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Royaume-Uni. Les avatars du multiculturalisme britannique, par Didier Lassalle

[Royaume-Uni. Les avatars du multiculturalisme britannique, par Didier Lassalle ], pour plus d'information, consulter la description longue en dessous de cette illustration

La Grande mosquée de Birmingham
© Wikimedia Commons

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Mis à jour le 13/05/2015

Introduction

Si le multiculturalisme d’État a d’abord eu des effets positifs au Royaume-Uni en assurant aux minorités ethniques une meilleure intégration socioéconomique et une plus grande reconnaissance de leurs traditions culturelles, il a également encouragé une dynamique d’ethnicisation de la société. Par ailleurs, l’un des problèmes majeurs du multiculturalisme britannique a été la diversité de ses approches. Les manifestations protéiformes qui en ont résulté, souvent antagonistes, ont brouillé son message et ont contribué à son déclin à partir des années 2000.


Royaume-Uni. Les avatars du multiculturalisme britannique

Didier Lassalle*

À Munich en 2011, lors d’une conférence internationale consacrée à la sécurité, le Premier ministre David Cameron avait vivement critiqué le « multiculturalisme d’État » (state multiculturalism) à la britannique en accusant cette « doctrine » d’être à l’origine du séparatisme communautaire et des crispations identitaires qui constituaient, selon lui, le terrain sur lequel prospérait le terrorisme des fondamentalistes musulmans(1). L’argumentaire développé par D. Cameron à cette occasion n’était pas nouveau puisqu’il l’avait déjà utilisé lors d’un débat organisé par la Commission pour l’égalité et les droits de l’homme (Equality and Human Rights Commission) en 2008. Il affirmait à l’époque que « le multiculturalisme – l’idée que différentes cultures doivent être respectées au point de les encourager à vivre séparément – a dangereusement sapé le sentiment identitaire de la Grande-Bretagne et entraîné un ‘apartheid culturel’ »(2). Par contre, l’attaque contre le « multiculturalisme d’État » ciblait explicitement la politique que ses prédécesseurs du New Labour avaient mis en œuvre entre 1997 et 2001. Cependant, il oubliait de mentionner que ces derniers s’en étaient largement détournés à compter de 2001, suite aux émeutes interethniques qui eurent lieu dans plusieurs villes du nord de l’Angleterre.

Dès 2002, les prises de position du travailliste David Blunkett, alors ministre de l’Intérieur, sur l’impératif linguistique et la nécessité d’un minimum d’intégration culturelle de la part des minorités allaient déjà dans ce sens(3). Elles se fondaient sur les rapports Denham et Cantle qui avaient analysé les causes ainsi que le déroulement des émeutes interethniques entre « Blancs » et ressortissants musulmans de l’été 2001 à Bradford, Burnley et Oldham. Les rapports avaient dénoncé les effets négatifs de la « balkanisation ethnique » sur la cohésion sociale dans ces villes. Dans un discours prononcé en 2005, le président de la CRE (Commission for Racial Equality) Trevor Phillips, un proche de Tony Blair, condamnait déjà les dérives d’un multiculturalisme « à l’américaine » qui conduisait tout droit à un renforcement de la ségrégation et des inégalités(4). En 2006, Ruth Kelly, travailliste elle aussi, et ministre de l’Education, se réjouissait même de l’effritement rapide du « consensus multiculturaliste » mis en cause pour avoir favorisé la séparation entre les communautés(5). De même, dans son discours Our Nation’s Future – Multiculturalism and Integration de décembre 2006, Tony Blair insistait tout particulièrement sur le « devoir d’intégration » (the duty to integrate) des minorités ethniques compatible, selon lui, avec leur droit à la différence. Il dénonçait aussi les dérives de la « diversité » qui conduisaient à la rupture entre les communautés et au rejet des valeurs fondamentales de la société britannique(6). Les controverses sur le port du voile islamique intégral, déclenchées par Jack Straw (alors président des Communes), ainsi que les inquiétudes exprimées par T. Phillips sur le risque d’émeutes « à la française » dans les quartiers sensibles des villes britanniques soulignaient clairement ce revirement idéologique(7). Ce changement sera encore accentué par l’arrivée à la tête du gouvernement travailliste de Gordon Brown, le chantre de la britannicité et des valeurs britanniques, qui, dans son discours de 2008 (Managed Migration and Earned Citizenship), souhaitait que les nouveaux arrivants fassent preuve d’un plus grand désir de rejoindre le « projet collectif » qu’incarne la nation britannique. Il reprenait à son compte le concept très controversé de « citoyenneté méritée » (earned citizenship) développé par David Goodhart, rédacteur en chef du Prospect Magazine(8).

Ces évolutions expliquent les interrogations actuelles sur les conséquences politiques (renforcement des partis extrémistes xénophobes) et sociales (affaiblissement de la cohésion nationale) néfastes du multiculturalisme, mais ne disent rien du consensus politique de fait qui a facilité la montée en puissance de cette approche et permis, à terme, son implantation institutionnelle.

Naissance et développement du projet multiculturaliste britannique

Le concept d’intégration, énoncé par le ministre de l’Intérieur travailliste Roy Jenkins au milieu des années 1960, qui insistait sur l’importance des cultures d’origine et leur préservation dans la sphère privée, constitue le premier pas en direction du multiculturalisme. Mais c’est surtout la grande loi de 1976 sur les Relations raciales (Race Relations Act), destinée à lutter contre le racisme et la discrimination, qui entérine l’existence de groupes ethniques (ethnic groups) dans le pays et permet aux autorités locales à forte concentration « ethnique » de mettre en place des politiques de gestion de la diversité, en leur octroyant des fonds spéciaux et de nouveaux pouvoirs. C’est ainsi que s’implante un multiculturalisme essentiellement confiné aux villes ou aux municipalités où s’installent ces populations.

Les « groupes ethniques » obtiennent une reconnaissance juridique formelle en 1983, lorsque la Chambre des Lords en arrête la définition légale afin de répondre aux nombreux conflits d’interprétation générés par la loi de 1976. À la fin des années 1970, les idées nouvelles du pluralisme culturel qui traversent l’Atlantique, notamment en provenance du Canada, viennent renforcer la tendance qui affirme que l’adhésion de tous à une culture dominante ou officielle n’est pas essentielle pour assurer la cohésion nationale ; ainsi, préserver sa culture d’origine est un droit de l’individu, au même titre que la liberté d’opinion.

En dépit de leur opposition déclarée à l’immigration, à la philosophie des mouvements anti-racistes ainsi qu’au développement de l’éducation multiculturelle proposée par le rapport Swann (1985), Margaret Thatcher et ses trois gouvernements successifs sont contraints  de prendre en compte certaines revendications des minorités ethniques à la suite des émeutes urbaines très violentes de 1981 (Brixton, Toxteth) et de 1985 (Handsworth). Une politique ethnique d’apaisement est d’abord mise en place après la publication du rapport de Lord Scarman (1981) dénonçant les discriminations subies par les minorités : le budget alloué au programme de rénovation urbaine (urban programme) est largement augmenté et de nombreux « projets ethniques » (ethnic projects) bénéficient de cette manne inattendue. La Commission for Racial Equality  instituée par la loi de 1976, pourtant très critiquée par l’aile droite du Parti conservateur, est préservée. En 1983, Norman Tebbit alors ministre du Travail, accepte la suggestion de la CRE d’instaurer un recensement ethnique (ethnic monitoring) dans les entreprises, mais refuse l’imposition d’objectifs de recrutement (target setting). Le droit des autorités locales à promouvoir l’égalité raciale est réaffirmé par le Local Government Act de 1988 pourtant destiné à en limiter les pouvoirs, notamment dans le domaine des politiques antiracistes et multiculturelles. De plus, le gouvernement conservateur  introduit la première mesure destinée à renforcer l’égalité des chances dans l’accès à l’emploi en 1989 avec le Fair Employment Act, ciblant avant tout la population catholique d’Irlande du Nord, mais qui sera ensuite étendue à d’autres minorités défavorisées. En dépit des attaques continuelles des cercles de réflexion d’extrême droite et de l’éclatement de l’affaire Rushdie (1989), qui marque l’apparition d’un islamisme revendicatif et militant dénoncé par Roy Jenkins lui-même à l’époque, le multiculturalisme poursuit son implantation locale. Ce « multiculturalisme municipal » prospère dans les bastions détenus par les travaillistes (Leicester, Bradford, Birmingham, etc.), en particulier par le truchement des autorités locales d'éducation (Local Education Authorities) qui encouragent activement les initiatives antiracistes et multiculturelles.

Avec l’arrivée du conservateur John Major à la tête du gouvernement, plus ouvert aux besoins et demandes des minorités ethniques et religieuses, l’ethnicisation de la société britannique progresse rapidement. Le ministre du Travail, Michael Howard, accepte l’introduction d’objectifs chiffrés (numerical targets) dans les entreprises afin de rééquilibrer la composition ethnique du personnel. Dans la foulée, le Premier ministre donne son accord pour l’insertion d’une question sur l’origine ethnique des personnes dans le recensement de 1991, une mesure qui avait été recommandée par Lord Scarman dans son rapport sur les émeutes urbaines de 1981, et fait amender le Local Government Act afin de soutenir financièrement encore davantage les collectivités locales à forte concentration ethnique. C’est donc sous son ministère que le « multiculturalisme » perd son caractère purement local et commence à s’imposer comme l’approche officielle du traitement de la diversité.

Enfin, c’est à partir de 1997 que le multiculturalisme s’institutionnalise pleinement et que la diversité ethnique devient une valeur phare de la « Cool Britannia », cette courte période euphorique et optimiste qui suit l’arrivée au pouvoir de Tony Blair et du New Labour après dix-neuf ans de règne conservateur. Un certain nombre de mesures visant à combattre le racisme plus efficacement sont adoptées comme par exemple le Crime and Disorder Act (1998) qui aggrave les peines encourues lorsque la motivation raciste d’un délit peut être prouvée ou la reconnaissance explicite du « racisme institutionnel » suite à la publication du rapport Macpherson (1999) sur les dysfonctionnements de la police. Mais plus que les politiques volontaristes d’égalité des chances et d’inclusion sociale, c’est surtout la reconnaissance officielle des identités culturelles comme partie intégrante des droits citoyens qui caractérise cette période faste du multiculturalisme britannique.

Multiculturalisme ou multiculturalismes ?

L’instauration du multiculturalisme au Royaume-Uni ne signifie pas qu’il y ait eu consensus sur sa définition. Lorsque le concept a fait florès, de nombreuses interprétations et approches divergentes ont coexisté, ajoutant à sa complexité. On distingue trois variantes principales qui peuvent s’imbriquer étroitement dans la pratique. La première se fonde sur une conception « intégrative » qui s’appuie sur les valeurs de tolérance, d’égalité et d’inclusion (inclusiveness). Elle préconise des politiques sociales volontaristes, reconnaissant les identités culturelles et les droits citoyens, comme autant d’alternatives aux politiques d’assimilation, et insistent sur l’intérêt de la diversité. Le rapport Parekh (2000) sur le futur de la société multiethnique britannique symbolise cette approche. Les auteurs y présentent leur vision d’un « multiculturalisme libéral » (liberal multiculturalism) en déclarant dans la préface : « La Grande-Bretagne est à la fois une communauté de citoyens et une communauté de communautés, une société à la fois libérale et multiculturelle, qui doit concilier leurs exigences parfois conflictuelles »(9). Dans la pratique, cette célébration de la diversité culturelle n’a été qu’un feu de paille, car elle s’est le plus souvent limitée à mettre en avant le « multiculturalisme des 3S (Saris, Samosas et Steeldrums) » ainsi ironiquement qualifié par la sociologue Yasmin Alibhai-Brown(10).

La deuxième variante est une conception « anticipative » qui repose sur deux volets : la crainte réelle ou fantasmée de l’émergence de tensions ethniques ou de conflits raciaux qu’il s’agit de prévenir par des politiques appropriées et la rétribution des services politiques rendus. C’est ce type de multiculturalisme qui a surtout été mis en place à l’échelon municipal. La troisième est une conception « patrimoniale » qui repose sur l’essentialisation, la mise en avant et la célébration des traditions culturelles existantes, réinventées ou réinterprétées en fonction des besoins pour accroître l’estime de soi, le succès scolaire, la réussite professionnelle et obtenir la reconnaissance de certains droits sociaux et politiques spécifiques. C’est une vision isolationniste et relativiste soutenant que chaque communauté culturelle a le droit de vivre selon ses propres normes. L’intervention de l’État se résume alors à organiser cette pluralité de groupes ethnoculturels, autonomes et autosuffisants. Telle est la vision étriquée de l’idéal multiculturaliste qui a fini par s’imposer au Royaume-Uni dans certaines communautés structurées autour de règles ethno-religieuses strictes.

Comme on le voit, l’un des problèmes majeurs du multiculturalisme britannique a été la grande diversité de ses approches. Ses manifestations protéiformes, souvent antagonistes, l’ont rendu progressivement illisible et ont finalement contribué à son déclin dans les années 2000. 

Post-multiculturalisme

Deux événements ont conduit les gouvernements New Labour à abandonner le multiculturalisme institutionnel : les émeutes raciales du printemps et de l’été 2001 (Oldham et Bradford en particulier) ; les attentats terroristes de juillet 2005 à Londres exécutés par de jeunes Britanniques issus des minorités. Par ailleurs, dans les années 2000, la classe ouvrière blanche, délaissée par les gouvernements travaillistes, adhère aux discours xénophobes du BNP (British National Party), puis de l’UKIP, et se définit de plus en plus comme une minorité ethnique autochtone discriminée. La révolte des « petits blancs » (white backlash) contre des pratiques multiculturalistes jugées discriminatoires à leur encontre – dans l’accès au logement et aux prestations sociales, à la santé et à l’éducation – constitue une menace politique croissante pour le New Labour qui voit une grande partie de cet électorat traditionnel se détourner de lui. Le discours gouvernemental change alors et insiste prioritairement, surtout après l’arrivée de Gordon Brown (2007), sur l’importance de la cohésion sociale (community cohesion) et sur les valeurs communes de la britannicité dans lesquelles chaque citoyen est invité à se reconnaître.

L’accession au pouvoir de David Cameron en 2010 ne fait que renforcer la tendance. Sa rhétorique  combative remet en cause l’ensemble de la « politique identitaire » pratiquée depuis les années 1970 qui reconnaît les appartenances communautaires au détriment de la valorisation de l’individu, et vise à la remplacer par une « stratégie pour l’égalité ». L’individu, et non plus son appartenance ethnique et/ou religieuse, se trouve au centre de ce nouveau dispositif qui place sur un même plan tous les types de discriminations ou de « handicaps » sociaux. Par ailleurs, la volonté du gouvernement de D. Cameron d’imposer le système de valeurs britannique aux nouveaux citoyens afin de rétablir un minimum d’homogénéité culturelle marque un retour au concept classique d’assimilation, abandonné au milieu des années 1960. Il prône donc un « libéralisme musclé » (muscular liberalism) qui n’hésite pas à s’opposer à toutes les formes d’extrémisme et à promouvoir activement une série de valeurs communes « britanniques » non négociables. Dans cette optique, le test de connaissances sur la vie au Royaume-Uni (Life in the UK test), obligatoire pour les candidats à la nationalité britannique, est refondu en 2013 pour faire une plus large place aux valeurs communes essentielles, aux institutions et à l’histoire de la Grande-Bretagne. De même, les nouveaux programmes scolaires incluent désormais l’enseignement obligatoire de ces valeurs britanniques essentielles  (fundamental British values) que sont la démocratie, le règne du droit, la liberté individuelle, le respect mutuel et la tolérance envers ceux qui ont des croyances, des religions et des modes de vie différents.

Le Premier ministre poursuit un objectif difficile : récupérer  l’électorat populaire blanc viscéralement hostile à l’immigration et aux politiques multiculturelles sans toutefois s’aliéner les communautés ethniques installées au Royaume-Uni dont le poids politique ne cesse de croître. Sa « stratégie pour l’égalité » répond clairement au sentiment d’abandon et à la demande de justice sociale de la classe ouvrière blanche. Par contre, s’il condamne sévèrement les dérives communautaristes et l’extrémisme religieux – comme dans l’affaire récente dite du « Cheval de Troie » à Birmingham où une vingtaine d’écoles publiques ont été inspectées par les pouvoirs publics à la suite d’affirmations selon lesquelles les établissements promouvraient un islam radical (11) –,  il reconnaît que certains groupes ethniques et/ou religieux sont désavantagés économiquement et socialement, et que ceci doit être corrigé.

Ces prises de positions politiques convergentes des travaillistes et des conservateurs ont sonné le glas du multiculturalisme institutionnel dans le pays mais les pratiques multiculturalistes perdurent dans la gestion politique quotidienne de la diversité. En fait, le multiculturalisme s’est retranché sur ses bastions municipaux où il s’était imposé dans les années 1970 et tente de résister aux attaques combinées de ses détracteurs en attendant des jours meilleurs. Si l’héritage multiculturaliste est aujourd’hui très critiqué, la société britannique n’en a pas moins été profondément et durablement transformée par cette expérience au point que personne ne conteste plus son caractère multiethnique et multiculturel.

Notes

(1) Discours du Premier ministre à Munich, le 5 février 2011.
(2) « ‘Sharia law will undermine British society’ warns Cameron in attack on multiculturalism », The Daily Mail, 26 février  2008.
(3) David Blunkett, « Integration with Diversity: Globalization and the Renewal of Democracy and Civil Society”, in Phoebe Griffith and Mark Leonard, Reclaiming Britishness, Londres, The Foreign Policy Centre, 2002, pp. 65 à 77.  
(4) Trevor Phillips, Sleepwalking to segregation, discours prononcé le 22 septembre 2005.
(5) Ruth Kelly, Integration and Cohesion, discours du 24 août 2006.
(6) Tony Blair, discours prononcé le 8 décembre 2006.
(7) « Warning over UK race riot danger », BBC NEWS, 22 October 2006 et « Muslim veil debate could start riots, warns Phillips», The Guardian, 23 October 2006.
(8) David Goodheart, Earned Citizenship, Prospect Magazine (4/16/2008).
(9) The Parekh Report : The Future of Multi-Ethnic Britain, The Runnymede Trust, London: Profile Books, 2000, p.ix.
(10) « After Multiculturalism », Foreign Policy Centre, 2000.
(11) Extremism in schools: the Trojan Horse affair, le 15 mars 2015.

* Université Paris-Est-Créteil (UPEC) ; Professeur des universités.

Pour citer cet article : Didier Lassalle, «Royaume-Uni. Les avatars du multiculturalisme britannique», P@ges Europe, 13 mai 2015, La Documentation française © DILA

 

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