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Comment redéfinir la culture scolaire dans une société en changement ?

[Le système éducatif français en panne], pour plus d'information, consulter la description longue en dessous de cette illustration

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Photo : Philippe Graffion/Photologo © La Documentation française

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Depuis une quinzaine d’années, le système scolaire français devient de moins en moins équitable au regard de l’origine sociale des élèves. Pourtant, il a fait, et continue de faire, l’objet de nombreuses réformes.

Une "école de la réussite" pour tous ?

Mur d'escalade

Mur d'escalade.

Photo : André Lejarre/Le bar Floréal © La Documentation française

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Pour Philippe Raynaud, comme il l’explique dans un article sur "La place de l'école dans la société" (Cahiers français, La Documentation française, n°368, mai juin 2012), « le changement le plus important, qui n’est pas le plus visible, a consisté à accepter une interprétation radicale du principe du collège unique, qui a entraîné progressivement une redéfinition de la culture scolaire. Ces changements ont été initiés sous le ministère de Lionel Jospin, avec la loi l’orientation de 1989 qui propose de mettre l’élève  au centre du système éducatif, pour être concrétisés dans la loi Fillon de 2005, qui donne comme objectif général à la scolarité obligatoire l’acquisition d’un "socle commun" de connaissances et de compétences générales, conçu comme un "bagage minimal pour entrer dans la vie en société." Apparemment, ces formulations vagues ne changent pas grand-chose par rapport à la loi de 1975 qui créait le Collège unique : René Haby parlait déjà alors d’un " smic culturel" qui ressemble beaucoup au "socle commun". En fait, la nouveauté, réelle, a consisté à supprimer progressivement toutes les restrictions au principe de collège unique (en évitant notamment les orientations précoces vers des classes préprofessionnelles) et à limiter progressivement les redoublements (le taux de redoublement en cinquième passe de 12 % à 3 % entre 1995 et 2009). Très logiquement, cette politique s’est accompagnée d’une révision générale des  programmes. Dans un sens moins "intellectualiste" qui modifie profondément le contenu de la culture scolaire ».

L’assouplissement de la carte scolaire controversé

Instaurée en 1963 et « pensée pour organiser l’offre et les flux scolaires à une époque où le public scolaire était moins nombreux et socialement et ethniquement plus homogène, la carte scolaire peine à garantir les mêmes environnements scolaires dans l’ensemble des quartiers, que ce soit du point de vue du profil de l’offre éducative ou de celui du public scolarisé. Si l’objectif de mixité sociale (et ethnique) n’était pas premier au départ, il est devenu central par la suite, au point d’être aujourd’hui l’aspect le plus débattu et sans doute le plus problématique », souligne Marco Oberti dans l’introduction à l’ouvrage "La carte scolaire"  (Problèmes politiques et sociaux, n°956, La Documentation française, janvier 2009).

Epreuve de philosophie au baccalauréat

Epreuve de philosophie au baccalauréat.

Photo : Frederick Florin © AFP

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Face à cette situation, la voie choisie a été d’assouplir la carte scolaire à la rentrée scolaire 2007. Présentant un bilan de cette politique ("L'assouplissement de la carte scolaire : quel bilan ?", Regards sur l'actualité, n°371, La Documentation française mai 2011), Pierre Merle en dresse un tableau particulièrement négatif. Il affirme notamment que « la politique d'assouplissement de la carte scolaire a, contrairement à l'objectif initial d'accroissement de la mixité sociale, réduit celle-ci. Ce résultat est incontestable pour les communes de Paris, Lyon, Bordeaux, Lille et neuf communes importantes de l'académie de Rennes. Les résultats de recherches menées dans plusieurs grandes capitales régionales françaises confirment les conclusions des premières évaluations de la politique d'assouplissement de la carte scolaire et les recherches internationales.(…)

Il paraît difficile de maintenir une telle politique d'assouplissement de la carte scolaire, source de ségrégation scolaire. Certes, elle donne satisfaction à une partie des parents, majoritairement d'origine sociale aisée, qui obtiennent une dérogation à l'établissement de leur secteur. Mais cette politique a pour contrepartie un coût élevé. Elle est néfaste à l'équité et à l'efficacité du système éducatif ; elle ne peut freiner ni la sortie sans diplôme d'une proportion trop importante d'élèves (encore 18 % des jeunes sortent actuellement sans diplôme de l'école), ni le déclin de l'école française dans les classements internationaux. »

Les succès de la filière professionnelle

Si les savoirs transmis par les cursus technique et professionnels et leurs débouchés étaient jusqu’alors socialement peu considérés, la réforme du baccalauréat professionnel en trois ans et celle des sections industrielles des baccalauréats technologiques les ont revalorisés. Dans un article sur "Le regain de l’enseignement technique et professionnel ?", Vincent Troger souligne notamment le succès du "bac pro" en trois ans (Cahiers français, La Documentation française, n°368, mai juin 2012) :

BEP plomberie chauffagiste

Lycée professionnel Corrot, BEP plomberie chauffagiste.

Photo : Fred Boucher © La Documentation française

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« Lors de la publication des résultats du baccalauréat 2011, le "bac pro" a été exceptionnellement célébré ; Les médias se sont fait l’écho de la spectaculaire croissance des bacheliers professionnels : 154 000 lauréats contre 119 000 l’année précédente, ce qui élève la part des bacheliers professionnels parmi l’ensemble des bacheliers à 27 % au lieu de 22 % en 2010. (…) En effet, la réforme du cursus des bacs pro semble avoir atteint un de ses objectifs initiaux, la revalorisation des lycées professionnels (LP) (…) L’affichage d’une égalité symbolique avec les filières générales et technologiques et l’espoir d’une poursuite d’études plus accessible qu’auparavant semble atténuer la dimension stigmatisante de la scolarité en lycée professionnel. (…) Le bac pro en trois ans constituerait ainsi une sorte de compromis entre l’inappétence scolaire des enfants et l’ambition scolaire des parents. Les contenus professionnels enseignés paraissent moins rébarbatifs aux jeunes et leur ouvrent des perspectives d’emplois ou d’études compatibles avec ce qu’ils pensent être leurs compétences. En même temps, l’égalité symbolique avec les autres filières de lycée et l’espoir de poursuite d’études rassurent les parents. »

Mis à jour le 01/08/2012

 

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