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La spécialisation européenne : entre passé industriel et futur numérique ! par Sarah Guillou

[La spécialisation européenne : entre passé industriel et futur numérique ! par Sarah Guillou], pour plus d'information, consulter la description longue en dessous de cette illustration

Numérisation de l’agro-industrie
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Mis à jour le 30/01/2019

Introduction

L'analyse de la spécialisation productive de l’Union européenne fait apparaître le poids de son passé agro-industriel, mais montre que celle-ci a pris le virage de la nouvelle économie. L’Europe constitue un acteur majeur du commerce mondial et dispose de nombreux atouts. Cependant, elle peine à s’ériger en puissance numérique
et à promouvoir des champions mondiaux, aptes à affronter la concurrence croissante des États-Unis et de la Chine notamment.


S’intéresser à la spécialisation productive de l’Europe est un moyen de saisir à la fois son histoire économique et ses orientations politiques et socioéconomiques récentes. De plus la spécialisation productive influe sur la répartition des richesses et, donc, sur la cohésion du territoire et des institutions européennes.
En quelques mots, comment décrire la spécialisation de l’Union européenne ? Elle est à la fois ancrée dans le passé agro-industriel chez les plus anciens pays membres, portée vers la nouvelle économie chez les pays membres du Nord et cette nouvelle économie est encore peu développée chez ceux de l’Est.
En quelques chiffres, comment se répartit la production en Europe ? En 2017, le produit intérieur brut (PIB) de l’Union européenne (UE) à vingt-huit s’élevait à 15 336 milliards d’euros, selon Eurostat (ec.europa.eu). Les dix-neuf États de la zone euro en réalisaient 71 %, et les cinq plus grands pays européens (l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, l’Espagne et l’Italie) 67 % (53 % en excluant le Royaume-Uni). On comprend, à la lecture de ces chiffres, que le tableau de la spécialisation productive européenne repose essentiellement sur celle des grands pays et que la concentration de la richesse produite peut induire des déséquilibres. En effet, si les pourcentages cités reflètent la répartition de la population en Europe, ils ne sont pas exactement proportionnels à celle-ci : en 2017, la zone euro représentait 66 % de la population de l’UE, et les cinq plus grands pays 63 % de celle-ci.
La transition industrielle – qui a vu, dès les années 1970, la part des services croître fortement et l’industrie devenir plus technologique – a affecté l’ensemble des pays mais à des degrés divers. L’industrie emploie aujourd’hui 20 % de la main-d’oeuvre européenne et représente 24 % du PIB. L’entrée dans l'UE des pays d’Europe centrale et de l’Est n’a pas modifié l’épicentre de la production industrielle, dont l’Allemagne reste le principal moteur. S’agissant des secteurs, la spécialisation ne s’est pas fondamentalement modifiée ; l’Europe, pourtant championne de la dépense en recherche et développement (R&D), peine à se constituer de nouveaux avantages comparatifs dans les industries du futur. Enfin, en ce qui concerne les champions industriels européens, une spécialisation par type de transport semble se dessiner dans les trois plus grandes économies (la France, l’Allemagne et l’Italie), mais la dispersion subsiste dans des secteurs clés de l’industrie.

Les économies de services

De l’ancrage agro-industriel à l’économie de services

L’Union européenne possède deux marqueurs originels : la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA, active de 1952 à 2002) et la politique agricole commune (PAC, entrée en vigueur en 1962). Le secteur du charbon et de l’acier et celui de l’agriculture sont les ancrages productifs des Communautés regroupant les six États à l’origine du projet d’intégration européenne : la France, l’Allemagne, le Luxembourg, la Belgique, les Pays-Bas et l’Italie. Ces pays sont encore très présents dans le secteur du charbon et de l’acier et/ou dans celui de l’agriculture.
Ces économies, qui ont aussi d’autres productions, partagent un passé industriel et une agriculture développée. Alors qu’aux États-Unis, les productions sont très concentrées géographiquement (l’acier en Pennsylvanie, l’automobile dans le Michigan, le coton dans le Sud, le textile en Nouvelle-Angleterre puis dans le Sud, et la finance à New York), les pays européens ne sont pas spécialisés dans telle ou telle production : la construction automobile se trouve en Allemagne, en France et en Italie, l’agriculture un peu partout, et la production d’acier à l’intersection de la France, de la Belgique, du Luxembourg et de l’Allemagne ainsi qu’au Royaume-Uni, en Italie et dans les pays de l’Est de l’Europe.
Si l’élargissement de l’Union et la dynamique de fragmentation des processus productifs ont contribué à étendre à l’est la répartition de la production, la spécialisation industrielle reste marquée par une forte inertie liée à la disponibilité des ressources, à l’acquisition et à la transmission des compétences, mais aussi à la démocratie représentative, qui conduit à la défense des territoires et de leurs intérêts économiques.

socialeUnion européenne : part de l’emploi total et de la valeur ajoutée de chaque secteur en 2017 (en %)

Ainsi, dans le domaine de l’acier, symbole de la puissance industrielle au xixe siècle, l’UE à vingt-huit conserve une position importante : elle occupe la deuxième place mondiale (avec 10 % de la production), d’après la World Steel Association (www.worldsteel.org). Si l’on considère les États membres isolément, l’Allemagne se situe à la 7e place, l’Italie à la 11e et la France à la 15e. La production s’est fortement concentrée au fil des décennies : des entreprises étrangères (indiennes notamment, comme Mittal et Tata dans les années 1980-1990) sont entrées au capital des grands aciéristes (ArcelorMittal, Tata Steel, ThyssenKrupp) ; et la production s’est spécialisée, présentant un plus fort contenu technologique que dans le reste du monde. Mais l’Union européenne est largement devancée par la Chine, qui produit près de 50 % de l’acier mondial, soit environ 800 millions de tonnes par an. Aujourd’hui, la sidérurgie apparaît comme l'exemple d’une politique commerciale européenne qui tente de se protéger des importations chinoises et qui doit affronter, depuis peu, les restrictions de la politique américaine de Donald Trump.
Par ailleurs, l’Union européenne est la première puissance agricole mondiale, avec une production de 405 milliards d’euros en 2016, selon Eurostat. Sept États membres réalisent 75 % de celle-ci : la France, suivie de l’Italie, de l’Allemagne, de l’Espagne, du Royaume-Uni, des Pays-Bas et de la Pologne.
Le poids de l’agriculture, faible en termes de valeur ajoutée, s’accroît significativement si l’on y adjoint celui de l’industrie agroalimentaire ; il s'agit d'un secteur à forte valeur symbolique et culturelle qui est aussi un élément moteur du tourisme européen.

Les autres domaines économiques où l’Europe se distingue, tels les transports (automobile, trains, avions, fusées) et la chimie-pharmacie, sont aussi l’héritage de la révolution industrielle et scientifique qui a fondé la puissance européenne au xixe siècle et jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.

Cependant, dotés de niveaux de développement avancés, les pays européens se sont engagés, durant la seconde moitié du xxe siècle, dans la transition industrielle qui a abouti à la prééminence des services dans la création totale de valeur ajoutée. La spécialisation productive de l’UE révèle également l’importance des services à la personne (santé, action sociale, éducation) et de l’administration.
L’économie européenne n’est plus dominée par l’industrie, qui a été supplantée par les services. Cependant, comparée aux autres branches d’activité, l’industrie manufacturière reste un pôle d’emploi majeur (voir graphique), les plus gros pourvoyeurs d’emplois étant les secteurs suivants : 1) les industries alimentaires ; 2) la métallurgie ; 3) la fabrication de produits métalliques ; 4) l’industrie automobile et la construction navale ; 5) la fabrication de machines et d’équipements.
En fait, l’emploi se concentre dans le commerce et les services non échangeables (administration, enseignement et santé). Cette hiérarchie des principaux secteurs se retrouve à l’identique dans les cinq plus grands pays de l’UE.

Une puissance commerciale colossale

Riche de nombreux services non échangeables, l’Europe est également une puissance exportatrice. La construction européenne a réussi à bâtir l’interdépendance commerciale des États membres et, par conséquent, la puissance commerciale de l’Union. Celle-ci constitue un acteur majeur du commerce mondial puisqu’elle réalise 15 % du commerce de biens (3 464 milliards d’euros en 2016) ; elle est aussi le premier importateur mondial et le deuxième exportateur après la Chine. En 2016, l’UE présentait un excédent commercial de 33 milliards d’euros en biens et services. Les échanges intra-européens de biens s’élevaient alors à plus de 3 000 milliards d’euros, soit près du double des exportations extra-européennes (évaluées à quelque 1 700 milliards d’euros). Les échanges intra-européens sont donc très denses, couvrant près de 60 % des exportations de la plupart des États membres hors de leurs frontières. L’Allemagne est le principal acteur des échanges internes à l’UE (23 % des exportations et 20 % des importations pour le commerce de marchandises en 2017). En matière d’exportations, l’Allemagne occupe la première place, suivie par les Pays-Bas puis la France (8,7 %). Entre janvier et mai 2018, la balance commerciale française des échanges de marchandises a accusé un déficit de 9 milliards d’euros, pour un total de 786 milliards d’exportations. La zone euro, quant à elle, est excédentaire de 80 milliards d’euros en marchandises, sur cette période. Parmi les pays qui la composent, ceux dont la balance commerciale a affiché le plus fort excédent en 2017 sont l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Italie, l’Irlande, la Belgique et la Slovénie (données Eurostat).

L’Union est aussi la première puissance exportatrice dans le secteur agricole, loin devant les États-Unis et le Brésil. Concernant les biens manufacturés, elle exporte surtout, d’après les données 2017 d’Eurostat, des machines et du matériel de transport (42 %), des produits chimiques (17 %) et des produits alimentaires (6 %).
Les pays qui contribuent le plus aux exportations de biens et services de l’UE en 2017 sont l’Allemagne (29 %), la France et le Royaume-Uni (13 % chacun), les Pays-Bas (12 %), l’Italie (10 %) et l’Espagne (7,5 %). Si l’on prend en compte uniquement les services, le Luxembourg entre dans le classement et le Royaume-Uni (1er) devance l’Allemagne (2e), talonnée par la France (3e).
Si l’UE totalise 37 % des exportations manufacturières mondiales, cette part diminue sous l’effet de l’intensification de la concurrence internationale. La nature de sa spécialisation – industrielle et agricole –,qui fonde encore la puissance économique européenne, peut néanmoins susciter des inquiétudes sur sa capacité à garder sa place dans la concurrence économique mondiale, face aux États-Unis et à la Chine notamment.
Elle manifeste en effet des difficultés à s’ériger en puissance numérique et à promouvoir des champions mondiaux.

Une économie qualifiée mais qui manque de champions mondiaux

De la technologie, des qualifications mais pas de géant numérique

Bien qu’enracinée dans le passé industriel, la spécialisation sectorielle a vu son contenu technologique s’amplifier. Les entreprises automobiles européennes figurent aujourd’hui parmi les plus grands investisseurs en R&D, tous secteurs confondus. Dans la chimie pharmacie, l’aéronautique et la défense également, les entreprises de l’UE sont très proches de la frontière technologique. Ces secteurs comptent en effet les champions européens, qui entraînent avec eux un tissu de sous-traitants assurant la spécialisation des territoires.
En examinant le classement mondial 2017 des 2 500 entreprises investissant le plus en recherche et développement (EU R&D Scoreboard, publié chaque année par la Commission européenne), on remarque que l’Union abrite ainsi 22 % d’entre elles (540 entreprises, contre 38 % pour l’Asie et 33 % pour les États-Unis) et que les premières se trouvent dans l’automobile, la défense et la chimie-pharmacie.
Parallèlement, l’Europe semble avoir perdu la bataille en matière de semi-conducteurs et, plus récemment, de panneaux solaires au bénéfice de ses concurrents américains, sud-coréens et chinois. Elle apparaît aussi en position de faiblesse pour les batteries et les robots, deux domaines technologiques fondamentaux pour l’avenir industriel dans lesquels la Chine a une stratégie très volontariste et des exigences loin d’être réciproques en termes de transfert de technologie (voir Sarah Guillou, « Doit-on s’inquiéter de la stratégie industrielle de la Chine ? », OFCE Policy Brief, no 31, 30 janvier 2018). L’UE se caractérise pourtant par une forte intensité technologique, des personnels qualifiés, des institutions de recherche et des infrastructures éducatives de haut niveau.
Ces éléments sont soutenus par des politiques volontaristes de soutien à l’innovation et à la R&D dans chaque pays membre et au niveau européen. Lors du Conseil européen de Lisbonne, en mars 2000, l’UE s’était fixé pour objectif de devenir « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d’ici à 2010 » et de porter les dépenses de R&D à plus de 3 % du PIB.
Or, elles n’ont atteint que 2 % du PIB en 2017 et l’Europe peine à se constituer en puissance numérique, comme le mettent en évidence la Commission européenne (Europe’s Digital Progress Report 2017, avril 2017) ainsi que Cyrielle Gaglio et Sarah Guillou (« L’Europe numérique, entre singularités, faiblesses et promesses », Revue de l’OFCE, numéro spécial « Europe », 2018, à paraître).
Dans de nombreuses dimensions, de la valeur ajoutée numérique (voir zoom) au capital-risque en passant par les usages des réseaux, l’Europe est en retrait par rapport aux États-Unis et à la Chine. Or, la maîtrise des technologies numériques et de l’intelligence artificielle constitue un défi capital pour l’avenir de la spécialisation européenne. La forte hétérogénéité des pays européens en la matière explique sans doute que l’UE soit reléguée loin derrière les États-Unis et l’Asie. Le tableau de la page 62 renseigne sur des dimensions associées au développement de la nouvelle économie et identifie les six pays européens les plus performants dans chaque dimension. Les robots (colonne 1), qui constituent l’une des technologies marquantes de l’industrie du futur (dénommée « industrie 4.0 » ; voir zoom), restent fortement associés à la part de l’industrie dans l’économie, notamment à l’automobile et à l’électronique ; on rapporte ici le stock de robots détenu par chaque pays au stock total de l’UE. La colonne 2 présente le nombre de brevets déposés rapporté au PIB de chaque pays (exprimé en milliards de dollars), qui indique la capacité d’innovation des différents États. La colonne 3 répertorie les pays européens qui comptent le plus grand nombre d’entreprises au classement mondial des 2 500 entreprises investissant le plus en R&D. Enfin, la colonne 4 s’intéresse plus précisément à l’économie numérique puisqu’elle dénombre les « licornes » (voir tableau) par pays.
L’Allemagne apparaît comme une économie motrice en Europe. Elle est sur le podium des trois premiers pays pour les quatre dimensions. Le Royaume-Uni figure dans tous
les cas parmi les cinq premiers, et la France se classe toujours au troisième rang sauf pour le nombre de brevets, où elle est absente du classement. Les petits pays du Nord de l’Europe (le Danemark, la Suède, la Finlande et les Pays-Bas) se distinguent par leur positionnement dynamique dans la nouvelle économie, contrairement aux pays d’Europe de l’Est. Toutefois, en matière de robots, la République tchèque se place juste derrière la Suède. L’Estonie déploie une stratégie très volontariste d’investissement dans la nouvelle économie, mais sa petite taille explique son absence dans les premiers rangs.
La concentration géographique qui marque les secteurs économiques traditionnels s’observe aussi dans la nouvelle économie, avec toutefois deux altérations : d’une part, on ne retrouve pas dans celle-ci la totalité des poids lourds de l’économie européenne (l’Italie et l’Espagne sont absentes, et la France a un poids moindre) ; d’autre part, les pays du nord de l’Europe sont plus présents dans la nouvelle économie que dans l’ancienne.

Tableau  : dimensions associées au développement de la nouvelle économie

À la recherche des champions européens

Dans la perspective de la concurrence mondiale, on peut déplorer le trop faible nombre de champions européens. Le marché unique a agi comme un catalyseur des énergies européennes et généré des regroupements : par exemple, ST Microelectronics (issu de la fusion en 1987 de l’italien SGS et du français Thomson Semi-conducteurs), Alcatel-Lucent (racheté par Nokia en 2016), la fusion en 2018 d’Essilor (fabricant français de verres) et de Luxottica (géant italien des montures de lunettes). Mais il a aussi un effet attractif pour les investisseurs étrangers qui, en achetant des actifs d’un pays membre, s’offrent un accès à l’UE : le conglomérat américain General Electric et le français Alstom, Renault et le constructeur automobile japonais Nissan, l’américain General Motors et l’allemand Opel, l’homme d’affaires chinois Li Yonghong et le club de football Milan AC. La concentration s’est donc opérée aussi avec des acteurs non européens. La direction générale de la Concurrence de la Commission européenne, qui a toujours contrôlé avec rigueur les alliances européennes, a récemment assoupli sa position face à l’extension de la concurrence mondiale. Deux autres aspects freinent les alliances européennes. La plupart des grandes entreprises des pays membres étant très substituables en termes d’activité du fait de leur histoire technologique et industrielle commune et des similitudes dans les préférences des consommateurs, leur rapprochement pose immanquablement des problèmes de concurrence et d’emploi. Par ailleurs, ces grandes entreprises font partie du patrimoine économique des nations, et très souvent, l’État en est plus ou moins actionnaire. Ces facteurs rendent les rapprochements politiquement sensibles et amènent les États à poser à ces processus des conditions très contraignantes eu égard aux enjeux économiques.

Quelques champions européens émergent néanmoins et donnent une nouvelle lecture de la spécialisation européenne. Les fusion sacquisitions intervenues en 2018 dans le ferroviaire (entre Alstom et le groupe d’origine allemande Siemens) et la construction navale (l’italien Fincantieri a racheté 50 % du capital de STX-Chantiers de l’Atlantique) aboutissent à un découpage européen du secteur des transports : le ferroviaire aux Allemands, le naval aux Italiens et l’aéronautique-spatial aux Français. La fusion Alcatel-Nokia en 2016 confirme que le pôle de la nouvelle économie se localise au nord de l’Europe. Le positionnement européen gagnerait à être rationalisé dans d’autres secteurs tels que les transports aériens, l’énergie (la distribution du gaz, en particulier), le transport terrestre et les télécommunications.
Des rapprochements bancaires sont également souhaitables, mais la sortie du Royaume-Uni de l’UE, prévue pour 2019, impose au préalable une stabilisation du marché.

La spécialisation européenne est aujourd’hui à la croisée de son passé industriel et de son futur numérique. Elle reflète aussi le modèle social et éducatif européen puisqu’elle
comporte une part importante de services administratifs et à la personne, et de personnel qualifié maîtrisant des technologies de pointe. Les choix européens, axés sur une
politique commerciale plutôt libre-échangiste, privilégiant les secteurs et les pays exportateurs, et sur un soutien à l’agriculture et à la R&D, ont influé sur cette spécialisation.
Mais l’absence de politique industrielle volontariste – hormis l’engagement récent en faveur des énergies renouvelables (directive du 23 avril 2009 relative à la promotion de
l’utilisation de l’énergie produite à partir de sources renouvelables) – a relégué les impulsions politiques portant sur la spécialisation industrielle à l’échelon des États membres, lesquels sont aussi fortement contraints par les règles européennes. Compte tenu du positionnement numérique de l’Europe dans la concurrence mondiale, il semble souhaitable qu’elle accroisse ses efforts en vue de l’achèvement du marché numérique et dans les activités liées à l’intelligence artificielle.

*Économiste. Directrice adjointe à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

Cet article est la reprise d’un texte publié dans la revue Cahiers français, "Mondialisation et commerce", n°407, novembre - décembre 2018, La Documentation française © DILA, p.54-64.

 

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