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Autriche : une « isola felice » à l’histoire déconcertante ? par Herta Luise Ott

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Statue de la Pallas Athéna devant le Parlement à Vienne.
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Mis à jour le 23/07/2014

Introduction

L’Autriche a connu au XXe siècle cinq régimes différents et deux transitions vers la démocratie, chaque fois à l’issue d’une défaite militaire. Autrefois Empire multi-national, elle a été brusquement réduite à un petit territoire ne regroupant plus que des populations germanophones et deux minorités slavophones. Petit État limité à la portion congrue qui ne faisait pas l’unanimité en 1919, l’Autriche est qualifiée aujourd’hui d’ « île des bienheureux » par certains observateurs, tout en suscitant certaines réserves quant à son rapport à la démocratie et à la place actuelle de l’extrême-droite sur son échiquier politique.


Autriche : une « isola felice » à l’histoire déconcertante ?

Herta Luise Ott*

L’Autriche  attire rarement l’attention de la presse internationale, ou des réseaux sociaux, sinon, et notamment en France, pour évoquer des événements sportifs ou des faits de société.  Ainsi, en mai dernier, le choix d’une drag queen barbue pour représenter, au demeurant avec succès, le pays au concours Eurovision de la chanson 2014 (Conchita Wurst alias Tom Neuwirth) a-t-il ému les cœurs, en Autriche et à l’étranger. Josef Ostermayer, l’actuel ministre autrichien de la Culture (socialiste) a qualifié l’événement de « victoire de l’Europe en matière de tolérance et de respect ». 

Sur le plan politique, ce sont avant tout les dérapages du parti d’extrême droite FPÖ (Freiheitliche Partei Österreichs) qui sont épinglés. On lui doit par exemple, une affiche récente, représentant une jeune femme blonde barrée d’une légende « Trop belle pour être voilée » (Zu schön für einen Schleier). Il s’agissait de soutenir une proposition de loi du FPÖ (dans l’opposition depuis janvier 2007) visant à interdire le port de la burqa en Autriche. L’affiche n’a certes pas fait la Une, mais elle a soulevé un tollé sur certains réseaux sociaux internationaux.

Par-delà ces faits à sensation, l’observateur perçoit un pays à l’économie solide, qui se taille une excellente place dans le monde selon les critères de l’Indicateur Du Vivre Mieux de l’OCDE : salaire moyen bien supérieur à la moyenne européenne, taux de chômage parmi les plus bas, niveau d’études et espérance de vie élevés, bonne qualité de vie, solide climat social de confiance, large satisfaction à l’égard de la vie en général(1). Les Autrichiens semblent vouloir continuer à faire honneur à la réputation internationale que leur fit le pape Paul VI  qui en 1971 lors d’une visite de Franz Jonas, alors président de la République, avait qualifié l’Autriche d’isola felice, formule qui l’assimilant à l’« île des bienheureux » (Insel der Seligen) est entrée dans le langage courant. Le pape Benoît XVI avait  quant à lui souligné, à l’occasion d’une visite à Vienne en 2007, que l’Autriche n’était justement pas une isola felice(2) - pour mieux l’inviter à partager ses richesses…

Vu cette situation attrayante à maints égards, on peut se demander pourquoi l’extrême droite autrichienne rencontre un tel écho au sein de  la population : aux élections européennes de 2014, le FPÖ de Heinz Strache a obtenu 19,7 % des suffrages – une progression de 7 % par rapport à 2009. Ce résultat est très supérieur aux scores de l’extrême droite allemande tant aux élections nationales qu'européennes. Vu les niveaux économiques proches de deux pays, l’échiquier politique autrichien devrait ressembler davantage à celui de l’Allemagne. Alors pourquoi une telle différence ?

La réponse à cette question est peut-être à rechercher du côté de leur histoire. À l’instar de l’Allemagne, l’Autriche a connu au XXe siècle des bouleversements considérables, soit cinq régimes différents et deux transitions vers la démocratie, chaque fois à l’issue d’une défaite militaire. Mais contrairement à l’Allemagne, l’Autriche fut pendant longtemps un pays dont l’existence même pouvait être considérée comme dépourvue de fondement.

De l’Empire des Habsbourg à la Première République (1867-1918)

Lorsqu’on compare le système politique du Reich allemand à celui de la Cisleithanie(3), c’est-à-dire la partie occidentale de l’Autriche-Hongrie  – qui englobait la quasi-totalité des territoires de l’Autriche actuelle –, il faut tenir compte d’un aspect distinctif important : à l’instar de l’Allemagne wilhelminienne (1871-1918), la Cisleithanie était certes un État autoritaire dominé par les castes aristocratique et militaire, et administré par une bureaucratie loyale envers l’empereur, mais elle ne comptait pas une classe intellectuelle gagnée à la cause nationale (qui en l’occurrence aurait dû être plurinationale) comparable à celle du Reich.

Les régions d'Autriche (Cisleithanie) en 1867

1. Royaume de Bohême
 2. Margraviat de Moravie
 3. Duché de Silésie
 4. Royaume de Galicie-Lodomérie
 5. Duché de Bucovine
 6. Voralberg
 7. Principauté comtale du Tyrol
 8. Duché de Salzbourg
 9. Duché de Carinthie
 10. Archiduché de Haute-Autriche
 11. Archiduché de Basse-Autriche
 12. Duché de Styrie
 13. Duché de Carniole
 14. Littoral (Küstenland : Gorizia, Gradisca, Trieste et Istrie)
 15. Royaume de Damaltie
 16. Bouches de Cattaro (Kotor)

Source : Atlas-Historique.

Au sein de cet État émergea peu à peu un système moderne de partis en dépit du retard en matière de parlementarisme.  Dans ses territoires germanophones, ceux-ci préfiguraient le noyau des trois « camps » politiques qui marquèrent la fin du XIXe et le début du XXe siècle : social-démocrate, chrétien-social et les divers partis du camp national-allemand. Les populations non germanophones envoyaient leurs propres représentants au Reichsrat : même le parti social-démocrate dut accepter sa scission en clubs nationaux en 1911, en dépit de son orientation internationaliste. En l’absence d’une cause nationale qui, théoriquement, aurait pu mobiliser la population tout entière, c’est-à-dire tous les groupes ethniques, d’aucuns considéraient l’État cisleithanien comme une « prison des peuples » dont il fallait abattre les murs. Dans cette situation, les camps politiques matérialisés en partis contribuèrent à combler un vide idéologique, en offrant certes dans un cadre étroit  des alternatives : la Cisleithanie étant un État absolutiste, les partis avaient peu d’influence réelle sur la politique de cet État.  Vu sous un angle, ils s’imposèrent ainsi comme des « sous-systèmes autonomes » déconnectés du système global (Gesamtsystem), selon une formulation des politologues Sieglinde Rosenberger et Anton Pelinka(4).

De la Première République à deux dictatures (1918-1945)

Après la dissolution de l’Empire habsbourgeois (octobre 1918), ces « sous-systèmes » continuent à fonctionner. Mais ce sont les représentants des partis « allemands » élus au Reichrat lors du scrutin de 1911 – le dernier avant la guerre – qui proclament le 12 novembre 1918 la République « Deutsch-Österreich » appelée à devenir une composante de la Deutsche Republik, c’est-à-dire de la République de Weimar. Le consensus initial entre les trois camps disparaît progressivement : les nationaux-allemands, initialement le camp le plus fort, mais minoritaire depuis les élections de février 1919, reprochent au gouvernement de coalition issu de la Constituante (Konstituierende Nationalversammlung) d’avoir accepté (malgré lui, il faut le dire) l’interdiction de l’Anschluss stipulé par le Traité de Saint-Germain de 1919. Celui-ci non seulement  instaure la paix entre les Alliés et la monarchie austro-hongroise, qui est démantelée et remplacée par une demi-douzaine d’États successeurs, mais consacre également l’appellation de République d’Autriche au lieu et place de Republik Deutsch-Österreich.

Les sociaux-démocrates, légèrement majoritaires depuis les élections de 1919, se retirent du gouvernement en juin 1920, suite à un désaccord ayant trait à la restructuration de l’armée. Ils gardent la mairie de Vienne où ils détiennent une majorité écrasante, exerçant ainsi le pouvoir sur presque un tiers de la population autrichienne. La Constitution, adoptée le 1er octobre 1920 se distingue sur un point essentiel de celle de la République de Weimar : le président n’est pas élu au suffrage universel, mais par l’Assemblée fédérale, la Bundesversammlung, qui réunit les deux chambres du Parlement. Sa position est donc plus faible que celle du président allemand. Ce n’est qu’en 1929 que son rôle est (théoriquement) renforcé sous la pression des partis de droite.  Mais le poids des Bundesländer face à l’Assemblée nationale, le Nationalrat, demeure relativement faible. Les Bundesländer jouissent néanmoins d’une relative autonomie dans les domaines qui leur sont confiés par la Constitution.

Sur fond de crise économique grave, notamment en 1922 et 1929, les années 1920 sont marquées par un conflit de plus en plus virulent entre les deux principaux camps politiques : les chrétiens-sociaux, majoritaires depuis 1920, forment les majorités gouvernementales avec le soutien des petits partis national-allemands, tandis que les sociaux-démocrates réalisent d’importantes réformes sociales dans leur fief, « Vienne la Rouge », où ils détiennent la majorité absolue (soit environ deux tiers des sièges entre 1919 et 1934). Le rôle de Vienne est renforcé par le fait que  la Constitution de 1920  octroie à la capitale  le statut d’un Bundesland.

De ce fait deux modèles sociétaux coexistent sur un même territoire – chacun légitimé par des élections et par une administration propre –, qui s’affrontent sans discontinuité. Cette opposition se matérialise notamment par la création de deux formations paramilitaires, l’une de droite, l’autre de gauche, et conduit à une première fois le 27 juillet 1927 avec l’assaut du palais de justice par des manifestants de gauche, suite à l’acquittement des auteurs de deux meurtres politiques. Entre 1930 et 1933, les sociaux-démocrates qui détiennent une majorité relative au Parlement, représentent une menace permanente pour les différents gouvernements de la droite qui, face à cette menace et à celle de l’entrée des nationaux-socialistes au Parlement, finissent par mettre cette institution hors jeu et instaurent, à l’issue d’une brève guerre civile en février 1934, une dictature clérico-fasciste soutenue par l’Italie de Mussolini. L’artisan de cette dictature, Engelbert Dollfuss, est blessé à mort en juillet 1934, lors d’une tentative de putsch menée par un groupuscule national-socialiste. Grâce au soutien de Mussolini, le gouvernement austro-fasciste se maintient pendant presque quatre ans, avant que l’Anschluss du 13 mars 1938 suite à l’entrée de la Wehrmacht sur le territoire mette un terme à l’Autriche indépendante.

D’un point de vue « systémique », l’échec de la démocratisation de l’Autriche entre 1918 et 1938 repose sur la négation de la formation territoriale imposée initialement par les Alliés. La petite « Autriche allemande » était rejetée aussi bien par le camp socialiste que par le camp national-allemand. Même les chrétiens-sociaux, théoriquement les seuls à défendre une nation « autrichienne », votèrent au lendemain de la Première guerre pour l’adhésion à l’Allemagne de ce qui devait se révéler être les « restes » d’un empire défunt. Ils considérèrent néanmoins très tôt l’Autriche comme la « meilleure Allemagne » au nom d’un universalisme catholique hérité de l’Empire habsbourgeois. Certes, il y eut entre 1918 et 1920 une sorte de « révolution autrichienne » dans un environnement alors marqué par les républiques des « conseils » ou des « soviets » en Bavière et dans la Hongrie voisines. Ce consensus initial donna naissance à un cadre constitutionnel solide mais prit fin dès la fixation définitive des frontières extérieures de l’État dans le cadre du Traité de St. Germain. En interdisant les partis politiques et en imposant en 1934 un régime autoritaire, les chrétiens-sociaux déstabilisèrent durablement le système, ôtant au modèle démocratique autrichien le peu de crédit qu’il était parvenu à acquérir.

De la dictature à la Deuxième République

En 1945 comme en 1918, l’Autriche n’est toujours pas maîtresse de son destin, bien qu’elle dispose à Vienne d’un gouvernement pour tout son territoire. Elle a perdu la guerre comme toutes les autres parties de la « Grande Allemagne national-socialiste, et malgré la déclaration de Moscou proclamée par les trois Alliés - États-Unis, Grande-Bretagne et URSS - en 1943, dans laquelle l’Autriche était désignée comme la première victime de l’agression national-socialiste, elle est soumise au même traitement que l’Allemagne ; elle est ainsi divisée en quatre zones d’occupation.

Mais le parallèle s’arrête là, car en 1945, personne ne parle plus d’Anschluss. La donne a changé. Bon nombre d’Autrichiens, notamment à Vienne, ancienne capitale impériale réduite au statut de ville de province, avaient ressenti l’intégration dans le Troisième Reich comme une humiliation permanente. Selon l’historien austro-français Félix Kreissler(5), l’idée d’une nation autrichienne a progressé durant l’occupation national-socialiste pour s’imposer au lendemain de la guerre comme un mythe fondateur de la nouvelle république. La déclaration de Moscou, dont le contenu était partiellement lié aux (faux) espoirs de déclencher un mouvement de résistance à la suite de la capitulation de l’Italie (1943), permit à l’Autriche officielle et, avec elle, à bon nombre d’Autrichiens de se disculper à bon compte des crimes commis sous le régime national-socialiste. Mentalement, beaucoup d’Autrichiens se considéraient désormais comme « victimes » des Allemands. Ce tour de force eut notamment pour conséquence une absence de confrontation collective au passé national-socialiste, « amnésie » qui devait durer jusqu’à la fin des années 1980.

L’un des mythes fondateurs de la Deuxième République consiste à considérer que face à l’adversaire national-socialiste  les élites des deux camps politiques adverses avaient mis fin à leur hostilité et noué des liens solides dans les camps de concentration. Comme beaucoup de mythes, il comporte des éléments de vérité. Mais cet « esprit de la Lagerstraße » reçut un premier coup dès 1945, avec des hommes politiques tels que Julius Raab, ancien leader de la Heimwehr - groupe paramilitaire - austro-fasciste qui deviendra chancelier en 1953 sous l'étiquette du parti populaire. Les conservateurs ripostèrent en rappelant le désir ardent de l’Anschluss des socialistes, et en les suspectant de préparer un coup d’État avec le Parti communiste. S’y ajouta la position délicate du gouvernement face aux Alliés. La solution dès 1945 consista, outre l’instauration de gouvernements de coalition (au départ en y incluant le Parti communiste), à doubler systématiquement les positions-clés par des représentants des deux grandes formations idéologiques et à introduire un partenariat social consistant à négocier des questions importantes, notamment prix et salaires, entre les représentants du patronat et des salariés, et donc en dehors du Parlement. On introduisit aussi un système de Junktim, qui consistait à coupler le vote de deux lois controversées afin de les  faire adopter. Ce « modèle » autrichien, qui contribua à instaurer une paix sociale exceptionnelle où les grèves étaient monnaie rare, et un système politique extrêmement rigide, et, au final, peu démocratique, a partiellement survécu à l’adhésion de l’Autriche à l’Union européenne en 1995, malgré une accentuation des conflits sociaux, à l’instar de ce que connaîtra aussi l’Allemagne, suite à la mondialisation croissante de l’économie.

Le fait que l’Assemblée nationale ait décide à l’unanimité d’amnistier, en 1948, 482 000 anciens membres du NSDAP - le parti nazi -, doit sans doute être vu au regard de la Guerre froide qui « gela » littéralement toute confrontation avec le passé nazi. Mais on doit faire avec les calculs dans l’attitude des deux grands partis, qui voyaient dans le nouveau parti VdU (Verband der Unabhängigen, « association des Indépendants »), précurseur du FPÖ de Jörg Haider et de son successeur actuel, Heinz Strache, un moyen de renforcer leur propre camp politique ou d’affaiblir leur adversaire. Jusqu’en 1970, le FPÖ demeura un parti non grata : la tentative entreprise par Julius Raab en 1953 de former une « petite » coalition, fut empêchée par Theodor Körner, président de la République, socialiste et ancien chef d’État-major dans l’armée austro-hongroise sur le front d’Isonzo lors de la Première Guerre mondiale. Paradoxalement c’est le parti socialiste qui a rendu le FPÖ politiquement présentable. Friedrich Peter, ancien officier de la Waffen-SS, permit à Bruno Kreisky, premier chancelier social-démocrate – et juif – de la Deuxième République, de former un gouvernement minoritaire en 1970, moyennant une réforme de la loi électorale, qui renforçait la position des petits partis. Le parti socialiste obtient alors la majorité absolue aux élections, et la garde jusqu’en 1983. C’est aussi ce parti  qui entreprend de former une première coalition avec un FPÖ, qui – il faut bien le dire –  n’a alors rien à voir avec celui de J. Haider, qui n’arrive à sa tête qu’en 1986, à l’issue d’une sorte de putsch. Depuis lors, ce parti représente une menace permanente pour un système politique basé sur une démocratie de « concordance » (Konkordanzdemokratie), voire « proportionnelle » (Proporzdemokratie), par opposition à la démocratie « centrifuge » de la Première République, lieu de différents « sous-systèmes ».

Une transition enfin aboutie ?

L’Autriche a connu une transition institutionnelle plutôt aisée après 1945, en particulier si on la compare aux péripéties qu’a traversées l’Allemagne. Sa relative insignifiance politique n’est pas le seul facteur qui a joué en sa faveur. Encore sous le choc de la barbarie national-socialiste et face aux Alliés, les anciennes élites se sont montrées disposées à coopérer pour stabiliser le pays. Après quoi, bénéficiant de leur couplage quasi-institutionnalisé et du contexte favorable induit par le partenariat social, les « sous-systèmes » incarnés par les deux grands partis politiques, le SPÖ et le ÖVP, ont pu compenser leurs déficits.

Un étroit contrôle mutuel a pu faire office de jeu démocratique. Ce couplage permettait une relative neutralisation des rapports de force, grâce à des arrangements conclus en dehors du système parlementaire. En revanche, du fait de la « déculpabilisation » de l’Autriche au regard des crimes nazis, consacrée par le Traité d’Etat de 1955, qui rendit à ce pays son indépendance,  et en raison de la mise sous l’éteignoir des conflits intervenus entre 1920 et 1938, elle n’a été confrontée qu’assez tard à la nécessité d’une véritable appropriation des valeurs démocratiques : le processus est encore en cours. Dans ce système binaire, maintenu pendant toute la période des gouvernements socialistes entre 1970 et 1983/86, le FPÖ a joué dès 1986 le rôle de trouble-fête, connaissant un succès grandissant. Les « talents » de Jörg Haider ont beaucoup compté : devenu chef du gouvernement du Land de Carinthie , il  a réussi à faire oublier à ses électeurs les responsabilités du FPÖ au sein du gouvernement de coalition de droite et extrême droite entre 1999/2000 et 2007, dont il avait pourtant été l’un des architectes. Le vide qu’il a laissé semble actuellement comblé par son successeur Helmut Strache.

Pour en revenir à  l’épisode de la chanteuse barbue, Heinz Strache a finalement félicité Conchita Wurst sans  aucune équivoque, après avoir  critiqué dans un premier temps sa désignation comme candidat autrichien au concours Eurovision, réagissant ainsi à la pression de nombre de ses « amis » sur la toile. De la même manière, son prédécesseur Jörg Haider avait fini par s’aligner sur la majorité des Autrichiens dès les années 1990, en abandonnant la position idéologique ouvertement national-allemande de son parti au profit du slogan Österreich zuerst !  (« L’Autriche d’abord ! »).  La proposition de loi du FPÖ visant à interdire le port de la burqa vient d’être rejetée par le parlement, en raison d’un nombre insignifiant de personnes la portant : les partis de gauche ne désirent pas attiser un débat « artificiel », tandis que certains conservateurs ne veulent pas chasser les touristes en provenance des pays les plus riches du Golfe.

Notes
(1) Voir à ce propos le Better Life Index de l’OCDE.
(2) Discours du pape Benoît XVI.
(3) Cisleithanie : nom donné en 1867 aux provinces qui formaient la partie autrichienne de l’Empire austro-hongrois, situées à l’Ouest de la rivière Leitha, par opposition à la Transleithanie, c’est-à-dire la Hongrie.
(4) Alfred Pelinka et Sieglinde Rosenberger, Österreichische Politik. Grundlagen – Strukturen – Trends, Vienne, WUV-Wiener Universitätsverlag 2000, p. 22.
(5) Félix Kreissler, La prise de conscience de la nation autrichienne : 1938, 1945, 1978, Paris, PUF, 1980.

* Professeur en études germaniques à l’Université de Picardie Jules Verne, responsable du CAE, Centre Circulation Savoirs et Textes Allemagne/Autriche, au sein du CERCLL (Centre d’Études des Relations et Contacts Linguistiques et Littéraires).

Pour citer cet article : Herta Luise Ott, « Autriche : une "Isola felice" à l’histoire déconcertante ? », P@ges Europe, 23 juillet 2014 - La Documentation française © DILA

 

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