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Ukraine. Le gaz de schiste, une affaire de familles, par Sébastien Gobert

[Ukraine. Le gaz de schiste, une affaire de familles, par Sébastien Gobert], pour plus d'information, consulter la description longue en dessous de cette illustration

Le 28 février 2013, un groupe féministe a organisé à Donetsk une manifestation contre l’exploitation de gaz de schiste suite à la signature, le 24 janvier, de l’accord de partage de production entre le gouvernement ukrainien et la firme Shell.
Alexander Khudoteply/AFP

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Mis à jour le 03/09/2013

Introduction

Le gouvernement ukrainien s'engage actuellement avec enthousiasme dans l'exploitation du gaz de schiste, qui pourrait s’avérer un outil d'indépendance considérable vis-à-vis de la Russie, principal fournisseur d’hydrocarbures. Alors que de nombreux pays d'Europe redoutent les risques géologiques et écologiques liés à l'exploitation de ce gaz non conventionnel, l'initiative ne va toutefois pas sans soulever questions et controverses dans le pays. Mais l’exécutif, composé de nombreux membres de la « Semia » (Famille) du Président Victor Ianoukovitch, entend bien mener le projet à terme.


Ukraine. Le gaz de schiste, une affaire de familles

Sébastien Gobert*

« C'est un grand événement que nous avons vécu aujourd'hui. J'ai l'impression que nous sommes presque devenus une famille ! » : le 24 janvier 2013, en marge du forum économique de Davos, le président ukrainien Victor Ianoukovitch affichait un sourire radieux devant les photographes. Accompagné de son ministre de l'Énergie, Edouard Stavitsky, il venait de signer un accord majeur de partage de production avec le géant anglo-néerlandais Royal Dutch Shell.

En jeu : un investissement d'au moins 10 milliards de dollars pour l'exploration et l'exploitation du gaz de schiste du gisement de Iouzivska, situé dans l'est de l'Ukraine. Avec, à la clé, la promesse d'une ressource énergétique disponible à faible coût. Pour un pays qui paie au prix fort les importations de gaz russe – celles-ci assurent plus de la moitié de la consommation ukrainienne –, l'initiative pourrait bouleverser les logiques de production. Elle serait aussi de nature à modifier certaines affiliations de l’Ukraine indépendante, entre « famille post-soviétique » et « famille européenne ».

Les troisièmes réserves d'Europe

Le gaz de schiste est une forme de gaz naturel retenu dans les porosités de la roche où il s'est formé. Pour l'en extraire, il est donc nécessaire de fracturer les couches de pierre qui l'abritent et c’est à ce titre qu’il est considéré comme un gaz non conventionnel. Depuis quelques années, il joue un rôle croissant dans le bouquet énergétique de certains pays, notamment des États-Unis. Selon une récente étude de l'Administration américaine de l’information sur l’énergie (Energy Information Administration, EIA), le sous-sol ukrainien recèlerait environ 3 600 milliards de m³ de ce type de gaz, soit un potentiel d'environ 1,2 milliard de barils(1). À supposer que ce chiffre soit confirmé par des explorations à venir, cela constituerait les troisièmes réserves en Europe, derrière la Pologne et la France(2).

Le gisement de Iouzivska s'étend principalement dans les régions (oblasts) orientales de Sumy, Kharkiv, Dnipropetrovsk et Donetsk. À l'ouest, celui d'Oleska s'étale dans les sous-sols des oblasts de Lviv et d'Ivano-Frankivsk, et a des ramifications jusqu'en Pologne. La nappe de Skifska constitue un troisième gisement, offshore cette fois, en mer Noire, au sud de la Crimée. Alors que Shell a remporté, en mai 2012, l'appel d'offre visant à explorer et exploiter Iouzivska, la compagnie pétrolière américaine Chevron, elle, est en charge d'Oleska, gisement pour lequel aucun accord de partage de production n'a encore été signé. Un consortium mené par Exxon Mobil et Shell est en cours de négociation avec le gouvernement pour commencer les travaux d'exploration sur Skifska d'ici 2015.

Principaux gisements de gaz de schiste en Ukraine

Principaux gisements de gaz de schiste

Le 24 janvier 2013, le directeur général de Shell, Peter Voser, reconnaissait avec sobriété qu’il s’agissait là d’« un moment important » pour sa compagnie. À travers son implantation dans l'est de l'Ukraine, la compagnie anglo-néerlandaise pourrait en effet devenir le plus gros investisseur étranger dans le pays. L'accord de partage de production, valable pour 50 ans, prévoit une période d'explorations préliminaires de 5 ans, à la charge de Shell. Si les recherches se révèlent prometteuses, la compagnie pourrait engager jusqu'à 40 milliards de dollars sur le long terme. Dans un contexte économique morose, où de nombreux investissements, ukrainiens et étrangers, pâtissent des complications administratives, de l'insécurité juridique et d'une corruption rampante, le niveau des investissements directs étrangers stagne à un niveau qui n’a jamais été aussi bas(3). La concrétisation d'un tel projet pourrait dès lors contribuer à dynamiser certains pans de l'économie. Cette entreprise serait de même susceptible de bénéficier aux populations locales, tant en termes d'emplois que de modernisation des infrastructures.

Terres noires et mines de charbon

Comme ailleurs en Europe, la question de l'impact géologique et écologique de l'exploitation suscite toutefois des doutes. À l'instar des méthodes employées aux États-Unis, Shell a annoncé qu'elle aurait recours à la fracturation hydraulique, qui consiste à injecter dans le sous-sol, sous très haute pression, un fluide destiné à micro-fissurer la roche. Une « technique prouvée qui, si exécutée proprement, ne présente aucun risque pour l’environnement », assure Anna Doumanska, chargée de communication auprès du bureau ukrainien de Shell.

Olena Kravchenko, directrice de l'ONG Environnement–Citoyens–Droit à Lviv, déplore que l'accord de partage de production ait été tenu secret par le gouvernement. Aucun détail sur le type de fluide utilisé n'a été dévoilé et l'impact sur les régions concernées et les grandes villes qui y sont situées est difficile à prévoir. « Le risque principal, c'est la pollution des cours d'eau et des nappes phréatiques que la fracturation hydraulique peut engendrer », prévient-elle. « À l'ouest, cela pourrait être plus soutenable car la région est moins polluée. Mais c'est une zone densément peuplée, avec une intense activité agricole justifiée par la présence de terres noires très fertiles qui ne se remettraient pas d’une forte pollution des sols. »

En effet, dans l'est du pays, l'industrie minière, la métallurgie et une faible conscience écologique ont déjà conduit à une forte pollution des sols. « La fracturation pourrait y tourner au désastre », s’inquiète O. Kravchenko. « Toutes les précautions seront prises », promet de son côté A. Doumanska, qui précise que « quatre ONG environnementales ont été sélectionnées pour apporter leur contribution à l’analyse d’impact environnemental ». Mais, pour Nikolaï Vilinko, chef d’un syndicat de mineurs indépendants dans la région de Donetsk, les risques sont évidents. Dans le bassin houiller du Donbass, « le sous-sol est comme un gruyère. Il y a 30 millions de m³ de méthane sous nos pieds. Alors… que va-t-il se passer quand ils vont creuser ? Je ne veux pas être alarmiste mais, jusqu’à présent, les mines tiennent le coup. Après, c'est sûr qu'il y aura des complications, des galeries à des kilomètres de profondeur qui vont s'écrouler ou exploser ».

Hormis quelques manifestations sporadiques, aucun mouvement associatif structuré ne parvient cependant à faire écho à ces préventions. Au niveau politique, seul le parti nationaliste Svoboda(4) réclame au gouvernement la réalisation d’une étude préalable d'impact environnemental. Le ministre de l'Écologie et des Ressources naturelles, Oleh Proskouriakov, a beau promettre d'œuvrer à « minimiser les risques » et de tenir les populations informées, Iryna Sekh (Svoboda), présidente du Comité parlementaire sur la politique environnementale, considère l'accord avec Shell comme « un crime ». Svoboda, qui contrôle les parlements et administrations régionales des oblasts de Lviv et Ivano-Frankivsk, bloque depuis des mois la signature de l'accord de partage de production avec Chevron(5).

Desserrer l'étreinte du « grand frère »

Les préoccupations de Svoboda, qui dénonce habituellement le gouvernement ukrainien comme « l'organe colonial » d'un prétendu « empire grand russien », ne découlent cependant pas d’une opposition catégorique à l'exploitation du gaz de schiste. C'est en effet un tournant historique qui pourrait s'amorcer pour l'Ukraine indépendante puisque, à l'horizon 2025, 20 milliards de m³ par an pourraient être produits, soit environ un tiers de la consommation nationale, qui s'est élevée à quelque 54,8 milliards de m³ en 2012. « Depuis 22 ans que l'Ukraine a fait sécession de l'URSS, on ne peut pas vraiment dire que nous sommes un pays souverain », constate avec amertume Ivan Nadein, président de l’ONG Comité pour l’indépendance énergétique de l’Ukraine. « Comment parler d'indépendance quand c'est quelqu'un d'autre, dans un autre pays, qui décide si l'on peut allumer le chauffage l'hiver ? » En ligne de mire, la dépendance excessive aux importations de gaz naturel de Russie, héritage de l'époque soviétique. Une dépendance controversée et souvent conflictuelle, comme l'ont montré les « guerres du gaz » qui ont émaillé les années 2000.

Le dernier affrontement, en janvier 2009, s’était soldé par la négociation d’un nouveau contrat d’importation entre le Premier ministre russe, Vladimir Poutine, et son homologue ukrainienne, Ioulia Timochenko, à des conditions qui se sont vite révélées très désavantageuses pour Kiev. À son arrivée à la présidence, le supposé très russophile V. Ianoukovitch s’est empressé de négocier les accords de Kharkiv en avril 2010 : en prolongeant jusqu’en 2042 le bail de la Flotte russe de la mer Noire, ancrée à Sébastopol, il a obtenu un rabais de 100 dollars/1 000 m3 de gaz importé. Sous l’effet de la hausse des cours mondiaux, le prix pour 1 000 m3 est toutefois passé de 264 dollars au premier trimestre 2011 à 430 dollars au deuxième trimestre 2013 (l’Allemagne, pourtant plus éloignée géographiquement de la Russie que l’Ukraine, paie 425 dollars/1 000 m3).

Selon le Premier ministre ukrainien, Mykola Azarov, ce sont 7 milliards de dollars que l’Ukraine paie « en trop » chaque année. Par son intransigeance, le Kremlin invite en fait l’Ukraine à considérer l’intérêt d’une adhésion à la « famille » de l’Union douanière qui lie déjà la Russie, la Biélorussie et le Kazakhstan. Kiev y gagnerait « 8 milliards de dollars par an », affirme le géant russe Gazprom. À moins que l’Ukraine n’envisage d’autoriser la Russie à prendre une participation dans la gestion d’une partie des gazoducs locaux, ce à quoi Kiev pourrait finir par consentir…

Dans ce contexte, le gouvernement de M. Azarov s'est ouvertement engagé dans la diversification de ses sources d'approvisionnement gazier, notamment en misant sur ses quelques réserves de gaz naturel conventionnel et en envisageant la construction d’un terminal de gaz naturel liquéfié (GNL) sur les bords de la mer Noire, pour y recevoir des livraisons d'Asie centrale ou encore du Qatar. Semblant défier toute logique, l'Ukraine reçoit aussi, grâce à une inversion des flux de ses gazoducs, de modestes quantités de gaz naturel en provenance d'Allemagne et de Hongrie. Du gaz que ces pays ont eux-mêmes importé de Russie ! Un « système frauduleux » pour Alexei Miller, directeur général de Gazprom. Mais, note Szymon Kardaś, expert au Centre d'études orientales (OSW) de Varsovie, « une fois que les pays européens ont acheté du gaz russe, il devient 'leur' gaz, donc ils peuvent en disposer à leur guise ». En avril 2013, le coût d'importation moyen du gaz en provenance de ces États membres de l'Union européenne était de 389,40 dollars/1 000 m³, soit moins que les 430 dollars/1 000 m³ en provenance de la Russie voisine.

Avec 32,9 milliards de m³ en 2012, les importations de gaz russe ne représentent désormais qu'un peu plus de 60 % de la consommation nationale, bien moins que la dépendance quasi-totale qui prévalait pendant les dernières « guerres du gaz ». La promesse d'un afflux de gaz de schiste, extrait du sous-sol ukrainien, parachèverait ainsi une prise de contrôle par Kiev de ses approvisionnements énergétiques. Un surcroît d’indépendance qui favoriserait un rapprochement avec la « famille européenne », selon l’analyse d’Anton Podlutskyi, vice-président de l’Association de recherche journalistique.

Pour A. Miller, la « révolution du schiste », telle qu'amorcée aux États-Unis, n'est qu'une « bulle de savon prête à éclater » et ne présente « aucun risque » pour sa compagnie. Gazprom a néanmoins trahi son inquiétude en adressant, le 27 janvier, soit quelques jours seulement après la signature de l'accord avec Shell, à la compagnie d'État ukrainienne Naftogaz une amende de 7 milliards de dollars, pour « importations insuffisantes de gaz ». En vertu d'une clause « Take or Pay » (À prendre ou à payer) du contrat de 2009, l'Ukraine se devait en effet d'acheter au minimum 42 milliards de m³ de gaz en 2012. Naftogaz a confirmé avoir reçu la notification de l'amende mais s'est estimée « en règle avec le contrat » et a dit ne pas vouloir s'en acquitter. Aucune suite n’a été donnée à l’affaire jusqu’à présent.

« Gazprom tient beaucoup à l'Ukraine et ils feront tout pour empêcher que les projets d'exploitation du gaz de schiste ne se concrétisent », s'alarme I. Nadein. « Des associations écologistes, des manifestants protestent contre ce projet. Mais beaucoup d'ONG sont sponsorisées par Gazprom, du coup elles créent des difficultés politiques pour bloquer ce projet. » Le responsable du Comité pour l’indépendance énergétique de l’Ukraine affirme avoir des preuves de l'implication du géant russe dans les manifestations contre le gaz de schiste. Et de sous-entendre que Svoboda bénéficie, de même, du soutien russe dans son opposition.

Entre les mains de la « Famille »

Quoi qu’il en soit, le gouvernement semble décidé à aller de l’avant. Après l’annonce du report de signature de l’accord de partage de production avec Chevron imposé par le conseil régional d’Ivano-Frankivsk, le ministre de l’Énergie, E. Stavitsky, s’est empressé d’affirmer qu’il « n’y a rien de dramatique dans tout cela. Nous allons étudier les proposition du conseil et il y aura un nouveau vote à la mi-septembre ». Le message est clair. « Il est très intéressant », note S. Kardaś, « que ce soit le gouvernement de Victor Ianoukovitch, que l'Occident considérait comme très proche du Kremlin, qui mette en place les conditions d'une véritable indépendance énergétique du pays. Là où son prédécesseur ‘orange’, Victor Iouchtchenko, ou même Ioulia Timochenko (elle-même ancienne oligarque du gaz), qui avaient développé un discours économique teinté d'ethno-nationalisme, ont été plus qu'improductifs en la matière. »

L’expert rappelle que la quasi-totalité de l'élite oligarchique ukrainienne a bâti des fortunes sur des affaires liées au transit de gaz entre la Russie et l'Europe, raison pour laquelle « personne n'était désireux de changer la situation ». Aujourd’hui, la « Famille », à savoir un cercle de proches de V. Ianoukovitch organisé autour de son fils aîné Oleksandr, ne serait pas en reste. L'accord de partage de production qui a été signé avec Shell définit un partenariat avec la société nouvellement créée Nadra-Iouzivska. Celle-ci est composée à 90 % de la compagnie d'État Nadra Oukrainy et à 10 % par la petite société SPK-Geoservis. « Officiellement, trois géologues détiennent Geoservis », explique Cevhil Musaeva, journaliste au magazine économique Forbes Ukraine(6). « Ils nous ont affirmé qu'ils veulent investir, qu'ils sont de taille à travailler avec Shell. Mais on peut se demander comment une société de si petite taille a pu remporter un tel appel d'offres. Rien n'est encore prouvé, mais nombreux sont ceux qui prétendent que cette compagnie représente les intérêts de la Famille ». Une Famille qui retirerait ainsi, à travers l'investissement de Shell, des bénéfices substantiels. À supposer que les explorations à venir ne découragent pas les investisseurs, comme cela vient d’être le cas en Pologne voisine.

Notes :
(1) Données de l’EIA, juin 2013. En 2011, l’EIA évaluait les réserves ukrainiennes à 1 200 milliards de m³, la différence s’expliquant par la découverte de nouveaux gisements. Le Service d'État de géologie et des ressources minérales d'Ukraine, Gosgeonadra, considère en revanche que le sous-sol contiendrait environ 7 000 milliards de m³ de gaz. Pour plus d'informations, voir le site de l'EIA.
(2) Selon l'EIA, la Pologne recèlerait 4 200 milliards et la France 3 900 milliards de m³. La Norvège, qui était classée en 2011 parmi les plus importantes réserves d'Europe avec 2 400 milliards de m³ n'a pas été prise en compte dans l'étude 2013 pour cause d'analyses géologiques insuffisantes.
(3) L'Ukraine est officiellement en récession depuis la mi-2012. En 2011, les investissements directs étrangers (IDE) représentaient 4,36 % du PIB, contre 9,06 % en 2005. Ils auraient chuté de 29 % au cours des 9 premiers mois de 2012. Un rapport du département d’État des États-Unis publié en février 2013 et consacré au « Climat d’investissement en Ukraine 2013 » identifie de nombreuses entraves aux IDE, qualifiés d’« anémiques » ces dernières années;
(4) Svoboda dispose de 36 sièges à la Verkhovna Rada (Parlement). Ce parti a pour partenaire en France le Front national.
(5) Dernier blocage en date, le 20 août, le conseil régional de l’oblast d’Ivano-Frankivsk a renvoyé au gouvernement sa copie de l’accord de partage de production avec Chevron, sur fond d’inquiétudes écologiques. Au cours du débat, I. Sekh a dénoncé des clauses « qui autorisent Chevron à transformer des centaines des kilomètres de l’Ukraine en un tas de marais et de déserts ».
(6) Cevhil Musaeva a démissionné de Forbes Ukraine en août 2013 pour cause de rachat du magazine par Serhiy Kourchenko, un des jeunes membres de la « Famille ».

* Journaliste indépendant (Kiev, Ukraine)

Pour citer cet article : Sébastien Gobert, « Ukraine. Le gaz de schiste, une affaire de familles », P@ges Europe, 3 septembre 2013 – La Documentation française © DILA

 

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