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Région de Maïlii-Suu, Kirghizstan, où les déchets radio-actifs des anciennes mines d’uranium risquent de contaminer le bassin de la rivière Syr Darya

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Pendant toute la période soviétique, l’Asie centrale a été surexploitée pour répondre aux besoins de toute l’URSS, et non seulement de la région elle-même. La pollution qui en est résultée est tout aussi disproportionnée. La vallée de la Ferghana est une véritable poudrière environnementale s’étendant sur trois pays : l’Ouzbékistan, le Tadjikistan et le Kirghizstan. Sur ce territoire de 300 km de long et 70 km de large vit le cinquième de la population d’Asie centrale, soit la moitié des 4 millions de Kirghizes, 30 % des 6,5 millions de Tadjiks, et 27 % des 26,4 millions d’Ouzbeks, alors qu’il ne représente que 4,3 % de la superficie de l’Ouzbékistan. Cette forte concentration humaine ajoutée à un sous-sol particulièrement riche en minerais de toutes sortes explique que du temps de l’Union soviétique, la vallée ait été fortement industrialisée. A la chute de l’URSS, la plupart de ces sites ont été fermés et laissés à l’abandon, ou, au mieux, ont périclité victimes d’une technologie dépassée. Mais les résidus chimiques et radioactifs de plusieurs décennies de transformations polluantes y restent stockés, sans avoir été décontaminés et le plus souvent sans aucune protection. A cet héritage très lourd viennent s’ajouter les menaces de catastrophes naturelles dans une zone géologiquement instable confrontée fréquemment à des tremblements de terre, glissements de terrain et pluies diluviennes qui démultiplient les risques de crises écologiques graves. Entre 1994 et 2004, les catastrophes naturelles, principalement dues à des crues soudaines, ont causé la mort de cinq cents personnes et coûté 300 millions de dollars.

Déchets radioactifs

Immédiatement après la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Asie centrale soviétique qui regroupe cinq républiques aujourd’hui indépendantes, le Kazakhstan, le Kirghizstan, l’Ouzbékistan, le Tadjikistan et le Turkménistan, devient un terrain de prédilection en matière nucléaire car elle disposait d’un sous-sol riche en uranium.

  • Taboshar au Tadjikistan

La plupart des mines d’uranium d’Asie centrale se sont épuisées à partir des années 1970, mais les installations ont continué à traiter de l’uranium importé comme ce fut le cas pour la mine à ciel ouvert de Taboshar au Tadjikistan située à 60 km au nord de Khodjand près de la frontière avec l’Ouzbékistan. Au plus fort de son activité, dans les années cinquante, le site couvrait 400 hectares et employait 10 000 personnes. La mine a été fermée définitivement en 1973 et laissée en l’état. Aujourd’hui rien n’en délimite l’entrée ni les contours. C’est un vaste trou au fond duquel les eaux de ruissellements ont formé un lac où on se baigne l’été. Trois terrils de plusieurs millions de tonnes sont formés par le minerai mis au rebut, car trop pauvre en uranium. Leur radioactivité est 25 fois supérieure à la radioactivité naturelle. Une école et plusieurs fermes se situent dans cette zone, des animaux se nourrissent d’herbe contaminée et toute la chaine alimentaire s’en trouve affectée.
 A une dizaine de kilomètres de la ville de Khodjand se trouvent les décharges provenant du traitement de l’uranium ; sachant qu’une tonne de minerai génère une tonne de déchets solides et deux de déchets liquides, radioactifs dans les deux cas, ce sont 20 millions de tonnes de déchets qui reposent à l’air libre.

  •  Maïlii-Suu au Kirghizstan

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Collines de déchets d’uranium, à Maïlii-Suu, Kirghizstan

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Vestige de la guerre froide, entre 1,5 et 2 millions de m3 de déchets radioactifs selon les estimations, sont stockés à proximité de la petite ville de Maïlii-Suu, dans 23 dépôts résultat du traitement de l’uranium extrait des mines alentour, de 1946 à 1967. La rivière qui passe à proximité a emporté en avril 2005 un mur de béton qui protégeait un dépôt. Zone sismique, la vallée est perpétuellement sous la menace d’un tremblement de terre et d’inondations qui peuvent à tout moment entrainer les substances radioactives dans la rivière, puis vers le Syr Daria, qui alimente le système d’irrigation de toute la région. La zone qui était sous haute protection de l’armée du temps de l’Union soviétique est, depuis le départ de cette dernière, laissée sans surveillance aucune et les hommes et leur bétail s’y promènent tranquillement malgré des radiations atteignant par endroit 75 fois la norme maximale admise. La population locale a déjà payé un lourd tribut à cet environnement radioactif.
 On estime qu’il y a ici plus de cancers, de maladies coronariennes et de mortalité infantile qu’ailleurs, mais aucune étude médicale n’y a jamais été menée. La communauté internationale a débloqué dix millions de dollars pour des travaux qui, commencés en 2006 devraient s’achever en 2010. Si les responsables locaux du ministère des situations d’urgence saluent cet effort, ils vivent dans la crainte qu’un accident ne survienne avant que l’ensemble soit sécurisé.
 Pour toute l’Asie centrale, le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) a répertorié pas moins de 14 sites radioactifs semblables à celui-ci, dont neuf au Tadjikistan et au Kirghizstan.

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Carte de la pollution industrielle et radioactive dans la vallée de la Ferghana, avril 2005

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Pesticides : dépôts de Kanibadam au Tadjikistan

De 1973 à 1989, on y entreposait les pesticides nécessaires à l’agriculture. Mais la région en recevait en quantité bien supérieure à ses besoins et le surplus a été enfoui là, puis abandonné. On estime à 3 000 tonnes la quantité de pesticides enterrés ici sur quatre mètres de profondeur.et recouvert de cinquante centimètres de graviers depuis longtemps érodés. Ces produits contiennent du DDT, des arséniates et du phosphore. Aucun grillage, ni aucun panneau n’interdit l’accès à la zone. Le fond de la décharge n’est pas étanche et rien ne dit que la nappe phréatique qui fournit la ville de Kanibadam en eau potable, bien que située à 100 mètres de profondeur, ne soit un jour contaminée. Les pluies diluviennes y sont à l’origine de fréquents glissements de terrain et pour sécuriser l’endroit, afin d’éviter que les pesticides ne se déversent un jour ou l’autre sur la ville, il faudrait construire un sarcophage, mais là encore les moyens font défaut.

Antimoine et mercure : usine de Kadamjai au Kirghizstan

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Une des fréquentes coulées de boue dans le sud du Kirghizstan, avril 2007

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Construite en 1936 et toujours en activité, elle employait 10 000 personnes et produisait entre 18 000 et 20 000 tonnes d’antimoine par an dans les années 1970, soit 15 % de la production mondiale, ce qui la plaçait au quatrième rang.
 Les produits usagés provenant des différentes phases de traitement sont stockés dans plusieurs bassins situés à une dizaine de kilomètres du site. Ces rejets contiennent 300 grammes de composants sulfurés par litre. Or les bâches isolantes sont détériorées et les liquides toxiques s’infiltrent dans le sol.
 Ces dépôts toxiques représentent un danger d’autant plus grand qu’ils surplombent la frontière avec l’Ouzbékistan derrière laquelle se situent plusieurs villages. Là encore le risque majeur peut provenir de pluies très fortes qui feraient déborder les réservoirs ou provoqueraient des torrents de boue. Ainsi en 1998, en amont de Kadamjai, une coulée de boue a fait une centaine de victimes mais a évité de justesse les réservoirs, épargnant une catastrophe majeure à toute la vallée.
 Après avoir périclité dans les années 1990, l’usine a été rachetée en 2005 par des investisseurs russes et kazakhs qui doivent la moderniser, mais dont la seule obligation environnementale consiste à ne pas dégrader davantage le site.
 Cette situation est commune aux cinq pays d’Asie centrale : l’Etat n’est pas en position de négocier et de larges avantages sont accordés aux repreneurs. Autre exemple, celui de Mittal Steel au Kazakhstan, qui, en rachetant en 1995 le site métallurgique de Karaganda (Karmet), a obtenu un moratoire de dix ans pour appliquer les normes environnementales. Ainsi, il ne sera pas tenu responsable de la pollution au mercure de la Noura.

Rapports à consulter :

Mis à jour le 01/09/2007

 

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