Une pollution dévastatrice  en mer Caspienne

Une pollution dévastatrice

© Casplan Environment Programme

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Située au sud du Caucase et au nord de l'Iran, la Caspienne est la plus grande mer fermée du monde avec une superficie d’environ 374 000 km2. Jusqu'en 1991, date de la fin de l’Union soviétique, ses 6 380 km de côtes étaient contrôlées par deux Etats riverains, l’Iran, pour une portion limitée (996 km) et l’URSS. L’éclatement de cette dernière fit apparaître trois nouveaux Etats indépendants, l'Azerbaïdjan, le Kazakhstan et le Turkménistan aux cotés de la Russie. Les problèmes écologiques que rencontrent ces Etats sont largement hérités de l’Union soviétique et sont la conséquence d’une exploitation excessive des ressources naturelles, de l’industrialisation et de l’urbanisation. 130 rivières déversent leurs eaux dans la mer Caspienne, mais ses principaux tributaires sont la Volga (Russie) qui assure 76 % de son débit et l’Oural (Russie et Kazakhstan).

Pollution industrielle et agricole

  • La Volga recueille les eaux usées et la pollution industrielle de la partie la plus peuplée et la plus industrialisée de la Russie. Ces déversements ont augmenté durant la deuxième moitié des années 1980 et les années 1990 et ce, en dépit d'une prétendue campagne de nettoyage de la Volga et des fleuves de l'Oural, lancée en 1972. Il s’agissait alors d’un des premiers projets publics de dépollution des cours d'eau, mais cette campagne n’a pas été menée à son terme et de nombreux ministères ont été accusés de négligence ou de lenteur dans l'application des mesures préconisées et soupçonnés de ne pas avoir consacré au projet la totalité des capitaux engagés. A la fin des années 1980, le niveau de pollution de la Volga et de ses affluents était jugé « extrêmement élevé » et s’est aggravé durant les années 1990.
  • L’Oural, autre tributaire de la Caspienne, cumule la pollution industrielle de deux pays. Ainsi après que ses eaux aient été souillées en Russie par les rejets du complexe sidérurgique de Magnitogorsk, ce fleuve traverse le Kazakhstan et récupère la pollution engendrée par l’agriculture héritée du modèle soviétique qui s’est poursuivi bien après l’indépendance du pays. Ainsi, au début des années 1990, la quantité d’engrais chimiques et de pesticides employée dans les républiques d’Asie centrale était de 20 à 25 kilos par hectare, alors que la moyenne pour l’ensemble de l’Union soviétique était de 3 kg. Ces résidus d’une agriculture mal gérée se sont cumulés à une pollution industrielle incontrôlée.
  • Chaque année, la Caspienne reçoit 140 millions de tonnes de polluants. Le taux moyen de pesticides par litre dans la partie nord, notamment celle du delta de la Volga, est de 44 mg/l. A titre de comparaison, la mer d’Azov, considérée comme une zone de catastrophe écologique par le ministère russe de l’environnement et des ressources naturelles, n’en contient en moyenne que 7mg /l. A la pollution fluviale s’ajoute celle du principal centre urbain de la région, Astrakhan, qui est également un important foyer industriel (liquéfaction de gaz et extraction de soufre), menaçant tout particulièrement l’agriculture maraîchère et l’industrie du caviar. Cependant les études réalisées ont démontré que la pollution de la mer Caspienne résulte plus des rejets transportés par la Volga que des activités industrielles ou agricoles des zones littorales. Enfin, le delta de la Volga lui-même est très réceptif aux diverses pollutions : en effet, il se situe en dessous du niveau de la mer comme la majorité du littoral caspien, et son écosystème est fragile. Il convient enfin de rappeler que la Caspienne étant une mer fermée, elle est moins à même d’absorber la pollution qu’un océan ouvert.

Une eau de plus en plus impropre à la consommation

Jeunes enfants au bord de la mer Caspienne

Jeunes enfants au bord de la mer Caspienne

© ambassade de Kazakhstan

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La Volga reçoit les eaux usées de la moitié de la population de la Russie. Or, si les infrastructures hydrauliques construites sous l’ère soviétique avaient permis d’assurer la distribution d’une eau de consommation sûre et un assainissement efficace, elles sont aujourd’hui en si mauvais état qu’elles ne sont plus en mesure d’assurer à tous un accès à une eau de qualité. La situation a continué à se dégrader après la fin de l’URSS. Si l’eau est en général conforme aux normes sanitaires lorsqu’elle pénètre dans le réseau de distribution, elle est souvent contaminée quand elle parvient au consommateur. Les fuites sur les conduits favorisent les infiltrations et les contaminations croisées entre canalisation de distribution et canalisation d’assainissement, et laissent s’échapper dans l’environnement des quantités non négligeables d’effluents qui polluent les eaux de surface et souterraines. La principale raison de cette situation est le manque de ressources financières des Etats post-soviétiques. En Russie, la qualité de l’eau potable est actuellement de 90% inférieure à celle des années 1980. Cette détérioration a des conséquences très lourdes sur la santé publique. Dans les années 1990, on a noté une recrudescence des gastroentérites, de l’hépatite A et d’autres maladies transportés par des bactéries se trouvant dans l’eau. Cette situation est propre à l’ensemble des pays de la CEI mais c’est le Kazakhstan qui a l'eau la plus impropre à la consommation. Près de la moitié des pompes et des fontaines y sont fermées car non-conformes.

Pollution par les hydrocarbures et menaces sismiques

De nouvelles causes de pollutions viennent aujourd’hui s’ajouter à celles héritées de l’Union soviétique.

  • Les trois nouveaux Etats riverains, avec l’aide des sociétés pétrolières internationales, se sont lancés dans une campagne de forage à grande échelle en eau peu profonde au risque de détruire des écosystèmes fragiles. Chaque forage entraine des déversements d’hydrocarbures dans la mer (10 % au minimum) auxquels s’ajoutent chaque année quelques 60 000 tonnes de produits dérivés du pétrole. Dans la partie nord de la Caspienne, la concentration en phénols est de quatre à six fois supérieure à la normale et dans la région de Bakou où le pétrole est exploité depuis plus d’un siècle, cette concentration est même dix à seize fois supérieure.

En septembre 2007, un collectif international d’ONG, de retour de mission à Kachagan au Kazakhstan, où en 2010 doit commencer l’exploitation d’un très important gisement pétrolier, a rendu un pré-rapport mettant en évidence les graves menaces que ce projet fait courir à l’environnement et à la santé des populations avoisinantes.

  • De plus, la zone est fortement sismique et le développement de l’exploitation des hydrocarbures rend la probabilité d’une marée noire en mer Caspienne extrêmement élevée. La sismicité de la zone accroît également les risques provenant de la centrale nucléaire de Manguichlak (Kazakhstan) et de l’usine de traitement d’uranium à des fins militaires construite sur la côte, et qui a désormais les pieds dans l'eau suite à l’élévation inexpliquée du niveau de la mer Caspienne. Autre installation hautement stratégique et source de risques écologiques incontestables, l'usine d'aluminium de Soumgaït (Azerbaïdjan), un temps fermée, aujourd’hui partiellement rouverte, bien que certaines de ses installations soient littéralement inondées par l’eau de mer.

Conséquences sur la faune

Jusqu’au début des années 90, la partie nord de la mer Caspienne était une zone préservée pour la faune et la flore. Aujourd’hui, les rejets industriels et 15 ans d’exploitation intensive des hydrocarbures expliqueraient la mortalité importante d’une partie de la faune comme les phoques et les esturgeons. Leur nombre est en chute libre : sur un million de phoques au début du vingtième siècle, puis de 400 000 en 1980, il n’en subsiste plus que 100 000. Pour les écologistes, les phoques développeraient la maladie de Carré, suite à l’affaiblissement de leurs défenses immunitaires, dû aux rejets industriels.

Le lac Baïkal : un écosystème sous la protection des ONG

Vue du lac Baïkal

Vue du lac Baïkal

© A. Bon

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Le lac Baïkal est le lac le plus ancien et le plus profond de la planète. Sa protection dépasse un enjeu local puisqu'il contient environ un cinquième de l'eau douce du globe. Il abrite d'autre part une variété exceptionnelle de faune et de flore, dont plus de 1500 espèces endémiques (contre quatre pour le Lac Supérieur aux Etats-Unis). Il a d'ailleurs été classé patrimoine mondial par l'Unesco en 1996. Si son étendue et ses difficultés d'accès l'ont protégé d'une pollution massive telle celle qui affecte les Grands lacs américains, son écosystème fragile est fréquemment menacé par des projets de développement. Outre la pollution de la rivière Selenga qui l'alimente par la ville de Oulan Oudé et par les agglomérations mongoles en amont, la principale source de pollution provient de l'usine de pâte à papier de Baïkalsk, construite en 1966 et qui n'a jamais été fermée car elle procure 3500 emplois à la population locale. La vigilance des ONG russes et internationales a cependant fait reculer le projet de passage à 800 mètres de ses berges du tracé de l'oléoduc Sibérie orientale-océan Pacifique. Le président russe lui-même, Vladimir Poutine, a ordonné en avril 2006 le détournement de ce pipeline vers le Nord, malgré les protestations de la société russe de transport d'hydrocarbures, Transneft, qui évalue le surcoût à plus d'un milliard de dollars. Plus récemment un projet de mine d'uranium en amont du lac a été également suspendu.
Le lac Baïkal représente donc un exemple rare de réussite de l'action des ONG locales et internationales en faveur de la protection d'un site.

Même constat pour les esturgeons. En vingt ans, la pollution, le braconnage et également les barrages qui empêchent la remontée des esturgeons pour frayer, ont eu pour conséquence une baisse de 90 % de leur nombre qui est passé de 142 millions à 12 millions, selon la Convention des Nations unies sur le commerce international des espèces en voie d'extinction (CITES). La pêche a chuté de 25 000 tonnes dans les années 1980 à 1 450 tonnes en 2003. Or, les esturgeons de la Caspienne produisent 90 % du caviar mondial. En conséquence, en 2005 et en 2006, la CITES a interdit les exportations d'esturgeon et les pays riverains ont d'un commun accord développé la pisciculture pour reconstituer les stocks.

Mis à jour le 01/09/2007

 

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