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Rapport de recherche sur les agresseurs sexuels

Auteur(s) :

Editeur :

  • Direction générale de la santé

Date de remise : Novembre 1996
291 pages

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Cette recherche s'intéresse aux agresseurs sexuels en s'inscrivant dans une optique thérapeutique, selon un axe de compréhension psychanalytique. Elle évalue le fonctionnement psychique des sujets auteurs de délits et crimes sexuels, afin de potentialiser les actions thérapeutiques menées par les équipes de soins auprès de ces sujets.


SECTION 1


1 - Nature de la recherche p. 5


2 - L'Hypothèse générale p. 5


3 - Objectifs de la recherche p. 6


4 - Méthodologie p. 6


4.1 - Construction du questionnaire p. 7


4.2 - Populations : Comparaison de 2 groupes : Agresseurs sexuels et Témoins p. 8


4.3 - Nécessité des épreuves projectives p. 9


4.4 - Recueil des données p. 9


4.5 - Traitement des données p. 10


5 - Partenariat scientifique p. 10


6 - Temps de recherche p. 11


7 - Mise en place d'une trame relationnelle thérapeutique p. 11


Mode de traitement statistique p. 12


La population p. 13


Les catégories de délits sexuels utilisées dans la recherche 14


1 - Les catégories psychiatriques et psychodynamiques p. 14


2 - Rappel des catégories pénales p. 15


3 - Chefs d'inculpations de la cohorte des agresseurs sexuels 15


I - LES DONNÉES SOCIO-DÉMOGRAPHIQUES


1 - Les données socio-démographiques pour les deux cohortes ramenées à la population générale des détenus p. 19


2 - Comparaison des données démographiques entre cas et témoins p. 20


2.1 - Prévenus et condamnés p. 20


2.2 - Moyenne d'âge p. 20


2.3 - Origine par nationnalité p. 20


2.4 - Niveau scolaire et formation professionnelle p. 21


2.5 - Les Catégories Socio-Professionnelles p. 21


2.6 - Sujets exerçant une activité professionnelle à la date des faits p. 22


3 - Analyse socio-démographique à partir des catégories judiciaires p. 22


3.1 - Prévenus et condamnés p. 22


3.2 - Âge et catégories judiciaires p. 23


3. 3- Origine des sujets selon la catégorie judiciaire p. 23


3.4 - Catégorie judiciaire et niveau d'éducation p. 24


3.5 - Catégorie judiciaire et formation professionnelle p. 25


3.6 - Activité professionnelle à la date des faits et catégories judiciaires p. 25


3.7 - Attribution d'allocation et catégories judiciaires p. 26


Résumé p. 28


II - NATURE DES CRIMES ET DÉLITS ET SITUATION JUDICIAIRE DES SWETS '


1 - Chefs d'inculpations de la cohorte Témoin p. 31


2 - Situation judiciaire et récidive p. 31


2.1 - La moitié des récidives est sexuelle p. 31


2.2 - Le plus et le moins de la récidive p. 35


2.3 - Le récidiviste n'a pas de véritable volonté de changement p. 36


Résumé p. 38


3 - Reconnaissance du délit p. 39


3.1 - Les catégories judiciaires et la reconnaissance du délit p. 39


3.2 - Lorsque la reconnaissance est totale p. 41


3.3 - Lorsque la reconnaissance est partielle p. 42


3.3.1 - Chez les violeurs d'adultes ou d'enfants p. 42


3.3.2 - Chez les autres agresseurs p. 42


3.4 - Ce qui n'est pas reconnu, c'est la violence en tant qu'affect identifiant p. 43


3.5 - L'altérité est plus reconnu par les auteurs de CBV p. 44


3.6 - La reconnaissance du délit : un indicateur de travail thérapeutique p. 45


Résumé p. 46


III - LA VICTIME


1 - Age de la victime p. 48


2 - Sexe de la victime p. 48


3 - Le choix de l'âge : un révélateur de l'homoérotisme p. 49


4 - Désubjectivation de la victime p. 50


Résumé p. 53


IV - AVANT LE DÉLIT, L'ACTE DÉLICTUEUX EXISTAIT IL DANS LA VIE PSYCHIQUE DU SUJET ?


1 - Les autres types de comportement transgressifs non judiciarisés p. 55


2 - Y a t'il une "formulation psychique" de l'acte antérieure au délit?p. 56


3 - Le stimulus inducteur d'une pensée de l'acte p. 57


4 - L'acte délictueux est une forme de stratégie anti-dépressive p. 57


5 - Quand la source de liaison devient source d'excitation p. 59


Résumé p. 59


V - ÉVÉNEMENTS, ATTITUDES PSYCHIQUES ET COMPORTEMENTS PRÉCÉDENTS L'ACTE DÉUCTUEUX


1 - Le délit arrive à une époque particulière de la vie du sujet p. 61


2.1 - Participation de l'acte au traitement de la perte objectale p. 62


2 - Présence d'adjuvant avant l'acte : l'alcool conceme moins d'un tiers des agresseurs p. 63


3 - Dans la moitié des cas, le délit est déclenché par une impulsion p. 64


4 - Les phénomènes psychiques au déclenchement de l'acte : la question de la dépersonnalisation et de l'hallucination? p. 65


5 - Pour plus des deux tiers des sujets, l'acte s'impose à eux : l'abolition subjective p. 68


6 - Rationnalisation du passage à l'acte : rationnalisation de la survie psychique et "prédation" de l'enfance p. 69


7 - L'état émotionnel au déclenchement de l'acte p. 70


8 - L'acte surgit dans un climat d'effacement du processus représentatif p. 71


Résumé p. 72


SECTION 2


VI - QUE SE PASSE-T-IL PENDANT LE DÉROULEMENT DE L'ACTE?


1 - L'acte délictueux procure principalement un apaisement p. 74


2 - L'apaisement comme réponse au dépassement par l'excitation p. 75


3 - "Se sentir anormal" au moment de l'acte : un indicateur thérapeutique p. 77


4 - L'acte aurait il pû être empêché? p. 78


Résumé p. 80


VII - LES VÉCUS APRÈS L'ACTE DÉLICTUEUX


1 - Les sentiments de honte et de culpabilité éprouvés après racte sont "inefficaces" p. 82


2 - Perception des conséquences de l'acte p. 84


2.1 - Pour le sujet lui-même p. 85


2.2 - Pour la victime p. 85


2.2.1 - Les effets néfastes de l'acte p. 86


2.2.2 - Les effets de "suite" p. 87


2.3 - Le sujet ne perçoit pas, ou mal, la réalité des conséquences de l'acte délictueux pour la victime p. 88


3 - Revendiquer la responsabilité de l'acte p. 89


4. - Se sentir victime des événements p. 90


5 - L'acte devait il "fatalement" arriver dans la vie du sujet? p. 91


6 - Volonté de changement du sujet p. 92


6.1 - Le prix du changement p. 92


6.2 - Avoir déjà entrepris quelque chose pour changer p. 94


6.3 - Changer quelque chose en soi pour que l'acte ne se passe pas p. 96


7 - Soulagement d'être arrêté p. 98


7.1 - Le soulagement d'être arrêté : un bon indicateur thérapeutique p. 99


Résumé p. 100


VIII - CARACTÉRISTIQUES DE L'ACTE D'AGRESSION


1 - Caractéristiques spatiales p. 102


2 - Caractéristiques temporelles p. 102


3 - L'espace, le temps et le regard : les dangers de l'altérité et la dictature économique p. 103


4 - Avoir voulu montrer quelque chose à la victime p. 104


5 - La contrainte p. 105


6 - La violence de l'acte n'est pas repérée p. 106


7 - L'humiliation p. 108


8 - Reconnaître la contrainte : un indicateur thérapeutique p. 109


Résumé p. 110


IX - VIE SEXUELLE EN DEHORS DE L'ACTE CONSIGNÉ DANS LE CHEF D'INCULPATION


1 - Les rapports sexuels et leurs qualités chez les agresseurs sexuels p. 112


1.1 - Comparaison avec les témoins p. 113


1.2 - Qualité de la satisfaction que procure cette vie sexuelle p. 114


2 - Initiation à la vie sexuelle : sous le signe de la "séduction" p. 115


3 - L'hypothèse d'une "séduction" continue primaire p. 117


4 - Les modifications dans la vie sexuelle p. 118


5 - La masturbation p. 119


6 - Les sources d'excitations p. 120


6.1 - masturbatoires p. 120


6.2 - Dans la sexualité générale p. 121


Résumé p. 122


X - INVESTIGATION DE LA PERSONNALITÉ


1 - Les angoisses p. 124


2 - La dépendance à l'environnement exteme p. 126


En résumé p. 128


3 - Représentation de la folie p. 128


En résumé p. 129


4 - Les phobies p. 129


4.1 -Pendant l'incarcération p. 130


4.2 - Avant l'incarcération p. 130


5 - Des passions envahissantes? p. 131


Résumé p. 133


6 - Les difficultés relationnelles p. 134


Résumé p. 135


7 - Comportement relationel et émotionnel avant l'incarcération p. 135


8 - Comportement relationnel et émotionnel pendant l'incarcération p. 137


Résumé p. 139


9 - Réactivité à la solitude et décompensation psychiatrique p. 139


10 - Addiction p. 140


SECTION 3


XI - L'ACTIVITÉ ONIRIQUE


1 - Organisation formelle d'un rêve récent: l'indigence p. 142


2 - Les contenus des rêves récents p. 143


3 - Les rêves chez les sujets incestants et pédophiles p. 145


4 - Les rêves de violence p. 147


5 - Rêver au délit p. 150


6 - Rêves d'argent et de plaisir p. 150


7 - Le rêve chez le pédophile : au delà du principe de plaisir, le silence et le meurtre p. 151


8 - Les cauchemars p. 153


8.1 - Les cauchemars avant l'incarcération p. 154


8.2 - L'évolution des cauchemars p. 159


9 - Rêves traumatiques d'agression dans l'enfance p. 163


Résumé p. 164


XII - EXPLORATION DES VÉCUS D'ENFANCE ET D'ADOLESCENCE


1 - L'école p. 166


2 - Une tendance précoce à l'exercice de la cruauté p. 166


3 - Les troubles sexuels apparaissent tôt dans les demandes de consultations spécialisées p. 167


4 - Les agressions sexuelles dans l'enfance et/ou l'adolescence p. 167


Résumé p. 169


XIII - LES ANALYSES DES CORRESPONDANCES MULTIPLES (ACM)


1 - ACM sur l'importance de l'age et du sexe de la victime p. 171


2 - ACM sur les sentiments éprouvés par rapport à l'acte p. 173


3 - ACM sur sentiment de rejet et de sentiments paranoïaques p. 175


4 - ACM sur l'agression dans l'enfance et choix d'objet ultérieur p. 177


5 - ACM sur les sujets élevés seul par leur mère p. 178


XIV - INVESTIGATION FAMILIALE ET SOCIALE


1 - Mode de logement p. 181


2 - Mode de vie p. 181


3 - Composition de la famille actuelle p. 183


4 - Famille d'origine p. 184


5 - Grands-parents p. 185


6 - Séparation familiale p. 186


7 - Sujets élevés par leur mère p. 187


8 - Décès des parents p. 188


9 - Traumatismes familiaux p. 189


10 - Relation au père, à la mère p. 191


11 - Réseau de sociabilité p. 192


Résumé p. 194


XV - ETUDE DU CONTRE TRANSFERT DE L'INVESTIGATEUR p. 196


XVI - IMPACT DU QUESTIONNAIRE ET DEMANDE DE SOIN p. 197


XVII - LES ÉPREUVES PROJECTIVES


1 - Une grande variabilité inter-individuelle de la population étudiée p. 199


2 - Une relative variabilité intra-individuelle entre Rorschach et TAT p. 200


2.1 - Du surinvestissement perceptif à remprise perceptive : une relation d'emprise réciproque p. 201


2.2 - Les mouvements pulsionnels et leur représentation (ou l'archipel pulsionnel) p. 202


2.3 - L'angoisse et les mécanismes de défense p. 204


2.3.1 - La nature de l'angoisse p. 204


2.3.2 - La perte de robjet et son destin p. 206


2.3.3 - Les mécanismes de défense p. 208


Résumé p. 209


SECTION 4


XVIII - LA RÉCIDIVE ET LA QUESTION DE LA PROGRESSION DANS LE DÉLIT : "LE DÉLIT CALMANT"?


1 - Statut des atteintes à l'intégrité physique des personnes dans les statistiques officielles de 1994 sur la criminalité p. 211


2 - La récidive et les affaires de moeurs p. 212


3 - L'hypothèse d'une progression du délit : rexcitation calmante p. 214


4 - L'acte perceptif, une défense contre l'angoisse p. 217


XIX - CAPACITÉ DE MENTALISATION CHEZ L'AGRESSEUR SEXUEL


1 - L'Angoisse p. 222


2 - Comparaison entre le comportement relationnel avant et pendant l'incarcération p. 222


3 - La contenance psychique p. 226


4 - Passivité, activité et potentialité de régression p. 228


5 - La capacité dépressive p. 229


6 - L'activité onirique p. 229


7 - La répression : mode de défense prévalent p. 231


XX - LE TRAVAIL DE FORMATION AVEC LES ÉQUIPES ET L'ÉLABORATION D'UNE "PRAGMATIQUE DE LA MENTALISATION"


1 - Résistances au QIPAAS p. 235


2 - Difficulté d'une connaissance réelle de l'acte p. 236


3 - La question des refus de passation p. 237


4 - Le QIPAAS : un "aménageur" thérapeutique p. 238


4.1 - Questionner : un "forçage" nécessaire de la parole p. 238


4.2 - La description de l'acte : un moment dynamique p. 239


5 - Les difficultés d'évocation de l'intimité psychique reflètent une régression malaisée p. 240


6 - L'effet de médiatisation et de renforcement de la contenance psychique p. 241


6.1 - La contenance psychique permet à racte d'horreur de devenir "blessure à penser" p. 242


7 - Une ligne de conduite : chercher à susciter la demande p. 243


8 - Les équipes et rutilisation du QIPAAS p. 243


8.1 - Unification du tissu thérapeutique au niveau national p. 233


XXI - SYNTHÈSE DES RÉSULTATS


1 - Le délinquant sexuel, son acte et sa victime p. 248


2 - L'acte d'agression : caractéristiques et composantes psychiques et environnementales p. 250


3 - La vie familiale, sexuelle et l'insertion sociale de l'agresseur p. 252


4 - L'enfance et l'adolescence p. 254


5 - Vie psychique et organisation psychopathologique p. 255


6 - La question du "changement", les possibilités de traitement et les indicateurs thérapeutiques p. 257


XXII - POUR CONCLURE : FAVORISER LA MISE EN PLACE TRAITEMENT PENDANT LA DÉTENTION ET DÉVELOPPER LE SUIVI POST-PÉNAL p. 262


XXIII - LE DEVENIR DU QIPAAS


1 - Un devenir de raction "recherche": la création de l'ARTAAS p. 266


2 - Impact de l'ARTAAS sur la formation des personnels p. 267


XXIV - VALORISATION DE LA RECHERCHE p. 268


1 - Données socio-démographiques:p. 3


2 - Nature des délits et des récidives p. 3


3 - Reconnaissance du délit p. 4


4 - La victime p. 5


5 - Que se passait il avant le délit dans la vie psychique du sujet à propos de l'acte délictueux ? p. 5


6 - Les événements, attitudes psychiques et comportements précédents l'acte délictueux p.5


7 - Que se passe t'il psychiquement pendant l'acte p. 6


8 - Les vécus après l'acte délictueux p. 6


9 - Les caractéristiques de l'acte d'agression p. 7


10 - La vie sexuelle de l'agresseur en dehors de l'acte d'agression p. 7


11 - Les angoisses p. 8


12 - Les représentations de la folie p. 8


13 - Les phobies, les peurs et les passions p. 8


14 - L'activité onirique p. 8


15 - Les difficultés relationnelles p. 9


16 - Les comportements relationnels et émotionnels avant et pendant l'incarcération p. 9


17 - Les vécus d'enfance et d'adolescence p. 9


18 - La vie familiale et l'insertion sociale p. 10


19 - Les épreuves projectives p. 10


Pour conclure p. 11







L'étude compare deux populations, l'une composé de 176 cas d'auteurs d'agressions sexuelles, toutes qualifications judiciaires confondues et 32 témoins ou "non agresseurs sexuels" (désignés encore par le terme "Témoins"), tous incarcérés pour violences physiques ayant ou non entraîné la mort, avec ou sans intention de la donner, mais sans antécédent de crime ou de délit sexuel. L'étude à été mené auprès de 18 SMPR, CD et MA répartis sur le territoire national français.


1 - Données socio-démographiques


Notre population d'Agresseurs Sexuels est plus âgée que celle incarcérée pour violence physique (moyenne d'âge des Cas = 40 ans). Dans leur très grande majorité de nationalité française (95%) avec pour les trois quart d'entre eux des parents d'origine française, (il y a significativement moins d'Africains du Nord chez les Cas que chez les Témoins). Les Agresseurs sexuels, ici en parité avec les Témoins, présentent un plus faible niveau de scolarisation que la moyenne des sujets incarcérés. Pour autant, au premier abord. ils présentent une meilleure intégration dans la vie professionnelle que les Témoins, ainsi qu'une meilleure insertion dans celle-ci, puisque un sur six est un cadre (1 sur 33 chez les Témoins).


De l'ensemble du croisement des données socio-démographiques et des catégories judiciaires utilisées dans la recherche, il appert que la catégorie des violeurs d'adultes se dégage comme particulièrement fragile sur le plan de son insertion sociale. Ce sont certes les plus "jeunes" de notre cohorte mais ils présentent un niveau d'éducation bas; ils ont quantitativement le plus faible niveau de formation professionnelle et la plus instable insertion professionnelle à la date des faits ainsi que la plus délicate autonomie financière.


2 - Nature des délits et des récidives


Deux tiers des Agresseurs sexuels sont incarcérés pour la première fois, mais près de la moitié sont des récidivistes avec une moyenne identique dans les deux cohortes de trois récidives par sujet et un âge moyen à la première incarcération de 27 ans chez les Agresseurs sexuels. Ce sont les agresseurs de mineurs non-incestants qui récidivent le plus et les violeurs de mineurs incestants qui récidivent le moins. Cependant pour les sujets incestants un sujet sur trois admet que la conduite délictueuse avait un caractère de régularité dans sa vie.


Une analyse qualitative des récidives dans les deux cohortes montre, de manière discriminante, que l'on ne rencontre aucune ILS chez les Cas, pas plus que l'on ne rencontre de problèmes judiciarisés d'alcoolisation chez les Témoins. Par contre, la récidive sexuelle est un risque constant pour les Agresseurs sexuels et occupe au moins la moitié des récidives, avec le fait que plus le nombre de récidives augmente, plus augmente le risque que la récidive soit sexuelle, mais plus augmente aussi l'éventualité de l'atteinte physique violente aux personnes.


Chez les sujets récidivistes, les condamnations ou les incarcérations antérieures n'ont provoquées aucune transformation psychique par rapport aux sujets "primaires". Ainsi,une fois en dehors d'un cadre judiciaire et/ou pénal, ils ne chercheront pas à tenter une démarche thérapeutique dont aucun bien-fondé ne leur


3 - Reconnaissance du délit


Moins de un agresseur sur deux reconnaît totalement l'acte délictueux, mais si l'agresseur fut lui-même agressé dans son enfance ou adolescence, il reconnaît plus fréquemment les faits. Ce sont les violeurs de mineurs non incestants qui présentent le plus de réticence à reconnaître les faits. L'alcoolisation entraîne une réticence à la reconnaissance de l'acte, en revanche si le sujet évoque l'acte comme une impulsion, il en reconnaîtra plus sa délictuosité.


Lorsque la reconnaissance de l'acte est totale, il y a moins de plaisir évoqué pendant l'acte et plus d'apaisement. Lorsqu'un sujet a lui-même subi une agression sexuelle dans son enfance, il reconnaîtra plus facilement totalement les faits.


Lorsque la reconnaissance est partielle, chez les violeurs d'enfants ou d'adulte ce qui ne sera pas reconnu en premier est l'intrusion corporelle, chez les autres agresseurs ce sera le fait de l'acte d'agression et la victime sera présentée comme "séductrice" ou "consentante". Cependant pour tous les agresseurs ce qui est en filigrane refusé en permanence, c'est la violence.


La reconnaissance totale du délit est un indicateur sur lequel un travail thérapeutique pourra s'appuyer.


4 - La victime


Les agresseurs sexuels connaissent plus fréquemment leur victime que les Témoins. L'âge de la victime a de l'importance pour un auteur sur 3, mais concerne moins les auteurs d'actes incestueux, les plus concerné étant les auteurs d'agression sur sujets de moins de 15 ans. Chez ces derniers, l'âge de préférence pour le choix d'une victime est inférieur à 15 ans. Quand il y a un âge de préférence, la victime est le plus souvent de sexe masculin. Si l'agresseur a lui même été agressé dans l'enfance, il accorde plus souvent de l'importance à l'âge de la victime.


Le sexe de la victime est important pour un agresseur sur deux, dans un tel cas la victime est moins souvent un mineur. Les agresseurs agressés dans l'enfance ont plus souvent une victime de sexe masculin.


Le choix de l'âge de la victime est un révélateur de l'homoérotisme du sujet.


Au moment de l'agression, les qualités humaines de la victime disparaissent pour l'agresseur sexuel.


5 -Que se passait il avant le délit dans la vie psychique du sujet àpropos de l'acte délictueux?


Un tiers des agresseurs sexuels ont eu d'autres comportements susceptibles d'être jugés comme délictueux mais non judiciarisés dont prés de la moitié d'entre eux sont de même nature que le délit. Dans la moitié des cas ces comportements sont apparus à l'adolescence et dans un sixième dans l'enfance du sujet.


Un agresseur sur quatre avait déjà pensé à l'acte délictueux avant de passer à l'acte mais, en règle générale, l'aspect dangereux n'est pas perçu. L'acte délictueux apparaît comme une stratégie anti-dépressive face à l'impossible maîtrise de la montée d'excitation.


6 -Les événements, attitudes psychiques et comportementsprécédents l'acte délictueux


Pour plus d'un tiers des agresseurs sexuels, l'acte d'agression s'est passé dans une période particulière de leur vie. Les événements cités semblent indiquer que perdure une situation traumatique ancienne faisant que ces sujets ont du mal à traiter les signaux de "perte objectale". Il est confirmé que l'acte délictueux surgirait en lieu et place de la défaillance de leur capacité dépressive.


L'alcoolisation est présente dans un tiers des passages à l'acte. Près de la moitié des agresseurs reconnaissent qu'une impulsion est à l'origine de leur acte. La présence de cette reconnaissance est un élément favorisant sur le plan thérapeutique.


Presque un quart des agresseurs a eu une "pensée" ou une "image" avant le déclenchement de l'acte mais qui semblent se présenter sous le statut d'une quasi hallucination indiquant des éprouvés proches de la dépersonnalisation signant une abolition subjective face à la montée excitative. Le surgissement de l'acte se déroule donc dans un climat d'effacement du processus de représentation psychique.


7 - Que se passe-t-il psychiquement pendant l'acte?


C'est principalement un éprouvé d'apaisement que procure l'acte délictueux. Retour au "calme" qui suit le sentiment intérieur d'un dépassement par l'excitation au moment du déclenchement de l'acte. Ce dépassement est vécu par les sujets comme étant inquiétant, d'autant plus qu'ils perçoivent l'impossibilité d'un contrôle et l'effacement de leur limites subjectives. Ainsi, un agresseur est il plus acteur de son acte qu'auteur.


Le fait de se sentir "anormal" au moment de l'acte, constitue un bon indicateur thérapeutique.


Enfin ces sujets semblent pour une grande part d'entre eux incapables d'évaluer leur degré de dangerosité.


8 - Les vécus après l'acte délictueux


Honte et culpabilité sont indifférenciées par les agresseurs. Si la honte est plutôt celle d'avoir perdu le contrôle de soi, la culpabilité est inefficace et révèle donc une incompréhension de la dimension délictueuse de l'acte. Elle pourra néanmoins être utilisée comme point d'accroche pour un travail thérapeutique.


Moins de un sur deux ne perçoit, ni le lien entre l'acte commis et leur incarcération, ni les conséquences que son acte pourrait avoir pour la victime. Cependant, même lorsque des conséquences sont perçues pour la victime, celles-ci doivent être tempérées et ne sont pas forcément le signe d'un véritable travail psychique de "re-connaissance". Ce point indique la nécessité de l'action judiciaire pour qu'une telle reconnaissance puisse advenir, d'autant plus que la moitié de ceux revendiquant la responsabilité de leur acte n'en perçoivent pas les conséquences pour la victime, que prés des deux tiers des agresseurs se sentent victime des événements et qu'un sur cinq pensait que cela devait "fatalement" arriver dans sa vie. Ce dernier point est d'autant plus vrai que le sujet agresseur a été lui-même agressé dans son enfance.


Plus des deux tiers désirent changer mais seul un agresseur sur deux a fait quelque chose pour changer. Plus les sujets reconnaissent complètement être l'auteur du délit, plus leur gradient de volonté de changement augmente. L'analyse du "prix à payer" pour ce changement révèle que 88% sont prêts à "payer le prix fort", mais que ce dernier laisse transparaître soit une incompréhension du terme symbolique, soit une violence (sacrificielle ou mutilatrice) à l'identique de l'acte d'agression lui-même. Parmi les sujets qui désirent changer, seul un tiers a réellement entrepris une action "efficace. Les récidivistes ne font rien de plus que les autres pour "changer". Ce quiest efficace pour provoquer la demande de changement et de soinc'est, à chaque fois, la condamnation actuelle. La période d'intervention thérapeutique féconde chez les récidivistes est donc juste après leur condamnation. Cependant presque deux agresseurs sur trois perçoivent confusément'que quelque chose en eux serait à changer, qui signe l'attente d'une injonction à caractère interdicteur, conteneur et donc projecteur.


Enfin, lorsque l'arrestation soulage le sujet, ce qui est le cas pour plus d'un agresseur sur trois, cela constitue un bon indicateur thérapeutique.


9 - Les caractéristiques de l'acte d'agression


Moins de un agresseur sur cinq cherche un lieu particulier pour l'exercice de son acte et un sur cinq préfère un moment précis de la journée. L'essentiel est d'être - mis à part l'exhibitionniste, et encore - à l'abri du regard de l'autre au moment du déclenchement de l'acte. Dans ces moments, toute forme d'altérité deviendra menaçante pour le sujet.


Moins de un sujet sur cinq reconnaît avoir voulu montrer quelque chose à la victime. La même proportion admet avoir exercé une contrainte sur elle. La contrainte physique surgit le plus souvent lors de la manifestation de refus par la victime. La violence morale de l'acte n'est pas repérée par l'agresseur. Si les parents incestants sont seulement 2% à reconnaître la présence de violence dans l'acte d'inceste, les agresseurs d'enfantsreconnaissent moins souvent la violence que ceux d'adultes.


Enfin, la reconnaissance de la contrainte est un bon indicateur thérapeutique.


10 -La vie sexuelle de l'agresseur en dehors de l'acte d'agression


En dehors de l'acte délictueux 80% des agresseurs présentent une vie sexuelle dont 78% se disent satisfait. Pour décrire celle-ci les agresseurs insistent plus sur l'aspect quantitatif : les fréquences, les "besoins" sexuels importants et insatisfaits (particulièrement les violeurs) mais aussi sur les conduites sexuelles très singulières ou régulièrement délictueuses (pédophilie, exhibitionnisme). Le passage à l'acte délictueux procure plus de satisfaction, que l'acte habituel, à deux agresseurs sur cinq. Leur vie sexuelle a débuté de manière significative dans un climat de séduction même quand il n'y a pas eu d'agression sexuelle dans l'enfance, ce qui permet de poser l'hypothèse que dans l'enfance de ces sujets ils furent soumis à une séduction continue primaire de la part d'un objet environnemental primordial. Moins de un agresseur sur deux connaîtra une modification importante de sa vie sexuelle dont la principale sera l'arrêt des relations avec sa partenaire habituelle.


La masturbation peut se présenter chez l'agresseur sous une forme impérative et de toute manière la fréquences y plus élevée que chez les témoins. Elle révèle une carence d'auto-érotisme psychique ainsi qu'une capacité de refoulement moindre. Seuls parmi les agresseurs sexuels on rencontre des sujets utilisant comme vecteur inducteur de leur sexualité des images présentant des jeunes enfants.


11 - Les angoisses


Plus fréquemment angoissés que les Témoins, les agresseurs sexuels présentent principalement des angoisses de type narcissique et d'adaptation. Leur anaclitisme les rend dépendants d'un environnement (dépendance qui est recherchée), dont ils se défendent mal (indiquant un pare-stimulus peu protecteur) et auquel ils cherchent à s'adapter. Cet ensemble est particulièrement cohérent et nous indique que les agresseurs sexuels n'ont pas pu organiser une capacité dépressive fonctionnelle. Enfin, les figures surmoïques relèvent d'un Moi-idéal cruel, plus que d'un Surmoi secondarisé. La fragilité de la constitution de l'objet, son peu d'étayage interne et la présence de pensées suicidaires violentes peut faire redouter des passages à l'acte autolytique mélancoliforme.


12 - Les représentations de la folie


S'il n'y a pas de grandes différences quant aux représentations de la folie, nous retrouvons le fait que les agresseurs, quoique pressentant autant que les Témoins qu'ils pourraient s'effondrer, en ont moins- de représentation qu'eux, nous indiquant ainsi une cohérence psychique plus faible, oeuvre certainement du clivage. Par contre, leurs représentations portent plus souvent sur le sentiment que quelque chose en eux pourrait se rompre, avec l'émergence d'images d'actes autolytiques ou celles de grande violence sur des enfants - ce qui nous permet de percevoir que derrière les discours d'attirance, d'attachement ou d'affection porté à l'enfant se cache une dimension violente, voire meurtrière..


13 - Les phobies, les peurs et les passions


Les agresseurs sexuels présentent en dehors de leur incarcération nettement moins de peurs et de systèmes phobiques organisés que les Témoins. Spécifiquement mais isolément, certains peuvent craindre la répétition et l'aggravation de l'acte délictueux. Par contre l'incarcération viendra très fortement potentialiser ces mécanismes, alors qu'elle les atténuera chez les Témoins. Pour faire face à ces peurs, au delà des techniques d'évitements propres aux deux groupes, seulement chez les agresseurs sexuels on rencontre une attitude auto-agressive. Les passions peu différentes des Témoins portent, lorsqu'elles sont spécifiques des agresseurs sexuels, directement sur les enfants pour certains pédophiles et pères incestueux, sur les femmes pour certains violeurs. La passion pour le feu, les jeux (dont ceux d'argent), la religion et les systèmes philosophiques n'a pas été rencontrée dans la population témoin.


14 - L'activité onirique


Les agresseurs sexuels présentent une activité onirique moins bien organisée que celle des témoins qui l'est déjà peu. Très pauvre, tant dans la forme que dans le contenu, elle révèle un fonctionnement préconscient peu développé avec de nombreux versants traumatiques qui se traduisent par des rêves répétitifs des traumatismes de l'enfance, particulièrement ceux provoqués par les agressions parentales sur l'enfant ou encore d'autres agressions sexuelles vécues par eux, autant d'éléments inexistants chez les Témoins. Les sujets incestants ou pédophiles présentent de manière caractéristique des rêves où se trouve figurées des images d'enfants sans scénario. L'étude de l'activité onirique révèle la très grande difficulté qu'ont les agresseurs sexuels, quelque soit leur délit, à engrammer la montée d'excitation interne qui fonctionne comme un traumatisme. L'étude des cauchemars témoigne, malgré des apparences contraires, que l'incarcération permet un réaménagement des potentialités préconscientes de ces sujets.


15 -Les difficultés relationnelles


Quoique ne présentant superficiellement pas plus de difficultés relationnelles que les Témoins, les agresseurs sexuels - quand ils présentent des difficultés d'intégration professionnelle - offrent une insertion professionnelle beaucoup plus instable qu'eux (bien qu'en apparence meilleure, cf. "Données socio-démographiques", p. 3). A l'adolescence les difficultés éprouvés l'étaient principalement avec les jeunes de leur groupe d'âge, avec l'émergence de préoccupations sexuelles.


16 - Les comportements relationnels et émotionnels avant et pendant l'incarcération


L'étude des comportements relationnels et émotionnels nous montre une population d'agresseurs sexuels qui, quoique d'une apparence plus calme, présente une organisation psychique plus fluente, moins bien organisée sur le plan défensif et donc plus mal équipée pour faire face à des montées excitatives que les Témoins. Ces derniers, malgré de profondes carences élaboratives, sont mieux structurés autour d'une personnalité de type psychopatique. L'incarcération se révélera psychiquement contenante pour les Témoins, alors que pour les agresseurs sexuels elle potentialisera leur vécu persécutoire et entraînera cependant une baisse paradoxale de leur réactivité violente.


17 - Les vécus d'enfance et d'adolescence


Les agresseurs sexuels furent des enfants et adolescents mieux intégrés que les Témoins dans les circuits scolaires. Très tôt leur sommeil présente plus deperturbation avec des cauchemars reflétant un sentiment d'insécurité profond ce qui entraînera plus de demandes de consultations psychologiques ou psychiatriques pour troubles du sommeil dans l'enfance et à l'adolescence. Parmi les motifs de consultations (qui sont le double des Témoins) on retrouve déjà des comportement sexuels particuliers et des agressions sexuelles caractérisées. Les relations sadiques sévères et une tendance précoce à la cruauté franche envers les animaux, fussent-ils ceux familiers, sont une caractéristique des agresseurs sexuels.


L'autre grande caractéristique, spécifique aux agresseurs sexuels est, dans plus d'un cas sur trois, un agression sexuelle subie avant 10 ans, qui sera dans les trois quart des cas multiples ou répétée au cours de l'enfance ou l'adolescence. Cette agression sera l'oeuvre dansla moitié des cas d'étrangers à la famille mais connu d'elle, plus d'un quart sera occasionné par des inconnus et un peu moins d'un quart par des membres de la famille, particulièrementfrères aînés et oncle. Les femmes ne sont pas absentes des personnes agressant les sujets dans l'enfance. Majoritairement l'acte d'agressionsexuel se présentera sous la forme d'une masturbation ou d'une masturbation réciproque avec ou sans fellation, mais un tiers des sujets seront soumis à une pénétration anale dont 10% sous la forme d'un viol avec violence.


18 - La vie familiale et l'insertion sociale


La vie sexuelle des agresseurs a commencé plus souvent sur un mode passif que les non agresseurs sexuels. La population des agresseurs présente une meilleure intégration professionnelle et présente plus d'autonomie que les Témoins. Ils présentent aussi une stabilité plus grande de leur mode de vie, quoiqu'ils présentent nettement plus de divorces. Ils semblent qu'ils aient la capacité de reproduire des modèles d'adaptation sociale, sans en avoir intériorisé véritablement les données structurelles psychiques. Nous aurions affaire ici plus à une capacité de "modelage" qu'a une capacité réellement intégrative.


Les Agresseurs Sexuels présentent une relative indifférence face aux décès des pères qui, selon leurs dires les auraient plus fréquemment "vissés" ou "humiliés".


Les Agresseurs Sexuels se décrivent comme ayant beaucoup ou plutôt beaucoup d'amis, sur lesquels ils peuvent compter, et de manière nettement plus importante, ce sont des acteurs de la vie sociale ou fréquemment ils occupent des postes de responsabilités. Ainsi, l'agresseur sexuel laisse l'image d'un homme présentant une bonne insertion sociale et une présence très active dans le tissu social.


19 - Les épreuves projectives


L'organisation psychique des agresseurs sexuels est particulièrement hétérogène, avec une grande variabilité intra et inter individuelle. La plupart d'entre elles se constituent en archipel, où les irruptions projectives témoignent à la fois de l'ampleur de l'effraction de la réalité externe et de la fragilité de celle interne.


Cependant, en dépit de cette hétérogénéité, il nous paraît possible de dégager quelques repères, quelque soit l'organisation psychopathologique de ces sujets. On enregistre une très grande dépendance par rapport aux stimuli perceptifs et à l'environnement extérieur, ce qui signe un surinvestissement du percept ainsi qu'une capacité de déplacement et de scénarisation réduites. On constate une véritable archipélisation pulsionnelle.


L'hypothèse psychopathologique de la perversion ne suffit pas à rendre compte de leur organisation psychodynamique. L'objet primaire apparaît chez nos sujets comme manquant. La confrontation à l'imago féminine-maternelle est désorganisante et c'est l'actuel - l'acte au présent - qui vient colmater l'absence de l'objet. Enfin, les affects sont déficitaires, ou débordants, et primaires, relevant davantage du pur registre de la sensorialité.


Les articulations entre perceptions et projection, aussi marquées par l'emprise soient-elles, ainsi que les traces d'angoisse quant à l'objet, témoignent de la possible existence d'un espace intermédiaire sur lequel pourrait s'arrimer une relation thérapeutique, pour un grand nombre de nos sujets. Pour quelques autres, chez lesquels ces éléments n'ont pas été retrouvés, une telle relation paraît plus problématique.


POUR CONCLURE FAVORISER LA MISE EN PLACE DE TRAITEMENT PENDANT LA DÉTENTION ET DÉVELOPPER LE SUIVI POST-PÉNAL


Le fonctionnement psychologique des auteurs d'agressions sexuelles est divers dans ses manifestations comportementales. Les agresseurs sexuels ayant fait l'objet d'une mesure judiciaire présentent de graves troubles de l'identité caractérisés par un défaut de mentalisation qui ne leur permet pas de traiter efficacement un surcroît d'excitation ou un mouvement dépressif consécutif à la séparation d'avec l'objet, dépression nécessaire au développement psychique.


Lorsque l'émergence de la représentation psychique dépasse leurs possibilités, c'est le spectre d'une folie menaçante qui les amène à rechercher la perception pure et simple : ramener l'autre à l'état de "chose". La sensorialité hic et nunc doit l'emporter sur le fantasme. Le mouvement se fait alors dans une violence de type narcissique (exister aux dépens de l'autre), même si elle prend, dans un certain nombre de cas l'habit du plaisir.


Cette étude montre qu'une thérapeutique est possible permettant, par des voies diverses, le développement d'une activité mentale.


Néanmoins, il faut savoir que pour un certain nombre (restreint) de sujets, le maintien de l'identité se fait par une opposition systématique à toute loi régissant les rapports humains et à tout respect de l'autre comme individu distinct. Tant que ces sujets resteront sur de telles positions, ils ne pourront opter pour une solution thérapeutique authentique. Seule la voie judiciaire stricte pourra alors faire face à ce type de cas.


C'est dire combien le suivi médical ne saurait en aucune manière régler tous les problèmes.


La passation des questionnaires a montré qu'un nombre important d'auteurs d'agressions sexuelles incarcérés est accessible à un traitement et le demande, contrairement à ce qu'en dit la psychiatrie traditionnelle. L'aide médicale enprison peut donc être efficace dans la majorité des cas, sansbesoin de parler d'obligation. L'incarcération servant de repère sensoriel concret et actuel fondamental pour le fonctionnement mental de ces patients.


Par contre, à l'extérieur de la prison, une "obligation de soins" est nécessaire pour maintenir un repère, indiquant à ces suiets la nécessité qu'il y a pour eux à continuer un suivi. Une telle "obligation" constitue pour ces sujets une environnement apaisant, qui vaut moins par l'effet d'obligation que par celui de cadre propre à faciliter le travail de mentalisation.


Les psychiatres et psychologues devraient établir une différence entre traitement et suivi. Le traitement engageant une relation active propre à développer la mentalisation, et devant prendre fin un jour. Le suivi est le rappel, de loin en loin, qu'un travail psychologique est à préserver. Il ne faut en effet pas sous estimer l'existence et le maintien du clivage qui fait partie de la personnalité de ces sujets. Clivage, responsable de l'oubli et de la minimisation des risques tenant à des traumatismes subis dans l'enfance : traumatismes sexuels parfois mais surtout traumatismes lors de l'établissement des premières relations avec les parents.


En ce qui concerne traitement et surtout suivi, la part du cadre social représenté par les délégués à la probation est de la plusgrande importance.







LES ÉTAPES DE LA RECHERCHE1


La constatation depuis un quart de siècle de l'augmentation constante des délits et crimes sexuels qui représentent, en 1996, 12,5% de la population incarcérée, la multiplication par 6 en 20 ans des condamnés pour viol ou attentats aux moeurs (600 en 1975; 3600 en 1995) 2, l'accélération depuis ces 10 dernières années de leur incarcération (>110%), placent les systèmes publics, tant judiciaire que de Santé, devant une responsabilité éthique, que ce soit face aux victimes à qui il convient d'apporter une aide thérapeutique, ou face aux agresseurs qu'il convient de prendre en charge, tant pénalement que thérapeutiquement, afin de protéger d'une éventuelle récidive tous les citoyens, enfants et adultes, victimes potentielles.


ce type de population, à savoir les SMPR. Nous avons donc choisi la modalité d'une «recherche-action» dans la quelle nous avons impliqué les équipes des SMPR ayant accepté de travailler avec nous.


Cette recherche fut originellement programmée sur 3 ans. La phase de choix et d'élaboration de la méthode s'est déroulée de mai 1993 à janvier 1994, la réalisation du questionnaire s'est faite de février à juillet 1994, sa mise en place sur les sites de recherche fut effectué en septembre de la même année. En décembre 1994 un premier rapport d'étape était fourni à la DGS. Le recueil des données dura d'octobre 1994 à mai 1995. Le codage et la mise en forme du matériel recueilli se fit de juin à novembre 1995. L'analyse des données est encore en cours et a subi un retard de traitement conséquent compte tenu de l'importance et de la complexité du matériel. Le présent rapport ne saurait donc constituer un rapport final qui ne pourra parvenir que dans le courant du premier semestre 1997 à la Direction Générale de la Santé (voir § 6 - Temps de recherche, p. 10).


1 - Nature de la recherche


La nature de cetterecherche s'inscrit dans une optiquethérapeutique, selon un axede compréhension psychanalytique. Cependantcompte tenu des prémisses nécessairesde connaissance des sujets, elle se situe dans un champ d'épidémiologie clinique dontl'approche proprement dite sera psychologique .


2 - L'Hypothèse générale


Le délit sexuel n'est pas exclusivement l'oeuvre de personnalité à organisation "perverse" mais appartient à un tableau économico-dynamique complexe dont il constitue, à un moment donné, un point de rupture mais peut-être aussi une ultime tentative de mise en forme de ce qui n'a pu venir se représenter psychiquement.


L'acte délictueux ne doit pas masquer ce qu'il représente pour le sujet qui l'accomplit, à savoir la mise en oeuvre d'un mécanisme de sauvegarde psychique et non un simple système de réponse à une excitation. Il serait le signe d'un inachèvement des processus de transitionnalité psychique.


3 - Objectifs de la recherche


L'objectif sous-jacent à ce travail de recueil des données est de mobiliser les volontés des membres des équipes autour d'un projet de recherche permettant de développer une meilleure compréhension de ce type de criminalité et donc une meilleure efficience thérapeutique. L'espoir à terme étant de : réduire le taux de récidive par le développement de protocoles d'aide et de suivi thérapeutique de l'agresseur; définir des critères de "bons répondeurs" à un traitement psychique; mettre en lumière les éléments prédicteurs des conduites délictueuses de cet ordre.


Notre procédure de recherche repose donc sur un double axe évaluatif et thérapeutique.


Axe évaluatif :


L'évaluation s'est effectuée sur la base d'un questionnaire élaboré avec la collaboration de l'équipe du SMPR de Varces pré-testé et testé in situ par celle-ci. Un an fut nécessaire à sa mise en oeuvre après 12 versions successives.


Axe thérapeutique :


Le questionnaire est réalisé de telle manière qu'il fonctionne comme un "aménageur thérapeutique" permettant, malgré la contrainte de recueillir des données, une mise en forme, une verbalisation par le sujet de ses vécus psychiques. Volontairement ce questionnaire nécessite plusieurs rencontres avec le délinquant.


4 - Méthodologie


Les outils de recueil des données sont de deux ordres : un questionnaire et des épreuves projectives.


4.1 - Construction du questionnaire


Notre questionnaire comporte 3 types de questions : ouvertes, semi-ouvertes et fermées.


Le questionnaire nommé QIPAAS (Questionnaire d'Investigation pour les Auteurs d'Agressions Sexuelles) explore 3 registres complémentaires : épidémiologique, thérapeutique et préventif (évaluation clinique). Il est conçu selon une progression hiérarchisée en 11 parties :


1 - Recueil de critères socio-démographiques;


2 - Exploration de la nature du chef d'inculpation et de la reconnaissance des faits par le sujet délinquant;


3 - Nature de l'acte délictueux;


4 -Description précise de l'acte;


5 - Perception de l'acte par le sujet et des conséquences pour la victime;


6 - Investigation de l'acte sexuel en dehors de l'acte consigné dans le chef d'inculpation;


7 - Investigation de la personnalité : angoisses, phobies, activité onirique, comportement relationnel et émotionnel avant et pendant l'incarcération, antécédents psychiatriques, comportements addictifs, enfance du sujet;


8 et 9 - Investigation familiale : recherche d'éléments ou d'effets de transgénérationnalité;


10 - Investigation somatique;


11 - Evaluation par l'investigateur permettant l'étude du contre-transfert de l'investigateur.


Le questionnaire a été testé et validé en situation pénitentiaire auprès d'agresseurs sexuels.


4.2 - Populations. Comparaison de 2 groupes : Agresseurs sexuels et Témoins


Le recrutement des populations de nos deux cohortes est national. Exclusivement masculines, les cohortes ont été recrutées à l'intérieur de 18 SMPR et Centres de Détention et répartis sur l'ensemble du territoire français


1 - SMPR Lille


2- SMPR Rennes


3 - SMPR Fresnes


4 - SMPR Nantes


5 - SMPR Toulouse


6 - SMPR Perpignan


7- SMPR Dijon


8 - SMPR Strasbourg


9 - SMPR Varces


10 - SMPR Bois d'Arcy


11 - SMPR Rouen


17 - SMPR de Metz


12 - Villepinte (programme 13000)


13 - Val de Reuil - Rouen (CD)


14 - Saint Quentin Fallavier (CD)


15 - Le Muret - Toulouse (CD)


16 - Maison d'arrêt du Larzat (Programme 13000)


18 - Maison d'arrêt de Château Thierry


Notre recrutement comprend :


1 - une population de 176 "agresseurs sexuels", c'est à dire des sujets incarcérés pour un acte relevant d'une qualification judiciaire sous les termes d'«agressions sexuelles».


2 - Une cohorte témoin de 32 sujets incarcérés pour acte de violence physique sans violence sexuelle même dans les antécédents judiciaires (Coups et Blessures Volontaires ayant ou non entraîné la mort).


Dans les deux populations les sujets sont des "tous venants" prévenus ou condamnés, qui ne devaient pas avoir eu, depuis l'incarcération en cours, de prise en charge psychothérapeutique.


3- Un groupe de 30 sujets soumis à des épreuves projectives, tirés au sort parmi les sujets répondants aux critères d'inclusion suivants : le fait d'être incarcéré, l'intitulé pénal de l'acte, le fait d'avoir répondu au QIPAAS et être âgé entre 25 et 45 ans inclus.


4.3 -Nécessité des épreuves projectives


Deux épreuves ont été retenues : le RORSCHACH, qui apprécie l'intégration libidinale corporelle et le T.A.T, qui explore les mécanismes défensifs prévalents. Ces épreuves relativement standardisées permettront de valider cliniquement le questionnaire.


4.4 - Recueil des données


Le recueil des données s'effectue en plusieurs temps.


1 - Entretiens (en moyenne 3, d'une heure chacun) permettant de remplir soit le QIPAAS; soit un questionnaire similaire pour le groupe témoin dont la partie concernant l'acte sexuel délictueux a été expurgée.


1.1 - Formation des personnels


Pour assurer la pertinence de ces entretiens et permettre l'homogénéité des investigations, il a été nécessaire de garantir une formation continue aux personnels assurant ce recueil. L'ensemble des équipes participant à la recherche a été rencontré tous les mois et demi pendant 2 ans. Ces réunions, centrées sur la mise en oeuvre de la recherche et les interrogations que suscitait le recueil des données auprès des agresseurs sexuels, étaient émaillées d'apport tant théoriques que cliniques. Ainsi c'est constitué un travail de liaison et de réflexion entre les différents professionnels et les différentes équipes permettant le développement d'une plus grande cohérence dans la prise en charge de ce type de patients.


2 - Passation des épreuves projectives pour un échantillon des échantillons de nos populations, Rorschach puis TAT, par des investigateurs différents de ceux qui font passer le QIPAAS. Les épreuves projectives, passées en aveugle, ont été traités par d'autres cliniciens projectivistes..


4.5 - Traitement des données


Les diverses données recueillies sont traitées informatiquement, après codage des questions selon la séquence suivante : tri à plat, tri croisé, analyses factorielles. Nous avons opté pour une double approche : la première transversale toutes conduites délinquantes confondues et la seconde par groupe de conduites déviantes spécifiques (parents incestueux, pédophile, violeur, agresseur non-violeur).


Le traitement automatique des données a obtenu l'accord de la CNIL (Comité National Informatique et liberté), par arrêté du 28 mars 1995.


5 - Partenariat scientifique


- PARI (Psychothérapies, Applications et Recherches Intersectorielles), CH de Saint Égrève, 38120 SAINT ÉGREVE.


- Laboratoire de Psychologie Clinique de l'Université de Paris V, dirigé par Mme le Professeur C. CHABERT, pour la passation et le traitement des épreuves projectives;


- Unité 302 de l'INSERM, Mmes F. CASADEBAIG et N. QUEMADA (CCOMS) pour l'analyse des données issues du questionnaire. L'ensemble technique du traitement fut réalisé par la Société EVAL sous la maîtrise de Mme J. BLOCH.


- Enfin, dans le cadre d'une convention de coopération scientifique antérieurement signée, nous avons collaboré, pour le recrutement d'étudiants psychologues, codeurs du questionnaire, avec le Laboratoire de Psychologie Clinique et pathologique de l'Université Pierre Mendès-France, Grenoble 2.


6 - Temps de recherche


La recherche fut initialement programmée sur 3 ans. Deux rapports d'étapes ont déjà été fournis à la DGS, le premier en décembre 1994, le second en décembre 1995 ainsi qu'un pré-rapport final fin 96. La richesse du matériel collecté, ainsi que la dynamique qui s'est instaurée sur le territoire national dans les équipes soignantes ayant en charge les sujets agresseurs sexuels, dans le cadre des SMPR, a nécessité un report de rendu du texte final. En effet, l'exploitation de cette étude constitua une base de réflexions tant sur le plan de la connaissance psychologique de ces sujets que de leur prise en charge thérapeutique. Il était donc important d'approfondir les hypothèses de travail et de prendre le temps d'exploiter en détail le matériel que nous avions collecté, afin que nous mêmes où d'autres puissent poursuivre l'avancée que constitue ce travail.


7 - Mise en place d'une trame relationnelle thérapeutique


L'un des termes de ce travail fut de constituer un outil utilisable par les différents personnels soignants exerçant dans les centres psychiatriques pénitentiaires. Cet outil, le "Questionnaire d'Investigation Clinique pour les Auteurs d'«Agressions Sexuelles»" (QICPAAS), peut fournir la base d'une trame relationnelle thérapeutique permettant d'aborder le sujet délinquant sexuel au long de son parcours pénitentiaire, quelque soit le lieu de ses différentes incarcérations, avec une relative cohérence.