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Enseignement

Rapport sur l'enseignement supérieur de la musique

Auteur(s) :

    • FRANCE. Direction de la musique, de la danse, du théâtre et des spectacles

Editeur :

  • Ministère de la culture et de la communication

Date de remise : Juillet 2001
68 pages

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Le rapport confié au groupe de travail présidé par Gilbert Amy porte sur le paysage de l'enseignement de la musique, qu'il s'agisse des institutions d'enseignement musical supérieur, des universités ou encore des conservatoires et écoles de musique. Dans la perspective de créer un schéma directeur de l'enseignement supérieur et de la formation professionnelle de la musique, le groupe de travail propose notamment la création d'une nouvelle forme d'enseignement supérieur qui permettrait de donner une qualification supplémentaire aux étudiants souhaitant poursuivre des études au-delà du DEM (diplôme d'études musicales), en offrant ainsi une "zone intermédiaire" entre DEM et diplômes de CNSM (Conservatoire national supérieur de musique). Le groupe de travail estime que la création de cette nouvelle filière résorberait une partie au moins du déficit existant entre titulaires du DEM et admis dans l'enseignement supérieur actuel, tel qu'il est représenté par les CNSM, CEFEDEM (Centre de formation à l'enseignement de la musique et de la danse) et CFMI (Centres de formation de musiciens intervenant à l'école élémentaire et préélémentaire).


Extrait Extrait
Rapport sur l'enseignement supérieur de la musique
Gilbert AMY
Juillet 2001


1. Présentation et remarques générales

L'ensemble du dispositif de l'enseignement musical en France force le respect. La richesse et la diversité des disciplines enseignées, la largeur des "publics" concernés, la qualité des enseignants et des structures mises en place depuis une trentaine d'années, tous ces points acquis nous permettent tout d'abord d'exprimer un satisfecit.
Des milliers de jeunes sont ainsi sensibilisés à la musique et pourvus déjà d'un certain bagage fourni par l'enseignement initial. De cet ensemble, environ 1500 à 2000 par an émergent par le canal de l'enseignement dit spécialisé. Ce dernier délivre un diplôme (le DEM), considéré à juste titre comme le point final mis à cet enseignement spécialisé, et, par voie de conséquence, un seuil de qualification essentiel à une éventuelle admission dans l'enseignement supérieur. Il est en effet, malgré des différences locales que l 'Etat doit activement chercher à corriger, un diplôme tout à la fois de spécialisation instrumentale ou vocale et de culture générale.

Deux observations s'imposent d'entrée de jeu :
- seul un nombre restreint de diplômés ont réellement accès à des études supérieures, savoir accès aux deux CNSM, aux CEFEDEM et aux CFMI . Une proportion récemment observée fait état de 45% de ces diplômés reçus dans l'enseignement supérieur.
- une bonne partie (la majorité ?) de jeunes "demistes" se trouvent en état d'errance, de recherche, qui les conduisent soit à accumuler d'autres DEM - en particulier dans les CNR et ENM de la Région Parisienne - , soit à chercher à se professionnaliser sans études supérieures, soit à abandonner la voie de la professionnalisation.

A ce constat s'ajoute une troisième observation d’un tout autre ordre : l'évaluation du jeu instrumental n'est plus le critère unique sur lequel est fondé un démarrage d'études supérieures. L'appréciation des connaissances générales et notamment d'une certaine culture musicale, semble à présent prise en compte par les institutions d'études supérieures, (voir les tests d'entrée organisés par les CNSM d'une part, par les CEFEDEM d'autre part.) Ceci nous conduira à redéfinir l'espace de l'Enseignement supérieur de la Musique, pour mieux apprécier ce phénomène, relativement nouveau, et dont il convient de se féliciter.

Les structures actuelles de l'enseignement supérieur (relevant, rappelons-le, exclusivement de la tutelle de l' Etat, même si les dispositifs institutionnels sont variés) ne sont donc pas en mesure de répondre à la demande, légitime, des jeunes diplômés de l'enseignement spécialisé (1). Elles se limitent pour l'instant aux 2 CNSM ainsi qu'à des
formations professionnalisantes telles que les Cefedem et les formations diplômantes au CA. En outre, elles fonctionnent exclusivement sur un mode de recrutement par concours.



C'est pourquoi notre Mission, après réflexion et débats en profondeur, propose d'ajouter un maillon supplémentaire à l'offre de formation existante pour les titulaires du DEM : il s'agit de créer une nouvelle filière d'enseignement supérieur qui viendrait apporter des réponses différentes et complémentaires à une formation plutôt normalisée. Cette filière permettrait par là même d'offrir une zone intermédiaire entre DEM et diplômes de CNSM, en résorbant une partie au moins du déficit existant entre titulaires du DEM et admis dans l'enseignement supérieur actuel (CNSM/CEFEDEM/CFMI réunis)

Cette formation aura pour fonction de donner une qualification supplémentaire aux étudiants qui souhaitent poursuivre des études au-delà du DEM. Elle se caractérisera par une spécialisation offerte à l'étudiant dans un domaine particulier. C'est en cela qu'elle se pose en filière de l'Enseignement supérieur.

L'enseignement supérieur de la musique ne se définit ni par le niveau supérieur de technicité qu'il serait censé recouvrir, ni par l'abstraction intellectuelle de ses contenus, ni par le statut administratif d'étudiant auquel il donne lieu. C'est avant tout le lien permanent qui s'y tisse entre enseignement et recherche, entre diffusion de la connaissance et création de nouveaux savoirs, entre pertinence des acquis et invention de contenus nouveaux. En musique, le "chercheur" n'est pas majoritairement un théoricien formulant une spéculation abstraite sur le
domaine considéré; il ne communique pas forcément par la voie de l'écrit.

C'est plus couramment un interprète, mais dont la pratique doit se trouver approfondie par une réflexion quasi permanente, réflexion qui mérite aussitôt d'être érigée en exemple, d'être communiquée, voire, pourquoi pas, de "faire école".

Ce peut être aussi, bien sûr, un spécialiste de domaines périphériques : acoustique, organologie, ethnomusicologie, informatique musicale, physiologie de la perception, pédagogie…Un compositeur quant à lui, est par nature, chercheur, s'il développe l'analyse simultanée de sa démarche, et même s'il n'enseigne pas lui même sa discipline.



La mise en place de cette nouvelle formation supérieure, si elle doit constituer une priorité absolue pour l’Etat, n’implique pas la création d’une structure lourde, telle que celle d’un CNSM ou autre établissement. Au demeurant, le recensement des « formations supérieures d’établissement », telles qu’elles existent à l’échelon régional, pourrait apporter une réponse au problème posé même si la réponse n’est pas actuellement jugée satisfaisante.

Ces formations "supérieures" en place dans certains établissements régionaux ont été examinées au vu des documents disponibles, documents qui demanderaient une plus grande explicitation de la part des responsables pédagogiques. Un questionnaire, annexé à ce rapport, en donne les informations de base (2). Un examen sommaire permet de constater que ces formations, à quelques exceptions notables près, ne font pas apparaître de spécialisations mais encouragent plutôt le "perfectionnement" dans le sujet principal, avec des moyens
d'ailleurs limités. Aucun diplôme national n'est actuellement délivré.

Se détachent plus particulièrement de cet ensemble les formations spécifiques de Toulouse : disciplines vocales et orgue, Poitiers : direction de chœur, Nantes : métiers de l'orchestre, Paris (CNR): musique ancienne, - certaines de ces formations étant déjàtotalement ou en partie prises en charge par l 'Etat.


(1) A titre d'exemple, 2286 jeunes sont sortis de cet enseignement avec un DEM en 1999. On doit rapprocher de ce nombre celui des 500 admis aux CNSM. Il faut aussi compter dans le nombre d'admis un pourcentage d'au moins 10% d'étrangers, non titulaires du DEM.
(2) Voir Annexe
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