«Quelque 800 000 hommes, femmes et enfants ont été abandonnés à une mort certaine , la plus violente et la plus inhumaine qui soit, infligée par leurs propres voisins. Des églises et des hôpitaux, qui auraient dû être des sanctuaires, ont été transformés en abattoirs. Un pays entier a volé en éclats. Une succession d'événements terribles a fini par engouffrer toute la région dans le conflit.»

(Allocution du 26.03.04 du secrétaire général Koffi Annan lors de la Conférence de commémoration du génocide rwandais organisée par les gouvernements canadien et rwandais)

A partir d'avril 1994, deux foyers de violences éclatent et coexistent au Rwanda jusqu'en juillet :

  • le génocide des Tutsi et des Hutu modérés par les extrémistes hutu au pouvoir,
  • la réactivation simultanée de la guérilla tutsi du Front patriotique rwandais (FPR), menée par Paul Kagamé, en lutte depuis 1990 contre le pouvoir hutu et les Forces armées rwandaises (FAR). La guérilla est soutenue par l'Ouganda qui lui sert de base arrière.

Près de 800 000 Rwandais massacrés, Tutsi et Hutu modérés

Le 6 avril 1994, à proximité de l'aéroport de Kigali, Juvénal Habyarimana, président rwandais hutu au pouvoir depuis 1973, accompagné du président burundais Cyprien Ntaryamira, périssent dans un attentat contre l'avion qui les ramenait d'un sommet régional en Tanzanie.
L'attentat sert de prétexte au déclenchement des tueries qui, dès le 7 avril, éclatent simultanément dans la capitale Kigali, dans le sud, l'est et le nord du pays. Elles sont conduites par des extrémistes Hutu, miliciens Interahamwé de l'ex-parti unique du président Habyarimana et soldats des Forces armées rwandaises (FAR). Ils ont pour mission d'éliminer méthodiquement les Tutsi "cancrelats" (sobriquet infamant donné aux Tutsi depuis 30 ans) et l'opposition hutu modérée, avec listes des noms à l'appui, constituées grâce aux cartes d'identité instaurées à l'époque coloniale mentionnant l'appartenance ethnique des communautés.
La simultanéité, la violence et l'ampleur des massacres attestent leur planification de longue date.

«Les massacres avaient été préparés pendant des mois en avance. La Garde présidentielle et d'autres militaires de l'armée rwandaise ont donné des entraînements militaires aux milices Interahamwe et Impuzamugambi pour leur apprendre comment tuer avec le plus d'efficacité. Les Interahamwe, "ceux qui attaquent ensemble," sont la milice du Mouvement Républicain National pour le Développement et la Démocratie (MRND) et les Impuzamugambi, "ceux qui ont le même but," sont la milice du parti dit Coalition pour la Défense de la République. Créées en 1992, ces milices ont reçu des entraînements militaires intenses fin 1993 et début 1994 en groupes de 300 hommes à la fois envoyés pour trois semaines dans un camp militaire dans la région du nord-est du Mutara. Dans leurs attaques contre les civils, les milices étaient souvent accompagnées d'un petit nombre de militaires ou de policiers du gouvernement, mais les milices ont tué plus de personnes que les forces armées. (.) Les autorités rwandaises ont distribué des armes à feu aux membres de milices et autres supporteurs de Habyarimana au début de l'année 1992 et encore plus vers la fin de 1993 et au début de 1994. (.)
Une station de radio appartenant au cercle de Habyarimana, la Radio Télévision Libre des Mille Collines, a commencé depuis l'automne dernier [1993] une campagne de propagande haineuse contre les Tutsi et les membres des partis politiques d'opposition. À la fin de 1993, les émissions sont devenues plus virulentes et ont commencé à cibler les personnes en les appelant "ennemis" ou "traîtres qui méritaient la mort".»

Jean-Pierre Chrétien décrit le cynisme appliqué, la normalisation de la haine dont les tueurs font preuve : «Les miliciens dits interahamwe ("les solidaires") font fuir leurs victimes vers des refuges supposés (églises, dispensaires, écoles), puis encerclent ces lieux devenus des abattoirs, les militaires y jettent des gaz lacrymogènes, des grenades à fragmentation et tirent pour briser toute résistance, puis y pénètrent pour déloger les réfugiés à la fois terrorisés et résignés, les miliciens attendent aux sorties avec leurs machettes, leurs lances et leurs gourdins cloutés. Ils reviennent voir les tas de cadavres le lendemain matin pour achever les blessés et piller.»

Les massacres se poursuivent sans cesse faisant, entre avril et juillet 1994, plus de 800 000 victimes tutsi et hutu modérés. Une première vague d'une dizaine de milliers de réfugiés, essentiellement tutsi, traverse la frontière et parvient au Kivu, dans l'est du Zaïre.

D'après : Human Rights Watch, Génocide au Rwanda, mai 1994, vol.6, n°4, et Jean-Pierre Chrétien, in Interprétations du génocide de 1994 dans l'histoire contemporaine du Rwanda, Clio en Afrique, n°2, été 1997 (contient une bibliographie détaillée sur le génocide)

Plus d'1,2 million de Rwandais réfugiés au Zaïre

Début avril 1994 simultanément, la guérilla tutsi du Front patriotique rwandais (FPR), dont les bases arrière sont en Ouganda, soutenues par le président Yoweri Museveni depuis 1990, réactive les combats contre les Forces armées rwandaises (FAR) du pouvoir hutu en place.
Après trois mois de violents combats, le 4 juillet, les rebelles conquièrent la capitale Kigali, renversent le régime hutu et poursuivent leur avancée dans l'ensemble du pays. Un gouvernement intérimaire, sans légitimité, constitué par les extrémistes hutus fidèles au président défunt, se replie vers le sud-ouest du pays, zone humanitaire supervisée par l'opération Turquoise. Il s'agit d'une intervention militaire et humanitaire française autorisée par le Conseil de sécurité de l'ONU pour une durée de deux mois.
Le 17 juillet, la formation du gouvernement d'unité nationale par Faustin Twagiramungu, hutu modéré, consacre la victoire politique du FPR. Pasteur Bizimungu (hutu modéré) est nommé président de la République et Paul Kagamé, chef des rebelles, devient vice-président.
Une assemblée nationale de transition entre en fonction le 24 juillet.
Les tueries cessent après la victoire du Front patriotique rwandais.
Mais une deuxième vague de réfugiés déferle alors : 1,2 million de Rwandais hutu, infiltrés et encadrés par des milliers de soldats hutu des ex-Forces armées rwandaises (FAR) et les milices Interahamwe, les "génocidaires", fuient vers les pays limitrophes, par peur des représailles du nouveau pouvoir tutsi en place. Notamment, plus d'un million de personnes se regroupe vers Goma et Bukavu, dans la province du Kivu, dans l'est du Zaïre.

Pour en savoir plus

> La tragédie du Rwanda, dossier constitué par Michel Gaud, Problèmes politiques et sociaux, n°752, 28 juillet 1995, La Documentation française

> Rwanda, le génocide de 1994, articles de Michel Gaud et Claudine Vidal parus dans Afrique contemporaine, n° 174, avril-juin 1995, La Documentation française

Mis à jour le 08/12/2004

 

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