V. Poutine, S. Berlusconi, président du Conseil italien et président du Conseil de l’UE

12ème sommet UE-Russie, Rome, 5 novembre 2003, de g. à d. V. Poutine, chef de l’Etat russe et S. Berlusconi, président du Conseil italien et président du Conseil de l’UE.

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La fin du système soviétique et le rapprochement géographique opéré par l’UE depuis quelques années ont remis à l’ordre du jour la séculaire question russe : la Russie est-elle européenne ou pas ? Quelque peu oubliée durant la période soviétique de l’histoire russe, qui avait placé la République socialiste fédérative de Russie dans un "autre monde" (soviétique, l’expression URSS -Union des Républiques socialistes soviétiques- n’ayant, en l’occurrence, aucune référence géographique), cette question est revenue sur le devant de la scène dès 1985 avec l’énonciation par le nouveau secrétaire général du PCUS (Parti communiste de l'Union soviétique), Mikhail Gorbatchev, du concept qu’il développera ensuite à l’envi, celui de "Maison commune européenne".

Les frontières géographiques en question

Dès lors que s’est effondré le système politique qui justifiait la césure du continent européen en deux entités strictement distinctes (Est/Ouest), dès lors que l’Est a voulu adhérer aux valeurs de l’Ouest, la question s’est de nouveau posée des limites de l’Europe.

Par le passé, c’est la Russie qui avait été amenée à fixer les limites symboliques du continent européen : depuis le XVIIIe siècle, les monts et le fleuve Oural, qui se jette dans la mer Caspienne, ont été considérés comme le support des limites orientales du continent. Piètre frontière (les monts Oural, percés de nombreux cols, culminent à 1 894 m., et les régions situées à l’Est sont majoritairement peuplées de Russes), cette limite ne relève pas de la géographie, mais d’un choix politique. Le père de cette frontière conventionnelle, en effet, n’est autre que le géographe officiel de Pierre le Grand, Vassili Tatichtchev, qui avait été chargé par l’empereur de fixer une limite dans l’unique but de faire de Moscou une ville européenne (jusque là, les Européens la plaçaient en Asie). Le rapprochement entre la Russie et l’Europe, opéré par l’affirmation de l’identité européenne de la Russie, devait contribuer à sa modernisation.

Cette limite est entrée dans l’imaginaire collectif et c’est bien en conformité avec cette représentation géographique classique (mais en contradiction volontaire avec les réalités stratégiques de l’après-guerre), que Charles de Gaulle proposa, lors de sa visite officielle à Moscou en septembre 1962, de créer une solidarité européenne de l’Atlantique à l’Oural.

Europe/Union européenne : glissement sémantique

L’élargissement de l’ Union européenne en mai 2004, et ceux prévus ou envisagés pour l’avenir, posent de nouveau la question des frontières de l’Europe (jusqu’où va-t-elle ?) et de sa nature (espace de paix, de stabilité, zone de libre-échange, etc.), celle de son identité en somme. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et suite au conflit précisément, le mot "Europe" a acquis une dimension qu’il n’avait pas auparavant et désigne désormais également des structures. Le glissement sémantique fréquemment constaté entre les notions d’Europe et d’UE pose naturellement une autre question, celle de savoir si la seconde doit épouser les frontières géographiques (qu’on est bien en peine de définir) de la première.

Le concept "tatichtchévien", aujourd’hui plus souvent identifié comme gaullien, d’Europe de l’Atlantique à l’Oural a largement été repris au cours des quinze dernières années, révélant lui aussi le glissement sémantique Europe-Union européenne : c'est dans des forums relevant de l’instance UE qu’a été à maintes reprises rappelée l’européanité de la Russie, affirmée par les dirigeants russes, de Mikhail Gorbatchev à Vladimir Poutine, et confirmée par leurs interlocuteurs européens. Pour cela, ils ont dû traverser l’Oural et aller jusqu’au Pacifique.

Si la question de l’européanité de la Russie n’a pas a priori de pertinence quant à l’avenir de ses relations avec l’UE et si l’européanité d’un pays n’en fait pas automatiquement un candidat à l’UE, cette dernière ne détenant pas le monopole de l’identité européenne, toutefois, il convient de rappeler que le mot "Europe" est devenu un critère d’adhésion à l’UE, conformément à l’article 237 du traité de Rome (1957), repris dans le traité de Maastricht (1992) –"Tout Etat européen peut en devenir membre"-, sans que le terme "européen" y soit officiellement défini. De même, selon l’article I-1 du projet de traité constitutionnel européen, "l’Union est ouverte à tous les Etats européens qui respectent ses valeurs et qui s’engagent à les promouvoir en commun".

L’Union européenne, projet idéel et non géographique

La peur de la Russie d'être placée à la périphérie de l’Union européenne, révélée par l’élargissement, n’est pas nouvelle. A plusieurs reprises, les élites politiques russes ont exprimé la crainte de voir leur pays exclu de l’Europe. Le besoin d’en rappeler l’appartenance montre bien à quel point le sentiment est prégnant, car cette identité n’est nullement un donné. L’idée du maintien d’un mur entre l’Europe et la Russie, d’une fenêtre, d’une porte, de lignes de partage ou de division est récurrente dans le discours que la Russie tient vis-à-vis de son partenaire. Elle s’est renforcée avec l’élargissement mais dès la chute du mur de Berlin, Moscou avait exprimé ses peurs de voir un nouveau mur s’édifier, ayant compris que, puisque ses anciens satellites occidentaux se tournaient vers la Communauté euro-atlantique, la Russie risquait l’isolement.

Or, à partir du moment où l’UE a décidé d’ouvrir des négociations d’adhésion avec la Turquie, c’est-à-dire dès lors que Bruxelles a reconnu que l’européanité est un concept idéel et non géographique, peut se poser la question, non traitée de front jusque là, de la vocation de la Russie à adhérer ou pas à l’UE.

La définition de cette vocation peut alors se faire en fonction de valeurs dites communes, conformément aux règles et normes définies, de facto, côté européen. Et c’est bien le comportement adopté par Bruxelles, qui, au nom de ses valeurs, se comporte avec Moscou comme si la Russie devait entrer un jour dans l’UE, tentant de lui imposer ses normes, comme elle l’a fait pour les nouveaux Etats membres au cours des négociations d’adhésion.

Mis à jour le 27/06/2008

 

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