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L'application de la peine de mort en France avant 1981

[L'abolition de la peine de mort en France], pour plus d'information, consulter la description longue en dessous de cette illustration

Exécution des "chauffeurs de la Drôme", Valence, le 22 septembre 1909.
© Musée national des prisons

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Avant 1981, la peine capitale pouvait être exécutée selon deux modes : la fusillade et la décapitation. La guillotine est née avec la Révolution française. Au fil du temps, elle a toutefois été de moins en moins utilisée, les exécutions devenant plus rares. La dernière décapitation a eu lieu le 10 septembre 1977.

Le droit : décapitation ou fusillade pour des dizaines de crimes

Code pénal, code de justice militaire et textes législatifs complémentaires dressaient jusqu’en 1981 une longue liste de crimes passibles de la peine de mort.
Ils précisaient les conditions d’exécution de la peine capitale :

  • la fusillade quand le condamné relevait des tribunaux militaires ;
  • la décapitation dans tous les autres cas (article 12 du code pénal).

Le décret du 20 mars 1792, toujours en vigueur en 1981, retenait la guillotine comme seul moyen d’exécution, à deux exceptions près où la fusillade était prévue :

  • quand par suite de circonstances de guerre ou de difficultés de communication, les "bois de justice" ne pouvaient être amenés sur les lieux fixés pour l’exécution (ordonnances des 3 mars et 29 novembre 1944) ;
  • quand la mort était prononcée pour des crimes contre la sûreté de l’État (article 13 du code pénal).

Machine proposée à l'Assemblée par Guillotin

Machine proposée à l'Assemblée par Guillotin.

© BNF Gallica

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A partir de la Révolution française, la guillotine a été le symbole de la mise à mort légale des condamnés civils.

Sous l'Ancien régime, les modes de mise à mort étaient plus nombreux : potence, bûcher, roue, écartèlement, ébouillantage et décapitation à l'épée, cette dernière étant réservée aux nobles. De plus, le bourreau n'était pas toujours adroit et infligeait souvent d’inutiles souffrances aux condamnés.

Cette inégalité jusque dans la mort choquait les révolutionnaires. En octobre 1789, à l'appui d'un projet de réforme du système pénal, le Docteur Joseph-Ignace Guillotin (1738-1814), député à l'Assemblée nationale constituante, prôna l'égalité des peines, quels que soient le rang et l'état du coupable. Le 1er décembre 1789, il proposa qu'en cas de peine de mort "la décapitation fût le seul supplice adopté et qu'on cherchât une machine qui pût être substituée à la main du bourreau". Son projet d'article relatif à la peine de mort était ainsi rédigé : "Le supplice sera le même, quelle que soit la nature du délit...Le criminel sera décapité ; il le sera par l'effet d'une simple mécanique."

Deux ans plus tard, le code pénal de 1791 précisait que "tout condamné à mort aura la tête tranchée", suivant une formule devenue célèbre.

Le Docteur Guillotin n'est toutefois pas l'inventeur de la machine qui porte son nom. Elle fut conçue par Antoine Louis, secrétaire perpétuel de l'Académie de chirurgie.
Les premiers essais de cette machine à décapiter eurent lieu à l'hospice de Bicêtre, le 17 avril 1792, sur des moutons et trois cadavres. Le résultat fut jugé satisfaisant.
Le nouveau châtiment devant être exemplaire, la machine fut juchée sur une haute estrade, un "échafaud".

La première exécution utilisant la nouvelle machine intervint quelques jours après. Le 25 avril 1792, sur la place de Grève à Paris, Nicolas Pelletier, repris de justice, condamné pour vol avec violences, fut guillotiné.

Les surnoms de la guillotine

L'imagination populaire à la fin du 18e siècle était particulièrement fertile, colportée à travers le pays notamment par la chanson. La nouvelle machine à décapiter reçut ainsi de nombreuses appellations, comme la "mirabelle", en hommage à Mirabeau, ou encore la "louisette" ou la "louison", pour honorer son créateur, le chirurgien Antoine Louis.

  • Louisette (la) : surnom donné sous la Révolution
  • Louison (la) : surnom donné sous la Révolution
  • Mirabelle (la) : surnom donné sous la Révolution
  • Monte-à-regret (la)  : surnom donné sous la Révolution
  • Rasoir national (le) : surnom donné sous la Révolution
  • Vasistas (le) : surnom donné sous la Révolution
  • Veuve (la) : surnom donné sous la Révolution
  • Lucarne (la) : surnom donné au 19e siècle
  • Massicot (le) : surnom donné au 20e siècle
  • Bécane (la) : surnom donné au 20e siècle

La pratique : de moins en moins d'exécutions capitales

Au fil du temps, les mœurs ont limité l’abondant usage de la guillotine permis par les codes :

  • en 1825, onze têtes tombaient pour un taux de criminalité passible de la peine de mort voisin de 24 pour 1 million d’habitants ;
  • 150 ans plus tard, aucune exécution n’avait lieu pour un taux de criminalité qui était tombé à 10 pour 1 million d’habitants.

Les dernières exécutions en France

De juin 1969 à 1974, sous la présidence de Georges Pompidou, trois condamnés à mort furent guillotinés :

  • Claude Buffet et Roger Bontems, le 28 novembre 1972, à la prison de la Santé de Paris ;
  • Ali Benyanès, le 12 mai 1973, à la prison des Baumettes de Marseille.

De 1974 à 1981, sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, les trois dernières exécutions capitales eurent lieu :

  • Christian Ranucci, le 28 juillet 1976, à la prison des Baumettes de Marseille ;
  • Jérôme Carrein, le 23 juin 1977, à la prison de Douai ;
  • Hamida Djandoubi, le 10 septembre 1977, à la prison des Baumettes de Marseille.

Mis à jour le 15/09/2017

 

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