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Faits de société

Dans une zone urbaine sensible : les acteurs de l'éducation et de l'insertion des jeunes « en difficulté »

Auteur(s) :

    • CENTRE D'ETUDES DE L'EMPLOI (Noisy-le-Grand, Seine-Saint-Denis)

Editeur :

  • Centre d'études de l'emploi

Collection : Rapport de recherche

Date de remise : Octobre 2005
236 pages

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Cette étude, menée dans une cité de la Seine-Saint-Denis, tente d'éclairer ce qui réunit et ce qui sépare les travailleurs et intervenants sociaux chargés de mettre en oeuvre les politiques d'insertion de jeunes âgés de 16 à 30 ans dans les zones urbaines sensibles. Quatre parties forment ce rapport : la première s'intéresse à l'insertion par l'éducation, la deuxième traite de l'accompagnement vers l'emploi, la troisième décrit l'action sociale. La quatrième partie étudie les jeunes et leurs familles, de 1990 à 1999, dans la zone urbaine sensible, la commune et le département (caractéristiques socio-économiques de la population, confrontation au marché du travail régional, mobilité résidentielle).



Présentation

1. L’insertion : état des lieux et objectifs de la recherche

2. Présentation du Quartier dans son environnement

 



PREMIÈRE PARTIE : INSERTION ET ÉDUCATION
 

Chapitre 1 Les lieux et les acteurs : entre le collège et la rue
1. Les acteurs
2. Les lieux, dans ou hors la Cité
3. Le vide à la sortie du collège

Chapitre 2 Représentation des populations
1. Hésitations, pudeurs, peurs, comment nommer cette population ?
2. Un accord sur les grandes caractéristiques
3. Un noyau dur et des clivages
4. Une attitude compréhensive devant une construction de soi particulière

Chapitre 3 Insertion et démarches éducatives : concordances et oppositions
1. L’insertion reste un mot flou
2. Dans le champ éducatif, le recouvrement des rôles professionnels
3. Concordances et oppositions dans les pratiques professionnelles
4. Trouver un sens à l’institué

 
DEUXIÈME PARTIE : INSERTION ET ACCOMPAGNEMENT VERS L’EMPLOI
 

Chapitre 4 Accompagner les « inemployables »
1. Bénéficiaires et exclus des dispositifs d’insertion : la mise en scène des populations en difficulté
2. Autour de l’accompagnement : positions et pratiques des professionnels

Chapitre 5 Ressorts et appuis de l’insertion
1. Insérer dans un monde où le travail n’intègre plus
2. Du projet au déclic : les voies de l’insertion

 
TROISIÈME PARTIE : INSERTION ET ACTION SOCIALE
 

Chapitre 6 L’insertion des femmes
1. Les jeunes mères face à l’offre d’insertion : un accès très difficile à l’emploi
2. L’insertion sociale des femmes, pour quels objectifs et selon quels cadres ?
3. Le recouvrement de la logique sociale par la logique de l’insertion
4. L’aide à la parentalité : l’insertion par les enfants

Chapitre 7 L’insertion des immigrés
1. Les services sociaux et les immigrés
2. Les atouts des femmes-relais
3. La concurrence

Chapitre 8 L’insertion par le logement
1. La Cité, réservoir de précarité
2. L’aide au logement dans l’impasse
3. L’impuissance du partenariat
4. Le logement des plus pauvres et les contradictions qu’il implique

 
QUATRIÈME PARTIE : LES JEUNES ET LEURS FAMILLES DANS LA ZUS, LA COMMUNE ET LE DÉPARTEMENT DE 1990 A 1999
 

Chapitre 9 Caractéristiques socio-économiques de la population de la Zus en 1999 :
discrimination par rapport à l’environnement et difficultés objectives de l’insertion
des jeunes
1. Taille, concentration de la population, situation dans son environnement géographique
2. Les caractéristiques sociodémographiques, les conditions de vie et d’activité de la population de la Zus
3. Les difficultés objectives de l’insertion des jeunes dans la Zus

Chapitre 10 La confrontation au marché du travail régional
1. Les déplacements domicile-travail des actifs de la Commune et de la Zus
2. Les actifs de la Zus dans le bilan territorial du marché du travail de la Commune

Chapitre 11 Mobilité résidentielle et caractéristiques des nouveaux arrivants : le
processus de décrochage de la zone par rapport à son environnement
1. Ancrage et renouvellement de la population
2. Les infléchissements imposés aux caractéristiques sociodémographiques de la Zus par les nouveaux
arrivants
3. Dégradation des indicateurs d’activité et d’emploi de la population de la Zus

Synthèse et conclusion générale

1.Territoires, politiques et partenariat

2. Les règles de métier en question

3. Conclusion générale

  

Bibliographie

Annexes

Liste des sigles











Résumé




Cette étude, menée dans une cité de la Seine-Saint-Denis, tente
d’éclairer ce qui réunit et ce qui
sépare les travailleurs et intervenants
sociaux chargés de mettre
en oeuvre les politiques qui, plus
ou moins directement, se réfèrent à l’insertion. Elle est construiteà partir de deux études complémentaires
mais de nature différente :


- une série d’entretiens menés
auprès des professionnels (travailleurs
ou intervenants sociaux) et
militants associatifs intervenant
auprès des jeunes de 16 à 30 ans
habitant cette cité, potentiellement
concernés par les dispositifs
d’insertion, mais aussi par les
dispositifs d’action sociale ou éducative ;

- une analyse statistique des données
provenant des recensements
de la population de 1990 et 1999
au niveau de la zone urbaine
sensible (Zus) qui inclut la cité HLM.

Ce quartier, du fait des difficultés
rencontrées par ses habitants, a
bénéficié de la plupart des mesures
d’insertion depuis leurs débuts.
L’essentiel de l’analyse porte
sur les représentations (des populations,
de la mise en oeuvre
des politiques, de leurs pratiques)
et sur les grands axes autour desquels
s’organisent les divergences,
les oppositions ou les
consensus au sein de ces dispositifs
animés par des segments différents de l’État, qui s’harmonisent,
se combattent ou s’ignorent.
Le rapport montre également
le fonctionnement des dispositifs
et leur façon de désigner, produire
et organiser les populations,
de trier, éliminer ou rebuter les
publics.

Les trois premières parties du
rapport s’attachent successivement
aux trois champs d’intervention,
l’action éducative, l’accompagnement
vers l’emploi et
l’action sociale. La quatrième
partie est consacrée aux résultats
des analyses statistiques.

Concernant l’action éducative, on
montre qu’aux deux extrémités de
ce qui devrait constituer une
chaîne, il existe deux institutions
fortes et instituées : le collège,
d’une part, qui tente de « faire
face » en assumant une action
d'éducation spécialisée ; les équipes
de la protection judiciaire de
la jeunesse (PJJ), d’autre part, qui
touchent un nombre dérisoire de
jeunes. Entre ces deux institutions
fonctionnant à partir du contraint,
quasiment aucune structure locale éducative n’existe durablement.
Les discours sur la population
sont compréhensifs, refusent les
stéréotypes ; les démarches sont
peu stabilisées marquées par le
manque de projet politique à partir
duquel définir le sens de
l’éducation et les caractéristiques
du citoyen à former.

Deux situations bien différentes
coexistent en ce qui concerne
l’accompagnement vers l’emploi :
une politique très cohérente autour
des bénéficiaires du RMI,
une politique « introuvable » autour
des jeunes de moins de
25 ans. Elles aboutissent cependant à des résultats identiques :
une forte sélectivité de fait, les
dispositifs ne parvenant pasà toucher les populations destinataires.
Les représentations des professionnels
sur la population sont
homogènes et presque stéréotypées,
traduisant leur adhésion aux
principes sur lesquels se sont
construites les politiques d’insertion
: ils décrivent des «inemployables», aux normes et aux
comportements différents de la
population ordinaire. L’ancrage
sur une politique de relance économique
et sur des parcours qualifiants
ne constitue qu’un horizon
lointain. Les outils de l’insertion
sont peu utilisés. Tout ceci
entraîne la faiblesse des partenariats
et la perplexité des intervenants
qui s’opposent sur les catégories
et pratiques qui devraient
se substituer aux outils défaillants
et qui semblent, eux aussi, partiellement
démunis.

La dynamisation locale est forte
dans l’action sociale, hormis pour
les questions concernant le logement,
le manque des habitations,
leur surpopulation entravant gravement
l’action éducative tout autant
que les processus d’insertion
professionnelle. Par ailleurs, les
structures instituées sont puissantes
et encadrées, les associations
caritatives restant bien présentes
et celles issues des politiques de
la ville tendant actuellementà s’institutionnaliser et à venir en
complément des services sociaux.
Si les partenariats locaux sont
vivants, des oppositions sont perceptibles,
portant sur des points
cruciaux concernant l’intégration
des immigrés dans la société française.
Ces oppositions traversent
la sphère mais aussi les institutions
et parfois même les personnes,
déchirées de contradictions.

S’il existe un puissant système
local d’action, structuré par une
idéologie partagée, des divergences
s’organisent autour de deux
grandes questions. Faut-il ou non
préserver des champs professionnels
spécifiques ? Certains professionnels
se réfèrent à un coeur
de métier, d’autres veulent mettre
en oeuvre une action plus générale
qui déborde la sphère.

Intégration ou insertion, quel projet
de société ? Confrontés aux
défaillances de l’institué, les intervenants
tâtonnent pour fonder
leur action.

Mais il faut aussi prendre la mesure
du processus de dégradation
sociale que les analyses statistiques
ont révélé, dont la dégradation
des conditions d’insertion
des jeunes n’est qu’une composante.
Du fait, entre autres, des
règles de priorité à l’accès des
logements sociaux, dans un
contexte d’exacerbation des inégalités,
de manque de logements
sociaux dans la région, des principes
administratif et culturel du
regroupement familial des étrangers,
un flux de familles plus « pauvres » encore que les familles
déjà résidentes ou partantes,
alimente en permanence la population
de la zone. On peut comprendre
le désarroi des intervenants
locaux face à cette situation,
quelles que soient leurs
motivations à mettre en oeuvre les
politiques locales d’insertion qui
n’ont aucun effet sur les mécanismes
de ce processus.