Evolution ou révolution, le web 2.0 est bien là. Laurence Allard, maître de conférences à l'Université de Lille, nous en donne les caractéristiques et ce qui fait d'abord sa dimension sociale :

« Ecrire, commenter, copier-coller, mixer, publier, partager ou échanger des photos, vidéos, liens et tag, sur des sites de présentation de soi et de ses univers relationnels, développer des expérimentations cartographiques ou de moblogging articulant le web et le mobile dans un "espace augmenté", la dimension massive de l'usage des technologies sociales est frappante. Ces dispositifs et agencements machiniques, ces pratiques et expérimentations forment désormais un continuum socio-technique appréhendé actuellement sous le terme discutable et discutée du web 2.O, désignant le deuxième âge d'internet et du Web et son tournant expressiviste. »
Source : Laurence Allard, Revue MediaMorphoses n° 21, septembre 2007, Armand Colin/INA

Mais d'où vient le terme "web 2.0"

1ères rencontres africaines des logiciels libres, Ouagadougou, 27 septembre au 7 octobre 2004

1ères rencontres africaines des logiciels libres, Ouagadougou, 27 septembre au 7 octobre 2004

© Agence intergouvernementale de la francophonie

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Le terme "web 2.0" a été proposé dans le cadre d’une conférence tenue en août 2004 qui a rendu compte de la transformation tendancielle du web en "plate forme de données partagées via le développement d’applications qui viennent architecturer les réseaux sociaux issus de la contribution essentielle des usagers à la création des contenus et des formats de publication" (blogs, wikis…). La définition a été ensuite popularisée par Tim O’Reilly, président-fondateur de la maison d’édition américaine informatique O'Reilly, dans un article publié le 30 septembre 2005 qui en a posé les principes. Pour lui, la clef du succès dans cette nouvelle étape de l’évolution du web réside dans l’intelligence collective. « Le web 2.0 repose sur un ensemble de modèles de conception : des systèmes architecturaux plus intelligents qui permettent aux gens de les utiliser, des modèles d’affaires légers qui rendent possible la syndication et la coopération des données et des services. Le web 2.0 c’est le moment où les gens réalisent que ce n’est pas le logiciel qui fait le web, mais les services. »

Source : Tim O'Reilly, "What is web 2.0", 30 septembre 2005

Le rôle contributif des usagers

Le web 2.0 est donc l’appropriation par les internautes des nouveaux outils appartenant à la mouvance "open source" pour publier des contenus numériques à travers les blogs, les wikis, partager des photos, des films ou des videos et d’autres applications encore.

Le phénomène des blogs est un des traits les plus remarquables de l’ère web 2.0.

Un blog est un site web composé de notes ou de billets (posts en anglais) classés selon leur date de publication. Le succès du blog vient d’une grande facilité de publication, d’une grande liberté éditoriale et de la capacité d'interaction en temps réel avec le lectorat.
Un blog peut intégrer un fil RSS qui est un simple fichier texte au format XML comportant la description synthétique du contenu et permettant la diffusion automatique des mises à jour du blog ou de n’importe quel site web.

Thierry Vedel du CEVIPOF (Centre de recherches politiques de Sciences-Po), analyse la montée des blogs de journalistes dans la revue Regards sur l'actualité :

« Parce qu’ils sont simples à créer, les blogs démocratisent l’expression du public […]. S’il est bien trop tôt pour le dire, on doit observer que les blogs jouent parfois un rôle important en examinant de façon critique certaines des informations présentées par les médias traditionnels. […] De leur côté, les médias traditionnels, et tout particulièrement les quotidiens et hebdomadaires d’information, portent un intérêt grandissant aux blogs. […] Confrontés à une baisse de leur diffusion papier, certains quotidiens de la presse écrite expérimentent la formule des blogs comme une nouvelle forme d’écriture susceptible d’attirer de nouveaux lecteurs ou bien pour fidéliser leurs lecteurs habituels par des compléments d’information, une approche plus diversifiée de l’actualité ou une relation plus étroite avec les journalistes. »

Source : Thierry Vedel, "Les usages politiques de l'internet", Regards sur l’actualité n°327, La Documentation française, janvier 2007.

En 2007, on recense 62 millions de blogs dans le monde. La France est au premier rang européen : sur les 4 millions de blogs européens mis à jour, un million d'entre eux sont français.

Une autre application participative est le wiki. Un wiki est un système de gestion de contenu de site web qui rend les pages Web réalisables et modifiables par les visiteurs successifs autorisés. Le mot wiki vient du redoublement hawaiien wiki wiki, qui signifie rapide. L’exemple le plus connu est l'encyclopédie collective Wikipédia créée en 2001, basée sur le principe qu'une entrée puisse être ajoutée par n'importe quel utilisateur du web et modifiée par un autre.

Les blogs et les wikis ont ouvert la voie de la simplicité pour le texte. Les nombreux sites de partage de photos et de videos ont pour ambition de rendre la diffusion d'images aussi simples que des textes sur les blogs. C’est le cas notamment de Flickr et YouTube.

Flickr développé en 2002 par une société canadienne, depuis racheté par Yahoo, est un site web gratuit de diffusion et de partage de photographies, dont l'organisation s'apparente à celle d'une communauté virtuelle.

YouTube a été créé en 2005, racheté depuis par Google. C’est un site web de partage de vidéos sur lequel les utilisateurs peuvent envoyer, visualiser et se partager des séquences vidéo. Les vidéos sont accessibles par catégorie et à l'aide de mots-clés (tags) comme sur Flickr. Les conditions d’utilisation de You Tube sont strictes : l’utilisateur doit posséder les droits, y compris les droits musicaux des videos qu’il met en ligne.

Ces deux applications sont généralement considérées comme des sites symboles du web 2.0 car elles utilisent ce que l'on appelle la "folksonomie".

Néologisme formé à partir de folks (les gens en anglais) et de taxinomie (processus de classification), la folksonomie est un système de classification collaborative et spontanée de contenus internet, basés sur l’attribution de mots-clés librement choisis par des utilisateurs non spécialistes, qui favorise le partage de ressources et permet d’améliorer la recherche d’informations. Les mots clés choisis par l’utilisateur sont qualifiés de descripteurs ou d’étiquettes (tags).

Le web 2.0 ce sont aussi des sites de socialisation, parmi lesquels MySpace, Facebook. Selon la chercheuse danah boyd, spécialiste de MySpace à l’Université de Californie, Berkeley :

« Au cœur du site on trouve des profils connectés par lien à des amis à travers le système. Les profils sont personnalisés et comportent les domaines d’intérêt et les goûts de chacun, une pensée du jour et ses valeurs. Des musiques, des photos et des vidéos permettent aux utilisateurs de rendre leur profil plus séduisant. […] Pour l’essentiel, ce que les jeunes partagent entre eux, ce sont des formes de culture : mode, musique, médias. Pour le reste, il ne s’agit que de co-présence. Ceci est important pour le développement d’une vision sociale du monde. »

Source "Production d’identités dans une culture en réseau", Danah Boyd, février 2006, traduction française [PDF, 164 Ko].

L'usager devient co-développeur

Comme le note Tim O'Reilly, un des points importants du web 2.0 est le fait que les actions des utilisateurs ajoutent de la valeur. Cependant, seul un petit pourcentage d'utilisateurs se donnera la peine d'ajouter intentionnellement de la valeur à une application. En conséquence, les sociétés web 2.0 accumulent les données des utilisateurs passifs afin de créer de la valeur ajoutée, en complément à l'utilisation normale de l'application. Ils construisent des systèmes qui s'améliorent au fur et à mesure que les gens l'utilisent. EBay par exemple, site d'enchères en ligne où les vendeurs sont notés selon le degré de qualité et de rapidité du produit vendu et livré, est le modèle de l'activité collective de ses utilisateurs, fonctionnant selon une logique de réputation.
Publier, partager, commenter l'information selon des standards simples avec des interfaces préétablies permet aux acteurs et aux utilisateurs en bout de chaîne, contributeurs et clients finaux, de se faire connaître et de faire valoir leur point de vue. Face aux innovations technologiques, l'usager devient aussi co-développeur. Eric Van Hippel, directeur du groupe Innovation et entreprise au MIT (Massachussets Institute of Technology), a mis en avant cette logique de développement et d'innovations technologiques : "L'innovation en matière de développement technique des réseaux de production, de distribution et de consommation peut se construire horizontalement avec des acteurs qui peuvent être des utilisateurs innovants ou des utilisateurs qui sont leurs propres producteurs ou qui sont suffisamment indépendants pour diffuser leurs innovations et compléter les distributions et productions marchandes. Des modèles d'innovations par l'usage sont alors développées dans l'intérêt général".

Source : Eric Van Hippel, " Democratizing Innovation", MIT (Massachussets Institute of Technology), 2005.

Web 2.0 et Architectures participatives

« Les aspects les plus intéressants du web 2.0 sont ces nouveaux outils qui explorent le continuum entre le personnel et le social ainsi que ces outils qui sont dotés d’une certaine modularité permettant une remarquable remixabilité collaborative, processus par lequel les informations et les médias que nous avons construits et partagés peuvent être recombinés et créer de nouvelles formes, concepts, idées, mashups et services. Ce remixage collectif et généralisé des données et de leurs inscriptions logicielles a été encore noté par Adam Green dans son hypothèse que l’architecture informationnelle était désormais au poste de commande de ce deuxième âge d’internet : "l’explosion dont il est question concerne la bascule des contenus d’un site web d’une internalité à une externalité. Au lieu qu’un site web soit un “lieu” dans lequel les données "sont” et vers lequel d’autres sites “renvoient”, un site web sera une source de données qui seront elles-mêmes dans de nombreuses bases de données externe. Pourquoi alors “aller” sur un site web quand tout son contenu a déjà été absorbé et remixé dans un flux de données collectif. »

Source : Laurence Allard, Revue MediaMorphoses n°21, septembre 2007, INA

Les exemples les plus connus sont Google Maps et Yahoo Maps qui intègent des applications telles que les mashups.

Dans le cas de sites web, le principe d'un mashup est d'agréger du contenu provenant d'autres sites, afin de créer un site nouveau. Pour ce faire, on utilise le plus souvent les Open API, interfaces de programmation d'applications ouvertes, qui facilitent le travail d'un programmeur en lui fournissant des ensemble de fonctions, routines et méthodes d’usage courant (par exemple, ouvrir un fichier, l'indexer, le fermer, ...) pré-écrites.

L’API Google Maps a été codée en 2005 et a donné lieu à l’un des premiers mashusp caractéristiques du web 2.0 : Housing Maps, fusionnant un dérivé de GoogleMaps, qui venait de sortir son application, avec un site d’informations locales et de petites annonces immobilières de la baie de San Francisco, CraigList. Ainsi les données du réseau viennent enrichir l’espace physique. On parle désormais "d’espace augmenté" pour caractériser cette articulation du web et de la rue.

A travers ces API (interfaces de programmation d'applications), se mettent donc en place les "architectures participatives" constituantes du web 2.0, dont parle le père du World Wide Web, Tim Berners-Lee, c’est-à-dire cet ensemble de sites qui permettent aux utilisateurs non seulement de contribuer au contenu, de le partager, et permettre à d’autres de le découvrir mais aussi de l’enrichir.

Open Social, l’un des récents projets de Google de fédérer le développement d’API compatibles pour différents sites de socialisation associés (MySpace, Orkut, Friendster...), créé en novembre 2007, illustre la place cruciale de ces architectures dans le développement technique et économique du web 2.0.

Le web 2.0 fait ainsi partie du quotidien de chacun, oscillant entre technologies et usages, en devenir permanent. Il se rapproche peut-être de l'internet, tel qu'il avait été construit, autour du partage de connaissances. Mais les évolutions technologiques se poursuivent et bientôt peut être, avec le "web sémantique" dont les contours sont en train de se dessiner, parlerons-nous du web 3.0 ?

Mis à jour le 03/11/2011

 

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