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Enseignement

Le collège - Bilan des résultats de l'Ecole - 2010

Auteur(s) :

    • FRANCE. Haut conseil de l'éducation

Editeur :

  • Haut conseil de l'éducation

Date de remise : Octobre 2010
54 pages

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Le Haut conseil de l'éducation (HCE) propose un bilan des résultats du collège. Il revient sur la loi du 11 juillet 1975 qui a instauré le "collège unique", accueillant tous les élèves au sortir de l'école primaire. Si le Haut conseil note des acquis majeurs depuis cette loi (démocratisation et plus grande clarté du système éducatif, prise en compte de la difficulté scolaire), il constate que le collège se trouve aujourd'hui dans une situation préoccupante : performances des élèves médiocres et en baisse, inégalités de réussite d'origine sociale accrues, malaise enseignant, problèmes de vie scolaire qui se multiplient. Après avoir analysé les causes de cette situation, le HCE émet plusieurs recommandations réunies autour de 3 axes : assurer à chaque élève la maîtrise du socle commun à la fin de la scolarité obligatoire, objectif assigné par la loi du 23 avril 2005, en passant du "collège unique" à l'"Ecole du socle commun" ; assurer aux enseignants une formation pour mettre en oeuvre des pratiques pédagogiques permettant de faire réussir tous les élèves ; octroyer aux établissements plus de responsabilités dans leur organisation pédagogique.



RÉSUMÉ ET RECOMMANDATIONS

INTRODUCTION

 
1 – LA SITUATION ACTUELLE
 

1.1 Malgré des acquis majeurs
- … dans la démocratisation du système éducatif
- … dans l’organisation du système éducatif
- … dans la prise en compte de la difficulté scolaire

1.2 … le collège est aujourd’hui en panne
- Des performances médiocres et en baisse
- Des inégalités de réussite d’origine sociale accrues
- Un malaise enseignant
- Des problèmes de vie scolaire qui se multiplient

1.3 Un collège qui n’a d’unique que le nom
- Des disparités importantes entre les établissements
- Un empilement de dispositifs spécifiques
- Des stratégies de contournement qui bénéficient aux familles les mieux informées

 
2 – LES CAUSES DE CETTE SITUATION
 

2.1 L’identité du collège est mal définie
- Un maillon intermédiaire et récent
- Un collège bâti sur le modèle du lycée général
- Une absence de définition du « savoir commun » attendu à la fin de la scolarité obligatoire

2.2 Le collège hérite des déficiences de l’école primaire

2.3 Le collège n’a jamais constitué la priorité
- La croissance des moyens budgétaires a moins bénéficié au collège
- Un pilotage insuffisant de la part de l’institution

2.4 Certains acteurs sont réticents
- Au sein de l’administration centrale
- L’opposition de nombreux enseignants
- Les divergences syndicales
- L’attitude des parents d’élèves

 
3 – L’AVENIR DU COLLÈGE
 

3.1 Le retour à la sélection précoce n’est pas la solution
- Le système des filières n’est pas le plus favorable à l’égalité des chances
- Le système des filières n’est pas le plus performant

3.2 Passer du « collège unique » à l’« École du socle commun »
- Le socle commun : un objectif ambitieux prescrit par la loi
- Une continuité renforcée entre l’école primaire et le collège pour atteindre les objectifs
du socle
- La disparition progressive du redoublement

3.3 Les conditions de la réussite
- Piloter avec fermeté la mise en œuvre du socle commun
- Former les enseignants
- Impliquer les parents d’élèves

3.4 L’« École du socle commun » implique un nouveau collège
- Des approches pédagogiques plus diversifiées
- Une responsabilisation accrue des chefs d’établissement et une nouvelle organisation
pour le collège
- Un nouveau service et de nouvelles pratiques pour les enseignants

 

CONCLUSION

COMPOSITION DU HAUT CONSEIL DE L’ÉDUCATION







RÉSUMÉ ET RECOMMANDATIONS

Le constat est largement partagé. Notre collège se trouve aujourd’hui dans une situation
préoccupante : performances des élèves médiocres et en baisse, inégalités de réussite
d’origine sociale accrues, malaise enseignant, problèmes de vie scolaire qui se multiplient. La
loi de 1975 instituant le « collège unique » est à l’origine d’acquis majeurs : la démocratisation
de l’enseignement, l’organisation du système éducatif, la prise en compte de la difficulté scolaire par de multiples dispositifs. Mais le « collège unique », en raison des disparités
importantes entre établissements, de l’existence déguisée de filières et de stratégies de
contournement bénéficiant aux familles les mieux informées, n’a d’unique que le nom.

Comment expliquer une telle situation ? Le collège a été bâti sur le seul modèle du lycée
général et le savoir commun attendu à la fin de la scolarité obligatoire n’a été défini que trente
ans après, par la loi du 23 avril 2005. Le collège n’a jamais constitué la priorité, ni en termes de
moyens budgétaires, ni en termes de pilotage par l’institution. Certains acteurs, aussi bien au
sein de l’administration centrale que parmi les enseignants, leurs syndicats et les parents
d’élèves, se sont montrés très réticents à l’idée d’un tronc commun et à l’abandon des filières.
Le collège hérite des déficiences de l’école primaire qui ne parvient pas à amener tous les élèves au niveau suffisant pour réussir leur scolarité.

Dans ces conditions, comment mettre le collège sur la bonne voie ? L’exemple des pays étrangers fournit des leçons et des pistes instructives. Les pays qui ont maintenu un système de
filières, tel qu’il en existait en France avant 1975, n’obtiennent pas les meilleurs résultats en
termes de performances et d’équité. Les pays dont le système éducatif fonctionne le mieux
partagent au moins trois caractéristiques : ils sont parvenus à définir pour leur École un objectif
clair faisant l’objet d’un large consensus parmi la population ; ils ont su mettre en place une
formation des maîtres visant à développer des pratiques éducatives qui favorisent la réussite de
chaque élève ; ils ont en général octroyé à leurs établissements scolaires des marges
d’autonomie rendant possible une organisation souple.

Le Haut Conseil de l’Éducation fait donc les recommandations suivantes.

1] Un objectif clair qui s’impose à tous a été fixé à notre système éducatif par la loi du 23 avril
2005 : garantir à tous les élèves la maîtrise du « socle commun de connaissances et de
compétences » à la fin de la scolarité obligatoire. Pour atteindre cet objectif, il est
nécessaire de passer du « collège unique » à l’« École du socle commun » ; dans cette
perspective, le Haut Conseil de l’Éducation préconise :

a) que l’institution et ses représentants à tous les niveaux, notamment les corps
d’inspection, tiennent un discours cohérent et mobilisateur sur le socle commun afin de
créer autour de celui-ci une vraie dynamique et d’en garantir la mise en œuvre
coordonnée et efficace ;

b) que les exigences du socle soient enfin prises en compte dans les programmes de
toutes les disciplines ;

c) que soit introduit pour tous les élèves, de la sixième à la troisième, à parité d’estime
avec les disciplines traditionnelles, un enseignement de culture manuelle et
technologique permettant de valoriser des aptitudes différentes ;

d) que soit renforcée la continuité entre l’école primaire et le collège – maillons constitutifs
et solidaires de l’« École du socle commun » – en fusionnant les programmes actuels de
la loi organique relative aux lois de finance (LOLF) « Enseignement scolaire public du
premier degré » et « Enseignement scolaire public du second degré » en un programme
unique « Enseignement scolaire public du socle commun », pour éviter que la répartition
des moyens ne privilégie systématiquement le lycée au détriment du collège et pour
faciliter le travail du Parlement dans son examen de la mise en œuvre du socle
commun.

2] La réussite de l’« École du socle commun » dépendra pour une large part de la formation
que recevront les enseignants et de leur capacité à mettre en œuvre des pratiques
pédagogiques permettant de faire réussir tous les élèves. À cet effet, le Haut Conseil de
l’Éducation demande :

a) que les universités, en liaison avec les rectorats, offrent systématiquement aux étudiants
qui se destinent aux métiers de l’enseignement des stages dès la première année de
master, afin que les futurs candidats aux concours de recrutement soient très tôt
confrontés à la réalité et aux exigences du métier d'enseignant ;

b) que la formation initiale et le concours de recrutement des futurs enseignants permettent
de s’assurer de leur capacité et de leur goût à exercer le métier d’enseignant en
collège ; il faudrait pour cela distinguer des dominantes ou des mentions (maternelle, élémentaire, collège, lycée général et technologique, lycée professionnel), ce qui
pourrait conduire certains professeurs de collège à enseigner plusieurs disciplines ;

c) que les enseignants soient formés à l’enseignement en classe hétérogène afin
d’assurer, dans la classe, la réussite de chaque élève, le redoublement devant avoir un
caractère exceptionnel ;

d) que la Direction générale de l’enseignement scolaire dote rapidement les enseignants
des outils leur permettant de faire acquérir et d’évaluer régulièrement et précisément
chacune des compétences du socle commun ;

e) que le service des enseignants ne soit plus uniquement défini par un nombre d’heures
hebdomadaires d’enseignement devant les élèves, mais redéfini de manière à prendre
en compte la diversité de leurs missions (cours, travail d’équipe, aide au travail,
tutorat...), ce qui pourrait conduire à un allongement de leur présence dans
l’établissement ;

f) que les ateliers artistiques, culturels ou sportifs proposés aux élèves concourent de
manière explicite et méthodique à l’acquisition des compétences du socle commun.

3] Octroyer aux établissements plus de responsabilités dans leur organisation pédagogique a
une influence positive sur leurs résultats. Pour donner aux principaux de collèges plus
d’autonomie dans la direction de leur établissement, le Haut Conseil de l’Éducation
propose :

a) que, pour chaque collège, un budget rassemblant l’ensemble des charges de
fonctionnement soit établi et communiqué à ses responsables ;

b) que tous les collèges puissent disposer d’une certaine latitude dans la répartition des
moyens qui leur sont attribués, cette marge de manœuvre devant représenter au moins
10 % de leur dotation ;

c) que la mesure permettant aux principaux de collèges d’émettre un avis sur l’affectation
d’un enseignant dans leur établissement, récemment accordée aux établissements les
plus difficiles, fasse l’objet d’une expérimentation beaucoup plus large ;

d) que soit mise en œuvre une nouvelle organisation du collège devant permettre aux élèves de bénéficier d’une prise en charge éducative continue depuis leur arrivée au
collège le matin jusqu’à leur départ en fin d'après-midi, ce qui suppose des conditions
matérielles d’accueil adéquates et une présence plus forte d’adultes pour encadrer les élèves.