcer le divorce.

En 2006, plus de la moitié des divorces ont été motivés par « l’incompatibilité d’humeur, des idées et des centres d’intérêt ». La part des personnes ayant opté pour « autres raisons » est en augmentation depuis le changement de la législation en 1999, qui donne notamment la possibilité de divorcer par consentement mutuel. De ce fait, le poids des autres facteurs entrant dans la décision de se séparer – alcoolisme, infidélité/adultère, désintérêt pour la famille, mésentente sexuelle, immaturité du conjoint, dissimulation d’un handicap ou d’une condamnation pénale – diminue dans les statistiques recueillies.

Néanmoins, certaines tendances lourdes peuvent être dégagées. Chaque année, plus de la moitié des demandes déposées par les femmes, contre un tiers de celles émanant des hommes, étaient motivées par l’adultère. Toujours du côté des femmes, l’alcoolisme, le désintérêt pour la famille ou l’immaturité du conjoint constituent les autres raisons les plus fréquemment invoquées et sont à l’origine de 25 % environ des demandes. Depuis quelques années, la citation de l’alcoolisme et du désintérêt pour la famille parmi les causes exposées par les hommes dans une procédure de divorce tend à augmenter : respectivement 6 % et 18 %.

Briser le tabou des violences conjugales

Les comportements violents n’étant pas retenus parmi les critères de l’Office national des statistiques, il faut recourir aux estimations des associations et des ONG, telles que Rosa ou ProFem, qui ont longtemps travaillé dans une semi-clandestinité. Lorsqu’en 1995 elles organisèrent la première conférence sur ce sujet « tabou », les réactions des autorités et des médias ont été largement négatives. En effet, exaspérée par les « intrusions » du régime précédent dans la sphère privée, la société tchèque de l’après-1990 mit en avant l’individualisme et le repli sur la vie familiale et privée, en général. Mais avec le temps, le barrage semble céder. En décembre 2006, à l’occasion d’une campagne de sensibilisation, organisée sous l’égide du Conseil de l’Europe et de la Chambre basse du Parlement tchèque, ces ONG, sortant de l’ombre, ont communiqué à la presse les informations qu’elles avaient recueillies : quatre femmes adultes sur dix, soit 38 %, ont été victimes de violences, dont 13 % au sein de leur couple ; la plupart de ces victimes ont entre 30 et 44 ans, souvent sont enceintes et possèdent, pour une majorité d’entre elles, un niveau d’instruction supérieur. Le harcèlement sur le lieu de travail serait le lot quotidien de 75 % des femmes et 40 % auraient subi des sévices sexuels de la part de leur conjoint. Dans 5 % des cas, les victimes seraient des hommes.

Jusqu’à cette campagne d’envergure nationale et malgré des changements positifs de la législation en la matière, permettant de mieux sanctionner les violences domestiques, la formation insuffisante des magistrats et des policiers empêche l’éradication totale de certains tabous et freine l’application des lois au quotidien. C’est notamment le cas pour la loi qui autorise, depuis janvier 2007, l’expulsion immédiate d’un individu violent de son domicile, même s’il en est propriétaire, et ce pour une durée pouvant atteindre 10 jours, sur simple demande à la police de la victime. Auparavant, cette dernière devait déposer une plainte et attendre que celle-ci soit traitée par la justice pour que des poursuites soient engagées. Par ailleurs, les ONG dénoncent le manque cruel de structures d’accueil et d’aide aux victimes. Début 2007, il n’existait que trois centres gérés par les associations d’aide aux femmes, deux à Prague (dont un garantissant l’anonymat) et un à Brno, tous étant payants. D’autres structures sont tenues par des organisations caritatives, mais elles sont généralement peu adaptées. « Ces femmes en détresse – après avoir vécu, en moyenne pour la moitié d’entre elles, 15 ans aux côtés d’un être violent – doivent y séjourner dans la promiscuité avec des personnes sans domicile fixe ou avec de mauvais payeurs expulsés de leur logement ».

Mères célibataires, un phénomène de plus en plus courant

Parmi les changements observés depuis 1990 dans le comportement démographique en Pays tchèques, on note non seulement une forte baisse de la natalité, mais aussi une chute du nombre des mariages. Sans pouvoir être expliqués totalement par la progression des divorces, de plus en plus nette, le nombre des mères célibataires et donc celui d’enfants nés hors mariage ont enregistré une forte croissance en vingt ans. En 1986, ces naissances représentaient 5,6 %, soit 6 862 nouveau-nés sur un total de 123 460, et en 2005 près de 37 % (soit 25 750 sur un total de 69 800). Parfois, cette évolution est interprétée par les démographes comme une preuve de l’« occidentalisation » du comportement des femmes et de la popularisation de nouvelles formes d’union, telle la cohabitation. Enfin, ainsi que le soulignent toutes les études sur ce sujet, l’allongement de la durée des études et le recul de l’âge d’entrée dans la vie active se traduisent par la naissance plus tardive du premier enfant. En 1985, il venait au monde à 21 ans pour une femme célibataire et à 22 ans pour une femme mariée. En 2006, cet âge a reculé à 24,9 et à 27,2 ans respectivement.

Références bibliographiques
• Sociologicky casopis (Czech Sociological Review), vol. 42, n° 3 ; Demografie, vol. 49, 2007, n° 1, 3 et 4.
Pravo, 6 décembre 2006 ; 19 janvier 2008 ; 22 mars 2008 ; 26 juillet 2008.
Lidove Noviny, 8 décembre 2006 et 16 mars 2006.

* Analyste-rédacteur à la Documentation française

Pour citer cet article : Jaroslav Blaha, « Que pensent les Tchèques de la famille ? Analyse de quelques sondages d’opinion », Grande Europe n° 4, janvier 2009 – La Documentation française © DILA

 

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