Une agence ANPE

Une agence ANPE.

Agrandir l'image

«L’emploi des seniors n’a fait irruption sur l’agenda politique français que récemment, depuis la réforme des retraites de 2003. Toutefois, les débats sur cette question demeurent brouillés, ils restent largement dominés par la croyance que seul le partage du travail entre les générations permettra de remédier au chômage des jeunes».

Anne-Marie Guillemard et Annie Jolivet font le point sur cette question complexe dans la revue Problèmes politiques et sociaux « De l’emploi des seniors à la gestion des âges » (n° 924). Elles mettent en évidence un double paradoxe.

« Le premier paradoxe tient à l’incapacité dans laquelle se sont trouvés la plupart des pays industrialisés, notamment européens, à concilier les réponses aux difficultés de l’emploi avec les perspectives de vieillissement accentué des populations. (…)
 Le second paradoxe réside dans la conjonction, sur les dernières décennies, des progrès notables de la longévité, lesquels conduisent à une vie plus longue et en bonne santé, et du considérable raccourcissement de la durée de la vie de travail ».

Le Conseil d’analyse économique (CAE) a réalisé un rapport sur «Les seniors et l’emploi en France» (2004). Antoine d’Autume, Jean-Paul Betbèze et Jean-Olivier Hairault font d’abord l’état des lieux de «la cessation d’activité prématurée des seniors», qu’ils analysent comme «une situation perverse et insoutenable dans le futur». Ils se penchent ensuite sur les spécificités du faible taux d’emploi des seniors en France. Puis, forts de l’étude d’expériences menées en France comme à l’étranger, ils avancent une série de propositions de réforme.

«En comparaison aux autres pays développés, la situation française en matière d’emploi des seniors est préoccupante, et cela que l’on se place d’un côté ou de l’autre du seuil des 60 ans.

Parmi les 55-59 ans, plus d’un individu sur deux se trouve hors de l’emploi, ce qui n’est certes guère éloigné de la moyenne de l’Europe à quinze, mais nous place à 15 ou 20 points en dessous du score réalisé par les pays nordiques (Suède 78 %), les États-Unis (68 %) ou le Royaume-Uni (67 %). Au-delà de 60 ans, notre taux d’emploi des 60-64 ans est de 13 %, ce qui constitue de loin l’un des plus faibles des pays industrialisés.

Ce sombre diagnostic est encore renforcé si l’on note que nous faisons du surplace alors que d’autres ont progressé depuis dix ans, en partant de situations analogues. La Finlande et les Pays-Bas ont gagné 16 points depuis dix ans et le Royaume-Uni 8. Cela souligne qu’il est nécessaire de s’inspirer de leurs expériences.

La lecture usuelle de ces résultats met l’accent sur le déficit d’emploi avant 60 ans. C’est lui qui pose le problème principal de diagnostic, puisque le déficit après soixante ans apparaît comme la simple conséquence d’un âge normal de la retraite qui reste ancré à soixante ans. Ce second déficit, pourtant, est grave à un double titre. Il singularise la France et nous éloigne de l’objectif de Lisbonne : nous sommes à 37 % pour les 55-64 ans, alors que l’objectif pour 2010 est de 50 %. En second lieu, loin d’être indépendant du faible taux des 55-59 ans, il constitue, au contraire, l’une de ses causes principales.

Antoine d’Autume, Jean-Paul Betbèze et Jean-Olivier Hairault évaluent les conséquences de ce faible taux d’emploi. Ce taux pèse sur le niveau de la population active et donc sur le niveau de production potentielle de l’économie. L’écart qui sépare aujourd’hui la France des objectifs de Lisbonne équivaut à 800 000 emplois, soit 3,3 % de l’emploi total. Le gain de production résultant d’un retour à l’emploi des seniors serait alors supérieur à 20 milliards d’euros. Le faible taux d’emploi pèse massivement sur l’équilibre des comptes sociaux, notamment des organismes de retraite mais aussi des caisses d’assurance-chômage. Le retour à l’emploi d’un senior dégagerait un double dividende : moins de prestations à verser, plus de cotisations collectées. Atteindre les objectifs de Lisbonne améliorerait le solde des organismes sociaux d’une dizaine de milliards d’euros. De manière plus prospective, le retour à l’emploi des 55-64 ans est une nécessité pour maintenir à un niveau soutenable le ratio de dépendance, qui indique le nombre de retraités par actifs. L’augmentation de l’espérance de vie rend possible une évolution en ce sens. (…)

Pour Antoine d’Autume, Jean-Paul Betbèze et Jean-Olivier Hairault, le diagnostic est clair. Il faut briser le consensus implicite faisant de l’emploi des seniors la principale variable d’ajustement du marché du travail. Il faut allonger l’horizon des acteurs en repoussant l’âge de la retraite. Ces idées simples remettent en cause des croyances largement partagées. Recourir à l’ajustement par les seniors constitue une mauvaise solution dans une période d’emploi déprimé. En effet, cet ajustement augmente le coût du travail et fige encore davantage le fonctionnement du marché du travail. Diminuer l’emploi des seniors ne crée donc pas des emplois pour les jeunes. Dans ces conditions, la rareté des emplois n’est pas une raison pour refuser l’allongement de la durée d’activité. La véritable causalité, qui se manifesterait à terme dans un environnement assaini, s’exerce dans le sens opposé. C’est sur elle qu’il faut s’appuyer. (…)

Trois ensembles de propositions se dégagent ainsi : approfondir la réforme des retraites de 2003 en relançant la retraite choisie, reconstruire le marché du travail des seniors, améliorer la gestion des ressources humaines à l’intérieur des entreprises. Chacun de ces ensembles est indissociable des deux autres et ils créent ensemble un cercle vertueux, qui a pour objet de redonner de la valeur à l’emploi pour les salariés, les entreprises et les institutions publiques».

Source : Conseil d’analyse économique, résumé du rapport.

Mis à jour le 04/10/2006

 

Autres contenus apparentés

Ressources complémentaires

Le centre de documentation

Un espace de consultation sur l'information légale et citoyenne.

Ouvert à tous, 29 Quai Voltaire, Paris 7ème

En savoir plus

Le centre d'information Europe Direct

Partez à la découverte de l'Union Européenne : actualité, législation, actions, brochures gratuites, informations et conseils.

Ouvert à tous, 29 Quai Voltaire, Paris 7ème

En savoir plus

 

[Publicité]