1 - La culture : entre diversité et démocratisation
Le Centre Pompidou à Paris (architectes : Renzo Piano et Richard Rogers)
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De la diversification culturelle à l’exception culturelle, les rapports des Français avec la culture se sont renouvelés en un demi-siècle, non sans faire débat.
Culture, cultures
Ce que l’on range sous le vocable de « culture » s’est considérablement diversifié en quelques années : arts « populaires », arts « mineurs », arts « premiers » ont acquis une légitimité dans l’espace culturel. Démocratisation ou relativisme culturel ? Les interrogations se sont multipliées autour de l’idée d’une crise de la culture, tandis que s’est installée une culture de masse portée par l’expansion des loisirs, des industries culturelles, de la télévision...
Des politiques culturelles plus ouvertes et partenariales
L’action publique en matière culturelle s’est métamorphosée depuis 50 ans. Une politique culturelle à part entière a été conçue sous la direction d’André Malraux, ministre de la Culture de 1959 à 1969. Il rompt avec une vision académique des beaux-arts en faisant une place à l’art contemporain et crée un ministère de la Culture autonome. Autre nom qui reste attaché à la politique culturelle, Jack Lang accentue dans les années 1980 l’ouverture vers l’art moderne et les arts « mineurs », bénéficiant d’importants financements.
Au niveau territorial, la décentralisation a conduit les collectivités locales à développer leurs propres politiques. Une nouvelle « gouvernance culturelle » territoriale fait désormais une place plus grande à la coopération et à la contractualisation. On assiste par ailleurs à une ouverture de plus en plus importante vers les entreprises. Afin de trouver des financements qui font défaut, les institutions culturelles font plus largement appel au mécénat depuis une dizaine d’années.
L’exception culturelle
La notion d’exception culturelle s’est imposée dans les années 1990, quand la France s’est mobilisée contre la perspective d’une libéralisation des échanges dans le domaine de la culture lors de négociations du GATT. Il s’agit d’admettre que la culture n’est pas un bien comme les autres. Dans un contexte de mondialisation, elle retrouve ainsi le rôle fédérateur que les révolutionnaires conféraient au « patrimoine national » deux siècles plus tôt. Le principe d’exception culturelle, assez consensuel dans le pays, justifie la pérennité des politiques publiques de soutien à la production artistique (subventions) et de protection du marché national (quotas de films à la télévision par exemple).
Inégalités et diversification de l’accès à la culture
Les pratiques culturelles des Français montrent que de fortes inégalités sociales dans l’accès à la culture perdurent. Mais la corrélation entre la situation sociale des personnes et leur comportement culturel reste floue, notamment du fait de l’élévation du niveau général d’études, du développement des industries culturelles et de la diversification des moyens d’accès à la culture (télévision, Internet…). Le renouveau des musées vient aujourd’hui nous rappeler que les comportements culturels ne se laissent pas aisément cerner.
2 - La fin du « syndrome Poulidor » ?
12 juillet 1998 : l’avenue des Champs-Elysées après la victoire de l’équipe de France en finale de la coupe du monde de football
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Le mythe de l’éternel second : c’est ainsi que l’on pourrait résumer à la fois la carrière de Raymond Poulidor, coureur cycliste des années 1960-1970, et ce complexe bien français, mélange curieux de dépit et de complaisance face à la défaite. Complexe qui aurait disparu à l’issue de la victoire des Bleus à la finale de la Coupe du monde de football 1998 ?
La carrière de Raymond Poulidor
R. Poulidor présente un palmarès sportif plus qu’honorable : une carrière professionnelle d’une longévité record (1960-1977), près de 200 victoires en courses, dont certaines très prestigieuses (sept étapes sur le Tour de France, un Tour d’Espagne, deux Dauphiné libéré...).
Oui, mais... R. Poulidor n’a jamais remporté LE Tour de France ni même revêtu une seule fois le fameux maillot jaune. Il a accumulé les places de deuxième ou de troisième au classement final de la Grande boucle : c’est là que, paradoxalement, naît sa légende.
Pourquoi lui ?
C’est d’abord le contexte très particulier du cyclisme et, plus spécifiquement, du Tour de France, épreuve populaire s’il en est où la proximité physique entre sportifs et public est à son plus fort et où prévalait l’image du valeureux coureur allant jusqu’au bout de lui-même, à une époque où on ne parlait pas encore (ou si peu) de dopage. C’est le temps, ensuite, de cette France en plein essor, qui s’interroge sur ses valeurs en déclin (ruralité...). Interrogations qui ont largement perduré jusqu’à aujourd’hui, sur fond de mondialisation.
D’une certaine façon, R. Poulidor constitue la synthèse idéale de tout cela. Le « champion laboureur » (Antoine Blondin), né en 1936, est en effet fils de métayers creusois, et c’est derrière une charrue qu’adolescent, il rêvait d’exploits cyclistes. Un type simple issu de la France profonde. Son immense popularité, aujourd’hui intacte, provient aussi de l’incroyable malchance qui l’a poursuivi tout au long de sa carrière, d’où ce panache dans la défaite qui n’est pas sans évoquer maints personnages (réels ou fictifs) de l’histoire de France.
La victoire, enfin ?
Les amateurs de football ont en mémoire la demi-finale France/Allemagne de la Coupe du monde de football, le 8 juillet 1982, à Séville. Rencontre perdue, dans un suspense insoutenable, par la France, symbole même du complexe d’infériorité nourri à l’époque face à la formation d’outre-Rhin.
Il y a bien eu les glorieux aînés de 1958, en Suède, la bande de Platini, vainqueur de l’Euro 1984. Mais la victoire des Blacks-Blancs-Beurs de 1998 surclasse tout par sa dimension médiatique et sportive. On a souvent rapproché les images de cette France remontant les Champs-Élysées de celles de la Libération, en 1944 : une France qui communie après la victoire ou une France parcourue de nombreuses fractures et qui laisse à voir un court instant une unité de façade ?
9 juillet 2006 : la France en liesse fête son équipe… battue par les Italiens en finale de la Coupe du monde de football. Les syndromes ont la vie dure.