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Les Enseignants-chercheurs à l'université : la place des femmes

Auteur(s) :

Editeur :

  • Ministère de l'éducation nationale

Date de remise : Octobre 2000
47 pages

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Ce rapport part du constat suivant : les femmes ont généralement plus de difficultés pour atteindre des postes de responsabilité dans l'enseignement supérieur notamment ceux de professeurs des universités. Pour comprendre cette situation les auteurs analysent plusieurs paramètres : l'effet de la discipline, l'évolution dans le temps des effectifs enseignants, les étapes de la carrière, l'influence des organismes qui décident du recrutement et des promotions, en particulier du CNU (Conseil national des universités). Ils commentent ensuite les données d'une enquête menée auprès d'enseignants- chercheurs et reviennent sur le rôle de l'institution et de la vie familiale. La dernière partie du rapport est consacrée à la situation des enseignants-chercheurs dans les autres pays européens.







v\:* {behavior:url(#default#VML);}o\:* {behavior:url(#default#VML);}w\:* {behavior:url(#default#VML);}.shape {behavior:url(#default#VML);}Les enseignants-chercheurs à l'université : La place des femmesFrancette JEAN-BAPTISTE Normal Francette JEAN-BAPTISTE 4 3 2001-04-26T18:16:00Z 2001-04-27T10:59:00Z 4 2221 12663 LA DOCUMENTATION FRANCAISE 105 25 15551 9.281221


Les enseignants-chercheurs à l'université: La place des femmes




MINISTÈRE DEL'EDUCATION NATIONALE DE LA RECHERCHE ET DE LA TECHNOLOGIE




Octobre 2000














Extraits








Introduction


Conclusion




Ce travail a été entrepris sur la suggestion deMadame Francine Demichel, directrice de l'enseignement supérieur au ministèrede l'Education Nationale, de la Recherche et de la Technologie et entre dans lapréoccupation gouvernementale actuelle de rendre plus visible la situation desfemmes dans les professions (depuis 1999, rapports au premier ministre deMesdames Colmou , Génisson , d'Intignano ). ...




Les enseignants-chercheurs en France sont enprincipe fonctionnaires, aussi le rapport d'Anne-Marie Colmou sur la situationdes femmes et des hommes dans la fonction publique s'applique à eux. On y noteles difficultés pour les femmes d'atteindre des postes de responsabilité etplus généralement les postes au sommet de la hiérarchie, ici les postes deprofesseurs des universités. Il est vrai que, comme vient de le montrer lerapport " Politiques scientifiques dans l'Union européenne : intégrer ladimension du genre, un facteur d'excellence " rapport du groupe de travailsur " Les femmes et les sciences " du réseau indépendant ETAN ,commandité par le Directorat-Général Recherche de l'Union Européenne et paru ennovembre 1999 (version anglaise), la situation de la France, avec ses 34% defemmes parmi les maîtres de conférences, mais ses 14% de femmes parmi lesprofesseurs d'université, est une des meilleures d'Europe. Cependant, il n'estpas possible de se satisfaire de ce " plafond de verre ", plus oumoins marqué selon les disciplines. Par ailleurs, si on compare ces chiffresavec ceux du Centre National de la Recherche Scientifique qui compte 37% defemmes chargées de recherche et 21% de femmes directrices de recherche, on peutse demander pourquoi dans le même pays ce plafond est moins bas dans unorganisme dont la mission principale est la recherche seulement.




Pour comprendre l'origine de la situation desfemmes dans l'enseignement supérieur français en cette année 2000, il estimportant d'analyser plus en détail différents paramètres : l'effet de ladiscipline bien sûr, mais aussi l'évolution dans le temps des effectifsenseignants, les étapes de la carrière, l'influence des organismes qui décidentdu recrutement et des promotions, en particulier du CNU.




Il est d'abord indispensable de dégager destendances, de sorte qu'une étude fine de données statistiques sexuées est lepréalable. C'est ce qui constitue la première partie de cette étude. Ce typed'analyse est rare et peu diffusé : ainsi la dernière étude sur la démographieet la géographie des chercheurs et enseignants-chercheurs, publiée parl'Observatoire des Sciences et des Techniques , qui aurait pu fournir deséléments précieux sur les évolutions de carrière, n'était malheureusement passexuée.


Pour aller au delà des chiffres et proposerquelques explications il était nécessaire d'interroger des acteurs,enseignants-chercheurs, hommes et femmes, sur leur perception de leur carrière,sur leurs ambitions et leurs difficultés. En particulier l'influence de la viefamiliale sur la vie professionnelle ne peut être perçue que par cette méthode.


Enfin, nous conclurons et proposerons quelquespistes de réflexion, fondées sur les résultats de la présente étude et sur lesmesures qui ont été prises par certains de nos voisins européens.




Conclusion


Introduction




Il convient d'abord de définir les limites de cetravail sur les femmes et les hommes de l'enseignement supérieur : il s'agit dela toute première étude de ce genre en France, nécessairement imparfaite. Ellea pour but une aide à la décision des politiques et ne constitue pas un travailexhaustif. Nous espérons qu'elle suscitera d'autres analyses plus en profondeursur des points plus détaillés.


La première partie de cette étude présente desdonnées statistiques sexuées relatives aux personnels de l'enseignementsupérieur. Nous avons analysé des données nationales, qui n'avaient pas étérecueillies dans ce but, et présentent nécessairement des manques.




En réalité, comme le fait apparaître le rapportdu groupe présidé par Catherine Blum , ce ne sont pas les données sexuées quimanquent en France, mais leur analyse et leur publication systématiques, quiexigeraient un personnel qualifié dédié à cette mission, et une vulgarisationet communication aux personnels et aux médias. La toute récente circulaire duPremier Ministre, relative à l'adaptation de l'appareil statistique de l'Etatpour améliorer la connaissance de la situation respective des femmes et deshommes (9/3/2000), exploite les conclusions de ce rapport : elle recommande demanière générale de compléter la production de données dans certains domainesclés, d'exploiter plus systématiquement les données en fonction du sexe, deveiller à faire apparaître la situation comparée dans les publicationsministérielles, et de compléter les résultats des analyses par des étudespermettant de mieux appréhender les causes des inégalités ; l'INSEE est chargéde la coordination des sources statistiques pour l'ensemble des ministères.Cette nouvelle circulaire incite donc à faire des études analogues à celle-cidans d'autres organismes, en particulier dans les organismes de recherche ;pour ce qui est de l'enseignement supérieur, elle conforte les remarques quenous avons présentées dans le §II.


Il faudrait qu'au niveau de l'enseignementsupérieur une structure de coordination et une " bibliothèque " desanalyses statistiques effectuées soient mises en place. Les données sexuéesdétaillées sur les personnels devraient être rassemblées et accessibles etleurs analyses publiées régulièrement, pour éviter les travaux redondants.


De nouvelles collectes de données devraient êtreentreprises. Il faudrait en particulier, par discipline, rapprocher les donnéessexuées concernant les doctorats et les habilitations, celles se rapportant auxqualifications, aux candidatures aux postes de maîtres de conférences et deprofesseurs, avec les taux de réussite dans ces différentes phases de lacarrière universitaire : ceci permettrait de savoir à quelles étapes a lieu ladéperdition en femmes, et d'en déduire des origines possibles des freinsprincipaux. Pour affiner la compréhension de ces phénomènes il faut pouvoirsuivre au fil des années des populations définies d'hommes ou de femmes (suivisde cohortes).




Quant aux données sexuées triées selon lagéographie dont nous avons disposé, elles ont fait apparaître de gros écartsentre les taux de femmes enseignantes-chercheuses de différentes universités.Il est vrai que les commissions de spécialistes de chaque université jouent unrôle essentiel dans les recrutements et les promotions, mais nous n'avons pasété en mesure d'examiner leur influence.


Il serait nécessaire d'analyser par disciplineles données sexuées concernant doctorats et habilitations, les qualificationset les taux de succès des candidatures, aussi bien au plan national qu'auniveau de chaque université, et de procéder à des études de cohortes par sexeet discipline.




La seconde partie s'est intéressée à la perceptionpar les enseignants-chercheurs de leur situation. La population retenue,quoique variée par le sexe, la discipline et la géographie, était beaucoup troppetite pour pouvoir traduire toute la diversité des situations. Quoiqu'il ensoit, nous avons pu dégager un certain nombre d'interprétations du fait que laproportion de femmes au grade de professeur est nettement inférieure à ce qu'onattendrait, compte tenu de leur présence à celui de maître de conférences.Certaines explications sont liées aux stratégies ou à l'absence d'ambition desfemmes elles-mêmes, d'autres à la façon dont l'enseignement supérieur estorganisé en France.


Pour ce qui est des attitudes individuelles, nousavons d'abord noté la méconnaissance par les personnels de la situation réelledes hommes et des femmes de l'enseignement supérieur.


L'information et la diffusion les plus largesdevraient être faites autour des données statistiques sexuées sur lespersonnels des universités.


Les entretiens ont fait apparaître de nombreuxfreins à la carrière des femmes, pour beaucoup inconscients. Certains remontentà l'éducation et à la formation des jeunes et aux stéréotypes sexistes qui ysont véhiculés.


Une étude qualitative plus poussée que cetteétude préliminaire devrait aider à mieux analyser les divers freins et blocagesà la carrière des femmes à l'université. Par ailleurs, des monographiesdevraient être entreprises dans plusieurs universités, cette étude ayant faitapparaître de grandes distorsions. Pour s'attaquer aux stéréotypes, des actionscomme celles préconisées par la nouvelle circulaire interministérielle surl'égalité des chances entre hommes et femmes dans la formation seraient à menerau niveau du lycée et de l'enseignement supérieur. Elles concerneraient aussibien les élèves que les enseignants, et les conseillers d'orientation.


La mobilité géographique liée à un changement degrade aboutit dans bien des cas, comme les entretiens l'ont révélé, à dessituations personnelles pénibles. Des " turboprofs " n'apportent pasle maximum à l'université à laquelle ils sont affectés. Par ailleurs lesconditions matérielles d'installation des enseignants-chercheurs ne leurpermettent pas toujours de travailler dans un contexte raisonnable : ainsi lesbureaux exigus dans lesquels ils ne peuvent recevoir leurs étudiants...


Une analyse des conditions de travail desenseignants-chercheurs devrait être entreprise (suivie d'une amélioration...).




Nous avons perçu dans les entretiens l'importancecruciale pour certaines enseignantes-chercheuses d'avoir reçu un encouragementou un conseil avisé à un moment clé de leur parcours. Une époqueparticulièrement sensible est celle de la maternité, où rencontrer d'autresfemmes scientifiques mères de famille permet de se rassurer sur sa proprecapacité à mener de front vie professionnelle et vie familiale Ceci soulève laquestion des femmes scientifiques modèles, qui ont une très grande influencesur les jeunes, et de la solidarité entre femmes scientifiques, qui pourraitrenforcer ou suppléer les réseaux d'influence d'anciens de Grandes Ecoles. Desréseaux de femmes scientifiques, avec tutorat éventuel d'étudiantes et dejeunes professionnelles par des femmes plus expérimentées, entraide,information sur les postes ouverts, partage d'expérience, à la manière de cequi se fait en Grande Bretagne, doivent avoir un effet positif. Ces initiativesdevraient être aidées au niveau institutionnel, mais aussi surgir de la base,une fois que les femmes scientifiques auront pris conscience de leurs problèmesparticuliers. Et si ces initiatives marchent bien, pourquoi ne pas "tutorer " ensuite les étudiants, hommes et femmes ?


Il faudrait que des structures soient mises enplace pour conseiller les femmes, qui de part leurs charges familialesdisposent de moins de temps, afin qu'elles " naviguent " efficacementdans le système universitaire. L'activité de tutorat auprès d'étudiantes ou dejeunes professionnelles devrait être reconnue comme un véritable travail etdonner lieu à décharge de service.


Beaucoup d'efforts de réflexion devraient êtreengagés au niveau de l'institution enseignement supérieur.




Les enseignants-chercheurs partagent leuractivité entre enseignement, recherche et administration. Ces trois activitéssont indispensables pour la formation des étudiants, pour le progrès de lascience et pour la bonne marche des universités. Elles devraient être évaluéeséquitablement pour l'avancement des personnels, alors qu'actuellement c'est larecherche, et parfois elle seule, qui est le critère retenu. Notre étude amontré que les femmes mettent souvent l'enseignement en avant, cette activitédevrait être reconnue à sa valeur.


Des critères de jugement clairs et équilibrés del'ensemble des trois activités : enseignement, recherche et administration,devraient être définis et utilisés pour tous les enseignants-chercheurs.


Il serait, aussi, indispensable d'accéder à desdossiers de candidatures d'hommes et de femmes pour la qualification ou lerecrutement, pour voir si le jugement par les pairs ne comporte aucun biais, àla manière de ce qui a été fait par des chercheuses suédoises.


Nous avons vu le poids du CNU, mais aussi descommissions de spécialistes des universités, qui effectuent les recrutements etgèrent les carrières des enseignants-chercheurs. La composition en hommes etfemmes de ces institutions devrait être surveillée, les candidatures de femmesencouragées dans ces instances. A l'enseignement et la recherche s'ajoutentpour les jeunes femmes les charges familiales, il est logique qu'elles aient dumal à être présentes dans des commissions. Des décharges de service devraientêtre envisagées pour celles qui souhaiteraient s'engager dans cesresponsabilités.


La composition en hommes et femmes du CNU devraitrefléter la composition du corps électoral, pour ce qui est des membres élus,sur listes syndicales, comme des membres nommés. Dans chaque discipline, lescritères d'évaluation des enseignants-chercheurs par le CNU devraient êtreanalysés et les rôles respectifs du CNU et des commissions de spécialistes localesdégagés. Des bilans sexués devraient être produits par section chaque année,pour ce qui est des recrutements, promotions, listes de qualifications.




Certaines des femmes interviewées ont desresponsabilités administratives, mais plus souvent dans les UFR qu'au CNU.Elles ne s'engagent pas dans ce " parcours initiatique " qui aide àla carrière. Par ailleurs le cumul des mandats ne permet ni que les tâchescorrespondantes soient bien remplies, ni que de nouveaux enseignants-chercheursprennent des responsabilités au sein des structures universitaires.




De manière plus générale, on peut se poser laquestion de la mise en place de déléguées à l'équité dans les universités,comme cela existe dans les pays germaniques ou anglo-saxons. Si ce sont des personnelsenseignants, il faudrait qu'ils disposent de pouvoirs, de moyens, de déchargesde service.




Des structures de gestion des ressourceshumaines, comme il en existe dans le secteur privé, sont à mettre en place dansles universités. Elles auraient vocation, par le moyen d'entretiensindividuels, de conseils de carrière, de repérer les talents et de tirer lemeilleur parti du capital humain des personnels universitaires.


Il faudrait limiter le cumul des mandats dans lesstructures universitaires, et mettre en place une véritable politique degestion du potentiel humain universitaire.


Améliorer la situation des femmes et des hommesdans l'enseignement supérieur est bien évidemment un point de justice sociale,et tous nos concitoyens, sensibilisés par la question de la parité enpolitique, ont compris que le monde du travail devrait également se remettre enquestion.




Mais c'est aussi une affaire d'efficaciténationale, car on devrait tirer un meilleur parti de ce potentiel humainessentiel : les enseignants-chercheurs ont pour première mission la formationdes jeunes de notre pays, et ils bâtissent grâce à ces jeunes l'avenir de notrepays.