Retour
 

Croissance et chômage

Auteur(s) :

Editeur :

  • La Documentation française

Collection : Les Rapports du Conseil d'analyse économique

Date de remise : Décembre 1998
100 pages

Pour lire les rapports au format PDF vous avez besoin d'un lecteur PDF.
Pour lire les rapports au format EPUB vous avez besoin d'un lecteur EPUB.

Numérique (PDF)
 
Télécharger

Présentation des causes de la décélération de la croissance et de l'augmentation du chômage : le ralentissement de la croissance de la productivité potentielle au milieu des années 1970, l'augmentation du chômage d'équilibre, l'insuffisance de la demande globale depuis le début des années 1990 correspondant à une augmentation keynésienne du chômage. Analyse des conditions de croissance qui permettraient d'abaisser de 5 points en 5 ans le taux de chômage et des politiques qui pourraient y contribuer.


Croissance
et chômage


Rapport
Olivier Blanchard
Jean-Paul Fitoussi









Untitled Document


Croissance
et chômage


Rapport
Olivier Blanchard
Jean-Paul Fitoussi




Résumé


Olivier Blanchard et Jean-Paul Fitoussi commencent par rappeler que
l'histoire de la croissance française depuis le milieu des années soixante-dix
est celle d'une décélération continue. Ce ralentissement résulte de trois
causes distinctes mais interdépendantes :
– une baisse du rythme de croissance de la productivité potentielle, à
partir du milieu des années soixante-dix, qui s'observe également dans la
plupart des pays industrialisés.;
– une augmentation du chômage d'équilibre.;
– une insuffisance de la demande globale, depuis le début des années
quatre-vingt-dix, qui correspond à une augmentation de la composante
keynésienne du chômage.
Olivier Blanchard et Jean-Paul Fitoussi expliquent la montée du chô-mage
par la succession de plusieurs séquences. Du début des années
soixante-dix jusqu'au milieu des années quatre-vingt, l'aggravation du
chômage fut la conséquence de revendications salariales excessives, ne
s'adaptant pas au ralentissement de la productivité potentielle et aux chocs
pétroliers. Depuis le milieu des années quatre-vingt, le chômage n'a pas
diminué pour deux raisons. Tout d'abord, les entreprises ont à la fois
reconstitué leurs marges et réduit leurs besoins en emploi pour un niveau
donné de production, cette double évolution pouvant être en partie expliquée
par celle des taux d'intérêt réels. Ensuite, l'augmentation du chômage depuis
le début des années quatre-vingt-dix résulte d'une insuffisance de la de-mande,
liée à une politique monétaire anormalement restrictive suivie d'une
politique budgétaire également restrictive aux fins de réduire les déficits
publics. De ce fait, le chômage effectif est actuellement plus élevé que le
chômage structurel, ce qui laisse de la place pour une politique d'expansion
de la demande avant que la baisse du chômage ne réveille les tensions
inflationnistes.
La réduction à 7,5.% (soit une baisse de cinq points) en cinq ans du taux de
chômage nécessiterait, selon Olivier Blanchard et Jean-Paul Fitoussi, une
croissance annuelle d'environ 3,6 -3,8.%. Compte tenu des niveaux actuels des
taux d'utilisation des capacités de production et de l'extension des capacités
productives qui pourrait être induite par l'accélération de l'investissement et
des réorganisations du travail, un tel rythme de croissance comporterait peu
de risques de tensions inflationnistes sur le marché des biens.
Les politiques économiques préconisées par les auteurs pour abaisser le
chômage portent à la fois sur la demande, pour réduire la composante
keynésienne du chômage, et sur l'offre, pour réduire le chômage d'équilibre.
La réduction des cotisations sociales sur les bas salaires, à la fois celles
payées par les salariés afin de stimuler la demande et celles à la charge des
employeurs pour abaisser le chômage d'équilibre, répond à ce double
objectif. Afin de rester compatible avec le respect des critères de Maastricht,
ces mesures devraient être progressivement mises en place, et de façon
coordonnée au niveau européen, dès lors que le retour à la croissance
permettra la constitution des marges de manœuvre budgétaires nécessaires.


Enfin, une réforme du système d'indemnisation du chômage le rendant plus
favorable à l'emploi pourrait également contribuer à abaisser le taux de
chômage d'équilibre, en trouvant le bon compromis entre les exigences de
la protection individuelle et les conséquences macro-économiques de cette
protection.
Si, dans son commentaire, Edmond Malinvaud, se déclare qualitative-ment
en accord avec l'analyse présentée par Olivier Blanchard et Jean-Paul
Fitoussi, leur message lui semble cependant minimiser les problèmes.
Concernant le diagnostic du déficit de croissance et de la montée du
chômage, Edmond Malinvaud exprime sa satisfaction de voir maintenant
reconnue l'affirmation selon laquelle la montée du chômage au début des
années soixante-dix jusqu'au milieu des années quatre-vingt était la consé-quence
d'une hausse excessive des salaires réels. Il lui semblerait cependant
plus juste de parler de «.revendications et concessions salariales excessi-ves.»
plutôt que, seulement, de «.revendications salariales excessives.».
Compte tenu d'une sous-estimation probable de la croissance de la produc-tivité
potentielle, il lui semble que la «.pression salariale.» doit être consi-dérée
actuellement comme proche, et non pas supérieure, à celle du début
des années soixante-dix. Enfin, pour les années quatre-vingt-dix, le déficit
de la demande ne lui semble pas seulement dû à une politique monétaire et
une politique budgétaire restrictives, mais aussi au désir des désendettement
des agents privés (entreprises et ménages).
Du fait des gains de productivité qui pourraient être induits, via différents
canaux, par une croissance plus forte, la croissance annuelle de 3,6-3,8.%
calculée par les auteurs du rapport comme suffisante pour réduire de cinq
points en cinq ans le taux de chômage parait sous-estimée à Edmond
Malinvaud, qui l'évalue plutôt aux environs de 4.%. Or, un tel rythme de
croissance lui semble présenter des risques de tensions inflationnistes sur
l'utilisation des capacités de production industrielles, même dans l'hypo-thèse
d'un redémarrage rapide de l'investissement.
Enfin, Edmond Malinvaud remarque que, si les auteurs plaident pour que
soient combinées des réformes structurelles et des politiques macro-économiques,
les premières, qui ont pourtant fait l'objet dans d'autres pays
de longs programmes mais qui n'ont guère de faveurs aux yeux des Français,
sont peu développées dans le rapport.
Dans son commentaire, Gilbert Cette commence par rappeler la fragilité
de tout calcul de la croissance de la productivité potentielle, du fait des
incertitudes des mesures du stock de capital fixe productif et du choix
normatif de l'indicateur de taux de marge mobilisé.
Il partage l'opinion d'Edmond Malinvaud sur la sous-estimation, par les
auteurs du rapport, de la croissance annuelle nécessaire pour abaisser de
cinq points en cinq ans le taux de chômage, croissance qu'il situe à environ
4,5.%. Aussi, les risques inflationnistes d'un tel objectif lui semblent éga-lement
bien réels, sur le marché des biens, comme cela a déjà été signalé,
mais aussi sur le marché du travail. En effet, les créations d'emplois


à celles observées sur le passé. Il rappelle à cet égard l'épisode du haut de
cycle de la fin des années quatre-vingt, où la baisse du taux de chômage de
10,5.% en 1987 à 8,9.% en 1990 s'était accompagnée d'une vive augmen-tation
des difficultés de recrutement des entreprises et de tensions salariales
marquées. Il lui semble donc que, compte tenu d'effets d'hystérèse, la
contraction du chômage devrait être plus progressive pour ne pas entraîner
de tensions inflationnistes sur les marchés des biens et du travail.
Concernant les effets de l'orientation des politiques monétaires et bud-gétaires
sur les années quatre-vingt-dix, il semble à Gilbert Cette qu'il
faudrait également signaler le bénéfice de plus long terme de ces orienta-tions,
notamment l'annulation progressive de la prime de risque sur les taux
longs français par rapport aux taux longs allemands.
Enfin, Gilbert Cette souligne que la mobilisation, suggérée par les
auteurs, des marges de manœuvre budgétaires ouvertes grâce à la reprise,
est en fait une politique de soutien et d'amplification de cette reprise.
D'autres conditions, comme le maintien en Europe de bas taux d'intérêt,
garantiront davantage la pérennité de la reprise.
La seconde partie de cet ouvrage est consacrée aux réponses apportées
par les administrations économiques et par les auteurs du rapport aux
questions du Premier Ministre concernant le rythme de croissance néces-saire
pour commencer à réduire le chômage, les perpectives de croissance
et d'emploi à moyen terme, et l'impact des allégements de charges sociales
sur le contenu en emploi de la croissance. Paul Champsaur, Directeur
général de l'INSEE, analyse l'évolution de la population active et de la
productivité, ainsi que la relation entre croissance, emploi et chômage sur
longue période en soulignant le rôle du temps partiel et de l'allégement du
coût du travail peu qualifié dans l'augmentation du contenu en emploi de la
croissance. Claude Seibel, Directeur de la DARES, évalue l'enrichissement
récent du contenu en emploi de la croissance à 0,5 point par an se décom-posant
pour deux-tiers en réduction du temps de travail résultant du déve-loppement
du temps partiel et un tiers en effet de la baisse du coût du travail
peu qualifié. Jean-Philippe Cotis, Directeur de la Prévision, évoque l'écart
entre la croissance potentielle et la croissance effective et conclut que,
compte tenu d'un déficit de demande proche de 4.% du PIB, la France
pourrait soutenir sans accélération de l'inflation une croissance de 3.% l'an
pendant quatre ou cinq ans.
En conclusion, Jean-Paul Fitoussi évoque la complémentarité entre la
croissance et la réduction du temps de travail, d'une part parce qu'à long
terme la croissance rend solvable la demande de loisirs, d'autre part parce
que la réduction du temps de travail permet, en terme d'emploi, d'économi-ser
l'équivalent de deux points de croissance. Par rapport aux évaluations
du rapport, il «.suffirait.» alors que le taux de croissance s'établisse entre
3,2 et 3,4.% en moyenne pour revenir en 5 ans à un taux de chômage de
7,5.%.


l'OFCE apportent des éclairages sur les perspectives macro-économiques à
moyen terme, la croissance potentielle, et l'impact sur l'emploi de la
politique de réduction du temps de travail.