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Commission Famille, Education aux Médias : rapport à l'attention de Madame Nadine Morano, Secrétaire d'Etat chargée de la famille et de la solidarité

Auteur(s) :

Editeur :

  • Ministère du travail, des relations sociales, de la famille, de la solidarité et de la ville

Date de remise : Octobre 2009
41 pages

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La Commission Famille, Education aux médias, composée de représentants des associations et d'institutions publiques, ainsi que de professionnels des médias, a été installée le 4 mars 2009. Chargée de « construire une politique structurée d'éducation aux médias pour tous », la Commission s'est tout d'abord attachée, sur la base de nombreuses auditions, à cerner l'évolution des modes de consommation des médias par les jeunes, caractérisée par la montée d'internet. Après avoir établi ce premier diagnostic, elle a distingué les objectifs qui devaient être assignés à l'éducation aux médias dans ce nouveau contexte. Elle définit 4 axes : structurer et renforcer l'offre en éducation aux médias ; mieux sensibiliser les familles en dehors de l'école ; adapter sans cesse l'éducation aux médias au sein de l'école aux nouveaux modes de consommation des médias et des services information et de communication associés ; accompagner le renforcement de la protection de l'enfance et de la jeunesse sur internet. Parmi les 15 propositions du rapport, on trouve la création d'une Fondation Famille, éducation aux médias ou encore d'un portail consacré à l'éducation aux médias, rassemblant les ressources utilisées sur tous les supports.



Introduction

La Commission Famille, Education aux médias, composée de représentants des
associations et d’institutions publiques, ainsi que de professionnels des médias, a été installée le 4 mars 2009 par Madame Nadine MORANO, Secrétaire d’Etat chargée de la
Famille. Son objectif était d’envisager comment valoriser ces extraordinaires outils de
connaissance et d’ouverture sur le monde que sont les médias, pour mieux apprendre
aux jeunes à s’en servir, d’élaborer un diagnostic sur l’ensemble des risques qui
guettent l’enfant, notamment sur les nouveaux supports. Enfin, elle avait la charge
de préparer des solutions concrètes à destination des jeunes et de leurs familles pour
que les adultes, parents et enseignants, puissent donner une éducation équilibrée aux
médias qui permette d’en utiliser l’ensemble des atouts tout en se prémunissant des
effets néfastes.

La Commission s’est donc attachée, grâce à de nombreuses auditions, à d’abord cerner
l’évolution des modes de consommation des médias par les jeunes, caractérisée par la
montée d’internet et de ses contenus, sites de partage de vidéos, blogs, réseaux
sociaux… Ces nouveaux supports amplifient des problématiques déjà présentes pour
les médias traditionnels : les questions relevant de la protection de l’enfance– l’exposition aux contenus choquants, pornographiques, de très grande violence -,
l’impact sur la socialisation et la concentration – notamment en milieu scolaire -, les
phénomènes de pratiques excessives et d’addiction, la question de la fabrique de
l’information et des sources, de la distanciation et de l’esprit critique…, prennent une
dimension accrue. A cela s’ajoutent des problématiques nouvelles, touchant à la
manipulation des données et à leur utilisation par des tiers, ou encore au respect de la
législation, concernant les droits d’auteur et la vie privée. Mais l’évolution la plus
importante concerne l’indépendance de plus en plus grande des enfants vis-à-vis des
parents dans leur consommation de médias : internet est un terrain plus difficile à restreindre et les parents se sentent dépassés par leurs enfants au niveau de leurs
propres compétences. Savoir utiliser ces nouvelles technologies ne signifie
certainement pas les maîtriser, connaître les règles de leur bon usage, les analyser. La
relation entre parents et enfants autour des médias doit donc être rééquilibrée : les
parents veulent jouer un rôle plus actif, mais sont souvent en grand désarroi face aux
nouvelles consommations médiatiques ; de leur côté, les enfants ont un sentiment de
maîtrise, voire de toute-puissance, face aux nouvelles technologies, renforcé par la
méconnaissance de leurs parents.

Après avoir établi ce premier diagnostic, la Commission a distingué les objectifs qui
devaient être assignés à l’éducation aux médias dans ce nouveau contexte : d’une part,
renforcer la protection de l’enfance à proprement parler, non seulement en mettantà la disposition des familles des outils de protection, mais aussi en leur apprenant à s’en
servir, et plus largement en aidant les parents à mieux connaître et comprendre les
usages de leurs enfants ; d’autre part, développer l’approche civique et sociale de
l’éducation aux médias, absolument nécessaire dans un univers de flux d’informations
immédiates, d’apparence non hiérarchisées, non respectueuses parfois de l’individu et
du droit. Une telle éducation est nécessaire à la construction individuelle comme sociale et civique des jeunes. La Commission a privilégié cette large approche de
l’éducation aux médias, la seule capable de répondre aux enjeux du développement des
nouveaux médias, comme aux problématiques posées par les médias traditionnels.
C’est aussi une approche qui responsabilise davantage les familles, parents et jeunes, et
qui correspond mieux au développement d’une consommation de plus en plus
individualisée, où l’enfant est souvent seul face à son écran et doit donc bénéficier
d’une formation renforcée – celle que notamment ses parents lui auront transmises, à condition d’être eux-mêmes en mesure de le faire.

Tous les professionnels des médias auditionnés ont conscience de la nécessité de
renforcer la protection de l’enfance sur tous les supports, mais la plupart se limitent à cet aspect très réducteur de l’éducation aux médias. En plus de la mise en place d’outils
techniques, de filtrage, de modération, qui peuvent se révéler inefficaces s’il n’existe
pas de formation à leur usage, cette appétence se traduit par quelques initiatives
individuelles, qui, si elles ne sont pas dépourvues d’intérêt, ne correspondent
certainement pas à la volonté de construire une politique d’éducation aux médias
pouvant toucher toutes les familles. Parallèlement à cette demande éclatée de la part
des professionnels, il apparaît que les ressources en éducation aux médias sont elles
aussi très parcellaires, malgré leur qualité. De nombreuses initiatives existent pourtant
en la matière, qu’elles soient portées par l’Education nationale, au travers notamment
du Centre de liaison de l’enseignement et des médias d’information (CLEMI), par des
associations éducatives, de parents d’élèves, dédiées à la protection de l’enfance, ou par
les institutions publiques de l’audiovisuel, France Télévisions, l’Institut national de
l’audiovisuel (INA) ou encore les instances comme le Conseil supérieur de l’audiovisuel
(CSA) et le Forum des droits sur l’internet (FDI). Ces initiatives ne sont pas assez
relayées, pas assez coordonnées et ne constituent pas une offre lisible et accessible
pour toutes les familles : il faut remédier à ces insuffisances en construisant une
politique globale.

C’est dans cette direction qu’a travaillé la Commission pour bâtir ses propositions. Son
objectif n’était pas de dresser un tableau des initiatives actuelles, ni de proposer de
remplacer des initiatives par d’autres ; il était au contraire de proposer des pistes pour
organiser et enrichir l’existant, mettre en contact les différentes parties prenantes à l’éducation aux médias, et ainsi toucher le plus grand nombre de parents et d’enfants.
Cette approche a débouché sur des propositions très concrètes visant à renforcer la
protection de l’enfance, visant à rendre des ressources validées accessibles à tous,
visant à mieux coordonner tous les relais.

Ces propositions s’adressent à la Secrétaire d’Etat chargée de la Famille, à l’origine de
cette Commission, mais elles concernent également d’autres ministères et institutions,
dans la mesure où il s’agit d’un sujet interministériel, qui nécessite une mobilisation
générale. C’est pourquoi elles sont organisées autour de la création d’une nouvelle
architecture, avec une Fondation Famille, Education aux médias dont le rôle est
d’appliquer une politique structurée et ambitieuse de généralisation de l’éducation aux
médias, en mettant en regard les ressources, les vecteurs et les publics visés. Le portail
internet géré par la Fondation est un outil essentiel pour permettre cette
généralisation. A partir de cette structuration, la Commission a travaillé dans trois directions : le développement des actions d’éducation aux médias en dehors de l’école,
en impliquant davantage et mieux les familles, le renforcement de cette politique à l’école, notamment en plus grande adéquation avec les nouvelles technologies, et enfin
un plus grand volontarisme dans la protection de l’enfance, avec la mise à disposition
conjointe d’outils techniques et d’outils de formation.

Ce rapport n’a certainement pas la prétention d’apporter une réponse définitive à ce
défi que représente l’éducation aux médias, ni de faire le point sur l’état des
connaissances en la matière. Il souhaite démontrer pourquoi l’éducation aux médias
est plus que jamais une priorité, dans toutes ses dimensions, à partir de l’analyse du
rapport actuel des familles avec les médias tel que la Commission l’a perçu, grâce à son
expérience, ses recherches et sa documentation, et les toujours passionnantes
auditions qu’elle a menées, et proposer des mesures réellement applicables, en partant
de ces constats. Si ce rapport n’est pas, loin de là, une somme exhaustive, il porte
néanmoins une grande ambition : l’espérance de parvenir à un véritable changement
d’échelle et de dimension dans la politique publique d’éducation aux médias, en
partenariat avec tous les acteurs impliqués. L’élan qui est né ne doit pas s’arrêter : c’est
pourquoi il apparaît fondamental qu’une Fondation soit créée, afin de structurer cette
politique et poursuivre le fructueux échange entre tous ceux qui participent activement à l’éducation aux médias et croient à son importance croissante pour notre société.
C’est aussi un enjeu européen, qui permettrait à la France de garder son rôle moteur en
matière d’éducation aux médias.