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Un système scolaire ségrégatif et reproductif

[Le système éducatif français en panne], pour plus d'information, consulter la description longue en dessous de cette illustration

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Photo : Philippe Graffion/Photologo © La Documentation française

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Différentes enquêtes internationales et nationales révèlent une crise profonde du système éducatif français. En effet, depuis les années 2000, le niveau de performance des élèves baisse et les inégalités scolaires et socio-économiques se creusent.

Des enquêtes PISA guère flatteuses  pour l’école française

Ministère de l'éducation nationale

Ministère de l'éducation nationale.

© Ministère de l'éducation nationale

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Dans un article intitulé " Le système éducatif français dans l’OCDE : quelles performances? " (Cahiers français, "L'École en crise ?", La Documentation française, n° 368, mai juin 2012), Georges Felouzis dresse un bilan des évolutions de l’école en France entre 2000 et 2009 du point de vue des compétences des élèves et des inégalités scolaires, à partir de l’édition 2009 de l’enquête PISA (Programme for International Student Assessment).

«…en moins de dix ans, l’école française laisse plus d’élèves au bord de la route et augmente légèrement sa proportion d’élèves très bons : les écarts de compétences entre élèves se creusent donc.

Mais les inégalités scolaires ne se mesurent pas seulement par les écarts entre individus. Il est aussi très pertinent d’observer la nature des inégalités en fonction des caractéristiques des élèves, et notamment de leur origine sociale, leur sexe et leur parcours migratoire éventuel. Et là encore, un constat s’impose : le système scolaire français en 2009 est moins équitable qu’en 2000. Cela s’observe d’abord au plan de l’origine sociale des élèves. Si l’on considère les 20 % des élèves de 15 ans les plus défavorisés au plan socio-économique ils ont perdu 19 points en compréhension de l’écrit depuis 2000. Dans la même période, les 20 % les plus favorisés ont gardé un niveau constant : ils ne perdent qu’un seul point. En d’autres termes, la baisse des compétences des élèves français est le fait des élèves socialement les plus défavorisés. On peut ajouter sur ce point que l’influence de l’origine sociale sur les performances est en France parmi les plus élevées au sein de l’OCDE en 2009. Pour un point de plus sur l’échelle de niveau socio-économique  (il s’agit de la pente du gradient socio-économique), les élèves français gagnent en moyenne 51 points, contre 38 points dans l’OCDE économique. Cela signifie que l’avantage scolaire des plus favorisés est bien plus fort en France que dans la moyenne de L’OCDE. (…)

Ce constat donne à voir un système éducatif qui accentue les inégalités scolaires et tend à ne plus jouer son rôle compensatoire des inégalités sociales. Cette situation est d’autant plus alarmante que le système éducatif français se présente comme égalitaire, unifié et proposant à tous un enseignement commun jusqu’à 16 ans ». 

Par ailleurs, selon Jean-Pierre Obin, le recrutement et la formation des enseignants participent au fonctionnement élitiste, y compris la mastérisation généralisée à partir de la rentrée 2011 ("Mastérisation : quelles évolutions?", Cahiers français, "L'école en crise ?", La Documentation française, n° 368, mai-juin 2012) :

« Depuis ces vingt dernières années, la formation initiale des enseignants présente donc deux particularités : très majoritairement académique, sa part professionnelle succède au recrutement, contrairement aux logiques prévalant dans la plupart des pays développés. (…) les professeurs français reçoivent une formation purement académique et peuvent avoir été recrutés sans jamais avoir vu le moindre élève. De plus, ils sont préparés à exposer à un jury composé d’universitaires et d’inspecteurs la "leçon" la plus brillante que soit !  (…) Le nouveau recrutement des enseignants au niveau du master (dit "mastérisation ") représente une véritable rupture historique pour des professeurs du secondaire recrutés depuis plus de deux siècles avec la licence. Pour les enseignants du Primaire en revanche, il apparaît comme la poursuite d’une évolution d’un peu plus de trente ans selon laquelle le niveau exigé est passé progressivement du brevet élémentaire (bac -3) au master (bac +5). Cependant, les conditions de cette réforme ont abouti à supprimer l’année de formation préalable à l’entrée dans le métier, ce qui a rendu l’initiative peu compréhensible par l’opinion publique ».

Dans ce contexte tendu, l’école fait l’objet d’une crise de confiance quant à son efficacité et à la façon dont elle remplit sa mission en matière d’égalité des chances.

La mise en question des missions de l'école

Professeure à son bureau

Professeure à son bureau.

Photo : Samuel Bollendorff/L'Oeil Public © La Documentation française

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Les sondages auprès du grand public montrent à la fois de fortes attentes par rapport à l’école et un certain scepticisme quant à ses capacités à y répondre. Dans la même revue, Marie Duru-Bellat s'interroge sur les missions de cette institution ("L’École, une crise de confiance") :

« Les parents placent en tête l’inculcation des savoirs et de la culture mais aussi le développement, chez les élèves, de certaines attitudes comme le goût d’apprendre, la capacité à vivre avec les autres, la confiance en soi, ainsi que la préparation à la vie professionnelle. Et c’est surtout sur ces deux derniers points qu’on observe un décalage très marqué entre attentes et évaluation de la capacité de l’école, telle qu’elle est, à y satisfaire. Selon le sondage d’IPSOS paru en septembre 2011, 93 % des personnes pensent que développer la confiance en soi et préparer à l’insertion sont pour l’école des missions très importantes ou importantes, alors que seulement 32 % et 38 % respectivement lui font confiance (tout à fait ou plutôt) pour remplir ces rôles. C’est donc sur le versant de l’épanouissement de l’enfant, d’une part, et de l’insertion, de l’autre, que la déception semble la plus marquée. Alors qu’on met dans notre pays une grande confiance en l’école pour déboucher sur des emplois, comme le veut une logique méritocratique exacerbée, perçue comme un gage de justice sociale, on assiste peut-être à un retour de bâton de cette logique. (…) Cet utilitarisme déçu – même s’il reste par ailleurs fondé – des jeunes face à l’école n’est pas pour rien dans leur démotivation, et sans doute celle des enseignants ».

Mis à jour le 01/08/2012

 

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