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Evaluation monétaire des avantages environnementaux de l'agriculture... : rapport d'étude

Auteur(s) :

Editeur :

  • Institut national de la recherche agronomique

Date de remise : Septembre 1995
193 pages

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Après une présentation des questions posées par la faisabilité d'une évaluation monétaire des bénéfices environnementaux liés à la conservation et à l'amélioration des paysages, le rapport souligne les problèmes rencontrés par la construction du marché hypothétique du fait de la nature du bien ainsi que de l'existence d'une intervention publique de longue date dans le domaine de l'agriculture. Une deuxième partie présente les conditions d'élaboration du questionnaire et d'organisation de l'enquête. La troisième partie est consacrée à l'analyse des comportements des consommateurs à l'égard de l'agriculture et des paysages agricoles. La quatrième partie présente les résultats des calculs économétriques et la discussion des hypothèses formulées lors de la construction du questionnaire. La cinquième partie est consacrée à l'approche par les coûts, avec une synthèse des travaux en cours sur les motivations des agriculteurs face à la restauration du paysage de bocage et le calcul des coûts de la replantation des haies. Enfin, la dernière partie présente une analyse du montant et de la répartition des aides directes aux agriculteurs dans le cadre de la nouvelle PAC.






RÉSUME


Cette étude porte sur les avantages environnementaux de l'agriculture et de façon plus spécifique sur la valorisation des paysages agricoles. Elle s'inscrit dans le cadre économique d'une volonté d'internalisation d'une externalité. En effet, considéré comme un produit joint de la production agricole, le paysage n'entre pas dans un processus marchand alors qu'il contribue à générer des satisfactions (ou bénéfices) liées à son existence. En alliant l'économie de la production à l'économie de l'environnement, l'évaluation des paysages vise à inscrire l'agriculture dans une perspective de développement durable.


Cet exercice déjà pratiqué dans d'autres pays de la Communauté Européenne, met en évidence les particularités du bien "paysage agricole" et les difficultés de son intégration dans le cadre de la Politique Agricole Commune. Varié dans son type (bocage, vigne...) diversifié dans ses supports (sols, reliefs... ), le paysage agricole qui constitue 60% du territoire français (80% du territoire de la CEE) subit l'évolution des techniques agricoles.


Au regard des bénéfices que le paysage agricole génère (qui sont en grande partie des valeurs de non usage telles que les valeurs d'existence liées au souvenir, à la nostalgie d'une enfance passée à la campagne), la méthode d'évaluation contingente (MEC) semble la plus appropriée à sa valorisation.


L'application de cette méthode s'est effectuée par enquête postale sur plus de 3 000 ménages en Loire Atlantique. Le taux de réponse de 25% a permis de constituer un échantillon de taille suffisante pour expliquer les consentements à payer (CAP) pour les paysages agricoles des consommateurs. A l'aide de supports photographiques, les ménages ont dû évaluer deux scénarios, la conservation des paysages agricoles de la France et la restauration des paysages de bocage de Loire Atlantique. En ce qui concerne ce dernier exercice, ils ont dû en outre allouer une partie de la somme destinée au département à un canton en particulier (Saint-Gildas des Bois) site d'une action expérimentale de " développement durable ". Les ménages ont, de plus, été répartis en fonction de deux versions de questionnaires. Ces versions se différencient par la quantité de paysages restaurés (ensemble ou moitié) d'une part, et par les montants de la carte de paiement proposés dans le scénario relatif à la conservation des paysages français.


Le paysage de bocage est le paysage préféré de plus de 80% des enquêtés. La diversité des paysages est un aspect plus apprécié que leur beauté ou leur accessibilité. Sensibles à la dégradation des paysages de bocage de Loire Atlantique, les consommateurs enquêtés se différencient plus au regard de leur lieu de vacances qu'à celui de leurs pratiques sportives ou artistiques. Ils souhaitent dans une large majorité continuer à soutenir l'agriculture en contrepartie d'un entretien des fonctions paysagères essentiellement pour des raisons morales. Les taux d'acceptation des scénarios (plus de 55% des enquêtés) différent avec la version du questionnaire.


Les résultats économétriques ont permis d'estimer les CAP pour chacun des scénario et de tester les trois hypothèses posées, à savoir respectivement la différence de comportement des ménages entre la conservation et la restauration, l'effet d'une variation des CAP au vu des cartes de paiement, et la possibilité d'un effet d'inclusion produit par la quantité de paysages restaurés. Les agents interrogés ont effectivement répondu de manière différente au scénario de conservation et à celui de la restauration.


La mise en relation des résultats de l'évaluation contingente avec le résultat des concours publics actuels à l'agriculture productive (aux environ de 73 milliards de francs par an) est plus délicate, compte tenu de l'imprécision existante sur le véhicule de paiement du CAP pour la conservation des paysages. Les résultats permettent cependant de conclure à l'existence d'un fort consensus social pour prolonger les soutiens actuels à l'agriculture, et mettent en évidence la nécessité d'expliciter leur contrepartie environnementale, tant pour les contribuables que pour les agriculteurs.


Au regard des résultats obtenus lors de cette enquête, la MEC se révèle adaptée à la valorisation des paysages agricoles. Compte tenu des problèmes méthodologiques rencontrés, ces résultats doivent être utilisés avec prudence. Ils devraient à l'avenir être améliorés, dans la qualité de leur interprétation, grâce à la mise en place de protocole expérimentaux.


L'agrégation des CAP des ménages de Loire Atlantique pour l'amélioration des paysages de bocage du département indique des sommes très importantes au regard des actions actuellement entreprises. L'étude des coûts de plantation de nouvelles haies et d'entretien des haies adultes, montre l'importance du coût du travail familial. Elle met en évidence, qu'une rémunération de ce travail par la collectivité sera nécessaire à un élargissement des actions de rénovation du bocage au delà des 5 % d'agriculteurs ayant déjà replanté des haies.