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Fermeture de la centrale de Tchernobyl

© Infonucléaire

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L'accident survenu en 1986 à la centrale nucléaire de Tchernobyl (Ukraine) constitue la plus grande catastrophe de toute l'histoire de l'industrie nucléaire et probablement aussi le plus grave accident industriel à ce jour.
 Le 26 avril 1986, suite à une série d’erreurs humaines, le réacteur n° 4 de la centrale de Tchernobyl explosait. Les deux explosions successives, ainsi que l’incendie qui s’en est suivi et qui s’est prolongé pendant dix jours, ont projeté dans l’atmosphère une énorme quantité d’éléments radioactifs (représentant 200 fois la radioactivité totale produite par les bombes lancées en 1945 sur les villes japonaises d’Hiroshima et de Nagasaki). Ces derniers se sont répandus sur une zone très étendue, touchant principalement la Biélorussie, l’Ukraine et la Russie, mais également dans une moindre mesure treize pays européens et d’une manière encore plus dispersée l’ensemble de l’hémisphère Nord. Les deux principaux (mais non les seuls) éléments en cause sont l’iode 131 à durée de vie courte et qui se fixe sur la glande thyroïde, et le césium 137 dont on considère que l’effet ne se sera estompé notablement que d’ici 300 ans.
 Outre la zone d’exclusion de trente kilomètres délimitée autour de la centrale et totalement interdite, 55 000 km2, dont 25 000 de forêts, ont été contaminés par le Césium 137 en Ukraine, soit 4,8 % du territoire, regroupant 12 oblasts (régions) et 2 300 villes et villages et abritant environ deux millions de personnes.
 En Russie, ce sont 50 000 km2 et 1,5 million de personnes qui sont concernés, les oblasts de Briansk, Orel, Kaluga et Toula étant les plus touchés.
 En Biélorussie, 2,1 millions de personnes, soit 20 % de la population dont 700 000 enfants, vivent sur les 18 000 km2 les plus contaminés. 485 villages ont été évacués dont 70 ont été rasés et enfouis sous une couche de terre.

Des évaluations divergentes

L’évaluation des conséquences de cette catastrophe s’avère particulièrement complexe pour un ensemble de raisons :
 la culture du secret qui caractérisait le fonctionnement de l’Union soviétique,
 la désorganisation qui a concerné toutes les structures de la société et notamment le système de santé après la chute de l’Union soviétique en décembre 1991,
 le manque de moyens financiers dû à la crise économique qui a touché tous les nouveaux Etats indépendants,
 enfin la réticence de la communauté internationale à prendre la pleine mesure d’un événement qui remettait en cause le choix de l’énergie nucléaire opéré par certains pays. De fait, et souvent faute de moyens, les données sur les doses de contamination des territoires ou sur l’état de santé des populations sont parcellaires et parfois d’une fiabilité douteuse.

En 2006, 20 ans après la catastrophe, de nombreuses organisations internationales et des ONG ont tenté d'évaluer son impact sanitaire, environnemental et socio-économique. Ces études font apparaître d’importantes divergences, notamment en ce qui concerne le nombre de décès imputables à la radioactivité. Divergences qui ont donné lieu à polémique, les ONG accusant l'AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique), dont la mission principale est de promouvoir l'énergie nucléaire, de minimiser sciemment les conséquences sanitaires de cet accident.

Impact sanitaire

accident-tchernobyl

Tchernobyl

© Greenpeace

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Le nombre de décès directement imputables à la radioactivité varie entre 9 000, selon le rapport élaboré en 2006 par plusieurs agences de l'ONU sous la houlette de l’AIEA, et 90 000 selon Greenpeace.
 Quatre types de population ont été les plus touchés par les retombées radioactives :

Les sauveteurs ou "liquidateurs" ainsi que le personnel de la centrale ont été les plus exposés. Il s'agit des 600 000 à 800 000 soldats ou fonctionnaires qui ont été envoyés de toute l'Union soviétique pour neutraliser le réacteur et enterrer les déchets contaminés. Les 31 décès parmi les 134 sauveteurs atteints du « syndrome d’irradiation aiguë » ont longtemps été considérés comme les seuls directement imputables à la catastrophe.

Les 350 000 personnes évacuées des zones les plus contaminées. Il est reconnu que l’évacuation de la ville de Pripiat (50 000 habitants) dans les 40 heures suivant l’accident, puis de 85 000 autres personnes au cours des semaines suivantes a permis de limiter les conséquences sanitaires pour cette catégorie de personnes.

Les résidents de zones moins contaminées (5 à 7 millions de personnes). Pour ces derniers et dans l’ignorance des effets des faibles doses sur une longue durée, on a fait l’hypothèse d’une proportionnalité entre les effets et les doses, extrapolée à partir des effets des doses moyennes et fortes (notamment chez les survivants des bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki en 1945). Autre facteur d’incertitude, la principale cause de contamination aura été, non pas externe comme au Japon, mais interne par l’ingestion d’aliments contaminés, la majorité de la population n’ayant pas eu d’autre solution que de manger les produits locaux, notamment en provenance des jardins privés.

 Les enfants de ces trois groupes.

Ils ont été surtout atteints de cancers de la thyroïde par l’intermédiaire du lait de vache contaminé. Entre 1992 et 2002, plus de 4000 cas de cancers de la thyroïde ont été diagnostiqués chez les enfants exposés. Le nombre de ces affections aurait ainsi été multiplié par cent chez les enfants du sud de la Biélorussie. Si la majorité a été traitée avec succès, l’incidence accrue de ce type de cancers va se prolonger durant de nombreuses années (au minimum 20 ans).

Outre les autres types de cancers dont l’OMS estime qu’ils pourraient concerner 4 000 à 5 000 personnes supplémentaires, de nombreuses études signalent des pathologies non cancéreuses : maladies cardio-vasculaires, cataractes, notamment chez les enfants contaminés in utero, déficits du système immunitaire, anomalies chromosomiques, effets sur la reproduction, effets psychologiques.
 C’est la difficulté d’identifier la part de l’irradiation dans des pathologies qui peuvent être favorisées par de multiples facteurs (pauvreté, mauvaise hygiène de vie, alcoolisme et tabagisme, accès limité aux soins etc.), qui a permis aux organisations internationales de minorer l’incidence de l’accident. En effet n’ont été pris en compte que les décès directement imputables à la radioactivité.

Conséquences sur l’environnement

Au terme des dix jours d’incendie au cours desquels se sont produites l’essentiel des retombées radioactives, environ 200 000 km2 ont été fortement contaminés, dont 65 % dans les trois pays les plus touchés.
 Le niveau d’irradiation a certes baissé en vingt ans, mais dans certaines zones, il reste supérieur aux doses maximum admissibles (notamment dans les régions de Gomel et de Mogilev en Biélorussie et de Briansk en Russie). La contamination des produits de la forêt (champignons, baies et gibier) en particulier, ne diminue que lentement et excède encore pour longtemps les niveaux tolérés pour la consommation.
 Parmi les effets constatés sur les plantes et les animaux, on a noté une mortalité accrue des animaux invertébrés ainsi que des mammifères, mais aussi un dépérissement des conifères. Dans la zone d’exclusion de 30 kilomètres autour de la centrale, on a pu observer des malformations génétiques et des troubles de la reproduction chez les animaux.
 Dans les zones arctiques, particulièrement fragiles car les cycles naturels y sont très lents, les rennes ont été contaminés par l’ingestion de lichens et les pays scandinaves ont dû procéder à l’abattage de troupeaux entiers.
 Les eaux de surface ont été fortement contaminées rendant les poissons de certains lacs impropres à la consommation, y compris en Scandinavie et en Allemagne et ce pour plusieurs décennies.

Conséquences socio-économiques

Pour évaluer le coût de la catastrophe de Tchernobyl, il faut prendre en compte :
 - les dégâts directs et les coûts de réparation et de réhabilitation : construction d'un sarcophage en béton autour du réacteur endommagé, nettoyage du site, enfouissement des déchets et de la terre la plus contaminée, évacuation d'une ville de 50 000 habitants et construction d'une ville équivalente pour en reloger les habitants, relogement des habitants des centaines de villages évacués, surveillance de la radioactivité,
 - les dépenses indirectes : indemnités, soins aux victimes,
 - les pertes de production agricole, forestière et industrielle (dont la production d’électricité de la centrale de Tchernobyl fermée définitivement en 2000).

● Pour ce qui la concerne, la Biélorussie évalue le coût total de la catastrophe sur 30 ans à 235 milliards de dollars. Elle y a consacré 22,3 % de son budget en 1991 et encore 6,1 % en 2002. Conséquence indirecte de la catastrophe, certains analystes estiment que la nécessité de mettre en place une véritable économie de guerre constitue l’une des causes de l’installation d’un pouvoir autoritaire en Biélorussie.

● L’Ukraine, pour sa part, donne une fourchette de 175 à 200 milliards de dollars et allouait 25 % de son budget à Tchernobyl en 1991 (3,4 % aujourd’hui). Mais ces chiffres n’incluent pas la perte de vies humaines ni la perte de production des invalides (65 000 liquidateurs).
 A titre d’exemple, d’après la Loi sur le statut et la protection sociale des citoyens affectés par la catastrophe de Tchernobyl, environ 7 % de la population ukrainienne serait concernée, soit :
 -165 000 résidents des zones évacuées
 -253 000 liquidateurs
 -643 000 enfants des liquidateurs

● La Russie, quant à elle, n’a pas publié de comptes précis.

Cependant, les dépenses additionnées des trois pays excèdent certainement 500 milliards de dollars.
 Le versement d’indemnités aux victimes représente la charge la plus lourde pour les trois pays. Sept millions de personnes reçoivent actuellement des allocations liées à Tchernobyl.
 Cependant, la pression fiscale s’étant vite avérée insupportable pour des pays en transition qui connaissaient une chute de leur niveau de vie, les autorités ont omis de réévaluer les pensions d’invalidité et autres indemnités, si bien que les sommes reçues individuellement sont devenues relativement dérisoires.
 
 En conclusion, le coût véritable et les conséquences environnementales et sanitaires de la catastrophe de Tchernobyl ne seront sans doute jamais connus dans leur globalité.

Des centrales de type Tchernobyl encore en activité...

Si le programme d’équipement nucléaire biélorusse a été interrompu, la Russie et l’Ukraine ont repris le leur quelques années après la catastrophe.
 On dénombre actuellement dix centrales nucléaires en activité en Russie, dont huit dans la partie européenne du pays. Elles comprennent au total 31 réacteurs, dont onze utilisent la technologie RBMK de première génération, identique à celle du réacteur 4 de Tchernobyl. Malgré des progrès dans la protection contre les risques terroristes grâce à la coopération russo-américaine, l’Union européenne considère toujours ces réacteurs comme structurellement dangereux car ils ne sont pas dotés de dômes de protection. La Russie cherche néanmoins à prolonger la durée de vie de plusieurs d’entre eux. Elle envisage par ailleurs de construire 40 nouveaux réacteurs (utilisant une autre technologie) d’ici 2030.
 Quant à l’Ukraine elle a obtenu, en échange de la fermeture définitive du site de Tchernobyl en décembre 2000 (et donc de ses quatre réacteurs de type RBMK), une aide de l’Union européenne pour achever (en 2005) la construction de deux réacteurs à Rovne et Khmelnitski. Kiev est très dépendante du nucléaire pour sa production électrique (pour 48 % d’origine nucléaire). Ses quatre centrales totalisent quinze réacteurs en activité et elle ambitionne d’en construire onze autres, doublant ainsi sa capacité, d’ici 2030.

 Des rapports à consulter :

The Chernobyl Catastrophe - Consequences on Human Health

Greenpeace, 18 april 2006, 139 p.

The Other Report On Chernobyl (TORCH) : an Independent Scientific Evaluation 

(commissioned by Rebecca Harms, MEP, Greens/EFA in the European Parliament with the support of The Altner Combecher Foundation)
6 avril 2006, 91 p.

Chernobyl's legacy : health, environmental and socio-economic impacts and recommendations to the governments of Belarus, the Russian federation and Ukraine : the Chernobyl forum, 2003-2005

Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), 55 p.

Tchernobyl: Évaluation des incidences radiologiques et sanitaires, Mise à jour de Tchernobyl : Dix ans déjà

Agence pour l'énergie nucléaire de l'OCDE, 2002, 173 p.

Responsabilités occidentales dans les conséquences sanitaires de la catastrophe de Tchernobyl

Bella Belbéoch

Mis à jour le 01/09/2007

 

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