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Baltique. Une mer en péril, par Céline Bayou

[Baltique. Une mer en péril, par Céline Bayou], pour plus d'information, consulter la description longue en dessous de cette illustration

Dans la région de la mer Baltique, le satellite Envisat met en évidence la prolifération de phytoplancton le long des côtes de Lettonie et d'Estonie.
AFP/Agence spatiale européenne

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Mis à jour le 25/06/2014

Introduction

La modestie de ses marées, la platitude de ses rives, l’homogénéité des paysages qui la bordent peuvent faire oublier la violence de ses tempêtes et celle de son histoire : parce que, depuis un peu plus de vingt ans, la mer Baltique n’est plus un morceau du Mur qui séparait Est et Ouest, parce qu’elle redevient une Mare Nostrum qui relie les peuples, elle fait encore illusion. Sous le bleu des flots, la situation est pourtant loin d’être apaisée et le niveau de pollution est tel qu’on évoque à son propos la mer la plus polluée du monde.


Baltique. Une mer en péril

Céline Bayou*

La prise de conscience ne suffit pas toujours à améliorer les situations. Les peuples riverains de la mer Baltique, leurs gouvernements et les instances internationales n’ont pas attendu la fin de la Guerre froide pour attirer l'attention sur son état écologique alarmant. Pourtant, la pollution continue de progresser. Même si les retrouvailles entre les peuples qui ont cette mer en partage favorisent évidemment sa protection grâce à la multiplication des coopérations, paradoxalement cette dynamique est aussi synonyme de nouveaux dangers. Il n’est que de prendre l’exemple de l’intensification du trafic maritime et de ses conséquences néfastes sur l’environnement. En apparence, tout va bien : les côtes de la Baltique sont réputées, ses plages prisées, bordées de villas agréables, et l’industrie de la pêche y est importante. Néanmoins, sorte de concentré en modèle réduit des processus à l’œuvre dans le reste du monde, cette mer est désormais considérée comme en péril. On peut même se demander si le point de non-retour n’est pas atteint.

Les spécificités d’une mer semi-fermée

Petite mer épicontinentale(1) située au nord de l’Europe et reliée à l’océan Atlantique par la mer du Nord (via les détroits de Kattegat et de Skagerrak), la Baltique couvre une superficie totale d’environ 450 000 km² et dispose d’un volume aquatique de 21 700 km3. Elle est apparue à la suite de la fonte de l’immense glacier qui recouvrait le nord de l’Europe il y a plusieurs dizaines de milliers d’années, puis ses eaux douces se sont légèrement salées avec l’intrusion de la mer du Nord à la suite de l’effondrement de la moraine occidentale, le Kattegat primitif(2). Cette mer semi-fermée, parfois apparentée à un lac, est très peu profonde (56 mètres en moyenne, 460 mètres dans ses plus hauts fonds) et le taux de renouvellement des eaux y est particulièrement lent : avec un temps de séjour des eaux de 25 à 40 jours, on estime à près de 30 ans le délai nécessaire pour renouveler la totalité de cette masse aquatique. En hiver, une partie de la Baltique se couvre de glace, ce qui ralentit encore cette circulation déjà faible de l’eau. Au contraire des mers dotées de hauts-fonds dont les eaux se renouvellent lentement mais de manière continue, celles de la Baltique ne se renouvellent que périodiquement, selon une fréquence variable.

Le bassin versant de la Baltique s’étend sur plus de 1,7 million de km² et 480 km3 d’eau douce y sont rejetés, en moyenne, chaque année, dont près de la moitié par les sept grands fleuves que sont la Néva (Russie), la Vistule et l’Oder (Pologne), la Daugava (Lettonie), le Nemunas (Lituanie), le Kemijoki (Finlande), et le Göta älv (Suède).

L’ensemble de ces conditions hydrographiques (l’échange d’eau restreint avec les océans et l’apport notable d’eau douce qui fait d’elle l’un des plus grands systèmes d’eau saumâtre au monde) nuit à l’oxygénation des eaux de fonds. L’eutrophisation non seulement entrave le développement de la vie sous-marine (plantes, animaux et micro-organismes) mais favorise même la formation de sulfure d’hydrogène, toxique pour les organismes. La structure de cette mer la rend en outre sujette à la stratification thermique des masses d’eau (le mélange des eaux froides profondes et des eaux plus chaudes de surface se fait difficilement), ce qui favorise l’accumulation du phosphore en profondeur(3).

Carte la mer Baltique

La mer Baltique

© Dila, Paris, 2014

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Des activités humaines nocives

Sur le littoral de la Baltique vivent plus de 16 millions d’individus, et près de 85 millions dans la zone du bassin versant. La côte est partagée par neuf pays (Danemark, Allemagne, Pologne, Lituanie, Lettonie, Estonie, Russie, Finlande et Suède) mais le bassin versant peut être étendu jusqu’à certaines régions de Norvège, de Biélorussie, d’Ukraine, de République tchèque et de Slovaquie. Cette présence humaine ajoute à la fragilité naturelle de cet espace.

Les rejets de déchets industriels et agricoles (épandages agricoles intensifs), de plastiques et d’eaux usées mal ou non traitées (les stations d’épuration sont plus ou moins efficaces, certains déchets ménagers ne sont pas traités), soit par les fleuves tributaires, soit directement dans la mer, contribuent à détériorer cet écosystème. On estime par exemple que près d’un quart du phosphore présent dans la Baltique provient de détergents ménagers, ce qui a poussé d’ailleurs certains pays de la région à interdire la commercialisation de lessives à haute teneur en phosphore. S’y ajoute la pollution due aux navires (le trafic maritime y augmente à un rythme alarmant, les rejets illicites d’hydrocarbures sont un véritable fléau), aux accidents maritimes (les échouements et collisions sont fréquents et le développement du transport d’hydrocarbures multiplie les risques de marées noires), aux pratiques halieutiques et aquacoles, aux apports atmosphériques de polluants(4). Les substances nocives et toxiques (notamment pesticides, mercure, DDT) sont nombreuses et s’ajoutent aux nutriments (composés phosphorés et azotés qui favorisent l’eutrophisation), aux métaux lourds, aux radionucléides et aux hydrocarbures.

Il ne faut pas négliger enfin la quantité de munitions et d’armes chimiques qui ont été immergées dans la Baltique depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. En effet, lors de la Conférence de Potsdam en 1945, décision avait été prise de détruire 267 500 tonnes de bombes, de missiles et de mines contenant des armes chimiques. On avait alors choisi la solution la moins onéreuse, à savoir l’immersion au fond de la Baltique, essentiellement dans le bassin de Bornholm (105 mètres de profondeur) et dans la fosse de Gotland (459 mètres de profondeur). À proximité de Bornholm, sur une étendue de 2 800 km², les Soviétiques ont ainsi fait couler 40 000 tonnes de conteneurs emplis de gaz suffocants, neurotoxiques ou vomitifs tels le phosgène, l’ypérite (gaz moutarde), l’adamsite, le tabun ou le cyanure d’hydrogène. Les Britanniques ont déversé en 1945 également, dans le détroit du Petit Belt, 69 000 tonnes d’obus d’artillerie contenant du tabun et 5 000 tonnes de bombes contenant du phosgène et du tabun. En 1946, ce sont les Américains qui se sont débarrassés dans les détroits danois de 42 navires allemands renfermant 130 000 tonnes de munitions chimiques. Puis, au début des années 1950, les Soviétiques et les Allemands de l’Est ont immergé 6 000 tonnes de gaz de combat à proximité des côtes allemandes (les Soviétiques ont en outre déversé quelques milliers de tonnes d’obus chimiques au sud de Gotland, près des côtes polonaises). Mais le processus s’est poursuivi bien après la guerre puisqu’ont été rendues publiques en 2009 les opérations secrètes russes d’immersion d’armes chimiques (gaz paralysants mais aussi déchets radioactifs) effectuées entre 1989 et 1992 près de l’île de Gotland, dans les eaux de la zone économique suédoise. Il s’agissait alors d’évacuer le vaste arsenal chimique stocké dans les anciennes bases militaires soviétiques d’Estonie et de Lettonie (notamment celle du port letton de Liepāja). Le scandale a été d’autant plus retentissant qu’il a révélé que des membres du gouvernement suédois avaient été informés de ces immersions mais n’avaient rien fait pour les empêcher. Or les fûts et autres obus, rongés par la corrosion, menacent de rendre à l’eau leurs substances. Et l’on assiste, depuis le milieu des années 1990, à une hausse du nombre de cas de cancers du poumon et de la peau chez les pêcheurs suédois qui opèrent entre l’île danoise de Bornholm et celle de Gotland, symptomatique de l’exposition à l’ypérite(5).

Une mer presque morte ?

L’activité humaine a donc provoqué des changements importants dans la composition organique de cette mer, essentiellement liés à la sursaturation en nutriments. C’est ainsi que s’y développent des zones de « fonds morts », sortes de déserts privés de toute forme de vie et qui couvriraient désormais environ un tiers de la superficie de la Baltique. Il s’agirait des plus grandes zones mortes au monde.

Ces changements sont aussi attestés par la prolifération de certaines plantes et animaux au détriment d’autres. On constate par exemple depuis quelques années une disparition progressive du cabillaud, au profit d’espèces prédatrices comme le brochet. La diminution de la transparence de l’eau entraîne la croissance du zooplancton. En période estivale, on assiste à l’apparition massive d’algues, notamment près des côtes scandinaves, dans le golfe de Riga et le long de la côte ouest de Lettonie. En 2010, leur prolifération a atteint un record, avec 377 000 km² couverts, soit 87 % de la superficie totale de la Baltique. Ces algues sont à la fois cause et conséquence de l’eutrophisation. La mer reçoit plus d’éléments nutritifs (phosphates et nitrates) qu’elle ne peut en traiter, ce qui raréfie son oxygène et entraîne la prolifération des algues, qui elles-mêmes contribuent à l’eutrophisation et au développement des zones marines mortes. Non seulement ces algues tuent la vie marine, mais elles peuvent aussi se révéler toxiques pour la santé humaine(6).

Si les rejets de substances nocives ont varié, en nature comme en quantité, selon les périodes, c’est à partir des années 1990 que les experts ont commencé à tenir un discours alarmiste, estimant que la pollution de la mer menaçait l’ensemble des organismes vivants qui s’y trouvaient et, partant, la santé des populations vivant de ses ressources marines. Depuis, la situation n’a fait qu’empirer puisqu’on estime désormais que la Baltique contient quatre fois plus d’azote et huit fois plus de phosphore qu’il y a 20 ans.

Avant qu’il ne soit trop tard

L’impératif de sauver la Baltique s’est imposé depuis longtemps aux pays riverains, bien avant qu’elle ne redevienne une Mare Nostrum. Des engagements ont été pris, via diverses initiatives, commissions ou autres plans d’action. Pourtant, aujourd’hui, l’hypothèse que cette mer soit bientôt morte n’est plus écartée. Il semble en tout cas établi qu’un retour en arrière n’est déjà plus possible. Dès lors, les objectifs énoncés peuvent sembler peu ambitieux : ils visent avant tout à réparer, notamment en permettant une légère augmentation du taux d’oxygène dans certaines zones mortes(7).

La première initiative d’envergure a été lancée à la suite de la Conférence des Nations Unies sur l’environnement marin (1972) : les gouvernements des États riverains de la Baltique ont signé en 1974 la Convention sur la protection de l’environnement marin de la mer Baltique, dite Convention d’Helsinki ou Helcom (entrée en vigueur en 1980). En sont parties prenantes les neuf pays riverains et l’Union européenne (UE). Dans ce cadre a été adoptée, en 1990, la Déclaration de la mer Baltique, dont l’objectif à long terme est d’assurer la réhabilitation écologique de cette étendue maritime et la préservation de son équilibre écologique. Deux ans après, la Conférence diplomatique sur la protection du milieu marin de la Baltique permettait l’adoption de la Déclaration sur l'environnement de la Baltique et la signature de la nouvelle Convention d'Helsinki, entrée en vigueur en 2000. Elle a été élargie, pour inclure les eaux intérieures des parties contractantes et les concepts de principe de précaution, de meilleures pratiques environnementales et de meilleures techniques disponibles.

L’UE s’implique également en tant que telle dans cette cause, via divers programmes et instruments dédiés spécifiquement à la Baltique ou inclus dans des projets plus larges. On peut citer, à titre d’exemple, la Stratégie européenne pour la région de la mer Baltique(8) qui s’assigne trois objectifs imbriqués : améliorer l’accessibilité et l’attractivité de la région, renforcer sa prospérité et garantir un environnement durable. Les huit États inclus (les riverains moins la Russie) ont donc pris des engagements, parmi lesquels la suppression des phosphates dans les détergents, la mobilisation des agriculteurs pour adopter des pratiques nouvelles ou la lutte contre la pollution.

Le dossier des armes abandonnées dans les fonds de la mer reste un sujet de préoccupation majeure. En 2002, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a demandé aux États ayant immergé des substances chimiques ou toxiques de communiquer des informations précises sur ces opérations et a chargé Helcom de mettre en place un système d’information et d’alerte rapide. Il s’agit d’examiner l’état des armes chimiques immergées, d’évaluer l’évolution de la situation sur les sites concernés, de contrôler l’état de l’écosystème marin, de mettre au point les méthodes aptes à prévenir les rejets de substances toxiques, d’envisager d’interdire les exercices militaires (ils restent toutefois assez nombreux) et l’utilisation de chaluts de fond par les bateaux de pêche dans certaines zones et, enfin, de surveiller la concentration des substances toxiques et de leurs produits dérivés dans les poissons et autres produits de la mer(9).

Une urgence et des entraves

La difficulté de concrétisation de ces projets ne réside pas seulement dans le financement ou le degré d’implication des participants(10) mais aussi dans la méthode. La communauté scientifique avance par exemple qu’il est à l’heure actuelle presque impossible d’estimer l’ampleur et l’impact d’une fuite subite de gaz de combat sous la mer. On a eu tendance, jusque récemment, à tabler sur une corrosion lente des réservoirs d’acier qui abritent les armes chimiques et sur des fuites progressives, donc peu dangereuses. Pourtant, cette lenteur n’en engendre pas moins des dépôts de composés plus lourds que l’eau fort nocifs. Qui plus est, les retrouvailles opérées autour de cet espace se sont non seulement traduites par une explosion du trafic maritime mais aussi par une multiplication des projets de connexions sous-marines. L’installation, en 2011, du gazoduc Nord Stream(11) qui, sur plus de 1 200 km, relie Primorsk (Russie) à Greifswald (Allemagne) et celle de câbles à fibre optique – par exemple entre Estonie et Finlande – afin de modifier les réseaux électriques hérités de la période de la Guerre froide impliquent une fouille de ces fonds explosifs au sens propre. Des représentants de la Marine polonaise notent à ce propos que la relative focalisation sur les armes chimiques ne doit pas oblitérer le fait que la Baltique est avant tout un dépotoir d'armes conventionnelles (munitions lourdes, mines sous-marines, obus d'artillerie). L'explosion d'une de ces charges provoquerait une réaction en chaîne pouvant mener jusqu'à la submersion de plages par des agents hautement toxiques(12).

Autre écueil, la difficulté à adopter une méthode de dépollution qui fasse consensus. Une polémique a par exemple opposé récemment des membres de la communauté scientifique suédoise autour de projets visant à réoxygéner les couches profondes de la mer(13). Une des mesures envisagées consiste à pomper de l’eau riche en oxygène de la couche des 50 mètres de profondeur vers celle des 125 mètres. Une autre suggère l’adjonction de produits chimiques permettant de piéger le phosphore dans les sédiments (cette option a été testée à petite échelle dans l’archipel de Stockholm, par adjonction de chlorure d’aluminium, déjà utilisé dans le traitement des eaux usées et de l’eau potable). Or certains scientifiques ont dénoncé ces options, jugées radicales et de court terme. Selon eux, la réoxygénation rapide des eaux profondes n’est pas sans risque, notamment parce qu’elle modifie les couches de salinité et, partant, les conditions de renouvellement et de circulation des eaux, et peut avoir un impact négatif sur la reproduction de certaines espèces de poissons. Et de prôner une solution moins dangereuse, même si moins populaire et moins médiatique : il conviendrait plutôt de s’attaquer à la racine du problème – à savoir l’excédent de nutriments – plutôt que d’ambitionner de dépolluer(14). Intervenir en amont pour limiter les dégâts futurs, c’est-à-dire procéder à un authentique réexamen de l’action humaine qui contribue à détruire cet environnement fragile.

Notes
(1) On qualifie de mer épicontinentale une partie d’océan qui couvre une portion de plate-forme continentale. Il s’agit généralement de mers peu profondes, où les marées sont engendrées par la seule action du vent. La Manche en est un autre exemple.
(2) Philippe Meyer, Baltiques – Histoire d’une mer d’ambre, Perrin, Paris, 2013, p. 10.
(3) « La mer Baltique : une eau en danger », Infos eau, 11 février 2010.
(4) Iolanda Osvath, Massoud Samiel, L. Valkuna, Jozef Zlatnansky, « La Baltique, mer dynamique. Des projets de l’AIEA aident à évaluer le milieu marin », Bulletin de l’AIEA, n° 43, février 2001.
(5) Pawel Lepowski, « Baltique : Un dépotoir chimique au fond de la mer », Meridianes, 27 mars 2013.
(6) « Prolifération d’algues dans la mer Baltique », Bulletin électronique Lettonie, n° 7, 28 août 2012.
(7) Accents d’Europe, RFI, 3 octobre 2013.
(8) EU Strategy for the Baltic Sea Region (EUSBSR).
(9) « État de l’environnement de la mer Baltique », Résolution 1295 (2002), Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, 28 juin 2002.
(10) Pour une approche comparative des engagements des pays riverains, voir notamment « Baltic Sea Action Plan – is it on track ? », WWF Baltic Ecoregion Programme, WWF Report 2013.
(11) Céline Bayou, « Le gazoduc nord européen. Révélateur d’une nouvelle géopolitique des rapports Russie-Union européenne », Diploweb, mai 2006.
(12) Pawel Lepowski, Op. Cit. note 5.
(13) Daniel J. Conley, « Ecology : Save the Baltic Sea », Nature, n° 486, 28 juin 2012.
(14) « Controverse autour des projets de géo-ingénierie en mer Baltique », Bulletin électronique Suède, n° 32, 30 juillet 2012.

* Analyste-rédactrice à la Documentation française.

Pour citer cet article : Céline Bayou, « Baltique. Une mer en péril », P@ges Europe, 25 juin 2014 – La Documentation française © DILA

 

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