Le contexte
- Depuis la victoire de l’opposition parlementaire RPR-UDF aux élections législatives de mars 1986, la France connaît sa première expérience de cohabitation : un Président de gauche, François Mitterrand, et un Premier ministre de droite, Jacques Chirac qui, de plus, sont tous les deux candidats et vont s’affronter après avoir gouverné deux ans ensemble.
- Ils ont comme concurrents : Raymond Barre, Premier ministre de 1976 à 1981 soutenu par l’UDF ; Jean-Marie Le Pen dont le parti le Front national fait depuis 1984 une percée électorale significative (9,8 % des voix en 1986) ; André Lajoinie pour le PCF ; Antoine Waetcher pour l’écologie. L’extrême gauche est représentée par Pierre Juquin, Arlette Laguiller, Pierre Boussel.
- Si François Mitterrand se déclare très tard, le 22 mars, la campagne électorale entre les deux principaux candidats a en fait débuté au lendemain des élections législatives de 1986.
Innovations et particularités
- Une nouvelle réglementation du financement : chaque candidat est tenu d’adresser ses comptes de campagne et une déclaration de situation patrimoniale au Conseil constitutionnel (loi organique du 11 mars 1988 relative à la transparence financière de la vie politique). Le candidat élu devra adresser une nouvelle déclaration à la fin de son mandat. L’ensemble des documents étant publié au Journal officiel.
- Des innovations en matière de propagande audiovisuelle, liées à la nouvelle réglementation de la communication audiovisuelle. Conséquence directe de la fin du monopole de l’ORTF, de l’apparition de chaînes privées non soumises à l’obligation de retransmettre les émissions officielles. Le tout surveillé par la nouvelle autorité administrative indépendante chargée de réguler ce domaine : la Haute autorité de l’audiovisuel (1982), puis la Commission nationale de la communication et des libertés (CNCL, 1986) à laquelle succédera le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA, 1989). Concurrence oblige, afin de rendre les programmes de la campagne officielle plus attractifs, ces derniers sont modernisés : autorisation d’inclure des documents vidéographiques ou sonores (apparition du clip politique), débat entre le candidat et au maximum quatre personnes.
- Les résultats du premier tour confirment la percée électorale de l’extrême droite (Jean-Marie Le Pen, 14,4 %), l’effondrement du PCF (6,8 %), la stagnation des écologistes (3,8 %).
- C’est la première réélection au suffrage universel direct d’un Président sortant (François Mitterrand, 54 %).
Les résultats
Résultats du 1er tour : 24 avril 1988
Résultats du 1er tour : 24 avril 1988|
| Suffrages
| % des inscrits
| % des exprimés
|
| Inscrits
| 38 128 507
| 100,0
|
|
| Votants
| 31 027 972
| 81,4
|
|
| Suffrages exprimés
| 30 406 038
| 79,7
| 100,0
|
| Raymond Barre
| 5 031 849
| 13,2
| 16,5
|
| Pierre Boussel
| 116 823
| 0,3
| 0,4
|
| Jacques Chirac
| 6 063 514
| 15,9
| 19,9
|
| Pierre Juquin
| 639 084
| 1,7
| 2,1
|
| Arlette Laguiller
| 606 017
| 1,6
| 2,0
|
| André Lajoinie
| 2 055 995
| 5,4
| 6,8
|
| Jean-Marie Le Pen
| 4 375 894
| 11,4
| 14,4
|
| François Mitterrand
| 10 367 220
| 27,2
| 34,1
|
| Antoine Waechter
| 1 149 642
| 3,0
| 3,8
|
> Proclamation des résultats du 1er tour par le Conseil constitutionnel (décision du 27 avril 1988)
Résultats du 2nd tour : 8 mai 1988
Résultats du 2nd tour : 8 mai 1988|
| Suffrages
| % des inscrits
| % des exprimés
|
| Inscrits
| 38 168 869
| 100,0
|
|
| Votants
| 32 085 071
| 84,1
|
|
| Suffrages exprimés
| 30 923 249
| 84,0
| 100,0
|
| François Mitterrand
| 16 704 279
| 43,8
| 54,0
|
| Jacques Chirac
| 14 218 970
| 37,2
| 46,0
|
> Proclamation des résultats du 2nd tour par le Conseil constitutionnel (décision du 11 mai 1988)
Source : Pierre Bréchon, La France aux urnes - Edition 2009, Les Etudes de la Documentation française
% des exprimés