"Le Fonds monétaire international est une institution centrale du système monétaire international défini par la conférence de Bretton Woods. Ses missions ont cependant considérablement évolué au cours des trente dernières années.
Le FMI a en effet été créé dans le but de réguler le système monétaire international de changes fixes, et de mettre fin aux fréquentes dévaluations compétitives utilisées au cours des années trente. Or, le démantèlement du système monétaire international fondé sur la fixité des taux de change au début des années soixante-dix a modifié de manière fondamentale son rôle, qui demeure cependant essentiel à la stabilité du système monétaire international.
Le FMI est devenu un instrument de régulation financière et d'aide aux pays de développement, chargé de permettre à ces pays de surmonter des crises temporaires de financement de leur déficit de la balance des paiements.
L'action du FMI consiste ainsi à prêter de l'argent aux pays connaissant ce type de difficultés, à condition que ceux-ci mettent en oeuvre des politiques appropriées pour parvenir à l'équilibre de leur balance des paiements. La limitation du capital du FMI implique que les prêts aient une durée réduite, afin de disposer constamment des financements nécessaires pour venir en aide aux pays en crise. […]
Les crises financières peuvent avoir une origine politique, qu'il n'est pas facile de prévoir. L'action du FMI est ainsi fortement dépendante de la volonté politique des gouvernements des pays qui subissent une situation de crise, et ce, à toutes les étapes de son intervention. Le FMI ne peut agir que quand les gouvernements en font la demande. […] L'action du FMI est également limitée par la mise en oeuvre par les Etats des réformes nécessaires à la résorption de leurs déséquilibres financiers."

Source : Marini Philippe, Sénat, Commission des finances, La régulation financière et monétaire internationale, 2000 / 150 p. (Les Rapports du Sénat, n° 284)

La récession argentine et l'intervention du FMI

"En Argentine, la hausse du dollar a non seulement renchéri le service de sa dette extérieure, mais durement frappé les exportations du pays, au moment même où le Brésil, vers qui elle exporte 30% de ses marchandises, bénéficie d'une compétitivité accrue en raison de la dévaluation du real ; sa facture énergétique a augmenté à la suite de la flambée des prix du pétrole et la baisse des produits agricoles l'a privée d'une partie de ses recettes. Tout ceci a fait craindre aux investisseurs internationaux que l'Argentine, enfoncée dans une récession depuis 1998, ne finisse par faire défaut sur sa dette extérieure et remette en cause son régime de change.
Le congrès américain et le FMI ont alors estimé que l'intervention de ce dernier devenait souhaitable pour essayer de résorber la crise que connaissait ce pays et ainsi éviter les risques de contagion. L'intervention du FMI était justifiée, selon eux, par le fait que l'Argentine subissait depuis novembre 2000 les conséquences d'un déséquilibre temporaire de sa balance des paiements et non celles d'une mauvaise gestion.
Le FMI a accordé son aide après s'être entendu avec le gouvernement argentin sur un programme économique dont l'objet était d'accroître la productivité, la compétitivité et d'assurer un équilibre budgétaire à moyen terme. Ce programme devrait, selon Horst Köhler, ancien Directeur général du FMI, "améliorer le climat d'investissement et, combiné à un renforcement de la confiance intérieure et extérieure, jeter les fondements d'une croissance soutenue en Argentine". L'aide financière accordée par le Fonds monétaire de 13,7 milliards de dollars sera complétée par de nouveaux engagements de prêts de la part de la Banque mondiale et de la Banque inter-américaine de développement, pour les deux prochaines années, d'un montant de 5 milliards de dollars et par un prêt d'1 milliard de dollars de l'Espagne. Des banques privées et des fonds de pension ont accordé, quant à eux, 13 milliards de dollars par le biais d'engagement d'achat d'obligations. Enfin, le ministère de l'économie argentin devrait dégager 7 milliards de dollars par des debt swaps.
Le gouvernement argentin est tributaire de cette aide pour éviter que le pays ne s'effondre. Ce dernier n'est en effet plus en mesure d'intervenir pour mettre en place une politique de relance contra-cyclique car la quasi-dollarisation interdit tout ajustement de change et ses engagements vis-à-vis des institutions internationales l'empêchent d'avoir recours à un quelconque coup de pouce fiscal pour relancer la consommation.
Les solutions envisagées par le gouvernement pour retrouver un peu de souplesse budgétaire ont été la privatisation totale de son système de retraite et d'une partie du recouvrement des impôts et la dérégulation de la sécurité sociale. Deux mesures d'inspiration ultra-libérale, "soufflées" par le FMI que le gouvernement a fait passer par décret afin de contourner le congrès."

Source : Samia Kazi Aoul, La crise argentine 1998-2001 : rôle des institutions financières internationales dans la gestion de la crise, HCCI. Etudes, octobre 2001

Du bon élève aux programmes déstabilisateurs

Un élève modèle déclassé

"Alors que l'Argentine semblait sortie d'affaire, faisant figure avec son voisin chilien d'élève modèle des institutions financières internationales, la crise russe de l'été 1998 et la dévaluation du real brésilien en janvier 1999 ont été les détonateurs d'une crise qui ne cesse, depuis lors, de peser sur l'économie et la société argentines. [...]
L'Argentine était considérée comme un élève modèle par le Fonds monétaire international. Elle a, en effet, mis en oeuvre avec application et persévérance des programmes d'ajustement structurel, gouvernés par trois principes, qui font partie intégrante du "Consensus de Washington" : la flexibilité, l'ouverture de l'économie et le retrait de l'État, réduit à des fonctions régaliennes strictes. Ainsi, l'Argentine a mis en place une politique monétaire stricte fondée sur la création d'une caisse d'émission (currency board) assurant la parité entre le peso et le dollar, une politique budgétaire restrictive, des politiques de libéralisation des échanges, de déréglementation généralisée et de privatisation accélérée.  Les résultats immédiats de cette politique ont permis d'atteindre des taux de croissance atteignant entre 5 % et 10 % par an, tandis que l'hyperinflation était endiguée.
[...] 

Des programmes déstabilisateurs

Fin 1999, le FMI avait promis au nouveau gouvernement un prêt de 10 milliards de dollars pour refinancer ses dettes, à condition de mettre en oeuvre un nouveau programme d'austérité.
En mars 2000, un premier programme de grande ampleur était décidé. Il était marqué par une hausse des taxes et impôts, par la réduction des dépenses fédérales en faveur des provinces, par l'assouplissement de la législation sur le travail, par le démantèlement du système public de sécurité sociale et l'institution de la concurrence dans ce secteur, par la libéralisation des secteurs des télécommunications et de l'énergie et par la réduction des salaires et des pensions des fonctionnaires. Il faut noter, à titre d'exemple, que la privatisation de la sécurité sociale et la réduction des cotisations versées par les employeurs ont privé l'État de plus de 8 milliards de dollars par an.
En novembre 2000, le Fonds monétaire a exigé davantage de rigueur budgétaire. Un deuxième plan a donc été proposé, se traduisant par le gel des dépenses pour cinq ans à tous les niveaux de gouvernement, par la dérégulation du système de santé et l'abolition pure et simple du système étatique de sécurité sociale, par une nouvelle hausse des taxes et par la réforme du système de pension. Ce nouveau plan a suscité plus d'inquiétude chez les investisseurs.
En janvier 2001, une tranche de 39,7 milliards de dollars était pourtant promise sur le fondement de ce plan, somme répartie entre 13,7 milliards de dollars financés par le Fonds, 5 milliards de dollar apportés par la Banque mondiale et la Banque inter-américaine de développement, 1 milliard de dollars accordés par l'Espagne, 13 milliards de dollars fournis par des banques privées et des fonds de pensions par le biais d'engagement d'achat d'obligations, tandis que le ministère de l'économie devait dégager, pour sa part, 7 milliards de dollars par une restructuration de dette.
Un nouveau plan, encore plus drastique, a été concocté au premier trimestre 2001. Il se présentait comme encore plus sévère, fixant des normes rigides de baisse des dépenses publiques, pour un montant total de près de 8 milliards de dollars sur les années 2001, 2002 et 2003. Rejeté de manière plus virulente par la population, ce plan n'a pu être mis en application, et fut remplacé par un nouveau plan, proposé par le nouveau ministre des finances, M. Domingo Cavallo, et fondé sur l'amélioration de la compétitivité de l'économie nationale. Le Parlement a interdit au nouveau ministre de procéder, de manière discrétionnaire, à des baisses de salaires, à des licenciements de fonctionnaires, à des privatisations, à des modifications du code du travail et à une dévaluation.
Le projet de loi de finances pour 2002 prévoit cependant une forte baisse des dépenses sociales, le maintien de la réduction salariale des fonctionnaires et des retraités et la baisse de 900 millions de dollars des dotations aux provinces, dont plusieurs sont pourtant proches de la cessation de paiement. Le gouvernement d'une province a ainsi été contraint de fermer, par manque d'argent, pendant plusieurs jours, tout le secteur public, à l'exception des services d'urgence dans les hôpitaux.
Début octobre 2001, une réduction supplémentaire de 890 millions de dollars des dépenses publiques était annoncée pour le quatrième trimestre, compte tenu des moindres rentrées fiscales de septembre.
Malgré ces décisions, à la suite de l'annonce d'un plan de restructuration partielle d'une dette fédérale qui atteint au total 132 milliards de dollars - soit approximativement l'équivalent de la dette totale de l'Afrique subsaharienne -, synonyme de nouveaux sacrifices pour la population, le Fonds monétaire, encouragé par le G 7 qui s'était prononcé au sommet de Gênes, en juillet 2001, pour le sauvetage de l'économie argentine, s'est déclaré de nouveau prêt à travailler avec l'État argentin. Ce dernier offrirait comme garantie de paiement les recettes fiscales supplémentaires qui résulteraient d'une relance de la croissance. L'objectif est d'épargner 4 milliards de dollars par an en paiement d'intérêt sur une moyenne de 10 milliards arrivant à échéance, ce qui représente un cinquième du budget."

Source : Tavernier Yves, Assemblée nationale, Commission des finances - Rapport d'information sur les activités et le contrôle du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, n°2801, décembre 2001

Les prêts du FMI (Fonds monétaire international) à l'Argentine de 1995 à 2003

De 1995 à 2003, l'Argentine a été l'objet de multiples plans d'aide du FMI, dont les principaux sont les suivants.

3 mars 1995 : plan d'aide financière à l'Argentine.

Le FMI accorde un prêt de 2 milliards de dollars à Buenos Aires, la Banque mondiale 1,3 milliard de dollars, la BID (Banque interaméricaine de développement) 1 milliard de dollars. Ces institutions soutiennent le programme d'austérité du ministre de l'économie, Domingo Cavallo.

12 avril 1996 : soutien du FMI au programme économique et financier 1996-1997 du gouvernement argentin, avec un crédit d'environ 1 milliard de dollars sur 21 mois.

10 mars 2000 : nouveau soutien du FMI au programme argentin de réforme 2000-2002, avec un prêt de 7,2 milliards de dollars.

12 novembre 2000 : les mesures drastiques du plan économique d'urgence, annoncées par le président Fernando de la Rua, provoquent de violentes manifestations.

Le 12 janvier 2001, le FMI porte le prêt accordé en mars 2000 à 14 milliards de dollars, et les aides globales à l'Argentine, tant publiques -avec les financements de la Banque interaméricaine de développement ainsi que de la Banque mondiale (5 milliards) et de l'Espagne (1 milliard) - que privées (près de 20 milliards), atteignent la somme historique de 39,7 milliards de dollars.

Le 7 septembre 2001, le FMI porte le prêt de janvier à 21,5 milliards de dollars.

1er novembre 2001 : le président de la Rua lance un programme de relance économique en Argentine, destiné à restructurer la dette publique qui s'élève à 132 milliards de dollars et à relancer la consommation.
Malgré sept plans d'austérité, l'Argentine est en crise économique, financière, politique et sociale depuis plus de trois ans.

5 décembre 2001 : le FMI refuse d'accorder à l'Argentine une aide de 1,3 milliard de dollars

En effet, selon le FMI qui a déjà débloqué plus de 20 milliards de dollars en 2001, l'Argentine n'a pas respecté le programme de réformes économiques dit plan "déficit zéro" lancé en juillet.
La Banque mondiale et la Banque interaméricaine de développement suspendent à leur tour le versement de 1,1 milliard de dollars.
Pour honorer sa dette extérieure, l'Argentine doit puiser dans les réserves des fonds de pension. Suit une période de manifestations et d'émeutes, entraînant la déclaration d'état de siège, et la démission du ministre de l'économie Domingo Cavallo, puis celle du président Fernando de la Rua, le 21 décembre.

Eduardo Duhalde est élu président, par le Congrès, le 2 janvier 2002 et promulgue, le 8 janvier, la loi d'urgence économique.
L'année 2002 voit l'Argentine s'enfoncer dans une crise sans précédent.

24 janvier 2003 : un accord transitoire entre l'Argentine et le FMI porte sur l'octroi d'un crédit de 2,9 milliards de dollars et sur le rééchelonnement de la dette argentine, soit 6,6 milliards de dollars d'ici août 2003. Cet accord va couvrir la fin du mandat du président intérimaire Eduardo Duhalde qui s'est engagé à démissionner à l'issue de l'élection présidentielle d'avril 2003.

20 septembre 2003 : l'accord entre l'Argentine et le FMI scelle la reprise des relations entre l'Argentine et le FMI, avec un crédit de 12,5 milliards de dollars.
Il va permettre de financer pour les trois années à venir la dette de 15 milliards de dollars de l'Argentine envers les institutions de crédit multilatérales. Il prévoit également un engagement de l'Argentine à porter son excédent budgétaire à 3% en 2004. Le 22 septembre, le ministre de l'économie Roberto Lavagna annonce un plan de restructuration équivalent à une réduction de 75% du stock de sa dette.

Mis à jour le 25/02/2005

 

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