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Pratiques éducatives et modes de socialisation en matière de santé : une étude auprès des adolescents et des adultes qui interviennent dans leur éducation

Auteur(s) :

    • FRANCE. Centre de sociologie des organisations; FRANCE. Ministère de l'éducation nationale. Direction de l'évaluation et de la prospective; FRANCE. Mission interministérielle recherche expérimentation

Editeur :

  • Mission interministérielle recherche expérimentation

Date de remise : Décembre 1996
179 pages

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Cette recherche apporte des éléments sur les comportements des adolescents en matière de santé et sur les relations qu'ils entretiennent avec les adultes qui interviennent dans leur éducation, parents et enseignants. L'étude s'appuie sur une enquête réalisée dans deux collèges.

SECTION 1

Introduction p. 6

Chapitre 1 p. 9

La prise en charge de la santé dans la famille 

I - La famille comme cible et comme vecteur des préoccupations de santé

II - Une tension normative entre les préoccupations de santé et les impératifs du fonctionnement familial

III - Les préoccupations de santé comme expression du fonctionnement familial

Chapitre 2 p. 20

Une enquête à partir de deux collèges

I - La réalisation de l'enquête

II - Les instruments de recherche

Chapitre 3 p. 23

Principes d'éducation et santé : le rôle des parents

I - Des portraits psychologiques

II - Un projet parental global

III - Des préoccupations en rapport avec le projet parental

IV - Différents modèles d'éducation

V - Principes d'éducation et conception des risques en matière de santé

VI - La place de la santé dans les stratégies éducatives

SECTION 2

Chapitre 4 p. 71

Les enseignants et la santé

I - Différentes conceptions du rôle de l'enseignant

II - Différentes conceptions de la santé

SECTION 3

Chapitre 5 p. 119

Les adolescents dans leur univers : quelle place pour la santé ?

I - Les adolescents et leur manière de se situer dans leur environnement proche

II - Les adolescents et la santé

Conclusion p. 172

Annexes p. 174

Bibliographie p. 178

 
 

INTRODUCTION

 
 

Cette recherche se propose d'apporter des éléments pour mieux comprendre les comportements des adolescents en matière de santé ainsi que les relations qu'ils entretiennent avec les adultes qui interviennent dans leur éducation, parents et enseignants.

 
 

Parmi les préoccupations des éducateurs (parents, enseignants ou autres professionnels), celles qui touchent à la santé des enfants et des adolescents ont acquis une acuité très vive au cours des dernières décennies. On pense aux préoccupations touchant à l'usage du tabac et à la consommation de drogue et d'alcool', à celles relatives à la circulation routière (le port du casque en vélomoteur par exemple), ou encore à la prévention des maladies sexuellement transmissibles, en particulier le sida2.

 
 

Quel que soit le niveau des préoccupations exprimées face à de tels risques, force est de constater que les parents et les professionnels concernés se montrent fréquemment démunis pour agir dans ce domaine particulier de l'éducation pour la santé.

 
 

Les parents, même s'ils mettent en garde les enfants et insistent sur le respect des règles et des prescriptions de nature à garantir la santé, restent précisément "parents". Ils sont de ce fait souvent mal placés pour intervenir efficacement dans ces domaines.

 
 

Les établissements scolaires ont du mal à faire une place à l'éducation pour la santé à l'intérieur des programmes d'enseignement, qui restent principalement orientés vers la transmission de connaissances intellectuelles ou de compétences techniques. Les ressources limitées dont ils disposent, notamment celles qui sont affectées à la médecine scolaire, ne facilitent pas la mise en place de dispositifs permettant la diffusion de comportements préventifs. L'action de certains professeurs ou certaines interventions spécifiques trouvant leur place dans les établissements, prennent certes en compte les préoccupations de santé d'une façon prioritaire, mais sans s'intégrer véritablement à l'enseignement dispensé3.

 
 

 exemple. De telles actions, bien que capables d'avoir un impact très significatif, restent néanmoins ponctuelles.

 
 

Quelle que soit l'action éducative considérée, il existe de grandes difficultés pour définir les messages appropriés et pour les faire passer auprès des jeunes intéressés afin qu'ils adoptent des comportements conformes aux attentes de la prévention.

 
 

Les difficultés rencontrées proviennent d'abord du fait que l'intégration des préoccupations relatives à la santé suppose, de la part des individus, une capacité à percevoir les états du corps et à anticiper les risques qu'ils encourent, de manière à en tenir compte4. Elles tiennent ensuite à la situation d'éducation, dans laquelle on cherche non seulement à obtenir que l'enfant, pour son bien, adopte les comportements appropriés, mais encore qu'il le fasse en assumant lui-même la responsabilité et la gestion de ces comportements. De ce point de vue, l'éducation pour la santé s'inscrit dans la mouvance des pratiques éducatives contemporaines et elle se trouve donc confrontée aux mêmes débats quant à la mise en oeuvre et à l'efficacité d'une telle démarche.

 
 

L'analyse des modalités selon lesquelles les risques pour la santé des adolescents sont perçus et, le cas échéant, pris en considération de différentes manières, tant par les parents et les spécialistes de l'éducation que par les jeunes concernés, constitue donc à la fois un révélateur et un enjeu essentiel des pratiques d'éducation.

 
 

Afin d'examiner les difficultés rencontrées pour faire une place aux préoccupations de santé dans les pratiques éducatives, la présente recherche s'appuie sur une enquête réalisée à partir de deux collèges. Cette enquête vise à comprendre comment s'articulent les attitudes des parents et des enseignants à l'égard de la santé avec celles des adolescents dont ils ont la charge. La recherche comporte donc deux volets dont le premier s'adresse aux parents et aux professionnels de l'éducation, tandis que le second s'adresse aux adolescents.

 
 

Le premier volet de ce travail examine la manière dont les adultes font passer leurs préoccupations relatives à la santé auprès des adolescents. Nous nous sommes interrogés, en particulier, sur la question de savoir comment parents et enseignants perçoivent les risques pour la santé encourus par les enfants, quels messages ils élaborent et comment ils s'organisent pour les faire passer. A quel type de justifications - de "leviers" - recourent-ils ? Font-ils état des risques pour la santé et de quelle manière ? Font-ils appel à la responsabilité des adolescents ? Au respect des normes sociales ou légales ?

 
 

 référence aux messages reçus ? Ou bien quelles sont les logiques selon lesquelles ils se comportent dans les différents domaines où leur santé est en jeu ? Quelle représentation ont-ils des problèmes qui se posent à eux ? A quels référents font-ils appel ? A des notions relatives à la santé ? Quelle part de leurs attitudes face au risque découle de la conformité à un comportement de groupe ?

 
 

Avant de présenter les premiers résultats obtenus, on reprendra le cadre conceptuel de cette recherche dans ses grandes lignes et on évoquera les modalités de l'enquête.

 
 

CONCLUSION

 
 

A partir des données réunies, nous avons réalisé une analyse des discours que tient chacun des trois groupes considérés au regard de la santé, parents, enseignants et adolescents.

 
 

En ce qui concerne les parents, différentes attitudes éducatives ont été distinguées qui se traduisent très directement dans les conceptions qu'ils développent en matière de santé. Certains parents considèrent que leur rôle est de guider les enfants et d'instituer des règles permettant notamment de les tenir à l'écart des dangers que les adultes anticipent. D'autres, au contraire, adoptent une attitude « maïeutique », estimant que leurs enfants doivent faire leurs propres expériences, y compris dans les domaines qui incluent certains risques pour la santé.

 
 

Chez les professeurs interrogés se retrouve la même diversité des stratégies éducatives. Certains d'entre eux mettent l'accent sur la hiérarchie maître-élève et sur la transmission des savoirs détenus par l'enseignant, tandis qu'on retrouve chez d'autres une attitude non-directive. Il est cependant remarquable que ces différences s'estompent lorsqu'il s'agit de santé. C'est en effet une représentation de la santé fortement imprégnée par des notions empruntées à la sphère biomédicale qui transparaît dans le discours des professeurs, quelle que soit leur orientation pédagogique. Restent alors des niveaux d'implication très différenciés, toute une partie d'entre eux considérant que leur responsabilité s'arrête à la porte de la classe, tandis que d'autres interviennent en prenant en considération l'ensemble de la vie des élèves.

 
 

S'agissant enfin des adolescents, certains restent fortement attachés à la sphère familiale et leurs discours témoignent du souci de répondre au désir de leurs parents. D'autres, prenant leur distance par rapport à la famille, se rapprochent de groupes de pairs qui influent fortement sur leur vision du monde et sur leurs dires en matière de santé. D'autres enfin accèdent à une autonomie plus grande, tant par rapport à l'univers familial que par rapport aux pairs, et expriment cette autonomie notamment par les propos qu'ils tiennent en matière de santé. En définitive, si les notions médicales et de prévention ne sont pas absentes du discours des adolescents, elles sont constamment mises à contribution pour exprimer les modalités selon lesquelles chacun d'entre eux définit ses relations avec son environnement proche.

 
 

Les préoccupations relatives à la santé des adolescents se caractérisent donc, conformément aux hypothèses de la recherche, par une très grande hétérogénéité : elles se situent, chez les parents, dans le droit fil de leurs attitudes éducatives, elles dérivent directement des savoirs biomédicaux dans le cas des professeurs et elles sont utilisées de diverses manières par les adolescents pour exprimer leur vision du monde. Il existe bien des décalages considérables dans les constructions sociales de la santé propres à chacune de ces trois catégories d'acteurs. Seuls les enseignants se réfèrent explicitement à des savoirs biomédicaux dont ils souhaitent contribuer à la transmission. Quant aux adolescents et à leurs parents, ils se servent des notions de santé avec différentes intentions : exprimer à travers cela une partie de leur identité, pour les adolescents, ou faire valoir leur orientation éducative, pour les parents. Pour les uns comme pour les autres, la santé est présente comme un support et comme un prétexte.

 
 

Les notions relatives à la santé sont partout présentes et, en même temps, comme nous l'avons souligné, ce n'est pas la logique de santé qui gouverne en tant que tel les comportements. Les adolescents, leurs parents ou les enseignants partagent toutes sortes d'informations qu'ils reçoivent et transmettent au sujet de la santé. Les adolescents s'intéressent d'ailleurs beaucoup à ces questions et sont avides d'accroître leurs connaissances dans ce domaine. Pourtant, il existe une rupture complète entre cette sphère des connaissances en matière de santé et les comportements que les adolescents adoptent dans le quotidien, qu'il s'agisse de leurs rythmes de vie, de leur manière de s'alimenter ou de leurs loisirs.

 
 

C'est à tort que l'on recherche dans des comportements qui touchent à des questions de santé l'expression de la mise en oeuvre de principes de santé - une mise en oeuvre qui se heurterait à des difficultés plus ou moins grandes au plan de la compréhension ou de l'actualisation des bonnes manières de faire. En pratique, les adolescents comme leurs parents peuvent adopter des comportements qui semblent liés à la santé sans leur attribuer une signification ayant trait à la santé. A travers de tels comportements, on a montré qu'ils ne font qu'exprimer la manière dont ils s'inscrivent dans leur univers ou la conception qu'ils ont de leur rôle.

 
 

Dit autrement, l'information concernant la santé est largement souhaitée, diffusée et souhaitable, mais elle ne constitue pas à elle seule le moteur des actions individuelles. Le savoir en matière de santé et les normes de comportement dans ce domaine sont comme détournés de leur finalité et mis à profit par les acteurs sociaux, enfants ou parents, dans différents contextes. Il faudra ultérieurement explorer les enseignements qu'un tel constat suggère pour la prévention.