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Enquête : le mode de vie des résidents en foyers pour isolés à la SONACOTRA : rapport final

Auteur(s) :

Editeur :

  • SONACOTRA

Date de remise : Décembre 1995
387 pages

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Présentation de la morphologie sociale de la population des résidents en foyers pour isolés de la Sonacotra en étudiant successivement sa composition socio-démographique puis sa répartition socio-spatiale. Puis analyse des modes de vie de cette population : trajectoire et comportements résidentiels (sociabilité au sein du foyer).


Introduction page 1


SECTION 1


PREMIERE PARTIE : La Morphologie sociale page 13


I. La composition démographique page 15


A. Les variables élémentaires


B. La structure des âges: prédominance des âges moyens et élevés et vieillissement de la population résidente.


SECTION 2


C. L'état de santé


II. La répartition socio-spatiale page 77


A. La répartition socio-professionnelle


SECTION 3


B. Les caractéristiques de l'activité professionnelle


C. La répartition spatiale


SECTION 4


DEUXIEME PARTIE: Trajectoires résidentielles et occupation de l'espacepage 147


I. Les trajectoires résidentielles page 147


A. Aux deux bouts du foyer: antécédants et projets de sortie.


B. La durée de séjour dans le foyer


SECTION 5


C. L'espace collectif


II.L'occupation de l'espace page 240


A. L'espace privatif


SECTION 6


B. La sociabilité dans le foyer


C. La sociabilité hors du foyer


SECTION 7







Introduction


Réaliser une étude d'ensemble sur le logement pour isolés géré par la Sonacotra relevait d'une double nécessité: d'une part l'absence d'étude de ce genre depuis 1981, date de l'étude de la C.N.L.I.1; d'autre part la volonté de la Sonacotra et de ses tutelles de connaître la réalité de la mutation actuelle de la population résidente.


L'étude de M. Ginési-Galano2 à partir des données de l'étude de la Cofremca de 1973, les résultats de l'étude Obsys de 1981 et les différentes monographies et recherches des années quatre-vingt ne suffisaient plus. Et cela d'autant plus qu'hormis les statistiques produites par la Sonacotra, les sources d'informations d'ensemble sur les résidents sont très réduites.


La méconnaissance d'ensemble obligeait à des extrapolations quant aux éléments constitutifs de la population habitant en 1993 dans ce type de logement ainsi qu'à la manière dont s'établissait son mode de vie. Cette enquête a eu pour objectif de donner des éléments de réponses globales pour ces deux questionnements.


Nous avons initié une enquête comportant deux volets principaux, une enquête qualitative et une enquête quantitative, qui fait l'objet de ce rapport. Après avoir rappelé les conclusions de l'enquête qualitative, nous présenterons les hypothèses de l'enquête quantitative puis les deux temps de l'analyse des résultats.


La démarche méthodologique


La première phase de l'enquête (rapport intermédiaire1 de janvier 1993) nous a permis de rendre compte d'un certain nombre de situations individuelles et collectives spécifiques. L'enquête qualitative concernant le mode de vie dans les résidences SONACOTRA s'est déroulée entre le 25 juin 1992 et le 10 août 1992. Quarante entretiens qualitatifs ont été menés auprès de résidents dans douze implantations, réparties sur le territoire français, à savoir Paris et la région parisienne, Marseille et la région PACA, Metz, Dunkerque, Limoges. Nous avons procédé à une analyse lexicale comparée des entretiens. Nous avons privilégié cette méthode à celle de l'analyse biographique. Cette dernière consistant à conserver sa linéarité à l'entretien et à l'analyser comme un tout, la méthode ne correspondait pas à nos besoins.


En effet la nécessité qui s'imposait à nous était de construire un cadre d'analyse pertinent pour une remise à jour des informations disponibles sur les résidents des établissements gérés par la Sonacotra. En raison des changements notables, mais pas encore répertoriés, de la population des foyers depuis une quinzaine d'années, nous ne pouvions pas proposer un cadre préétabli pour le relevé des données statistiques, au risque de se servir de catégories importées ne correspondant pas ou plus à la réalité du peuplement et de la vie quotidienne au sein de ces structures d'habitation. Et cela d'autant plus que rien ne spécifie conceptuellement le foyer de travailleurs migrants qui fait partie d'un type d'habitation regroupant plusieurs catégories administratives différentes tels que le foyer de jeunes travailleurs, le foyer-soleil, le logement-foyer pour personnes âgées, etc.


De ce point de vue, le fractionnement systématique des entretiens dans leur linéarité et la recomposition de groupes de différentes réponses à des questions identiques nous a permis de faire émerger des récurrences concernant tant les individus que l'organisation du mode de vie au quotidien et ainsi, sinon des types avérés et massivement représentés, du moins des catégories possibles et différenciées de résidents. Nous avons pu construire des axes typologiques quant aux individus et à leur environnement socio-urbain. Les différents items et leurs occurences multiples ont permis de mettre au point un "champ des possibles" réponses permettant d'envisager la mise au point d'un questionnaire quantitatif.


Les conclusions de l'enquête qualitative


Les deux principales séries de conclusions de l'enquête qualitative étaient les suivantes: l'une avait trait aux foyers eux-mêmes comme modes d'habitat, l'autre à la population actuelle des résidents interrogés.


La répartition géographique et topographique des foyers est spécifique. Construits et aménagés durant une période de croissance économique, leurs implantations sont principalement liées aux grands bassins d'emploi. Ils sont construits dans des espaces, qui peuvent connaître soit la pression extrême sur le marché du logement, comme en Région Parisienne, soit des phénomènes de quasi-désertification de sites industriels occupés et utilisés par le passé. Le taux d'occupation varie en fonction notamment de la structure du marché du logement mais aussi de la conjoncture du marché du travàil. De plus la spécificité de ce type de logement se traduit souvent par une discrimination spatiale, qui est quelquefois seulement symbolique, rendant plus difficile l'intégration de ces lieux d'habitation dans les réseaux urbains.


Le foyer de travailleurs migrants est tantôt un espace séparé de son contexte urbain 1 immédiat, vivant souvent dans un cloisonnement et adoptant une attitude de repli par rapport à l'extérieur, tantôt un lieu ouvert sur l'extérieur et attractif y compris pour les habitants des quartiers environnants. Ces deux situations peuvent concerner le même site à des moments différents.


Enfin il y a peu de mobilité résidentielle pour une part importante de la clientèle de la Sonacotra. En effet les foyers ont tendance à être utilisé comme un logement définitif.


L'homogénéité de la population présente dans les foyers, même si nous savons qu'elle était plus le produit d'une représentation de la condition immigrée que la réalité, a fait place à un conglomérat traversé par de multiples lignes de fractures. Ces dernières ont été causées par des différences économiques plus prononcées que par le passé, par des différences d'âge, par des oppositions sur des critères de légitimité à utiliser le foyer comme logement.


La configuration du point de vue de la santé est particulière. Le vieillissement des résidents est un aspect majeur de la situation sanitaire et sociale. S'y associent, dans le même temps, la modification progressive de l'état de santé des résidents présents depuis plusieurs années dans le foyer, en lien principalement avec la catégorie socio- professionnelle et le niveau de formation, et un mouvement d'entrée de nouveaux résidents soit vieillissants et qui trouvent au sein des foyers des solutions d'hébergement, soit souffrant d'un certain nombre d'affections et que les services médicaux et sociaux qui les suivent orientent vers le foyer.


Du point de vue culturel, l'espace du foyer n'est pas radicalement différent de tout lieu d'habitation de population principalement ouvrière. Lorsqu'ils existent sans entraves, la consommation de loisirs et l'organisation du temps libre semblent se développer à l'extérieur du foyer, autour d'un café, d'un site sportif, de divers jeux. En revanche lorsque, individuellement, pour des raisons de baisse de revenus ou de fractures de la sociabilité habituelle au sein du foyer ou de l'entreprise, le poste consacré aux dépenses de loisirs décroît, l'activité se concentre autour de la chambre, les sorties sont limitées dans le temps et l'occupation principale devient la radio ou la télévision. La sociabilité se réduit.


Les conditions et les hypothèses de l'enquête quantitative


A partir de ces éléments nous avons mené à bien une enquête quantitative permettant de tester sur un échantillon significatif des foyers gérés par la Sonacotra, ces types tirés des résultats obtenus dans la première phase et les hypothèses qui les fondaient.


Les conditions de l'enquête et le choix de l'échantillon 1


Pour la réalisation de cette phase de recherche il était nécessaire, faute de pouvoir interroger les 70 000 résidents, de construire un échantillon représentatif de la population des foyers dans son ensemble. La taille de l'échantillon (1 100 personnes interrogées prévues au départ, 1 044 questionnaires réellement utilisables) correspond à la taille des échantillons habituels des panels d'instituts de sondage. Cette taille permet de limiter les marges d'erreurs.1 Mais cette étape statistique étant la seconde dans le déroulement de l'étude, nous pouvions penser que la simple méthode de tirage aléatoire des enquêtés n'était pas la plus adaptée. Elle posait notamment des problèmes pratiques de réalisation, dans la mesure où nous avions prévu de faire passer les questionnaires en "face à face" entre un enquêteur et un enquêté.


Nous avons donc envisagé la pré-stratification de l'échantillon à partir non seulement à partir des informations -incomplètes-, dont nous disposions2 quant à la composition de la population des résidences de la Sonacotra mais aussi de la typologie des conceptions architecturales présentes dans le patrimoine de la Sonacotra. A partir de là les résidents eux-mêmes ont été choisi de façon aléatoire3.


Nous avons pu stratifier ce patrimoine bâti en trois grandes catégories de foyers1: premièrement des foyers de grandes tailles, de type F1/22 et construit entre 1967 et 1975, qui représentent environ un tiers des foyers et la moitié de la population logée. Deuxièmement des foyers de taille intermédiaire, de type F63 et construits avant 1967, représentant un tiers du patrimoine et hébergeant un tiers de la population. Enfin des foyers de petite taille de types divers4 (F1, appartements et hôtels rénovés) construits ou réhabilités depuis 1976 qui représentent un tiers des sites et 20% de la population. A partir de cette typologie nous avons sélectionné 35 foyers, soit 10% du parc, représentatifs de l'ensemble du parc. Ces foyers sont habités par 6 300 personnes environ et nous en avons interrogées environ 20%. La passation des questionnaires s'est effectuée entre le 4 octobre 1993 et le 12 novembre 19935.


La plupart des questions du questionnaire qualitatif ont été réutilisées après transformation en questions fermées. D'autres questions sont venues s'y greffer en fonction des réponses et des occurrences que le rapport qualitatif avait mis à jour. L'équipe des enquêteurs a été constituée de jeunes chercheurs universitaires d'un niveau égal ou supérieur à Bac +5 dans des spécialisations telles que la sociologie, l'anthropologie, la démographie, la science politique etc. Tous possédaient une expérience de terrain, la plupart ayant déjà travaillé sur des problématiques concernant les populations migrantes, à travers les politiques publiques, l'urbanisme, la santé, les comportements matrimoniaux ou scolaires etc. Chaque enquêteur avait comme objectif la passation de 80 questionnaires environ. Chaque équipe' détenait une liste nominative des clients sur laquelle était porté le numéro de la chambre. A partir de cette liste les enquêteurs ont constitué les échantillons jumeaux en fonction des pas de tirage qui leur étaient imposés pour chercher ensuite à interroger la personne sélectionnée. Les questions ont été rédigées en langue française.2 Mais comme le confirme en partie l'importance de la durée de séjour en France des enquêtés de l'échantillon ainsi que l'expérience qu'avait apportée sur ce point l'enquête qualitative et les tests réalisés pour le questionnaire quantitatif, la quasi-totalité des items étaient compréhensibles.


Dans l'ensemble les enquêteurs n'ont eu à faire face qu'à très peu de refus de la part des résidents. Il apparaît que les enquêteurs ont rencontré des réactions très différentes de la part des enquêtés. Si la majorité des résidents contactés acceptèrent de répondre aux questions, la première réaction fut néanmoins souvent empreinte de méfiance. Un intérêt général s'est manifesté pour les questions concernant le foyer. Par contre les enquêteurs ont été confrontés à de fortes situations d'angoisse et de culpabilité pour les items traitant du parcours socio- professionnel et des pratiques culturelles et cultuelles. En plus de l'angoisse, les enquêteurs ont remarqué une irrascibilité importante, notamment de la part de jeunes et de chômeurs.


Néanmoins le taux d'acceptation de l'enquête EMVR est de 99,5 % c'est-à-dire 1039 questionnaires exploitables pour 1044 enquêtés. C'est une proportion de réponse à l'enquête très élevée. Le plan de sondage utilisé pour l'enquête EMVR a donné de bons résultats pour la plupart des variables comparables (sexe, âge, durée de séjour et situation professionnelle) avec les statistiques recensées par Sonacotra par le progiciel DOMUS 33, bien que la taille de l'échantillon soit petite.1


Les hypothèses


Cette enquête a ainsi été centrée autour de deux hypothèses principales. La première postule qu'il existe une relation entre le mode d'organisation spatiale des foyers au sens large, c'est-à-dire d'un point de vue architectural, topographique et géographique, et les pratiques résidentielles des habitants2. La deuxième considère qu'étant donné la relation originelle qui existait entre l'obtention d'un logement et l'obtention d'un travail et ce que symbolisait la notion même de foyer de travailleurs, tout changement subi par l'un des deux membres de larelation affecte la relation elle-même.


Nous avons souscrit au postulat énoncé par Jacques Barou selon lequel "le logement n'est qu'un des aspects de la vie urbaine. Il est un facteur parmi d'autres de l'insertion dans la ville des populations qui lui sont étrangères. Le fait d'être bien ou mal logé, s'il est révélateur d'un certain degré d'insertion à la vie locale, ne préjuge pas pourautant de la réalité de cette insertion."1


A côté de la profession, qui fixe le statut de l'individu dans l'échelle des catégories socio-professionnelles, en lui conférant une certaine position dans le système de production, le lieu et le mode d'habitation peut être envisagé comme le deuxième élément décisif quant au positionnement social de l'individu. Ce dernier fixe quant à lui partiellement - avec le niveau de revenus tirés du travail- les conditions matérielles et symboliques des pratiques de consommation, qui achèvent de définir le statut social d'un individu 2. Comme nous l'avons vu plus haut cette problématique questionne donc l'organisation spatiale du foyer dans ses conséquences sur la situation et les comportements des individus. Cette organisation spatiale n'est point fortuite car elle est le produit de la définition d'un espace juridique."Les foyers de résidence se veulent par leur structure bâtie,comme par le mode d'habiter qu'ils suggèrent, un instrument privilégié d'insertion, de mise aux normes d'hygiène, de mode de vie et de sociabilité de résidents soustraits aux garnis et aux différents types delogements insalubres."3


La détermination "nationale", qui permettrait éventuellement de poser une question en terme d'intégration, n'est pas au centre de la délimitation de l'objet de cette recherche. Nous voulions déterminer les caractéristiques distinctives des modes de vie des résidents. L'unité étudiée est le "résident" pouvant indifféremment s'appliquer à des français de souche, des français d'origine étrangère et des "étrangers" immigrés.


Un des objets de l'enquête était ainsi d'analyser la forme prise chez les résidents par ces modes de vie, en comparant systématiquement, via la question sur la nationalité, le groupe des français et celui des immigrants. En effet, c'est un type architectural et une situation économique et urbaine qui sont questionnés. N'interrogeant pas deux fois de suite l'échantillon soit sous la forme d'un panel soit par une méthode par cohorte, nous ne pouvions proposer d'analyse longitudinale d'un processus d'insertion.


Nous avons donc voulu rendre compte de l'usage du foyer à travers un faisceau d'indicateurs, trajectoire résidentielle, appropriation de l'espace1, sociabilité2, nous avons particulièrement mis l'accent sur l'analyse des facteurs explicatifs de la durée de séjour, et des conditions3 de cet usage par l'emploi, la formation, l'accès à l'information.


Plan du rapport final


Pour caractériser les modes de vie des résidents des foyers nous nous proposons de présenter successivement la morphologie sociale de la population étudiée, ses trajectoires et ses comportements résidentiels.


Ainsi dans la première partie nous présenterons la morphologie sociale 1 de la population2 étudiée en détaillant successivement sa composition socio-démographique puis sa répartition socio-spatiale. La deuxième partie sera consacrée à l'analyse des modes de vies de cette population. C'est ce que nous ferons en présentant d'une part ses trajectoires et ses comportements résidentiels d'autre part en analysant sa sociabilité au sein du foyer.