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Rapport sur l'évolution du collège

Auteur(s) :

Editeur :

  • Ministère de l'éducation nationale

Date de remise : Mars 2001
43 pages

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Le rapport vise à répondre à trois questions concernant l'évolution du collège : comment diminuer fortement l'hétérogénéité extrême qui rend ingérable le collège unique sans créer des filières d'exclusion; comment ne plus faire du collège un petit lycée mais faire diminuer la hiérarchie des intelligences à partir d'une culture scolaire partagée, comment donner aux collégiens les compétences nécessaires pour la société du XXIème siècle ? Afin d'atteindre les objectifs d'une réussite pour tous les collégiens, de préparer les élèves en leur donnant le goût d'apprendre et de préparer une orientation positive vers la voie technologique et professionnelle plusieurs conditions doivent être réunies : l'autonomie des établissements scolaires, la mise en place d'un pilotage clair et continu, la mobilisation de tous les acteurs sur le terrain et l'association des différents partenaires.


Rapport sur l'évolution du collège


Philippe JOUTARD


7 mars 2001


 


Sommaire:




NOTE DE SYNTHESE
RAPPORT


1-La problématique
1-1 La méthode
1-2 Le diagnostic


Le contexte
2-Assurer la réussite de tous
2-1 La continuité école-collège
2-2 Améliorer le fonctionnement de la sixième
2-3 Les élèves en voie de déscolarisation
2-4 Répondre aux objections p.
2-5 Redéfinir les missions de la SEGPA


3-Préparer les élèves au XXI e siècle
3-1 Une logique de projet au centre de l'enseignement
3-2 Quatre domaines
3-3 De l'obligation au choix
3-4 Un lieu d'excellence
3-5 Répondre à deux objections


4 - une orientation positive vers la voie technologique
4-1 Construire les bases d'une culture technique
4-2 La semaine de connaissance des métiers
4-3 Une dominante professionnelle
4-4 Améliorer l'image de la voie professionnelle
5 Quelques conditions de réalisation


5-1 L'autonomie des établissements
5-2 Un pilotage ferme, clair et continu
5-3 La mobilisation sur le terrain
5-4 Associer les partenaires
Conclusion







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Rapport sur l'évolution du collège


Philippe JOUTARD


7 mars 2001



Extraits:




NOTE DE SYNTHESE


Les propositions faites dans ce rapport cherchent à donner des éléments de réponse à trois
questions :
Comment diminuer fortement l'hétérogénéité extrême qui rend ingérable le collège unique,
sans créer pour autant des filières d'exclusion et abandonner les élèves en grande difficulté?
Comment le collège peut-il ne plus être it un petit lycée ly, mais à partir d'une culture
scolaire partagée, diminuer la hiérarchie des intelligences et préparer des diversités de réussite
et même d'excellence ?
Comment donner aux collégiens, les compétences nécessaires pour la société du XXIe
siècle, en leur procurant le goût d'apprendre et de se cultiver, non seulement au collège,
mais tout au long de la vie ?
Elles s'efforcent de résoudre deux contradictions :
Rendre plus lisible un collège qui doit être de plus en plus complexe pour remplir ses objectifs.
Rassurer et mobiliser une communauté éducative qui tout à la fois redoute une innouvelle
réforme et pourtant sent la nécessité d'une évolution.
Les propositions faites dans ce rapport se regroupent en quatre axes : les trois premiers
concernent le contenu, le dernier énumère des conditions de réalisation.


1-Donner à tous les instruments pour réussir le collège
-En conservant toujours un regard positif sur chacun des élèves et en recherchant les points
forts à partir duquel il est possible de bâtir une réussite, même dans les cas apparemment les
plus désespérés.
-En individualisant au maximum les parcours de chaque élève, et plus encore ceux qui ont des
difficultés avec l'institution scolaire. Ce n'est pas en créant des structures que l'on règle leurs
problèmes. Les structures deviennent toujours des ghettos et des filières d'exclusion
inefficaces. Mieux vaut imaginer des démarches adaptées à chaque cas particulier.
-En associant les parents à la stratégie d'acquisition des apprentissages scolaires. Les
difficultés des enfants sont souvent en lien avec l'image que les parents ont de l'école.
-En développant la continuité entre l'école et le collège, dans le cadre d'un renforcement
de la gestion territoriale de notre système éducatif. Dans cette optique, il est urgent
d'harmoniser, partout où cela n'est pas fait, les circonscriptions primaires, les secteurs de
collège et les bassins d'éducation.
-En développant chez les élèves, tout au long de la scolarité de l'école obligatoire, la maîtrise
du langage à travers toutes les disciplines et pas seulement en français.
-En renforçant la continuité entre les divers cycles de l'école primaire, et entre cette dernière
et le collège, par de véritables échanges pédagogiques et un travail en commun.
-En cherchant à traiter les retards dès qu'ils apparaissent, très en amont du collège, en
particulier après l'évaluation du CE2 ( projet personnalisé d'aide pédagogique) et en assurant
un suivi continu des élèves en difficulté sans pour autant les stigmatiser.
-En laissant la liberté de choix stratégiques aux équipes de terrain pour assurer la réussite de
tous, sans leur fixer le détail des mesures préconisées. Dans certains cas, avec l'aval de
l'autorité de tutelle, celles-ci peuvent imaginer des dispositifs originaux, sortant des cadres
réglementaires. Mais ces expérimentations légitimes doivent donner lieu à une évaluation
rigoureuse.
-En ne surchargeant pas le cycle d'adaptation au collège et en repoussant le commencement
de la seconde langue vivante au début du cycle central, à l'exception de l'anglais pour
encourager la diversification des langues à l'école primaire.
-En offrant des formes d'enseignement différentes, faisant des collèges, lorsqu'ils le
souhaitent un lieu d'éducation et de culture pour tous. C'est un moyen de mieux intégrer
le collège à son environnement et de faire venir dans le collège les parents les plus éloignés
du monde scolaire.

2- Préparer au XXIe siècle en tenant compte des goûts et des aptitudes de chacun: les
parcours de découvertes
Le collège unique ne doit pas succomber à la tentation d'une culture commune ramenée au
iu plus petit commun dénominateur lé, simplificatrice sous prétexte de s'adapter aux élèves les
plus en difficulté. La culture scolaire partagée implique exigence et rigueur. Quelle que soit
la voie qu'il choisit, l'élève qui sort du collège, doit savoir affronter la complexité du


réaliser cet objectif, il est établi des parcours de découverte à partir de grands objets de
connaissance. C'est aussi l'occasion pour les élèves de tester leurs goûts et leurs aptitudes et
de préparer une orientation positive.
Ces parcours de découvertes s'inspirent de la logique de projet des travaux personnels
encadrés du lycée et des travaux croisés de quatrième ; ils regroupent plusieurs disciplines
articulées entre elles autour d'un sujet fédérateur qui traite différemment des
programmes. Ils font appel au travail autonome de l'élève à la fois personnel et en équipe,
comprennent une part de recherche documentaire et d'utilisation des technologies de
l'information et de la communication, et se concluent obligatoirement par une production
évaluée. Les parcours de découvertes entrent en application à partir du cycle central.
L'autorité ministérielle définit des grands axes liés aux programmes dans les quatre domaines:
Créations techniques, histoire et société
La Matière, le Vivant et le corps
Les Humanités et les Arts,
Langues et cultures du Monde,
A partir de ce cadre national, les équipes éducatives choisissent des sujets à traiter.
Avec l'aval de l'autorité de tutelle, les équipes peuvent éventuellement proposer des sujets sur
deux domaines s'ils obéissent à une réelle logique intellectuelle et traitent d'un objet de
connaissance large. Car l'objectif principal de ces parcours est la construction de
compétences et l'acquisition de connaissances, qui ne peuvent pas être obtenues par
l'enseignement disciplinaire.

Pendant le cycle central, les élèves ; font les quatre parcours dans l'ordre qu'ils préfèrent,
c'est-à-dire deux par an. Chacun d'une durée de onze à douze semaines. En troisième, ils en
choisissent un parmi les quatre qui s'étend sur les deux tiers de l'année et qui devient alors
une dominante évaluée au brevet. Cette dominante n'est pas pour autant une pré-
orientation et n'oblige pas à l'élève à poursuivre dans la dominante choisie en troisième.
Les parcours de découvertes occupent 10 à 15% de l'horaire global ; ils sont inscrits dans les
services des enseignants et identifiés dans la D.H.G. Mais ils ne constituent pas des filières
et il serait souhaitable qu'ils ne coïncident pas avec des classes, dans la mesure du possible.
Les parcours de découvertes éduquent les élèves aux choix et les préparent à une orientation
positive. Ils facilitent le travail en équipe des enseignants. Pour tous, c'est un espace de
liberté et d'innovation qui vise à l'excellence.


3-Développer une orientation positive vers la voie technologique et professionnelle
En veillant au bon développement de l'enseignement technologique obligatoire, tout au
long de la scolarité du collège et en mettant en valeur dans les programmes d'autres
disciplines le lien avec la technologie, en particulier en mathématiques, sciences
expérimentales, histoire-géographie et disciplines artistiques.
En rendant obligatoire une semaine de connaissances des métiers, accompagnée ensuite de
visites de lycées professionnels. Cette semaine est suivie d'un petit rapport de l'élève, évalué
et pris en compte pour le brevet.
En proposant dans le cycle d'orientation, une dominante professionnelle, à côté des quatre
autres, qui familiariserait des élèves à une orientation positive vers la voie professionnelle.
En organisant des stages d'établissements communs entre professeurs de collège et
professeurs de lycées professionnels.
En offrant aux collégiens un véritable choix de filières technologiques et professionnelles
conduisant au moins au baccalauréat professionnel, s'ils en ont la capacité, leur donnant aussi
la possibilité permanente de réorientation vers des filières post-Bac, en particulier à l'issue du
baccalauréat professionnel.
L'orientation vers ces filières, tant dans la forme que dans le fond, doit être aussi attractive
que l'orientation vers les filières générales.
En profitant de la mise en place progressive des lycées des métiers pour affirmer l'unité
d'une grande voie technologique et professionnelle, du C.A.P aux B.T.S. et aux classes
préparatoires pour les écoles d'ingénieurs, pourvue de nombreuses passerelles avec une
diversité de formes pédagogiques, de l'apprentissage à l'enseignement classique, mais avec
dans tous les cas, ce qui fait la force de cette voie, la logique de projet, et l'appel permanent à
la créativité des élèves.


4- Les conditions de réalisation
La première condition est l'autonomie des établissements qui doit s'accompagner d'un
meilleur fonctionnement en réseau.
Cette autonomie est assurée :
-par deux globalisations distinctes de moyens :
d'une part, ceux qui sont accordés pour la réussite de tous,
d'autre part, ceux qui sont prévus pour la diversification (parcours de découvertes).
Au-delà, il faudrait pouvoir contractualiser ces globalisations sur trois ans, pour accroître
la liberté d'action des acteurs de terrain, en contrepartie d'une évaluation au bout de cette
période. Dans les deux cas, les établissements prévoient la part consacrée à la reconnaissance
de tâches spécifiques (utilisant à la fois HSE, HSA, et même décharges). Ils organisent la
concertation nécessaire.
-En donnant la possibilité au principal aidé par des professeurs responsables en relation
avec leurs collègues des lycées professionnels et toute autre personne utile de trouver des
dispositifs adaptés pour les élèves en voie de rupture avec le système scolaire sous la forme
de contrats pédagogiques personnalisés : classes relais, collèges expérimentaux, internat,
lycées professionnels, autres formules plus souples encore. L'autorité de tutelle donne son
aval à la procédure et à ces divers dispositifs individualisés et aide les principaux et les
professeurs en charge de ce travail. Ces derniers bénéficient d'une décharge partielle. Mais
pendant toute la durée de la scolarité obligatoire, quelle que soit la solution adoptée, les
élèves dépendent toujours de leur collège.
L'instrument de cette autonomie accrue reste le projet d'établissement qui doit être rediscuté
et voté à nouveau par le conseil d'administration en fonction de cette nouvelle donne
(avenants sur la réussite pour tous, sur la mise en place des parcours, et sur l'orientation
positive). Il faut donner au conseil d'administration une véritable fonction pédagogique ;
libre à lui de s'adjoindre des commissions de travail, en fonction des nécessités du moment
Mais en contrepartie quatre autres conditions impératives :
-Un pilotage clair, ferme et soutenu de l'autorité tant ministérielle que déconcentrée.
L'autorité ministérielle fixe les cadres, les objectifs ib et les bornes de l'inacceptable ". Elle
lance un grand programme de formations et assure la diffusion d'exemples significatifs et
d'outils d'évaluation. L'autorité déconcentrée, recteurs et inspecteurs d'Académie, donne
l'impulsion, aide les équipes à monter les projets et vérifie que les projets d'établissement
sont conformes aux directives ministérielles et aux cahiers des charges proposés, qu'ils
possèdent une cohérence par rapport aux objectifs fixés. Elle donne son aval aux procédures
exceptionnelles pour traiter l'hétérogénéité extrême, au cas par cas ( comme pour l'admission
en classe-relais). Plus largement elle renforce le réseau d'établissements et sa bonne
insertion dans l'environnement territorial.
-Une évaluation rigoureuse, dont on tire les conséquences. Les diverses inspections ont la
charge principale de cette évaluation. Mais celle-ci peut être complétée par un regard
extérieur.


accompagne cette révolution des mentalités.
-Une attention particulière apportée à la qualité des chefs d'établissements, surtout dans les
zones difficiles. Dans ce cas, les postes de principaux doivent être considérés comme des
postes à exigences particulières.

La mise en place des parcours de découvertes peut rencontrer un obstacle sérieux,
l'aménagement des collèges ; il faut donc entamer un dialogue avec les conseils généraux,
pour réfléchir à l'architecture scolaire du XXIe siècle.
Plus largement l'évolution proposée suppose un renforcement des liens avec tous les
partenaires territoriaux du système éducatif, autres services déconcentrés de l'état,
collectivités territoriales, mouvements associatifs.
Enfin, il ne faut pas se cacher la né'cessité de faire un effort en terme de moyens : cet effort
peut rester mesuré ; il doit s'accompagner de la réorientation de certaines dépenses. Mais il
doit être réel, sinon la crédibilité de l'évolution du collège est en cause.