La montée des fondamentalismes - celui des hindous en Inde et celui des islamistes au Pakistan - contribue, dans chaque pays, à exacerber les extrémismes. En Inde, des affrontements fratricides voient les hindous s'affronter aux musulmans, ce que condamne le Pakistan. Ces violences, qui ne se déroulent pas toutes au Jammu-et-Cachemire (mais aussi, par exemple, dans le Gujarat, autre État fédéré frontalier), alimentent la rivalité indo-pakistanaise.

En Inde

La destruction de la mosquée d'Ayodhya

"Ce conflit religieux [dans le Gujarat] se cristallise sur la question de la mosquée Babri d'Ayodhya située en Uttar Pradesh et construite en 1528 sur un site estimé par les hindous comme étant le lieu de naissance du Dieu Ram et d'un ancien temple. Les premiers incidents sur ce site se sont produits en 1853. En 1859, les Britanniques l'ont partagé entre hindous et musulmans, confiant aux premiers les cours extérieures et au second les cours intérieures. Faisant l'objet de nouvelles contestations à partir des années 1960 sur le terrain et devant la justice, le gouvernement indien a décidé de fermer le site en le déclarant "zone contestée". C'est à partir du milieu des années 1980 que se développe sur cette question l'activisme hindou soutenu par le Vishwa Hindu Parishad (VHP, Conseil mondial hindou fondé en 1964), le Rashtriya Swayamsewak Sangh (RSS, Corps du service national volontaire) et le BJP qui dirige actuellement le pays. L'accession du BJP au pouvoir en Uttar Pradesh en 1991 a fait monter la tension autour de la mosquée d'Ayodhya ce qui conduit à sa destruction par les militants du VHP, du Shiv Sena et du BJP le 6 décembre 1992. Cette destruction provoqua les plus grands affrontements entre hindous et musulmans depuis la partition, faisant plus de 2 000 victimes."

Source : rapport n° 336 du Sénat, 24 juin 2002, établi à la suite d'une mission effectuée du 3 au 10 mars 2002 en Inde et au Pakistan.

L'arrivée au pouvoir du parti nationaliste hindou

"Le parti Bharativa Janata (BJP) a connu un essor remarquable entre la fin des années 1980 et le début des années 1990. Sa représentation à la Lok Sabha (Assemblée du peuple) est ainsi passée de 2 sièges en 1984 à 88 en 1989, puis à 120 en 1991. La matrice du nationalisme hindou est le Rashkriya Swarjamsewak Sangh (RSS), ou Association des volontaires nationaux, organisation puissante et très influente au sein du BJP, dont des membres extrémistes sont à l'origine de la destruction de la mosquée d'Ayodhya en 1992. Cet événement a fortement nui à la popularité, et surtout à l'image du BJP, qui a partiellement renoncé à sa stratégie de mobilisation ethnique et religieuse pour privilégier un discours populiste centré sur le nationalisme économique, et sur la lutte contre la vie chère et la corruption. Cette normalisation du BJP lui a permis d'accroître son électorat aux élections législatives de 1996 et 1998, notamment auprès des basses castes et dans les régions du sud et de l'est du pays. Après l'échec de sa tentative pour former un gouvernement en 1996, le BJP a gagné les élections en 1998 avec 181 sièges. L'alliance dirigée par le BJP détient 251 sièges et a trouvé l'appoint qui lui manquait en gagnant le soutien ou la neutralité de trois partis régionaux et de quelques élus indépendants. Cette coalition hétéroclite a forcé le BJP à adopter un programme de gouvernement modéré en comparaison des objectifs affichés par les nationalistes hindous durant la campagne."

Source : rapport d'information 476 (98-99) du Sénat, L'Inde en mouvement : une chance à saisir pour la France, établi à la suite de la mission d'information effectuée en Inde du 9 au 21 janvier 1999.

Les émeutes du Gujarat

"Au pouvoir depuis 1998, le BJP et le Premier ministre Atal Behari Vajpayee doivent gérer cette question en cherchant un compromis entre les "durs" du parti qui ont participé à la destruction, notamment Lal Krishna Advani l'actuel ministre de l'Intérieur, et les 19 partis de la coalition qui ont fait de la résolution pacifique et judiciaire de ce conflit une des conditions de leur participation au gouvernement. Le dixième anniversaire de la destruction de la mosquée d'Ayodhya en 2002 a relancé le projet de construction d'un temple hindou dédié au dieu Ram sur les ruines de la mosquée. A. B. Vajpayee s'est alors engagé à interdire toute construction mais reste confronté à la pression des extrémistes hindous. C'est dans ce contexte qu'ont surgi les émeutes du Gujarat [attaques de musulmans par des hindous] […]. Bien que des violences sporadiques se soient poursuivies, la situation est désormais plus calme. Une polémique s'est toutefois développée sur les responsabilités du gouvernement de l'État et de la police, qui n'auraient pas cherché à empêcher, voire favoriser les émeutes antimusulmanes. Cette polémique et les tensions inter-religieuses sont particulièrement difficiles à gérer pour le gouvernement national car le Gujarat est l'un des quatre grands États que gouverne le BJP […], ce parti risquant de perdre de sa crédibilité et sa base électorale hindoue dans la perspective des élections nationales."

Source : rapport n° 336 du Sénat, 24 juin 2002, établi à la suite d'une mission effectuée du 3 au 10 mars 2002 en Inde et au Pakistan.

Au Pakistan

De l'islamisation de l'État…

"A travers la diversité des écoles et des pratiques religieuses au Pakistan se pose la question fondamentale de la place de la religion dans un État créé pour rassembler les musulmans de l'Inde mais qui n'est pas pour autant un État religieux. Au Pakistan, la place de la religion a toujours posé problème. Elle a souvent été instrumentalisée pour servir de ciment à une nation soumise à des forces centrifuges et pour conforter l'assise des gouvernants successifs. "L'islamisation" de l'État pakistanais et de la société a débuté dans les années 1970. Le premier à avoir ainsi utilisé la religion est Ali Bhutto qui a instauré la prohibition. Elle s'est ensuite beaucoup développée sous l'égide du général Zia Ul Aq entre 1977 et 1988 notamment dans l'armée. Elle s'est également développée à la faveur de la guerre en Afghanistan à partir de 1979 puis encore plus nettement à partir du moment où les gouvernements civils ont apporté leur soutien aux talibans, ceux-ci ayant pour "base arrière" les écoles coraniques ou madrassas situées au Pakistan. L'influence islamiste s'est aussi accrue par l'implication de l'armée et notamment des services de renseignement, l'Inter Service Intelligence (ISI), dans la formation et le soutien aux moudjahidines cachemiris."

Source : rapport n° 336 du Sénat, 24 juin 2002, établi à la suite d'une mission effectuée du 3 au 10 mars 2002 en Inde et au Pakistan.

… à la dissolution des partis musulmans

"Les attentats du 11 septembre ont aussi provoqué une évolution très importante de la politique religieuse au Pakistan. Ils ont conduit à repenser la place de la religion dans l'identité pakistanaise et ont fait prendre conscience des dangers de la montée des islamistes entretenue par les "djihads" menés à l'extérieur. Le général Musharraf a décidé, dans son très important discours du 12 janvier 2002, de retrouver les racines du compromis national pakistanais avec l'islam. Il ne s'agit en aucun cas de faire du Pakistan un État laïque à l'exemple de la Turquie, même si Pervez Musharraf, qui a vécu dans ce pays, pourrait s'inspirer de l'action modernisatrice d'Atatürk, mais plutôt de prôner, dans l'esprit d'Ali Jinnah, un islam moderne et ouvert et de refuser que le Pakistan ne devienne un État religieux. Cette orientation l'a conduit à dissoudre les partis musulmans pakistanais, à fermer un certain nombre d'écoles coraniques ou "madrassas" et à interdire des organisations terroristes islamistes agissant au Cachemire. En faisant ce choix, le général Musharraf ouvre la voie d'une relance de la construction de l'identité nationale pakistanaise en refusant l'aventure islamiste et la "talibanisation" du pays."

Source : rapport n° 336 du Sénat, 24 juin 2002, établi à la suite d'une mission effectuée du 3 au 10 mars 2002 en Inde et au Pakistan.

Les conséquences au Pakistan de l'affaire des caricatures de Mahomet

« Des manifestations de protestation déclenchées par [la publication de caricatures du Prophète Mahomet dans un journal danois en 2005] ont commencé à la fin du mois de février 2006, soit à quelques jours de la visite en Inde et au Pakistan du président George W. Bush. La réprobation suscitée au Pakistan comme dans d'autres pays musulmans, par ce qui a été ressenti comme une provocation occidentale, n'a pas épargné le président Moucharraf, qui avait, cependant, officiellement condamné ces publications. Le MMA (Muttahida Majlis-e-Amal, Conseil uni pour l'action) a lancé plusieurs appels à manifester, et le dirigeant d'une de ses composantes, le Jammat-e-Islami, a déclaré que « les manifestations se poursuivraient jusqu'à ce que le général Moucharraf tombe ». Les manifestations ont conduit au saccage d'implantations d'entreprises étrangères, comme la gare routière bâtie par Daewoo à Islamabad. Les manifestations ont duré près de trois semaines, et se sont essentiellement déroulées à Karachi et à Multan (centre). Elles ont fait cinq morts dans des affrontements avec la police ».

Source : Rapport d'information du Sénat, n° 316, fait au nom de la Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées à la suite d'une mission effectuée du 30 mars au 4 avril 2006 au Pakistan.

Au Cachemire

"Après une période de plus grande stabilité, la question du Cachemire a été remise sur le devant de la scène internationale par la relance de l'insurrection de militants anti-indiens favorables au rattachement au Pakistan ou à l'indépendance. La nouveauté de ce mouvement de révolte est son caractère islamiste et terroriste. En effet, sous l'influence de la guerre d'Afghanistan vont se développer des mouvements djihadistes islamistes liés aux moudjahidines afghans et aux partis extrémistes musulmans pakistanais. Leur action va conduire l'Inde à durcir et à accroître sa présence militaire et policière au Cachemire au risque de provoquer une réaction de rejet de la population. Il semble, par ailleurs, avéré que d'importantes violations des droits humanitaires à l'encontre des populations aient été le fait des troupes régulières ou paramilitaires indiennes."

Source : rapport n° 336 du Sénat, 24 juin 2002, établi à la suite d'une mission effectuée du 3 au 10 mars 2002 en Inde et au Pakistan.

Mis à jour le 01/03/2007

 

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