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La France, une grande puissance militaire ?

[Quelle place pour la France dans le monde ?], pour plus d'information, consulter la description longue en dessous de cette illustration

Patrouille de France, 2011.
Photo : Jeffrey Pardoen Wikimedia Commons

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À côté de sa capacité de dissuasion nucléaire, élément central de sa politique de défense, la France dispose de forces armées (terre, air et mer) importantes qui font d’elle une puissance militaire de premier plan. Elles se sont engagées depuis vingt ans dans de profondes réformes afin de rester performantes, malgré un cadre budgétaire de plus en plus contraint.

Des structures de commandement spécifiques

En 2013, environ 10 000 soldats français étaient engagés activement dans huit opérations extérieures (Opex). Cette réactivité est favorisée par une organisation militaire particulière.

Discours du Chef d’État Major des Armées Cema, l’amiral Edouard Guillaud

Vue de la cour des Invalides à l’occasion du discours du Chef d’État Major des Armées Cema, l’amiral Edouard Guillaud, lors de la prise d’armes de création des bases de défense, juin 2011, Paris.

Photo : Joel Saget © AFP

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Dans un texte intitulé "L’outil militaire : une adaptation nécessaire mais sous contrainte" (publié dans le numéro spécial "La France dans le monde", Questions internationales, n°61-62, mai-août 2013, La Documentation française), Yves Boyer en rappelle la structure : «Dans le domaine militaire, la Constitution de la Ve République confère au président de la République un rôle qui n’a pas d’équivalent dans les autres démocraties européennes. Le chef de l’État est, aux termes de l’article 15 de la Constitution de 1958, "chef des armées". Il fixe les grands traits de la stratégie et de la politique militaire. En France, la place prééminente du président de la République lui confère une marge de manœuvre étendue. Il peut ainsi décider de l’engagement de forces sans accord préalable du Parlement, même si ce dernier est appelé à se prononcer ultérieurement ». 

De plus, « le chef de l’État dispose d’un état-major particulier qui est en relation permanente avec l’état-major des armées (EMA). Le chef d’état-major des armées (CEMA) assure le commandement de l’ensemble des opérations militaires, il est le conseiller militaire du gouvernement. Pour l’exercice de ses prérogatives, le CEMA dispose de l’EMA où agissent sous ses ordres des adjoints, dont le sous-chef d’état-major « opérations », qui commande le Centre de planification et de conduite des opérations (CPCO). L’EMA garantit, en toutes circonstances, que les armées agiront sous le contrôle de la nation pour défendre ses intérêts, y compris dans le cadre d’une coalition. (…) À côté de l’EMA, la direction générale de l’Armement (DGA) est chargée de définir et de procurer aux forces les équipements nécessaires à l’exécution de leurs missions ».

Les outils de l’autonomie militaire

Cette organisation très centralisée et parfois assez lourde, a pour avantage, selon Y. Boyer, de renforcer « l’immunité de la politique militaire aux changements intempestifs et aux décisions hâtives. (…) Ce système reste également à l’abri des ingérences extérieures directes, notamment de la part de l’OTAN et de l’Union européenne, même s’il autorise bien évidemment de nombreuses coopérations ».

Jean-Yves Le Drian, ministre français de la Défense, en visite sur la base militaire française à Gao, Mali

Jean-Yves Le Drian, ministre français de la Défense, en visite sur la base militaire française à Gao, avril 2013, Mali.

Photo : Martin Bureau © AFP

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Il convient également de pouvoir contrer l’efficacité des programmes de surveillance engagés par plusieurs puissances étrangères (États-Unis, Chine). Leur caractère massif apparaît désormais avéré. La maîtrise des moyens de renseignement apparaît dès lors « indispensable pour garantir à la France la crédibilité de l’outil de défense et notamment de l’outil nucléaire. Dans ce domaine elle dispose d’une panoplie de satellites d’observation et de renseignement électromagnétique avec la constellation Elisa. En outre, le démonstrateur satellitaire Spirale lui a accordé une place dans le domaine de la détection et du suivi de missiles balistiques. (…) Ces systèmes complexes viennent en appui du travail tant de la Direction du renseignement militaire (DRM) que de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) ». Enfin, la Direction de la protection et de la sécurité de la défense (DPSD) qui dépend directement du ministre de la Défense, est plus particulièrement chargée de la sécurité des installations dites sensibles.

Des forces classiques sous contrainte

Cependant, les forces classiques françaises sont soumises à une pression budgétaire croissante qui rend plus délicate leur nécessaire modernisation. « Sur la période 2009-2013, les armées ont enregistré un manque à gagner de 4,1 milliards d’euros. Hors dissuasion nucléaire, les dépenses d’équipement ont été les principales cibles des réductions (- 3,9 milliards d’euros) ». Le projet de loi relatif à la programmation militaire pour la période 2014-2019 prévoit une stabilisation du budget de la défense à 31,4 milliards d’euros en crédits de paiement annuels. « Cet objectif se retrouve peu ou prou dans le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale remis au président de la République en avril 2013 ».

Deux Rafale rompent la formation après s’être ravitaillés auprès d’un avion américain KC-135 Stratotanker

Deux Rafale rompent la formation après s’être ravitaillés auprès d’un avion américain KC-135 Stratotanker au-dessus du Mali, avril 2013.

Photo : Christopher Mesnard © Wikimedia Commons

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Pour prendre l’exemple de l’armée de l’air, la loi de programmation militaire 2009-2014 a conduit à une réduction de 25 % de ses effectifs, de 30 % de ses avions de combat. « La crise économique et financière a conduit à un report de trois à quatre ans de la totalité des programmes en cours de définition, notamment pour les avions ravitailleurs en vol. Or l’armée de l’air en a un urgent besoin comme d’ailleurs celui de renouveler sa flotte de transport, qui connaît un vieillissement accéléré.
L’armée de l'air enregistre un déficit d'heures de vol particulièrement préoccupant pour les pilotes de transport, qui ont eu un niveau d'activité inférieur aux prévisions. Celui des pilotes de chasse reste en revanche satisfaisant. L’armée de l’air française reste l’une des très rares armées européennes à être capable de mener des raids à grande distance.
C’est ainsi qu’au début de l’opération Serval au Mali, le 13 janvier 2013, 4 Rafale sont partis de leur base à Saint-Dizier pour exécuter un raid qui les a amenés à survoler l’Espagne, le Maroc et la Mauritanie avant de pénétrer au Mali où ils ont attaqué une vingtaine d’objectifs.(…). Ce plus long raid mené par l’armée de l’air a confirmé le savoir-faire des pilotes, le bien-fondé du choix du Rafale, mais il a mis aussi en évidence une déficience certaine, s’agissant du ravitaillement en vol ».

Mis à jour le 04/10/2013

 

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