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Etude des facteurs individuels et des comportements ayant pu influencer la santé des personnes âgées pendant la vague de chaleur en 2003

Auteur(s) :

Editeur :

  • Institut de veille sanitaire

Date de remise : Février 2006

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L'objectif de ce travail était d'étudier les facteurs associés à la morbidité ressentie et réelle des personnes âgées durant la vague de chaleur d'août 2003 au sein de deux cohortes : PAQUID et Trois Cités (3C). Des variables concernant les caractéristiques des sujets et de leur logement, l'état de santé, les comportements d'adaptation face à la canicule, la sollicitation d'acteurs sanitaires et la survenue d'événements mortels et morbides pendant la vague de chaleur ont été recueillies.

 
 
 

1 Introduction

 1.1. Une vague de chaleur exceptionnelle
 1.2. Un impact sanitaire sans précédent
 1.3. Le contexte de cette enquête
 
 

 2 Objectifs de l'étude

 
 

 3 Méthode

 3.1. Population d’étude
 3.2. Organisation de l’enquête téléphonique
 3.3. Stratégie d’analyse des données
 
 

 4 Résultats

 4.1. Cohorte PAQUID
 4.2. Cohorte des Trois Cités
 
 

 5 Discussion

 5.1. Principaux résultats
 5.2. Les biais potentiels
 5.3. Le choix des variables d’intérêt
 5.4. Interprétation des résultats
 5.5. Validation externe
 
 

Conclusion et recommandations

 Références bibliographiques

 Annexe : Questionnaire

 > Voir la notice du rapport

 
 
 
 

 
 
 

 Lors de la première quinzaine d’août 2003, la France a connu une vague de chaleur d’une durée et
 d’une intensité sans précédent pendant laquelle une surmortalité très importante a été observée,
 touchant majoritairement les personnes âgées. L’impact de cette vague de chaleur en terme de
 morbidité ayant été peu étudié, nous avons recherché les facteurs de risque au sein de la population
 des personnes âgées. Pour cela, deux cohortes contenant de nombreuses informations individuelles,
 dont des facteurs pouvant être associés à des effets de la chaleur, ont été utilisées : la cohorte
 PAQUID (Personnes Agées QUID) et la cohorte des Trois Cités (3C).

 
 L’objectif de ce travail était d’étudier l'association entre la morbidité (ressentie et réelle) et différentes
 variables explicatives (sociodémographiques, autonomie, état de santé, habitat et comportements
 d'adaptation) au sein de ces deux cohortes de personnes âgées durant la vague de chaleur de l’été 2003. Les données individuelles, notamment concernant l'état de santé physique et cognitif des
 sujets, ont été obtenues au moyen de questionnaires remplis lors d’entretiens en face-à-face. Une
 enquête téléphonique a également permis de compléter ces données sur l’état de santé et
 l’autonomie des sujets et de recueillir des informations sur leur logement, leurs comportements
 d’adaptation face à la canicule (sorties, douches/bains, eau/fruits, se vêtir moins, aération, etc.), sur la
 survenue d’événements mortels et morbides pendant la vague de chaleur (malaises, chutes, pertes
 d’équilibres), la sollicitation d’acteurs sanitaires (consultations, hospitalisation) et sur le décès. Les
 facteurs associés à la survenue d’un impact réel (malaise, chute, perte d’équilibre, hospitalisation
 et/ou décès pendant le mois d’août) et d’une aggravation subjective (avoir ressenti, pendant la
 canicule, une aggravation de son état de santé) ont été identifiés pour les deux cohortes séparément
 grâce à des modèles de régression logistique.

 
 L’étude de la cohorte PAQUID a porté sur 879 sujets de 80 ans et plus, dont 95 (10,8 %) ont subi un
 impact réel de la chaleur et 101 (11,8 %) une aggravation subjective de leur état de santé durant la
 canicule. Après ajustement sur les différentes variables, les sujets dont la pièce de jour se situait sous
 les toits et ceux possédant une douche ou une baignoire à l’intérieur de leur logement étaient moinsà risque d’avoir subi une aggravation subjective de leur état de santé. A l’inverse, les sujets ayant arrêté leurs activités pendant la canicule ont plus souvent ressenti une détérioration de leur santé que les
 autres. Le risque d’avoir subi un impact réel de la canicule était significativement plus élevé pour les
 sujets souffrant de maladies respiratoire, neurologique, cardio-vasculaire ou de troubles du sommeil et
 d’anxiété, ainsi que pour les sujets ayant souvent eu recours à des personnels de santé. A l’inverse,
 les sujets ayant la possibilité d’aérer leur logement et ceux ayant continué leurs activités semblaient
 avoir un risque d’impact plus faible.

 
 L’étude sur les 3C a porté sur 1 416 individus de 70 ans et plus vivant à Bordeaux et Dijon, dont 85
 (6,0 %) ont subi un impact réel et 101 (7,21 %) ont déclaré une aggravation de leur état de santé lors
 de la canicule. Les individus faisant de l’asthme ou étant déprimés ont déclaré plus souvent que les
 autres avoir ressenti une aggravation de leur état de santé, ainsi que les sujets vivant seuls.

 Il en est de même pour les sujets dont la pièce de jour se situe sous les toits. Les sujets ayant la
 possibilité d’aérer leur logement et ceux s’étant moins habillés pendant la canicule ont moins déclaré d’aggravation de leur santé. Enfin, de même que dans la cohorte PAQUID, les sujets ayant arrêté leurs activités pendant la canicule ou ayant souvent eu recours à des personnels de santé présentaient un risque supérieur de subir un impact réel de la chaleur.

 Malgré les différents biais possibles de cette étude, les résultats ont mis en évidence plusieurs
 facteurs associés à la morbidité des personnes âgées durant la vague de chaleur de l’été 2003.
 Quelle que soit la cohorte étudiée, la fréquence d’intervention des personnels de santé et le fait de
 recevoir ses courses à domicile, qui traduisent une autonomie diminuée chez ces sujets, étaient
 associés aux indicateurs de morbidité. Dans la cohorte 3C, le fait de vivre seul était également
 associé à la morbidité, ce qui peut traduire que l’isolement est un risque de fragilité face à la chaleur
 ou que les sujets vivant seuls ont mal été pris en charge durant cette vague de chaleur.
 Les résultats concernant les comportements d’adaptation doivent être interprétés avec précaution du
 fait du caractère transversal de cette étude qui ne permet en aucun cas d’établir un lien de causalité entre ces comportements et la morbidité. Ainsi, le fait de ne pas sortir, de se vêtir moins que
 d’habitude ou d’utiliser un brumisateur sont des comportements qui peuvent protéger des effets
 néfastes de la chaleur et qui étaient pourtant associés à la déclaration d’un état morbide dans cetteétude. Cependant, ces comportements peuvent être des conséquences des effets de la chaleur et
 non des comportements préventifs utilisés par les sujets ou peuvent traduire un état de santé antérieur plus détérioré chez les sujets les ayant adoptés.

 
 En conclusion, il ressort de cette étude que des mesures simples telles que l’aération du logement
 peuvent permettre de diminuer la morbidité liée à la chaleur au sein de ces cohortes de personnesâgées. De plus, le risque sanitaire face à la chaleur apparaît plus important chez les personnes
 dépendantes ou fragilisées par des pathologies chroniques. Cela suggère la nécessité de mettre en
 place une surveillance accrue de ces personnes.