Retour
 
 

La présence de la Chine dans le monde

[La Chine, puissance régionale et mondiale], pour plus d'information, consulter la description longue en dessous de cette illustration

Shanghai, l’une des plus grandes mégapoles de la Chine avec plus de 18,5 millions d'habitants.
© Gunda et Georges Lehovetzki - 2015

Agrandir l'image

La montée en puissance économique de la Chine se traduit par une augmentation significative de ses investissements à l’échelle mondiale. Ce déploiement s’accompagne d’une politique culturelle volontariste destinée à contrebalancer l’image négative du pays à l’étranger, s’appuyant volontiers sur le nombre croissant de Chinois installés à l’étranger, diasporas, étudiants et touristes.

Un déploiement économique mondial

Jardin botanique de  Jinghong, Yunnan, Chine, 2007

Jardin botanique de  Jinghong, Yunnan, Chine, 2007.

© Véronique Bordeaux

Agrandir l'image

La Chine multiplie les investissements dans le monde, non seulement dans les pays en développement, mais aussi en Amérique du Nord et dans l’Union européenne (UE). Dans un article de P@ges Europe, intitulé "Grèce. La privatisation du port du Pirée, une première" ( P@ges Europe, 31 août 2016 – La Documentation française © DILA), Noëlle Burgi et Eleni Kyramargiou analysent les objectifs et les modalités de l’acquisition du port du Pirée par la Chine :

« La privatisation du port du Pirée par un opérateur public chinois est un événement sans précédent dans un pays membre de l’UE, susceptible d’avoir de fortes répercussions sur l’ensemble du marché européen. Jusqu’ici, aucun État membre ne s’était risqué à céder son infrastructure portuaire. Moins encore à une entité paraétatique. Tel est ici pourtant le cas : l’Autorité portuaire du Pirée (OLP) qui régule et gère les activités du port le plus important de Grèce a été rachetée par l’entreprise publique chinoise China Ocean Shipping Company (Cosco). (…)

La présence de Cosco traduit (…) la volonté de la Chine de recréer une sorte de “nouvelle route de la soie” en renforçant sa présence sur l’ensemble des réseaux maritimes et terrestres internationaux, notamment ceux connectant l’Asie, l’Europe et l’Afrique. Situé sur cette trajectoire, à proximité du canal de Suez, le Pirée présente de nombreux atouts. Port polyvalent, proche de l’aéroport d’Athènes, des nœuds ferroviaires et des grands axes routiers, il se trouve à 12 km au sud-ouest du centre de la capitale. C’est une importante plateforme logistique et de transbordement vers d’autres pays de la Méditerranée orientale et les pays de la mer Noire. Depuis 2009, cette position stratégique a été confortée, faisant du Pirée le port le plus dynamique de la Méditerranée orientale en termes de trafic de conteneurs, le huitième au classement européen. Entre 2008 et 2014, sa capacité à cet égard a été multipliée par neuf ; 80 % du commerce extérieur chinois vers ou en provenance de l’Europe transite par ce port. Cosco a également investi dans l’aménagement de l’hinterland. Une ligne ferroviaire de fret de 17 km connecte les terminaux du port au reste du réseau via la station de Thriasio Pedio d’où les marchandises peuvent être acheminées directement vers l’Europe centrale et orientale. Un vaste centre logistique et de fret est également en construction dans la zone industrielle de Thriasio où la société de chemins de fer grecque (OSE, elle aussi en voie de privatisation) dispose de 600 000 m² et où Cosco détient 50 % du capital d’un centre de distribution de 7 000 m². (…)

Le groupe Cosco s’intéresse au marché de l’UE avant tout pour y exporter. Certes, son implantation au Pirée a de fortes chances de se traduire par un développement des infrastructures portuaires et ferroviaires ce qui, à terme, pourrait bénéficier à l’économie grecque. Mais, dans l’immédiat, ses investissements répondent en toute logique à ses intérêts propres et à ceux de l’État chinois qui ne correspondent pas forcément aux aspirations de la Grèce. Ainsi, les milieux syndicaux grecs relèvent l’absence, dans le document régissant la concession, de toute mention à une réglementation des relations professionnelles ou à une convention collective. Or, le groupe chinois a d’ores et déjà une piètre réputation dans ce domaine, sa filiale ayant importé en Grèce un modèle de relations du travail plus proche de celui pratiqué en Chine que de celui de l’OLP : pas de convention collective mais des contrats individuels de gré à gré, recours massif à la sous-traitance, cadences élevées, non reconnaissance du métier, protection insuffisante contre les accidents du travail… Ceci étant, d’après les entretiens conduits par les auteurs, les conditions de travail aux terminaux du Pirée s’avéreraient aujourd’hui plutôt meilleures qu’elles ne le sont en général sur le marché du travail en Grèce depuis la crise et la mise en œuvre des politiques d’austérité. La perspective de nouveaux investissements donne d’ailleurs à ceux qui y travaillent l’espoir d’une relative stabilité de l’emploi conforté par le fait que la filiale de Cosco a distribué à tous ses employés, en mai 2016, leur planning de travail, semaine par semaine, pour les deux années à venir.

Cette implantation étrangère pourrait avoir un impact sur le marché du travail pour une autre raison. La Chine ambitionne de transformer le Pirée en une plate-forme centrale de logistique, de distribution et d’assemblage, incitant de grandes multinationales comme Hewlett-Packard, Dell, Lenovo, IKEA et LG à s’implanter à leur tour. Ceci donnerait lieu à l’établissement d’une zone franche permettant au groupe chinois de finaliser l’assemblage des produits électroniques importés par ses soins. Un grand nombre de produits fabriqués en Chine sont d’ores et déjà assemblés en Grèce par une main-d’œuvre locale très qualifiée – qui pourrait donc être employée à des tâches nécessitant un savoir-faire plus complexe – et vendus sous étiquette “Made in Greece”. Ce nouveau “modèle” de production qui se résume souvent à une simple opération d’assemblage a déjà cours dans le nord de la Bulgarie où une unité chinoise d’assemblage de voitures réexporte ses véhicules dans toute l’Europe sous étiquette “Made in Lovech” » (Noëlle Burgi et Eleni Kyramargiou, "Grèce. La privatisation du port du Pirée, une première", P@ges Europe, 31 août 2016 – La Documentation française © DILA),

L’influence internationale de la Chine

Dans un numéro de la Documentation photographique consacré à "La Chine, puissance mondiale" (n° 8108, novembre-décembre, La Documentation française, 2015), Sébastien Colin donne un aperçu des efforts du pays pour développer son soft power ainsi que les difficultés rencontrées :

Temple Yuantong ou temple de la compréhension de toutes choses, Kunming, chef-lieu de la province du Yunnan, Chine, 2007

Temple Yuantong ou temple de la compréhension de toutes choses, Kunming, chef-lieu de la province du Yunnan, Chine, 2007.

© Véronique Bordeaux

Agrandir l'image

« Les autorités chinoises (…) ont mis en place au cours des années 2000 une politique visant à développer le soft power national. L’objectif de fond est de changer les “perceptions négatives” que les autres États et sociétés peuvent avoir de la Chine en “perceptions positives”, en bref d’améliorer la réputation internationale du pays. Cela passe notamment par l’internationalisation des médias officiels, comme l’agence Xinhua, mais aussi par la diffusion de sa langue et de sa culture à travers la multiplication des instituts Confucius et l’octroi de bourses aux étudiants étrangers. (…)

À l’instar des autres médias officiels chinois, la chaîne publique China Central Television (CCTV) ou Radio Chine internationale, l’agence de presse Xinhua est chargée par le pouvoir communiste chinois de promouvoir à l’étranger une bonne image de la Chine face aux reportages jugés négatifs diffusés par la presse occidentale. Mais des groupes privés tentent également de porter haut les couleurs de leur pays sur la scène internationale. Le Wanda Culture Industry Group en est l’un des meilleurs exemples. (…)

Fondée en 1988 à Dalian, dans la province du Liaoning, par Wang Jianlin, ancien soldat de l’Armée populaire de libération (APL) et membre du PCC, une petite société immobilière s’est diversifiée jusqu’à devenir le plus important opérateur mondial dans le domaine du cinéma. Le Wanda Culture Industry Group mène aujourd’hui cette activité à travers trois structures principales  : les Wanda Cinemas en Chine, AMC Entertainment – chaîne de cinémas rachetée en 2012 – aux États-Unis et Hoyts Group en Australie. À l’instar de Bollywood en Inde et de Nollywood au Nigeria, le groupe a créé en 2013 un “Hollywood chinois” dans la ville côtière de Qingdao, avec pour ambition d’en faire le plus grand studio de cinéma du monde. (…)

En dépit des efforts consentis par les autorités chinoises dans l’établissement de cette politique, les résultats ne semblent pas à première vue à la hauteur des attentes, notamment dans le monde occidental. Pouvoir autoritaire et corrompu, bafouant les droits de l’homme, employant la manière forte au Xinjiang et au Tibet, adoptant une posture jugée agressive dans son environnement régional, le gouvernement chinois attise plus les critiques qu’il n’attire les sympathies. De ce fait, la principale limite au softpower de la Chine est bien le PCC lui-même. Et ce n’est sans doute pas un hasard si celui-ci mobilise, pour redorer le blason de la Chine, des attributs culturels et des personnages de la période impériale : pensée traditionnelle, opéra et théâtre classiques, Confucius et Zheng He, etc. (…).

De nombreux observateurs doutent ainsi de l’efficacité de la politique de softpower médiatique lancée par la Chine : difficile d’être crédible à l’étranger lorsqu’on réprime la presse dans son propre pays. Par ailleurs, le gouvernement chinois n’accorde pas la réciprocité aux médias étrangers qui souhaitent se faire entendre en Chine. Les journaux internationaux y sont interdits et les chaînes étrangères ne sont diffusées que dans les grands hôtels. (…)

Dans les pays en développement, la situation est un peu différente. La croissance économique continue de la Chine ces trente dernières années, couplée au maintien de la stabilité politique par un pouvoir autoritaire – parfois appelé “consensus de Pékin” – ne sont pas, en effet, sans fasciner dans certains pays. Ils peuvent même constituer une alternative possible, voire un contre-modèle, au “consensus de Washington” (adoption des valeurs démocratiques et libéralisation du marché économique). Il reste à savoir si cette fascination dépasse le seul cadre des élites de ces pays (dont certaines espèrent rester au pouvoir) pour embrasser les sociétés et populations qu’elles gouvernent et si ce soi-disant modèle chinois est réellement exportable ».

L’agence Xinhua

En 1931, le Parti communiste chinois (PCC) crée une agence de presse, Red China. En 1937, celle-ci est rebaptisée Xinhua, littéralement “Chine nouvelle”. Aujourd’hui, cette agence est toujours rattachée au Conseil des affaires d’État de la République populaire de Chine. Xinhua dispose de bureaux dans toutes les provinces chinoises, d’une forte présence internationale et sur Internet. Une seule autre agence de presse nationale existe, bien moins importante : China News Service.

L’expansion de Xinhua à l’étranger a commencé en 1983. Depuis, l’agence ne cesse d’ouvrir des bureaux dans le monde. Au total, elle en compte 170, dont sept régionaux : Hong Kong, Le Caire, Nairobi, Paris, New York, Mexico et Moscou. Son objectif est d’en avoir 200 à l’horizon 2020. Un bureau devrait même ouvrir à Taipei, bien que la Chine continentale considère Taïwan comme l’une de ses provinces. Un coup d’accélérateur a été donné à cette expansion après 2008  : cette année-là, alors que Pékin s’apprêtait à accueillir les Jeux olympiques, la dure répression orchestrée par le pouvoir chinois à l’encontre des manifestations tibétaines en mars-avril provoqua de nombreuses protestations en Occident tout le long du parcours de la flamme olympique. L’image du pays en fut fortement écornée. Le pouvoir chinois décida alors de lancer un plan d’une ampleur inédite  : 45 milliards de yuans (5 milliards d’euros) furent consacrés au développement des médias nationaux à l’étranger. […] Les médias chinois internationaux accordent notamment une grande importance aux pays émergents. Xinhua possède vingt-cinq bureaux en Afrique subsaharienne. Elle y propose une information à bas prix et souvent de bonne qualité sur les sujets locaux. En outre, elle se veut un modèle de non-ingérence dans les affaires intérieures des pays où elle est installée.

Cependant, ces ambitions mondiales rencontrent rapidement leurs limites, qui sont celles du contrôle de l’information. Il s’agit tout autant de censure que de propagande : en Chine comme à l’étranger, ce sont les chefs de section des bureaux de Xinhua qui choisissent les thèmes à traiter et la manière de les traiter, alors que certains sujets font systématiquement l’objet de dépêches (les interventions du Président, du Premier ministre ou les déclarations des porte-parole du ministère des Affaires étrangères par exemple). »

Les Chinois à l’étranger

« [La politique d’influence du PCC] cible également les membres de la communauté chinoise d’outre-mer qui n’ont pas la nationalité chinoise, avec en point de mire leur “re-sinisation”. Dans une certaine mesure, les étudiants et touristes chinois, dont les flux à destination de l’étranger sont croissants, en symbolisant l’insertion réussie de la Chine dans la mondialisation, ont aussi, de par leur comportement dans leur pays de séjour, une responsabilité dans la diffusion d’une image positive de la Chine. […]

Les Chinois d’outre-mer sont […] essentiellement concentrés en Asie du Sud-Est où résident près de 80  % d’entre eux. Dans le reste du monde, la communauté la plus importante se trouve aux États-Unis. Ces différentes données ne constituent toutefois que des valeurs indicatives car il est très difficile de mesurer avec précision ce phénomène migratoire, de par les différences de catégorisation statistique et juridique qui existent entre les États d’accueil et la diversité des populations à comptabiliser : populations résidant à l’étranger avec un passeport de la République populaire de Chine (ou de Taïwan), populations naturalisées mais conservant une forte identité “ethnique” chinoise ou encore populations métissées. D’autres facteurs plus récents, comme la clandestinité, ne facilitent pas non plus une comptabilisation précise. […]

Avec le lancement des réformes à la fin des années 1970, la Chine a manifesté un intérêt renouvelé pour ces populations alors perçues comme des acteurs potentiels de la modernisation économique du pays. Les autorités ont facilité l’envoi de remises aux villages d’origine et les investissements dans les zones économiques spéciales (ZES) créées dans les provinces du Guangdong et du Fujian, dont est originaire une très grande partie des Chinois d’outre-mer. L’affirmation de la Chine comme puissance économique mondiale n’a pas atténué cet intérêt, bien au contraire : en juillet 2015, le Premier ministre a encore appelé la communauté chinoise d’outre-mer à contribuer au développement économique du pays dans le cadre des “nouvelles routes de la Soie”. Mais cet intérêt est aussi politique. Par le biais du bureau pékinois des Huaqiao [Chinois d'outre-mer] et des ambassades, le pouvoir chinois tente d’approfondir ses relations avec ces populations qu’il perçoit comme de potentiels relais d’influence dans le monde. Sans en être membre, une délégation des Chinois d’outre-mer participe ainsi chaque année aux sessions de l’Assemblée populaire nationale et de la Conférence consultative politique du peuple chinois. […]

La Chine est le premier “exportateur” au monde d’étudiants à l’étranger. En année pleine, ils étaient 1,27 million inscrits dans des universités ou écoles hors de Chine à la fin de l’année 2010, selon le ministère de l’Éducation chinois. Sans surprise, les principaux flux d’étudiants chinois dans le monde se dirigent vers le Royaume-Uni, les États-Unis et le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, soit un monde anglo-saxon connu pour la qualité de son enseignement supérieur et où est pratiquée la langue de la mondialisation. […] Depuis les réformes économiques des années 1980, le gouvernement chinois finance des programmes d’études à l’étranger. Mais avec l’enrichissement du pays, un nombre croissant de familles a aujourd’hui les moyens d’envoyer ses enfants étudier à l’étranger sans l’aide du gouvernement, soit parce qu’elles ont épargné en conséquence, soit parce que la “tontine” familiale ou clanique a réuni la somme. On a longtemps enregistré des départs massifs d’étudiants chinois non suivis de retour. Une part croissante fait désormais le choix de rentrer après l’obtention du diplôme. Environ 135 000 étudiants sont revenus en Chine en 2010, soit 25  % de plus qu’en 2009. L’amélioration des conditions de travail, la hausse des salaires et une politique favorable au retour en Chine ont contribué à cette tendance.

Enfin, un nombre croissant de touristes chinois voyage à travers le monde. Du fait de la proximité géographique mais aussi du coût et du nombre encore limité de jours de congé, la majorité se rend dans les autres pays d’Asie. Cependant, les voyages organisés à destination des États-Unis et de l’Europe se sont multipliés ces dernières années et devraient connaître une forte croissance à l’avenir. » » (Sébastien Colin, "La Chine, puissance mondiale", Documentation photographique, n° 8108, novembre-décembre, La Documentation française, 2015).

Les chinois à l'étranger, une géographie plurielle : diaspora, étudiants et touristes

Source : Sébastien Colin, La Chine, puissance mondiale, Documentation photographique n° 8108, nov.-déc. 2015, p. 39.

Mis à jour le 27/01/2017

 

Autres contenus apparentés

Ressources complémentaires