Retour
 

Changement climatique - Coûts des impacts et pistes d'adaptation

Auteur(s) :

    • FRANCE. Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique

Editeur :

  • La Documentation française

Date de remise : Septembre 2009
198 pages

Pour lire les rapports au format PDF vous avez besoin d'un lecteur PDF.
Pour lire les rapports au format EPUB vous avez besoin d'un lecteur EPUB.

Numérique (PDF)
 
Télécharger

Le changement climatique est aujourd'hui une réalité et ses conséquences seront sensibles dans notre environnement et nos modes de vie. Définir et évaluer les effets auxquels les acteurs devront faire face permet d'envisager les mesures d'adaptation les plus appropriées. L'une des spécificités des travaux présentés dans cet ouvrage réside dans le fait qu'il est, pour l'essentiel, accompli par les administrations concernées avec la collaboration d'organismes de recherche et d'acteurs privés. Le parti pris a été d'introduire des évaluations sectorielles aux horizons 2030, 2050 et 2100, sans agrégation de résultats et en l'absence d'une prospective socio-économique de long terme régionalisée et par secteur sur la France, à économie constante. Ce troisième rapport de l'ONERC présente les principaux résultats issus de ce groupe de travail, dans les domaines de l'eau, l'agriculture, la biodiversité, la forêt, la santé, l'énergie, le tourisme, les risques naturels et les assurances, les infrastructures de transport, complétés par une analyse de la problématique territoriale.



Le mot du Président

Résumé pour décideurs

Introduction

Analyse des coûts : contexte général

Ressource en eau

Risques naturels et assurances

Biodiversité

Santé

Agriculture

Forêt

Énergie

Tourisme

Infrastructures de transport

Territoires

Conclusion et recommandations

Annexes

Annexe I. La politique de la France en matière d’adaptation

Annexe II. L’adaptation dans le monde

Annexe III. Les activités de l’Observatoire en 2007, 2008 et 2009

Annexe IV. Les indicateurs du changement climatique

Annexe V. La recherche sur le climat en France

Annexe VI. Bibliographie

Annexe VII. Sigles et acronymes

Annexe VIII. Personnes ayant contribué à l’élaboration de ce rapport

 










Périmètre et résultats des travaux thématiques

Seul un nombre restreint de secteurs a été étudié et au sein de ces secteurs,
l’analyse n’a porté que sur une sélection d’impacts du changement climatique. Les
coûts estimés doivent être considérés comme des ordres de grandeur en raison des
limites des méthodologies utilisées et de la non-exhaustivité des évaluations réalisées.
Le détail des évaluations quantitatives est consigné dans le rapport général.

Ressource en eau

Si l’on considère une stabilité de la demande, un déficit de 2 milliards de m3 par
an pour la satisfaction des besoins actuels de l’industrie, l’agriculture (irrigation)
et l’alimentation en eau potable serait observé à l’horizon 2050. Les projections
indiquent que les zones les plus touchées seraient les zones déjà concernées
aujourd’hui par des déficits structurels. L’estimation de la compensation du déficit
potentiel de ressource en eau à horizon 2050 ne représente qu’une partie « visible » des adaptations nécessaires et une évaluation très partielle des nécessités
d’adaptation des activités liées à l’eau. Tous les secteurs seraient affectés
par cette évolution, qui se traduirait par une multiplication des conflits d’usage,
une dégradation de la qualité des eaux et par la perturbation des écosystèmes
aquatiques ou dépendants de la ressource en eau. L’adaptation de chaque secteur
au changement climatique passera par une meilleure gestion de la consommation
d’eau : l’adaptation de la demande et des besoins en eau est un axe
prioritaire. Quant à l’adaptation de l’offre, elle devra impérativement relever de
l’adaptation planifiée afin d’en étudier préalablement les impacts. L’évaluation
du coût potentiel de ces mesures d’adaptation ne pourra se faire qu’au travers
d’investigations locales. Elles pourraient représenter des investissements et des
dépenses de fonctionnement très importants.

Risques naturels et assurances

L’analyse a porté sur quatre types d’aléas spécifiques : les inondations, les risques
côtiers, le retrait-gonflement des argiles et les aléas gravitaires (avalanches, coulées
de boue, chutes de roches…). À titre d’exemple, à urbanisation constante,
les dommages moyens annuels aux logements générés par le risque de retrait-gonflement
des argiles pourraient dépasser 1 milliard d’euros en 2100. Ce coût
pourrait être multiplié par un facteur 4 à 5 si l’on tient compte de l’urbanisation
dans les zones à risque. En l’absence d’adaptation, les impacts des risques côtiers (érosion et submersion), devraient concerner in fine plusieurs centaines de milliers
de personnes et la destruction des logements a coûté pour la seule région
Languedoc-Roussillon, plusieurs dizaines de milliards d’euros à l’échelle du siècle.
Le coût des dommages liés aux inondations par débordement de cours d’eau pourrait également être significatif, avec ici, des incertitudes importantes qui demeurent
quant à l’impact attendu et la difficulté de distinguer les coûts induits par le seul
changement climatique. Quant au coût relatif aux aléas gravitaires, il n’a pas été évalué du fait d’un grand besoin de connaissances. Il est cependant à souligner le fort impact sociétal qu’ont les catastrophes associées à ces aléas, pouvant
entraîner des pertes de vies humaines et des coûts importants très localisés.

Biodiversité

Bien qu’il soit parfois difficile d’isoler les impacts du changement climatique des
autres pressions subies par les écosystèmes et bien que la problématique soit
très différenciée selon les écosystèmes et les espèces, des signes de modification
de la biodiversité attribuables aux changements graduels induits par le changement
climatique sont d’ores et déjà observables. La biodiversité est affectée
directement par la modification de la température et de la pluviométrie notamment,
mais les effets indirects pourraient être au moins aussi importants. Il est
donc essentiel de mieux connaître les effets croisés des impacts du changement
climatique d’une part et des adaptations spontanées ou planifiées d’autre part,
afin de prévenir les conséquences négatives pour la biodiversité. De plus, la préservation
d’écosystèmes naturels et de leur résilience peut également constituer
une action d’adaptation (lutte contre les inondations par exemple). L’évaluation économique des pertes de biodiversité s’est appuyée sur la notion de services écosystémiques. Cette approche, appliquée aux écosystèmes coralliens et aux
services non marchands fournis par la forêt fait état d’impacts clairement négatifs.
Plus globalement, des pertes économiques significatives liées à la diminution
voire la disparition de services de régulation sont à attendre en particulier dans
la seconde moitié du XXIe siècle. Privilégier la gouvernance territoriale peut permettre
de mieux intégrer la protection de la biodiversité et de concilier les différents
enjeux, aux échelles spatiales pertinentes.

Santé

Le travail d’évaluation économique a porté sur l’impact de deux événements
extrêmes majeurs (canicule de 2003 et inondation du Gard en 2002). La mesure
de l’impact de la canicule a pris en compte les coûts réels et les coûts évités pour
l’assurance-maladie, les coûts indirects (pertes de vie humaine, temps non productif)
et les coûts intangibles (valeur estimée de la perte de qualité de vie et de
la souffrance liée à la dégradation de la santé). Si l’impact pour l’assurance-maladie
ne semble pas significatif, le coût global pour la société dans son ensemble
est néanmoins considérable. On estimerait la valeur perdue par notre société du
fait de la canicule 2003 à un peu plus de 500 millions d’euros dans l’hypothèse
d’une perte moyenne d’une année de durée de vie (1). Lors des inondations, trois
grandes phases de dangers pour la santé sont observées : une phase de danger
immédiat (blessures et décès), une phase de danger à court terme (risques infectieux),
et une phase de danger concernant les problèmes psychologiques apparentés
au stress post-traumatique. Le travail d’évaluation du groupe s’est concentré sur cette dernière phase. Concernant les inondations du Gard, le coût de la prise en charge des personnes présentant des troubles psychologiques a été estimé à environ 234 000 euros (pour 953 personnes). Il s’agit d’une estimation basse,
puisqu’elle ne porte que sur le coût des soins (les coûts indirects et intangibles
n’ayant pas été chiffrés).

Secteur agricole

Les modèles de croissance des grandes cultures utilisés projettent une hausse
de rendement en réponse au changement climatique (notamment du blé jusqu’à l’horizon 2100). Cette hausse ne tient pas compte des variabilités interannuelles
et de la baisse de disponibilité en eau. La prise en compte de ces facteurs de
variabilité, encore mal intégrés aux modèles de croissance, pourrait permettre
d’affiner les résultats et de nuancer la hausse de rendement escomptée. À titre
d’exemple, la multiplication des événements de type canicule de 2003 pourrait
représenter en 2100 un coût allant jusqu’à plus de 300 millions d’euros par an
pour une culture comme le blé en l’absence de mesure d’adaptation. La viticulture
sera également affectée par le changement climatique, avec des disparités territoriales
fortes et des effets sur la qualité des vins. Dans le cas des prairies, l’exercice
réalisé pour la zone périméditerranéenne, amène à un coût de compensation
des pertes de 200 millions d’euros par an sur la seconde moitié du XXIe siècle.
Il est donc nécessaire de s’adapter dès aujourd’hui à ces évolutions projetées.

Secteur forestier

Une hausse de productivité (volumes de bois) est attendue à court et moyen terme
en raison de l’augmentation des températures et du taux de CO2 dans l’atmosphère.
Ainsi, la production brute annuelle supplémentaire atteindrait près de 30 millions
de m3 en 2050. Néanmoins, sur cette même période, les gains de productivité escomptés sont du même ordre de grandeur que les pertes possibles par dépérissement,
incendie, sécheresse, etc. Après 2050, la tendance serait défavorable
en raison du stress hydrique notamment dans le sud de la France, avec un risque
accru de sécheresses et d’incendies ; laissant présager des impacts clairement
négatifs à long terme. Afin de pallier ces effets, l’adaptation du secteur forestier
devra mettre à contribution l’ensemble des acteurs de la filière. Concernant les
feux de forêt, une étude menée par la mission interministérielle sur le risque d’incendie
en lien avec le changement climatique est actuellement en cours. Selon
les premiers résultats, le changement climatique attendu s’accompagnera d’une
aggravation de l’aléa dans les territoires actuellement exposés (où des dispositifs
de défense des forêts contre les incendies sont en place) ainsi que par une propagation
territoriale (vers le Nord et en altitude) de l’aléa « incendie de forêts ».

Énergie
Le changement climatique aura des conséquences sur la demande, avec une baisse
de la consommation énergétique en hiver, mais une hausse en été en raison des
besoins en climatisation pour les logements et les véhicules L’évaluation économique
de ces impacts fait apparaître une tendance d’économie d’énergie de l’ordre
de 3 % dans le scénario d’économie constante, soit 1,8 à 5,9 M tep/an selon les
scénarios et les horizons, mais le développement spontané de la climatisation
résidentielle et automobile amputerait de moitié les économies d’énergie liées
au réchauffement. En termes de production d’électricité, il faut s’attendre, en raison
des contraintes liées à la ressource en eau, à une baisse de productible de
l’ordre de 15 % des centrales hydro-électriques, pour lesquelles l’eau constitue la « matière première », et à des pertes de rendement des infrastructures de production
et de transport de l’énergie.

Tourisme

Les résultats fournis par une étude du Centre international de recherche sur l’environnement
et le développement (CIRED) et de Sogreah, fondés sur le calcul de
l’indice de confort touristique estival (ICT), mettent en avant une dégradation du
confort climatique en été sur l’ensemble de la France métropolitaine, les températures
maximales atteintes devenant trop élevées pour permettre un confort maximal
des touristes. Cette dégradation est moins marquée dans la moitié Nord de
la France (Côte Nord-Ouest particulièrement), ainsi que certains départements de
montagne (dans les Alpes notamment). En 2100, un impact significatif sur le chiffre
d’affaire estival est à attendre, en raison d’une évolution à la baisse de l’attractivité touristique sauf dans le nord de la France et de certains départements des
Alpes. En revanche, une amélioration des conditions sera constatée aux intersaisons.
Concernant les sports d’hiver, une étude de l’OCDE en 2006 indique que,
dans les Alpes, la diminution du manteau neigeux réduira la fiabilité de l’enneigement.
Dans les Alpes françaises, 143 domaines skiables bénéficient actuellement
d’un enneigement fiable. En cas de réchauffement de + 1 °C, cela ne sera
le cas que pour 123 stations ; pour 96 stations si le réchauffement atteint 2 °C et
seulement pour 55 stations dans le cas d’un réchauffement de 4 °C. De manière
générale, ce travail indique que dans toutes les zones géographiques de France
métropolitaine, le secteur du tourisme devra s’adapter aux manifestations futures
du changement climatique pour limiter les impacts négatifs et en saisir les opportunités
potentielles.

Infrastructures de transport

Le changement climatique prévu pourrait rendre nécessaires des adaptations au
niveau des infrastructures routières. Si la canicule de 2003 n’a pas semblé engendrer
de désordres généralisés mettant en cause la pérennité des structures de
chaussées ni des ouvrages d’art, les effets dus aux périodes répétitives de canicule ne sont pas connus à ce jour. En ce qui concerne le risque de submersion marine permanente lié à une remontée d’ensemble du niveau de la mer d’un
mètre, il représenterait un coût patrimonial, pour les routes nationales métropolitaines
(hors autoroutes, hors autres voiries), hors pertes d’usage et hors effet « réseau » (par exemple la submersion d’un tronçon limité de route peut entraîner
l’indisponibilité de toute une section mais seule la valeur patrimoniale du tronçon
submergé a été calculée) situé dans une fourchette comprise entre 500 millions
et 1,2 milliard d’euros. Il pourrait atteindre 2 milliards d’euros dans le cas où les
protections actuelles se révéleraient insuffisantes. Pour des raisons de disponibilité de données, les infrastructures hors du réseau national non concédé, les
infrastructures portuaires, ferrées et fluviales n’ont pas été étudiées.

Territoires

Les travaux ont spécifiquement porté sur la question de l’échelle d’analyse pertinente,
sur les interactions sectorielles à l’échelle des territoires et la notion de
transition vers le changement. Il a été mis en avant l’importance du pas de temps
nécessaire à ce que l’on peut appeler « l’apprentissage de la vulnérabilité ». Cette
conversion sera d’autant plus longue que les publics susceptibles d’être touchés
par les impacts du changement climatique ne sont pas a priori homogènes. À cet
effet, l’information, la sensibilisation et la mobilisation des acteurs et de la population
au changement climatique et à l’adaptation constituent des aspects fondamentaux.
Par ailleurs, s’il est avéré que l’adaptation passera avant tout par une
meilleure connaissance du changement climatique et de ses enjeux, l’organisation
des compétences joue également un rôle majeur. Au vu de ces constats, il est
nécessaire de prendre la mesure des rythmes sociaux utiles à la concrétisation de
l’objectif commun d’une évolution sans rupture vers de nouveaux modes de vie.


(1). Chiffrage réalisé selon les recommandations du rapport Boiteux (2001).