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Innovation et croissance

Auteur(s) :

Editeur :

  • La Documentation française

Collection : Les Rapports du Conseil d'analyse économique

Date de remise : Décembre 1998
200 pages

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Le présent rapport analyse les relations entre l'innovation et la croissance économique, dans un contexte de concurrence et de coopération internationales. Les auteurs étudient les systèmes mis en place pour favoriser la création, l'invention, la recherche et l'innovation technologique. Ils proposent également de renforcer les moyens actuels pour relancer une dynamique de croissance, et de développer l'organisation de réseaux de recherche et d'innovation. Le rapport est complété par des annexes qui étudient les systèmes d'innovation et analysent des données économiques.


Innovation
et
croissance


Rapport
Robert Boyer
Michel Didier







extrait


Innovation
et
croissance


Rapport
Robert Boyer
Michel Didier


Résumé


Peut-on entrer dans un cercle vertueux de croissance durable par l'in-novation
et comment ? Robert Boyer et Michel Didier considèrent que le
moment est particulièrement opportun pour réfléchir sur cet enjeu car trois
raisons se conjuguent pour reconsidérer les relations entre innovation et
emploi.
Tout d'abord le fait que l'économie et plus généralement la société
française s'adaptent mieux dans les périodes d'expansion que lors des
récessions. La reprise économique ouvre ainsi des perspectives nouvelles
en matière de redéploiement des interventions publiques dans les
domaines de la science et de la technologie, comme plus généralement
dans celui de nos structures économiques et sociales.
Une prise de conscience ensuite. La vigueur de l'économie des États-Unis
dans les années quatre-vingt-dix est souvent expliquée par la capacité
des firmes nord-américaines à innover dans des secteurs clés, et à s'ap-proprier
rapidement les percées technologiques, pour les convertir en
marchés nouveaux dans le monde entier. Par contraste, l'Europe a quelque
peu négligé le thème de l'innovation ainsi que sa contribution à la crois-sance
et à la création d'emplois.
Enfin, un renouvellement de l'analyse théorique, qui met l'innovation
au cœur du processus de croissance.
Les conceptions du rôle de l'innovation dans la croissance économique
ont évolué. Du « modèle linéaire » au « modèle interactif » et de la crois-sance
exogène à la croissance endogène, une nouvelle façon de concevoir
le système d'innovation d'une nation s'est progressivement imposée.
Dans le modèle dit interactif, l'innovation n'est pas une succession de
phases isolées, mais une interaction permanente entre des possibilités
offertes par la technologie ou le marché, des moyens privés et publics mis
en œuvre, et des stratégies d'acteurs, le tout plus ou moins facilité par l'en-vironnement
économique et social. De cette interaction dépend la perfor-mance
collective.
Les enquêtes sur l'innovation montrent que la principale source d'in-novation
est la recherche interne à l'entreprise. Les sources externes
jouent aussi un rôle important dans l'innovation : les fournisseurs de maté-riaux,
de composants et d'équipement ; les clients ; les rencontres lors des
réunions professionnelles. Une observation surprenante est la faiblesse du
rôle des sources publiques, laboratoires et universités, comme origine de
l'innovation. Ces enquêtes montrent aussi que le premier objectif de
l'effort d'innovation est la part de marché. Une bonne insertion dans le
marché apparaît donc comme la condition essentielle de l'innovation.
L'intuition suggère que l'innovation est un facteur déterminant de la
performance économique. Une revue des études empiriques montre que
l'emploi est en règle générale mieux assuré dans les firmes innovantes et
que celles-ci ont de meilleures performances à l'exportation. Au niveau
global, la réponse est aussi positive pour la croissance, un peu moins
assurée à propos de l'emploi.
La conjonction de décisions décentralisées d'innovation conduit-elle


la société ? Le raisonnement et des études économétriques font apparaître
l'existence d'externalités globalement positives. C'est précisément le fait
que le rendement social de la recherche et de l'innovation est très généra-lement
supérieur au rendement privé qui fonde le principe d'une politique
publique de la recherche et de l'innovation.
La politique économique doit s'efforcer d'agir sur diverses compo-santes
du processus : formation du capital régulière et soutenue, législation
sur les brevets, amélioration de la qualité des liens entre recherche
publique et firmes privées, neutralité de la fiscalité et du système financier
à l'égard de l'arbitrage entre capital matériel et immatériel, mobilité des
chercheurs et des ingénieurs, qualité des interactions entre les firmes et
leurs clients, environnement social permettant l'adaptabilité des firmes.
L'idée centrale du rapport de Robert Boyer et Michel Didier est que les
formes d'intervention publique qui avaient permis les succès scientifiques,
technologiques et économiques de la France de l'après-guerre doivent être
adaptées aux caractéristiques nouvelles de la compétitivité des firmes.
Les interventions nationales doivent être resituées par rapport aux
changements d'échelle des processus d'innovation. D'un côté, les centres
de recherche et d'innovation tendent spontanément à se concentrer dans
les lieux où les externalités et les effets d'agglomération sont les plus
importants. D'un autre côté, les coûts d'entrée dans certains secteurs de la
recherche sont devenus tellement importants que seules des coopérations
internationales sont à même d'alimenter les processus d'innovation. Les
programmes européens sont exemplaires à cet égard.
La France se caractérise par une meilleure situation en recherche qu'en
innovation, par le poids du financement public de la recherche, et par la
concentration, excessive sans doute, des interventions sur quelques sec-teurs
et grands groupes. Au contraire, l'un des traits caractéristique du
« miracle américain » est la diffusion de l'innovation sur l'ensemble de
l'économie, y compris les services.
À la lumière de ces analyses, les auteurs plaident pour favoriser l'or-ganisation
de réseaux de recherche et d'innovation, dans la mesure où le
rendement social de la recherche s'en trouve maximisé. Compte tenu du
fait que toute dépense publique suppose un prélèvement de ressources, il
est essentiel aussi de concevoir et de mettre en œuvre des procédures
d'évaluation rigoureuses, en termes de coûts et avantages, des interven-tions
publiques dans le domaine de la recherche et de l'innovation.
Les auteurs soulèvent enfin cinq questions qui méritent d'être appro-fondies:
 Comment articuler politique de l'innovation et politique de la
concurrence ?
 Comment répartir les moyens entre recherche scientifique et stimu-lation
de l'innovation ?
 Faut-il élargir le crédit d'impôt-recherche ?
 L'essor du capital-risque est-il suffisant pour lever les obstacles au
dynamisme de l'innovation ?


niveau de l'Union européenne et de chacun des États ou régions en matière
de politique d'innovation.